Entre fiasco diplomatique et bluff stratégique : Israël revendique “le plus bel échec jamais réussi”

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Entre fiasco diplomatique et bluff stratégique : Israël revendique “le plus bel échec jamais réussi”

Le bluff dévoilé : la vérité sur la frappe israélienne au Qatar.

Un coup hasardeux aux conséquences politiques, diplomatiques et morales incalculables

« Tout le monde l’apprécie », a déclaré le président américain à la Knesset pour décrire le charme de Steve Witkoff. Ce médiateur de l’accord de cessez-le-feu, au visage avenant et à la voix douce, a su inspirer confiance à tous les protagonistes.
Mais lorsqu’il confie à l’émission culte “60 Minutes” qu’il s’est « senti trahi » par l’attaque israélienne menée à Doha, la capitale du Qatar, on devine qu’il a choisi les termes les plus modérés de son lexique diplomatique. Si un homme aussi affable parle de trahison, l’acte ayant déclenché cette réaction doit être d’une gravité extrême.

Quand Washington lâche ses alliés : une désillusion américaine désormais officielle

L’émotion de Witkoff ne fait que refléter l’état d’esprit de l’administration américaine dans son ensemble. Le message désormais limpide, depuis le président jusqu’aux échelons intermédiaires, est le suivant : la tentative d’assassinat des hauts responsables de l’équipe de négociation du Hamas à Doha n’était pas seulement un échec opérationnel, mais un acte irresponsable sur les plans sécuritaire, diplomatique et moral — notamment au regard du sort des otages israéliens.

« Ce genre d’opération impose une commission d’enquête », affirme un haut responsable, amer. Mais dans l’Israël post-7 octobre, où même le mot “responsabilité” semble avoir perdu toute signification, cette exigence paraît presque dérisoire.
On se souvient avec une certaine nostalgie de la commission Tzahnover, constituée en 1997 après la tentative ratée d’élimination de Khaled Mechaal en Jordanie. Celle-ci avait conclu que le Premier ministre de l’époque, Benjamin Netanyahou, avait agi avec une légèreté inacceptable.

 Kushner et le piège du storytelling : un narratif officiel en miettes

Le dernier épisode de cette affaire désastreuse a été la déclaration de Jared Kushner, ancien conseiller spécial de Donald Trump, lui-même impliqué dans des négociations au Moyen-Orient. « Les Israéliens ont informé l’administration américaine juste après l’attaque », a-t-il déclaré avec une innocence feinte. Cette tentative de justification, loin d’atténuer les critiques, les amplifie.

Si l’attaque était vraiment « si réussie », comme l’a prétendu une partie des relais de communication proches du pouvoir israélien,
pourquoi avoir laissé l’allié américain dans le flou ?
Pourquoi n’avoir assumé cette action que sous la pression de la révélation par les médias ? La réponse est simple : il ne s’agissait pas d’un succès, mais d’un pari hasardeux, qui a coûté cher sur le plan diplomatique.

 L’effet boomerang : Doha humiliée, Washington furieuse, et Jérusalem muette

Doha, qui accueillait les négociateurs du Hamas à la demande expresse des États-Unis et d’Israël, se retrouve trahie dans sa propre capitale.
Washington, humiliée d’avoir été tenue à l’écart, voit sa crédibilité entamée au moment même où elle tente de maintenir son influence dans une région minée par les tensions.
Et Israël, censé sortir renforcé d’un tel coup de force, récolte l’opprobre de ses partenaires tout en s’enfermant dans un silence pesant.

Une communication schizophrène : “l’échec le plus réussi” ?

L’absurdité atteint son comble lorsque certains commentateurs pro-gouvernementaux en Israël qualifient cette opération de « plus bel échec jamais réussi ». Une formule qui relève plus du cynisme que du réel storytelling.
Car si la mission avait atteint son objectif, c’est-à-dire l’élimination des figures centrales du Hamas en négociation, l’effet aurait pu être comparable à celui de la liquidation de Qassem Soleimani. Mais ce n’est pas le cas. Aucun haut responsable du Hamas n’a été touché. Et le prix payé en retour, notamment dans le processus de libération des otages, est colossal.

 Ce que Witkoff ne dit pas, mais que tout le monde comprend

Le malaise américain exprimé à travers Steve Witkoff est d’autant plus significatif qu’il est inhabituel de voir les États-Unis exposer ainsi publiquement leurs différends avec Israël, surtout en pleine guerre. Witkoff a parlé à la télévision américaine, mais il s’adressait en réalité à Jérusalem. Son message est clair : “Vous avez saboté notre stratégie, et nous avons perdu la main.”

La conclusion, elle, est accablante : Israël a mené une opération non assumée, mal planifiée, dont les conséquences dépassent le simple cadre militaire. Elle a fragilisé une alliance, compromis des négociations vitales, et mis en danger des vies israéliennes.

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