1940 – 8 septembre 1943 : Période où les Italiens n’ont pas déporté de Juifs vers la mort

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1940 – 8 septembre 1943 : Période où les Italiens n’ont pas déporté de Juifs vers la mort

1940 – 8 septembre 1943     :Pendant cette période, les Italiens  n’ont pas déporté de Juifs vers la mort.

Une affirmation surprenante quand on connaît l’antisémitisme affiché par Mussolini.

Le 8 septembre 1943, le Royaume d’Italie signe un armistice avec les Alliés qui ont conquis le Sud du pays. Immédiatement les Allemands occupent le nord de la péninsule et y proclament une République sociale. La Shoah commence avec la participation des autorités et de la police italienne. 7 500 Juifs italiens seront victimes de la Shoah.

Le « problème juif » n’est pas aigu en Italie car le pourcentage de Juifs dans la population est très faible : 1 pour 1 000[1] 45 000  dont quelque  10 000 étrangers. Les Juifs italiens sont dans le pays depuis longtemps et sont bien intégrés. 40% sont mariés à des épouses aryennes, ce qui dénote une bonne assimilation.[2] A plusieurs reprises les Allemands ont demandé à Rome une politique plus rigoureuse envers les Juifs, sans résultats. Les Italiens savaient que Berlin au-delà des remontrances n’interviendrait pas. L’ambassade d’Allemagne à Rome avait des ordres stricts d’éviter toutes actions qui pourraient mettre en péril les relations amicales entre l’Italie et l’Allemagne. Il était impensable d’évoquer un sujet aussi inflammable que la question juive.[3]

A l’exemple des Nazis, Rome promulgue en novembre 1938 une série de lois raciales. Les Juifs ne peuvent plus exercer leurs professions, être propriétaires au-dessus d’une certaine valeur, être employés dans la banque, l’assurance et l’administration, envoyer leurs enfants dans des écoles publiques, se marier ou employer des non juifs. Tous les Juifs étrangers doivent être expulsés.[4]

Heureusement, « à l’italienne », il est prévu de nombreuses exemptions pour les Juifs de nationalité italienne. L’une permet aux Juifs méritants ou jouissant d’un statut civique important d’obtenir une exemption pour eux et leur famille.[5] Mieux encore qu’une simple exemption, une commission peut arbitrairement déclarer si l’on est juif ou pas.[6] Ici les relations et les « générosités » obtiennent des résultats. Pendant cette période, sous la pression des mesures raciales, au moins six mille Juifs émigrèrent et autant se convertirent.[7]

Il n’en est pas allé ainsi pour les Juifs étrangers. En septembre 1939, 6 500 avaient été forcés de quitter le pays. Ils furent en partie remplacés par plus de 3 000 réfugiés en provenance d’Allemagne, de Pologne, de Roumanie et d’Autriche. Les frontières avaient pourtant été fermées en août mais de « sympathiques » garde-frontières fermèrent les yeux.[8] A la déclaration de guerre, ils furent tous internés dans des camps plus que précaires qu’ils durent aménager eux-mêmes.

Les Italiens avaient refusé de déporter les Juifs présents en Italie. Ils vont plus loin en protégeant les Juifs qui vivent dans les territoires étrangers qu’ils ont conquis. La Croatie en est un bon exemple. Dès le début 1941 les troupes italiennes occupent une grande partie du littoral de ce pays. Elles empêchent les Oustachis du dictateur croate Ante Pavelic de s’emparer des quelque 3000 Juifs y vivant. Les Allemands demandent à Mussolini de coopérer avec le dictateur. Il leur assure le faire, mais localement tout est mis en œuvre pour retarder toute action. En 1942 les Allemands demandent la livraison de ces Juifs. Les Italiens utilisent les manœuvres dilatoires dont ils sont experts. Mieux, à la mi 1943 prévoyant leur propre retrait, ils transférèrent quelques milliers de Juifs à l’abri dans l’île d’Arbe à quelques kilomètres du continent.[9]

Une situation semblable se présente en Grèce. A l’automne 1941 la partie Nord et la Crête avec 55 00 Juifs est occupée par les Allemands, le Sud où vivent 13 000 Juifs par les Italiens. Entre mars et août 1943 45 000 seront envoyés à la mort à Auschwitz Birkenau de la principale ville de la zone allemande, Salonique. A Athènes et dans le reste de la zone italienne aucune déportation n’eut lieu. Mieux, des militaires italiens se rendent à Salonique. Ils transfèrent vers leur zone les Juifs de nationalité italienne qui s’y trouvent. Les Allemands laissent faire.[10]

A la mi-novembre 1942, à la suite du débarquement allié en Afrique du Nord, les armées allemandes et italiennes occupent la zone libre française. La zone italienne s’étend alors de la Côte d’Azur au Dauphiné et à la Savoie. Un havre de paix et de liberté pour les Juifs. S’opposant aux Allemands et au gouvernement de Vichy, les Italiens vont courageusement multiplier les mesures de protection de la population juive présente dans leur zone d’occupation. Pas un seul Juif ne sera livré aux Allemands.

Copyright Marc-André Charguéraud. Genève 2023

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