Laurent Bartoleschi: Alexandre Astier, merci de nous accorder cette interview. Acteur,scénariste,réalisateur,producteur,et même compositeur, tout cela à la fois pour cette mini-série désormais culte Kaamelott, qui sort aujourd'hui en livre: Kaamelott, texte intégral , Episodes 1 à 100, qui paraît aux éditions télémaque; alors, Kaamelott est sortie en DVD, en BD, maintenant en livre, quel est en le but ?
Alexandre Asiter: J'ai toujours voulu que les textes bruts existent, depuis la fin du Livre I. Et j'ai toujours voulu que ce livre soit "technique", comme les scripts que les comédiens avaient sur le plateau de tournage. Ce qui est plus important que le texte, encore, ce sont les didascalies. Elles sont courtes, toujours, mais représentent ma façon de voir la direction d'acteurs : des indications toujours simples et concises, qui inspirent à un comédien une intention claire et évidente .
LB: N'avez vous pas peur que suite à ce livre, trop de monde parle le kaamelott, et que du coup cela n'ai plus l'effet de surprise de ce parlé ?
AA: J'ose espérer que je sais encore mieux parler le Kaamelott que les gens qui liront ce livre. Tant que j'ai un cran d'avance — celui de la surprise de bouleverser Kaamelott, par exemple — je ne rique pas trop grand chose.
LB: Il y a eu plusieurs essais avant kaamelott, ca a été dur de faire aimer votre projet aux producteurs ?
AA: Non. Les essais étaient auto-produits. Je ne voulais pas arriver auprès des producteurs avec un projet sur papier. Kaamelott, sur papier, sans connaître le jeu et les acteurs qui vont avec, c'est indescriptible. Faire mes propres pilotes, c'était la possibilité de montrer le "produit fini", et une manière de faire comprendre aux producteurs et à la chaîne que ce n'était pas un "work in progress" mais une idée aboutie. Et je suppose que si les gens de M6 ont tout de suite aimé, c'est justement parce qu'ils ont pu regarder des épisodes finis et non pas une bible et une liste de personnage sur un dossier de présentation.
LB: Est ce que vous employez vous même des expressions de kaamelott dans votre vie? Du genre: "Me chauffer les zarpion, ou de fermez vos mouilles"?
AA: Non, j'emploie plutôt des expressions de ma vie dans Kaamelott.
LB: L'écriture des personnages est très attachante, es-ce que Perceval ne vous manque pas
un peu dans la vie ?
AA: Non parce que Perceval est écrit comme un enfant. Et j'ai des enfants, garçons et filles… Et ils ont cette capacité de naïveté extrême, mêlée à la technicité absolue… Les descriptions des enfants — d'un film, par exemple, ou de quoi que ce soit qu'ils aient décidé de relater — sont toujours "logiques dans l'illogisme", comme les répliques de Perceval. Je n'ai jamais écrit Perceval comme un idiot, contrairement à ce que pourrait penser le public. Pour moi, Perceval est un enfant : naïf, inventif et 100% honnête, parfaitement épargné par le cynisme.
LB: Comment ce livre pourra convertir les non adepte de kaamelott ?
AA: Je ne sais pas si les non-adeptes de Kaamelott l'achèteront, ça me semble peu probable… Mais s'ils tombent dessus dans les cabinets de chez leurs amis, et qu'ils jettent un œil sévère dessus, ils sauront peut-être se laisser amuser par quelques répliques qu'ils pourront interpréter "à leur sauce" sans être pollués par le comédien… Je doute que cela suffise. Ce livre est avant tout une autre façon de vivre le monde de Kaamelott, comme lire une pièce qu'on a aimée. C'est une activité singulière qui peut être très agréable mais… ça m'est difficile d'imaginer la lecture de l'ouvrage sans la référence de la série. Je serais d'ailleurs curieux de voir ce que ça donne.
LB: Quel effet ça fait de commander et de rabaisser ses parents à l'écran, ca doit être jouissif non?
AA: Oui. Le plus curieux est que ça a l'air de l'être aussi pour eux. C'est encore plus étrange, non ? En fait, je connais tellement bien mes parents que je pense avoir été capable de le pondre des personnages à leur goût. C'est le plaisir de jouer qui compte. Mais pas que chez moi. Je crois que le plaisir d'un acteur à jouer est la seule véritable chose qui mérite d'être filmée.
LB: Le livre 6 est en préparation, il reviendra sur la "jeunesse" d'Arthur à Rome, très bien ! Mais saura t'on quand même ce qu'il arrive à Arthur à la fin du livre 5 ou faudra t'il attendre la trilogie au cinéma.
AA: La saison 6 se compose de 9 épisodes de 40 minutes. 8 épisodes sur la jeunesse d'Arthur et 1 sur la période "post-suicide".
LB: Et ce graal alors? ça peche ?
AA: Troisième volet de la trilogie cinéma. Il en sera question…
LB: LOL, comedie très réussie, vient de sortir, c'est votre 2ème complicité avec la réalisatrice Lisa Azuelos, racontez nous.
AA: J'adore ce que Lisa me confie. Ces personnages noyés dans leur quotidien sentimental et domestique… Et quel cadeau de jouer l'ex-mari de Sophie Marceau. Au cinéma, je ne sais pas pourquoi, il est toujours plus agréable de jouer les ex ou les cocus que les amoureux transis. En tout cas, moi, je préfère mille fois.
LB: Et enfin pour conclure, y aura t'il une suite des textes integral ?
AA: Je l'espère grandement. Si ce premier livre trouve son public, toutes les saisons seront éditées. C'est en tout cas ce que je souhaite : regarder un peu l'épaisseur de ce que j'ai pondu en quelques années, et la mesurer avec un mètre-ruban… J'aime bien les chiffres.
Propos recueillis par Laurent Bartoleschi