Entretien exclusif de Marc-André Chargueraud un érudit de la Shoah

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Marc-André Charguéraud est un de nos plus fidèles contributeurs, son histoire personnelle et son parcours l'ont poussés à chercher bien au delà des rapports officiels l'histoire de la Shoah.

 

Marc-André Chargueraud

Marc-André Chargueraud

Marc-André Charguéraud n'est pas juif, c'est aussi pour cela que ses articles relayés régulièrement par Alliance et cités lors des mes émissions sur r adio sur Judaiques FM  94.8, prennent une toute autre dimension.

 

Nous avons voulu vous faire connaître cet érudit de la Shoah, qui n'a eu de cesse de nous informer  des pans de l'Histoire que  l'histoire dite officielle se garde bien de nous cacher.

Alliance : Alors que vous êtes protestant, pourquoi vous être intéressé à la Shoah ?

Marc-André Charguéraud : Un jour j’ai lu que les habitants du Chambon-sur-Lignon avaient sauvé des milliers de Juifs. Cette affirmation m’a surpris. J’ai vécu deux années au Chambon pendant la guerre. J’ai modestement contribué après la rafle de Lyon en août 1942 à ces sauvetages. Le chiffre avancé m’a paru complètement disproportionné avec la réalité. J’ai commencé à lire ce qui avait été publié sur le Chambon. Mes lectures sur la Shoah se sont enchaînées.

Alliance :  Mais vous n’êtes pas un historien au sens propre du terme ?

Marc-André Charguéraud : Bien que l’on m’ait souvent cité comme historien, je n’ai jamais revendiqué ce titre. Je n’ai aucun diplôme universitaire d’histoire. Je n’ai fait aucune recherche sur des archives. Par contre, j’ai écrit 10 livres sur des sujets historiques. Je me qualifierai plutôt de politologue.

Alliance : A quelle partie de la Shoah s’adresse votre livre ?

Marc-André Charguéraud : Il concerne l’attitude pendant la Shoah des congrégations religieuses, des gouvernements et des états occidentaux. J’ai exclu toute description de la tragédie ainsi que les témoignages des survivants. Je ne les ignore pas, je les respecte, mais j’estime que le mélange des deux sujets doit être évité, car les sources ne sont pas les mêmes.

Alliance : Quelle source d’information avez-vous utilisée ?

Marc-André Charguéraud : J’ai lu près d’un millier d’ouvrages sur le sujet, en anglais principalement et aussi en allemand et en français. Il en est résulté des milliers de pages de notes. Toutes ces notes ont été indexées. Cette importante base de données a été mon outil de travail.

Alliance : Qu’apportez-vous de plus que les historiens ?

Marc-André Charguéraud : Je n’ai pas la prétention d’apporter plus, mais de contribuer différemment à la lecture de l’histoire. L’historien est d’abord un « chercheur ». Il excelle dans l’analyse. Ses publications sont exhaustives sur un sujet ou une période définie. Elles sont détaillées et souvent volumineuses, ardues à la lecture pour le grand public. Ce n’est pas mon projet.

Alliance : Comment vous différenciez-vous ?

Marc-André Charguéraud : Je donne une large part au contexte dans lequel se situe la tragédie. Le rapprochement de certaines situations permet de mieux comprendre ce qui s’est passé. Les témoignages écrits sur le vif par des personnes qui ont vécu à l’époque sont privilégiés. La mise en parallèle du drame   dans les différents pays occidentaux occupés par les Allemands est pleine d’enseignement. J’apporte de nouveaux éclairages qui donnent au lecteur des éléments de réflexion, qui lui permettent de se forger une opinion.

Alliance :  Votre travail est-il crédible ?

Marc-André Charguéraud - La question est fondamentale, car mes écrits ne sont pas le résultat de travaux de recherche, mais des synthèses à partir de travaux publiés par des historiens. C’est pourquoi je me suis obligé, à chaque page, parfois à chaque paragraphe, à donner la source détaillée de mon information. Chaque fois que c’était possible, j’ai veillé à ce que l’information provienne de plusieurs sources qui se recoupent.

Alliance - Certes, mais le choix des informations utilisées ne risque-t-il pas  de rendre vos conclusions partiales ?

Marc-André Charguéraud - C’est l’écueil de tous les travaux historiques. Des livres et des débats ont opposé pendant des années des historiens de renom sur la question de savoir quand Hitler a décidé de la Shoah. Ils montrent la difficulté de l’exercice. Très conscient du problème, je me suis efforcé de surmonter l’obstacle.

Alliance - Pourquoi avoir adopté d‘articles aussi inhabituel ?

Marc-André Charguéraud - Mes articles sont indépendants les uns des autres. Chaque article constitue un tout, ce qui permet au lecteur de concentrer son attention sur un sujet précis. Il peut choisir les articles qui l’intéressent dans l’ordre qu’il désire, au moment qui lui convient.  

Alliance - A quel public vous adressez-vous ?

Marc-André Charguéraud - Au grand public que la Shoah intéresse, mais qui ignore certains aspects importants de ce génocide. L’étudiant et le chercheur y trouveront un grand éventail de sources et seront stimulés par les approches originales du livre. Pour les historiens, les situations ne leur sont pas inconnues. Mais ils seront interpelés, qu’ils adoptent ou rejettent les conclusions présentées.

Alliance - La Shoah est un sujet très sensible.

Marc-André Charguéraud - C’est exact. C’est pourquoi, pour les aspects particulièrement sensibles traités dans l’ouvrage, je me suis référé aux textes des historiens les plus renommés de la Shoah. J’ajouterai que ce livre s’interdit toute « révision » de l’Histoire.

 Alliance : Quel accueil ont reçu vos articles ?

Marc-André Charguéraud - Depuis plus de huit ans, je publie chaque mois l’un de ces articles. Ils sont régulièrement repris pas des médias juifs en France, en Belgique, au Maroc et c’est particulièrement important en Israël.

Alliance - Votre ouvrage réexamine nombre de situations de l’histoire de la Shoah.

Marc-André Charguéraud - Réalise-t-on qu’avant le début de la Shoah en Europe, la Roumanie avait déjà massacré des centaines de milliers de Juifs ? Hitler la donnait comme exemple à suivre à Goebbels.

Comment peut-on qualifier la zone Sud de Vichy de terre d’asile ? C’est pourtant ainsi que la désignait une personnalité juive réfugiée de Paris. Les chiffres lui donnent raison. 43% des victimes provenaient de la zone Nord et 25% en zone Sud alors que la population juive y était plus importante.

Sans Staline, un antisémite et un antisioniste, l’Etat d’Israël n’aurait pas existé en 1948. Ses interventions en 1947 ont été décisives pour le vote de l’ONU qui acceptait de diviser la Palestine en un Etat juif et un Etat arabe.

Sans l’envoi de matériel militaire russe, l’Etat d’Israël n’aurait pas survécu aux attaques des armées arabes. Comment expliquer ce paradoxe ?

Raoul Wallenberg est l’icône, la figure incontestée du sauvetage des Juifs pendant la Shoah. Des monuments, des sites commémoratifs lui ont été dédiés dans de nombreux pays. Pourtant l’éminent historien Yehuda Bauer rappelle qu’en Hongrie, le seul pays où Wallenberg fut présent, « du simple point de vue des chiffres et de l’efficacité, c’est certes la contribution des Suisses qui fut la plus importante ». Bauer se réfère à Carl Lutz, le consul de Suisse, et à Friedrich Born, représentant du Comité International de la Croix-Rouge, qui pourtant sont restés dans l’ombre.

 

Marc-André Chargueraud

Marc-André Charguerau

 

Vos réactions

  1. cf27@bluewin.ch'Christian Favre

    Bon ça va, cet entretien n’est pas si vieux…mars de cette année.
    Je réagi donc puisque j’ai présenté plusieurs livres de M-A C sur le forum Livres de guerre.
    (voir sous Christian Favre)
    La question posée: « votre travail est-il crédible » mérite une sérieuse analyse. Elle sous-entend « votre travail est-il crédible étant donné que vous n’êtes pas historien ». Ainsi dans l’état actuel de l’information dans les médias, la chose est claire, le journaliste n’interview jamais, mais jamais en histoire, une personne n’ayant pas acquis le titre d’historien. M-A C à ce que je sais (je ne sais pas tout…) n’a jamais été intervieuwé à la radio/tv suisse. Est historien toute personne âgée de 22 à 25 ans ayant déposé une thèse.Point. C’est tout, on ne lui en demande pas plus. Dès lors la dite personne, peut lire 3 livres et en produire 1, pas de problème il sera publié ou produire un film dans lequel il raconte n’importe quoi, comme ce fut le cas avec le film produit par la TV suisse allemande affirmant que des trains de déportés juifs traversaient la Suisse. Tout le monde l’a cru et le croît encore: c’était un historien qui l’affirmait, peu importe du mensonge absolu.
    Je vais encore vous montrer autre chose. Il y a des historiens engagés idéologiquement qui effectivement travaillent les archives mais même là ça fabule. C’est le cas de Annie Lacroix-Riz, très à gauche. Dans un entretien elle prétend que l’Américain Allen Dulles, à Berne pendant la guerre, recevait continuellement des nazis pour…commercer. Or on sait parfaitement que de très nombreux officiers allemands..et nazis, voulaient se débarrasser d’Hitler et pour ce faire tentaient une alliance avec les Alliés, d’où de très nombreux contacts dans les pays neutres et au Vatican. Elle ne dit pas non plus, et personne ou presque, en France ne le sait, qu’autant les Américains en Suisse que l’armée suisse aidaient la Résistance française, entre autres.

    J’ai beaucoup d’admiration pour Marc-André Charguéraud.

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