la paracha de la semaine par Claude Layani . KI TISSA Le peuple à la nuque raide

Paracha de la semaine - le - par .
Transférer à un amiImprimerCommenterAgrandir le texteRéduire le texte
FacebookTwitterGoogle+LinkedInPinterest

Ki Tissa Le peuple à la nuque raide

 

Alors que les sections hebdomadaires de Terouma et de Tetsavé ne traitent que d'un seul sujet, à savoir l'ordre donné de construire le Sanctuaire du désert et que les deux dernières sidrot du livre de Chemot n'énoncent que l'exécution de cet ordre, la sidra Ki tissa que nous lirons ce chabbat nous propose toute une série de mitzvoth.

C'est cependant le péché commis par le peuple, façonnant et adorant le veau d'or, qui est l'événement lourd de conséquences, qui domine notre section sabbatique. Il s'agit en somme d'un égarement qui peut étonner et qui nous apparaît d'autant plus énigmatique que le peuple avait eu, peu de temps auparavant, la vision de la souveraineté de D.ieu. Nous ne pouvons expliquer un tel égarement que par l'obsession humaine en face d'une puissance encore méconnue de vouloir illustrer une expression concrète et imagée.

Nos commentateurs sont de l'avis que ce n'est nullement l'étroitesse de vue ou l'erreur commise qui sont sanctionnées par cette "avodah zarah", ce culte idolâtre, mais uniquement l'admiration de l'idole et des orgies qui se sont déroulées autour du veau d'or. Dans l'imprécision du sentiment d'un peuple récemment libéré de l'esclavage, on ne lui reproche pas de voir en l'or une puissance supérieure mais d'agir au gré du penchant de son coeur. Passe encore qu'il sacrifie son or avec une libéralité déconcertante, mais s'adonner à des plaisirs sensuels avec autant de spontanéité et une telle frénésie, dépasse la mesure. C'est ainsi que Moïse est amené à traiter le peuple de "am keché oréf" le peuple à la nuque raide.. Et Israël dès lors porte le qualificatif de peuple à la nuque raide, vite révolté, dur à discipliner, à se soumettre à l'enseignement de l'histoire mais aussi dur, incorruptible, insensible aux offres d'une persécution sanglante ininterrompue des millénaires durant, dans une attente bouleversante de confiance et d'humilité de la rédemption.

D'après le Kouzari de Judah Halévy, le peuple, désamparé par l'absence de Moïse qui était monté pour aller chercher les tables de la Tora, crut que Moïse était mort: "nous ne savons pas ce qui lui est advenu(verset 1)Dans son esprit, c'est Moïse qui l'a fait monter d'Egypte et la Toute-Puissance de D.ieu Un et indivisible n'est pas en cause, il faut faire un dieu "qui marche devant nous". Le midrach rapporte d'ailleurs que d'mpressionnants phénomènes météorologiques ne cessaient de se produire à ce moment, et accrédisant ainsi l'hypothèse de la disparition de Moïse dans l'esprit de ces hommes dépendants et facilement impressionnables.

Cette lecture jette une lumière crue sur l'idée que se faisaient les Hébreux de "l'homme Moïse". Car l'existence et la toute-puissance du D.ieu Un n'est pas en cause dans l'épisode du veau d'or. Mais aucun Hébreu ne concevait D.ieu autrement qu'à travers Moïse. Ce dernier était pour eux un surhomme, l'intermédiaire indispensable entre D.ieu et le peuple. Moïse disparu signifie que tous les ponts sont coupés avec D.ieu ; il faut les rétablir, et voilà pourquoi le peuple fabriqua le veau d'or... Il appartiendra aux survivants de prendre conscience qu'après tout Moïse est un homme, et que ni sa présence ni son absence n'ajoute ni n'enlève rien à D.ieu non plus qu'à sa loi (Kouzari)

Le veau d'or en lui-même, le matérialisme qu'il représentait, pouvait, au sentiment de Moïse, être surmonté par les tables mêmes qu'il apportait au peuple. Il savait que la Tora pouvait inspirer le repentir et la contrition, donner des impulsions spirituelles là où les valeurs matérielles l'avaient emporté. Mais "les danses" étaient l'expression d'une joie, d'une complaisance et d'une passion dans le péché. En présence d'un tel état d'esprit, les tables sont devenues un poids mort, les commandements inscrits sur elles incapables d'influencer le peuple.

C'est ce que le midrach entend lorsqu'il dit: "Au moment où le Saint-Béni-Soit-Il donna les tables à Moïse, elles se supportaient d'elles-mêmes. Mais dès que Moïse descendit de la montagne et, s'approchant du camp, vit la réalité des faits, l^écriture divine s'envola et elles devinrent lourdes pour les bras de Moïse (Tan'houma,Ki Tissa 26)

Pour le Juif qui leur est fidèle, les lois de la Tora, aussi bien dans leur aspect positif que dans leur aspect négatif, ne sont nullement un fardeau. Mais pour celui qui cherche à satisfaire avant tout ses propres caprices, ses fantaisies, ses instincts, les lois divines sont un joug qui fait de la Tora un poids mort et les Tables du Témoignage deviennent des vulgaires tessons.

 

CLAUDE  LAYANI

Vos réactions

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

A voir aussi