40 millions de NIS alloués par l'état d'Israël aux transports publics arabes

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40 millions de NIS alloués par l'état d'Israël aux transports publics arabes

Pour la première fois, l'État israélien accepte de financer la planification de projets de transport conçus par les autorités locales arabes elles-mêmes. Un tournant salué sur le terrain, mais aussitôt tempéré par une question centrale : qui paiera l'exécution ?

Un premier pas budgétaire pour les infrastructures de transport dans les localités arabes

Le ministère israélien des Transports vient de franchir une étape inédite en allouant 40 millions de shekels à la planification de projets de transport dans les municipalités arabes, une décision saluée comme historique mais jugée insuffisante par les élus locaux qui réclament désormais un financement pour l'exécution des travaux.

Un appel à projets sans précédent

Le ministère des Transports a publié récemment un appel à projets qui permet, pour la première fois, aux dirigeants des autorités locales arabes de concevoir eux-mêmes leurs projets de transport et d'obtenir un financement intégral de l'État pour la phase de planification.
Cette initiative répond à une demande formulée par l'association Sikkuy-Aufoq et par le comité des chefs des autorités locales arabes, qui réclamaient depuis longtemps une prise en main locale de l'aménagement du territoire.
Au moins quarante projets municipaux bénéficieront de ce nouveau cadre. La priorité sera donnée à la sécurité aux abords des établissements scolaires, au développement des transports en commun et au raccordement des quartiers aux grands axes routiers. Jusqu'à présent, les budgets de développement se concentraient sur des projets d'envergure gérés par des sociétés publiques, laissant de côté les besoins quotidiens comme les ronds-points, les zones de dépose sécurisées ou le pavage des rues internes.

Une planification jugée nécessaire mais insuffisante

Roy Barak, responsable des transports à Sikkuy-Aufoq, qualifie la mesure de changement de conception important, puisque l'État permet pour la première fois aux autorités arabes de décider elles-mêmes des projets prioritaires selon les besoins de leurs administrés. Il prévient toutefois que la planification est une condition nécessaire mais non suffisante. Sans budget dédié à l'exécution, les plans resteront dans les tiroirs.

Cette inquiétude est partagée par Farès Badhi, avocat et chef du conseil local de Kafr Qara, qui dénonce un manque profond d'attention budgétaire accordée depuis des années aux infrastructures dans la société arabe. Il évoque les inondations hivernales récurrentes, les réseaux souterrains endommagés et les routes dépourvues d'aménagements de circulation adéquats. Selon lui, combler des décennies de retard ne se fait pas en un claquement de doigts, mais une stratégie pluriannuelle appuyée sur de vrais budgets est indispensable. Il rappelle que les routes reliant les localités arabes servent l'ensemble des citoyens du pays et qu'il n'est pas justifié qu'elles restent en bas de la liste des priorités.

Des projets déjà approuvés mais gelés faute de budget

Au comité national des chefs des autorités locales arabes, on met en garde contre la création d'un nouveau stock de plans alors que de nombreux projets déjà validés restent gelés faute de budget d'exécution.
Abed Shehadeh, représentant du comité national, s'interroge sur l'utilité d'ajouter encore des plans si, au bout du compte, aucun moyen ne permet de les concrétiser. Il cite l'exemple de la route 65 dans le secteur de Wadi Ara, dont le budget de réfection aurait été redirigé par le ministère des Transports vers la ville de Hadera. Selon lui, une autorité arabe ne dispose pas de recettes propres issues de la taxe professionnelle et dépend entièrement des budgets de l'État. Lorsque les priorités sont fixées ailleurs, les projets locaux restent bloqués.

Le cas d'Oum el-Fahem, symbole d'un besoin de terrain

Salah Badran, responsable des transports en commun à la municipalité d'Oum el-Fahem, insiste sur la nécessité d'une planification ancrée dans la réalité du terrain plutôt que décidée depuis les bureaux ministériels. La ville compte actuellement 156 arrêts de bus et a lancé un appel d'offres pour en construire 120 supplémentaires, un projet déjà en phase finale d'approbation. Le budget d'exécution disponible ne couvre toutefois que les dix premiers arrêts. La population locale, en particulier les élèves, dépend fortement des transports en commun et attend des arrêts concrets plutôt que des plans sur le papier.

Des conséquences directes sur la sécurité routière

L'absence d'infrastructures internes, de trottoirs et d'arrêts de bus aménagés crée une dépendance quasi totale à la voiture individuelle dans ces localités. Cette situation se traduit par une surreprésentation des citoyens arabes parmi les victimes d'accidents de la route graves en Israël, alors que leur part dans la population générale est nettement inférieure.
Le déséquilibre entre les investissements massifs consentis pour les grandes infrastructures nationales et la négligence des besoins locaux est apparu récemment au grand jour avec l'ouverture de deux nouvelles gares ferroviaires à Tira et à Taybe, dans le cadre de la ligne ferroviaire de l'Est. Ces gares ont ouvert leurs portes sans que le réseau de bus local ait été adapté, obligeant les habitants à continuer de recourir à leur véhicule personnel faute de lignes reliant les quartiers aux quais.

La réponse du ministère des Transports

Le ministère des Transports et de la Sécurité routière affirme mener pour la première fois une démarche historique et sans précédent visant à réduire les écarts en matière de transport dans les localités des minorités, en donnant aux autorités locales les compétences et les outils nécessaires pour planifier des solutions adaptées à leurs besoins. Selon le ministère, cette première phase, dotée de 40 millions de shekels, doit permettre l'élaboration de plans professionnels et l'établissement d'estimations d'exécution. Le financement de la phase de mise en œuvre sera examiné une fois le processus de planification achevé, en fonction de l'ampleur des projets et des besoins identifiés sur le terrain.

Une première hirondelle, loin d'annoncer le printemps

L'appel à projets marque un tournant symbolique dans la manière dont l'État aborde les besoins des localités arabes, mais résorber des décennies de sous-investissement exigera des milliards de shekels. Entre la volonté affichée de réforme et les moyens réellement mobilisés pour l'exécution des travaux, un fossé subsiste, et c'est précisément ce fossé qui déterminera si cette annonce restera un geste politique ou se traduira en routes, trottoirs et arrêts de bus bien réels.

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