Mandat d'arrêt pour Antoine Chakhtoura pour avoir été photographié non loin de Netanyahou

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Rencontrer Netanyahou peut vous mettre en prison : le cas Antoine Chakhtoura secoue le Liban

Un richissime homme d'affaires libano-américain risque trente jours de détention dans son propre pays pour avoir été photographié à table avec Benjamin Netanyahou. Son crime aux yeux de la justice libanaise : avoir "collaboré avec l'ennemi israélien".

Une photo qui coûte cher

Tout est parti d'un cliché pris lors d'un dîner à Washington. Antoine Chakhtoura, homme d'affaires libanais installé aux États-Unis, y apparaît en arrière-plan, non loin du couple Netanyahou. La scène se déroule dans le cadre des hommages rendus au sénateur républicain Lindsey Graham, fervent soutien d'Israël, décédé de façon soudaine début du mois. Diffusée sur les réseaux sociaux, l'image a immédiatement suscité une tempête au Liban.

Face à l'ampleur de la polémique, la justice libanaise a d'abord voulu vérifier si le cliché n'était pas un montage généré par intelligence artificielle. Les services de sécurité ont été chargés d'authentifier le document. Leur conclusion est sans appel : la photo est authentique, elle n'a subi aucune retouche numérique ni aucune manipulation par IA.

C'est précisément cette authenticité confirmée qui a scellé le sort judiciaire de Chakhtoura. Le procureur général libanais Ahmad Rami el-Hajj a émis contre lui un mandat d'arrêt prévoyant une détention de trente jours, pour "collaboration avec l'ennemi israélien et violation de la loi libanaise sur le boycott d'Israël".

Un couple qui affichait ouvertement son soutien à Israël

Antoine Chakhtoura n'est pas un inconnu. Il partage la vie de Morgan Ortagus, ancienne envoyée spéciale de l'administration Trump pour le Liban, qui le décrit volontiers comme un "chrétien sioniste". Le couple avait déjà défrayé la chronique quelques mois plus tôt, lors d'une visite très remarquée au musée de l'Holocauste de Washington, pour la Journée internationale dédiée à la Shoah.

À cette occasion, Morgan Ortagus avait tenu des propos qui avaient déjà fait grand bruit dans le monde arabe. Elle avait salué la famille Chakhtoura comme issue de "générations de chrétiens sionistes libanais dévoués", ajoutant que les parents d'Antoine l'avaient élevé dans le soutien à l'État d'Israël et au peuple juif.
Elle avait aussi reconnu, sans détour, que l'engagement de son compagnon était "techniquement illégal" au Liban, où la loi interdit à tout citoyen de dialoguer avec des Israéliens, mais qu'il persistait malgré tout, finançant notamment le musée de l'Holocauste, l'opéra israélo-américain et diverses initiatives de paix entre le Liban et Israël.

De son côté, Chakhtoura avait publié sur Instagram un message de gratitude évoquant l'inauguration d'une inscription à son nom sur le mur des donateurs du mémorial, insistant sur le devoir de mémoire face à la Shoah.

L'organisateur du dîner de Washington

C'est justement ce même Antoine Chakhtoura qui avait organisé, avec sa compagne, le dîner d'hommage à Lindsey Graham où a été prise la photo litigieuse. Un choix qui, avec le recul, s'est révélé lourd de conséquences pour lui.

Dès la diffusion de l'image, plusieurs avocats libanais ont engagé des démarches judiciaires contre lui, réclamant qu'il soit poursuivi pour ses liens avec Israël et son Premier ministre. Le parquet a suivi, transformant une simple controverse médiatique en dossier pénal.

Ce que révèle cette affaire sur le droit libanais

Le Liban maintient depuis des décennies une législation stricte de boycott d'Israël, héritée du conflit israélo-arabe et jamais abrogée malgré les évolutions régionales. Tout contact avec un ressortissant israélien, y compris à visage découvert dans un cadre social ou diplomatique à l'étranger, expose théoriquement un citoyen libanais à des poursuites pénales sur son propre sol.

Ce dossier illustre avec une clarté rare la portée extraterritoriale que peut prendre cette loi. Il ne s'agissait ni d'une rencontre officielle, ni d'un accord commercial, ni même d'une déclaration publique de soutien politique. Une simple présence photographiée dans le même lieu qu'un dirigeant israélien, sur le sol américain, a suffi à déclencher l'appareil judiciaire libanais. Le précédent Chakhtoura rappelle que pour certains binationaux ou membres de la diaspora libanaise, le simple fait de croiser la route de responsables israéliens à l'étranger peut se traduire par des poursuites dès leur retour au pays, ou même en leur absence.

Une affaire qui dépasse le cas individuel

Au-delà du sort personnel d'Antoine Chakhtoura, cette affaire relance le débat sur la normalisation entre Israël et ses voisins arabes. Le couple Chakhtoura-Ortagus incarnait justement cette volonté affichée de rapprochement, financée par des initiatives privées à défaut d'un cadre diplomatique officiel. Le mandat d'arrêt libanais sonne comme un rappel brutal des limites politiques et juridiques qui subsistent, malgré les dynamiques régionales des dernières années et les espoirs suscités par les accords de normalisation ailleurs dans le monde arabe.

Reste à savoir si Antoine Chakhtoura, résidant aux États-Unis, sera un jour physiquement exposé à ce mandat d'arrêt. Sa situation illustre néanmoins un climat où l'image, une fois authentifiée, devient une pièce à conviction, et où la proximité affichée avec des dirigeants israéliens continue de comporter un risque juridique bien réel pour certains ressortissants de pays voisins d'Israël.

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