Claudine Douillet

Claudine Douillet,st fondatrice, gérante et rédactrice en chef d'Alliance, premier magazine juif francophone créé sur le web en 1996. Depuis près de trente ans, elle dirige la ligne éditoriale du titre, en assurant une veille quotidienne de l'actualité israélienne et juive internationale, traduite et adaptée pour le lectorat francophone.
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Les articles de Claudine Douillet

Fausse note : Kad Merad et Benoît Poelvoorde face au poids de la mémoire -extrait vidéo-

Fausse note : Kad Merad et Benoît Poelvoorde face au poids de la mémoire -extrait vidéo-

Fausse note : Kad Merad et Benoît Poelvoorde face au poids de la mémoire

Alexandre Arcady signe un nouveau film sur le devoir de mémoire, porté par deux comédiens au sommet de leur art, mais desservi par un scénario qui n'ose pas aller jusqu'au bout de sa propre question.

Le film "Fausse Note", réalisé par Alexandre Arcady est adapté de la pièce de théâtre éponyme de Didier Caron*

Le film sort en salles le 7 octobre 2026 en France.

Un huis clos entre bourreau et rescapé

Lors de son ultime concert à Paris, un chef d'orchestre de renom est confronté à un admirateur insistant. Sous ses airs de monsieur tout le monde, cet homme s'infiltre dans l'Opéra, perturbe la soirée et impose un face-à-face que personne n'avait vu venir. Ce qui ressurgit alors, c'est un passé commun enfoui dans les années noires de la Shoah. Cet admirateur est venu enfin confronter celui qu'il tient pour le meurtrier. Une nuit s'installe, où la musique devient le révélateur d'une vérité que personne n'était prêt à entendre.

Une question qui aurait mérité d'être creusée davantage

Le film loge son idée la plus forte dans un retournement vertigineux.

Un matin, dans la cour glaciale d'un camp, des prisonniers sont sommés de jouer Mozart au violon. La musique doit être parfaite : ce n'est pas un divertissement, mais une épreuve où chaque note compte. Un père et son fils s'y retrouvent confrontés, et cet instant va marquer le fils à jamais.

Des années plus tard, le fils demeure prisonnier de cet instant.

C’est là que le film devient véritablement vertigineux. Car son bourreau, assis face à lui, comprend immédiatement la puissance destructrice de ce doute. Il s’en empare comme d’une arme et la retourne contre sa victime.

Et si ce n’était pas le nazi qui avait tué son père, mais lui-même ?

Le crime change alors de place. Le bourreau s’efface derrière la culpabilité de l’enfant. La victime finit par porter le poids d’un meurtre dont elle n’est pas responsable. Et c’est précisément dans ce renversement que réside l’intelligence la plus troublante du film.

Mais Alexandre Arcady s’arrête au bord de ce vertige, là où il aurait fallu plonger.

Car cette culpabilité du survivant ouvre une question autrement plus vaste, et peut-être l’une des plus terribles que la mémoire de la Shoah puisse poser : pourquoi la victime cherche-t-elle sans fin ce qu’elle aurait pu faire autrement, quand le bourreau, lui, peut avoir commis l’irréparable sans être dévoré par la même culpabilité ?

Le fils se condamne pour une note. Le nazi, lui, devrait répondre d’un meurtre.

C’est cette dissymétrie morale qu’il aurait fallu pousser jusqu’à son terme : la victime qui s’accuse, le bourreau qui accuse ; l’enfant qui porte une faute qui n’est pas la sienne, face à l’homme qui a commis le crime et tente encore de lui en faire porter le poids.

Car la véritable monstruosité n’est peut-être pas seulement de tuer. Elle est de pouvoir tuer sans compassion, puis de regarder sa victime dans les yeux et de lui faire croire que le crime, d’une manière ou d’une autre, était aussi le sien.

Une parabole qui marque durablement

Une scène se détache par sa force et sa simplicité. Durant les camps, le père du rescapé psalmodiait chaque jour ses prières malgré l'horreur environnante. Excédé, son fils finit par lui demander s'il est obligé de prier ainsi tous les jours. Le père répond qu'il doit le faire, car on prie le jour de sa mort. Le fils objecte qu'il n'est pourtant pas mort. Le père rétorque alors que, ne sachant jamais quand la mort viendra, il faut prier tout le temps. Cette parabole, d'une grande justesse, dit à elle seule tout le poids de la survie et de la foi dans l'enfer concentrationnaire.

Merad et Poelvoorde portent le film

Kad Merad livre une prestation remarquable, avec un ton d'une grande justesse tout au long du film. Benoît Poelvoorde impressionne également dans un registre plus grave qu'à l'accoutumée. À eux deux, ils tiennent un film qui aurait pu, sur le papier, verser dans le pathos ou la démonstration.

Un scénario en demi-teinte

Malgré ces deux interprétations solides,  la confrontation entre les deux hommes aurait sans doute gagné à être portée au théâtre, où l'intensité du texte et des face-à-face aurait pu s'exprimer pleinement.
Le film souffre également d'un déséquilibre dans la caractérisation de ses personnages.
Le rescapé juif est présenté comme un homme vulnérable, qui a besoin d'appeler sa femme pour trouver le courage d'affronter la fameuse question quand le chef d'orchestre, lui, semble n'avoir besoin de personne.

Un film qui trouvera son public

Ces réserves n'enlèvent rien à l'intérêt du film pour le grand public. Fausse note aborde un sujet qui touche profondément, porté par deux acteurs au sommet, et prolonge à sa manière le travail de mémoire qu'Alexandre Arcady mène depuis des décennies au cinéma.

* Les mots de la pièce

Avant de devenir un film, Fausse Note fut une pièce de théâtre de Didier Caron, construite comme un huis clos où la musique finit par céder la place à la mémoire et à la culpabilité.

Quelques répliques en disent toute la tension :
« Il n’y a qu’une seule peur qu’il est bon d’avoir, c’est celle du ridicule », lance le chef d’orchestre, avant cette injonction teintée d’ironie :
« Ôtez ce peignoir, Mozart ne souffre pas qu’on le joue en sortie de bain. » Mais derrière l’apparente légèreté, le passé ressurgit et les mots changent de portée : « Dieu a les mains couvertes de sang et de cendres. »
Puis vient la phrase qui condense peut-être toute la violence de cette confrontation : « Vous avez remis de la douleur sur la douleur. » Dans Fausse Note, la « fausse note » n’est donc jamais seulement une erreur musicale : elle devient la dissonance d’un passé qui refuse de se taire.

 

Frères musulmans : le rapport que Macron voulait enterrer met la France face à ses lâchetés

Frères musulmans : le rapport que Macron voulait enterrer met la France face à ses lâchetés

 

Frères musulmans : le rapport que Macron voulait enterrer met la France face à ses lâchetés

Un rapport de 73 pages commandé par l'État lui-même, gardé sous clé pendant des mois, puis révélé malgré l'Élysée. Voilà ce qui a mis Paris sens dessus dessous en mai 2025, et ce qui continue de produire ses effets huit mois plus tard, jusque dans les couloirs de l'Assemblée nationale.

Un document que l'exécutif ne voulait pas voir sortir

Le texte s'intitule « Frères musulmans et islamisme politique en France ». Il a été commandé fin 2024 par le gouvernement Attal, rédigé par le diplomate François Gouyette et le préfet Pascal Courtade, avec l'appui des services de renseignement.
Remis au ministre de l'Intérieur Bruno Retailleau, il est resté entre les mains de l'exécutif plusieurs semaines avant de fuiter dans Le Figaro le 20 mai 2025.
Emmanuel Macron a mal pris la fuite. Selon plusieurs sources concordantes, il a sèchement recadré ses ministres lors d'un Conseil de défense tendu, visant en particulier Retailleau.
Le rapport qu'il avait lui-même commandé s'était retrouvé dans la presse avant qu'il n'ait décidé quoi en faire.

Ce que dit réellement le rapport

Le document ne parle pas de complot fantasmé mais d'une stratégie documentée sur le long terme. Il évoque un entrisme islamiste qui se diffuse d'abord au niveau local, à travers un tissu associatif et des institutions républicaines infiltrées pas à pas.

Le rapport identifie 139 lieux de culte rattachés à la mouvance frériste, auxquels s'ajoutent 280 associations actives dans une multitude de secteurs qui encadrent la vie quotidienne des musulmans de France : culturel, caritatif, scolaire, professionnel, jeunesse, financier.

L'éducation apparaît comme la priorité stratégique de la branche française des Frères musulmans, à un degré qui la distingue nettement de ses homologues européens.
Le rapport recense 21 établissements scolaires liés à la mouvance en septembre 2023, dont 18 directement rattachés et 3 réputés proches, accueillant au total 4 200 élèves. Il tire également la sonnette d'alarme sur l'activisme d'une nouvelle génération de prédicateurs, particulièrement présents sur les réseaux sociaux.

Sur l'ampleur du phénomène, le directeur national du renseignement territorial, Bertrand Chamoulaud, cité dans la proposition de résolution européenne déposée par le député Éric Pauget en mai 2025, avance un chiffre qui donne la mesure de la progression : le nombre de Frères musulmans présents sur le territoire national est passé de 55 000 en 2019 à plus
de 100 000 en 2024, soit un doublement en cinq ans.

Le rapport conclut que cette réalité, même si elle ne recourt pas à la violence, fait peser un risque sur le tissu associatif, les institutions républicaines et la cohésion nationale.

La colère de l'exécutif, la prudence des mesures

Après la fuite, Macron a réuni en urgence son Premier ministre et les ministres des Affaires étrangères, des Finances, de l'Éducation nationale et des Sports, trois secteurs identifiés comme particulièrement exposés à cet entrisme par le bas.
Il a exigé de nouvelles propositions, jugeant celles qui lui étaient présentées insuffisantes au regard de la gravité des faits.
La mesure retenue en juin 2025, l'interdiction de nommer des imams formés à l'étranger, est restée en deçà de l'ampleur du problème décrit dans le rapport, puisque la mouvance forme depuis longtemps ses propres imams sur le sol français. Un sondage CSA a montré que la question dépasse largement les clivages partisans dans l'opinion publique.

Le Parlement reprend le dossier

Ce que l'exécutif a traité avec prudence, l'Assemblée nationale l'a repris avec plus de netteté. Un rapport de la commission des Affaires européennes, présenté en janvier 2026 par le député Éric Pauget, s'appuie explicitement sur le document de mai 2025 pour soutenir une résolution visant à inscrire la mouvance des Frères musulmans sur la liste européenne des organisations terroristes. L
e rapport parlementaire conclut sans détour que l'idéologie et l'activité de cette mouvance en France sont incompatibles avec les principes de la démocratie libérale.
Un second rapport, celui de la commission des Affaires étrangères, enfonce le clou en janvier 2026 en soulignant la stratégie de dissimulation qui caractérise cette organisation et la difficulté qu'elle pose aux services de l'État pour en mesurer précisément l'étendue.

Une réaction qui confirme le malaise

Les organisations musulmanes de France, dont le Conseil français du culte musulman, ont dénoncé des amalgames dangereux et une stigmatisation. Cette réponse ne change rien au constat central du rapport, documenté par des services de renseignement et validé deux fois par des instances parlementaires distinctes : une stratégie d'implantation patiente, financée depuis l'étranger, qui avance précisément parce que la France politique a mis vingt ans à la nommer par son nom.

Ce que la France choisit de ne pas voir

Deux rapports, deux ans d'intervalle, la même conclusion. Ce n'est plus un dossier confidentiel, c'est un constat d'État. La question qui reste posée n'est plus de savoir si l'entrisme existe. Elle est de savoir combien de temps encore la France choisira de le documenter plutôt que d'y répondre.

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Du cargo Yuvali à la Résolution 23 : l'histoire méconnue des Vietnamiens d'Israël

Du cargo Yuvali à la Résolution 23 : l'histoire méconnue des Vietnamiens d'Israël

Il y a quarante-neuf ans, un cargo israélien perdu au large du Vietnam a changé le destin de soixante-six inconnus. Aujourd'hui, sept cents Vietnamiens vivent en Israël, entre héritiers de ce sauvetage et travailleurs venus combler les serres et les maisons de retraite du pays.
Une nouvelle loi votée à Hanoï pourrait redessiner ce lien improbable.

Un cargo, une tempête et un geste fondateur

Le 10 juin 1977, le Yuvali, cargo israélien en route vers Taïwan, croise en mer de Chine méridionale une embarcation de fortune à la dérive depuis près d'une semaine.
À son bord, soixante-six hommes, femmes et enfants fuyant le régime communiste, sans eau, sans vivres, ignorés par des navires est-allemand, norvégien, japonais et panaméen qui ont préféré poursuivre leur route. Le capitaine Meir Tadmor donne l'ordre de les recueillir, malgré des canots de sauvetage prévus pour son seul équipage.

Ramenés en Israël, ces réfugiés deviennent le tout premier dossier traité par un certain Menahem Begin, fraîchement élu Premier ministre.
Son geste ne doit rien au hasard. Begin justifiera sa décision en évoquant le Saint Louis, ce paquebot chargé de neuf cents Juifs fuyant l'Allemagne nazie, refoulé de port en port avant que ses passagers ne soient renvoyés vers l'Europe.
Pour Begin, accueillir ces boat people vietnamiens n'était pas un acte de charité mais une dette morale. Entre 1977 et 1979, plus de trois cents d'entre eux recevront la citoyenneté israélienne, un logement subventionné et des droits pleins et entiers, un traitement alors inédit pour des réfugiés non juifs.

Des enfants du Yuvali à la communauté d'aujourd'hui

Beaucoup ont depuis quitté Israël pour des pays où ils comptaient déjà de la famille.
Mais un noyau est resté, entre 150 et 200 personnes selon les données de l'association vietnamienne locale, aujourd'hui installées à Haïfa ou dans le centre du pays, souvent bien intégrées, parfois propriétaires de restaurants devenus des institutions de quartier. Leurs enfants et petits-enfants parlent hébreu, ont fait leur service militaire, et racontent volontiers l'histoire du bateau comme on raconte une légende familiale.

Ce noyau historique ne représente toutefois qu'une fraction des sept cents Vietnamiens aujourd'hui recensés par l'ambassade du Vietnam en Israël. Le reste de la communauté n'a rien à voir avec l'épopée du Yuvali. Elle est arrivée pour travailler.

Pourquoi des travailleurs vietnamiens, alors qu'ils ne sont pas juifs

La question mérite d'être posée sans détour. Israël recrute depuis des années une main-d'œuvre étrangère non juive dans des secteurs que les citoyens israéliens désertent, l'agriculture sous serre et le soin aux personnes âgées en tête.

Le pays fonctionne, comme beaucoup d'économies développées, avec des permis de travail spécifiques accordés via des accords bilatéraux et l'Organisation internationale pour les migrations, sans lien avec la nationalité ou la religion des candidats.
Des Thaïlandais, des Népalais, des Sri-Lankais et des Vietnamiens occupent ainsi les postes que le marché du travail local ne pourvoit plus.

Le massacre de travailleurs agricoles thaïlandais au kibboutz Alumim le 7 octobre a brutalement rappelé la place que ces employés étrangers occupent dans l'économie réelle du pays, loin des projecteurs.
Depuis, plusieurs milliers ont quitté le territoire, aggravant une pénurie de main-d'œuvre agricole déjà qualifiée de pire crise du secteur par le ministère de l'Agriculture lui-même.
Le Vietnam, avec sa réputation de main-d'œuvre disciplinée et productive, figure parmi les pays sollicités pour combler ce vide, aux côtés de programmes de stage agricole qui existent, eux, depuis bien plus longtemps.

Le laboratoire agricole du Néguev, terre d'apprentissage

Car il existe une autre filière, plus ancienne et moins connue, celle des stagiaires.
Chaque année, plusieurs centaines d'étudiants vietnamiens en agronomie viennent se former onze mois durant au centre de recherche agricole du désert de Ramat Negev, où ils apprennent l'irrigation goutte à goutte, la gestion des serres et l'agriculture de précision avant de rentrer former à leur tour leurs compatriotes.
Ce pont technologique existe depuis près de deux décennies et constitue l'un des axes les plus concrets de la relation bilatérale.

Les deux pays entretiennent des relations diplomatiques depuis 1993.
Un accord de libre-échange, le VIFTA, est entré en vigueur en novembre 2024, et les échanges commerciaux devraient friser les quatre milliards de dollars sur l'année. Un séminaire tenu à Tel-Aviv en juillet dernier, réunissant l'université Ben Gourion et des experts vietnamiens, a confirmé l'ambition commune de bâtir une coopération agricole durable, entre irrigation intelligente, aquaculture en circuit fermé et variétés végétales résistantes à la sécheresse.

Ce que la diaspora vietnamienne attend, vu depuis Tel-Aviv

C'est dans ce paysage que s'inscrit la nouvelle résolution adoptée début août 2026 par le Bureau politique vietnamien, qui érige pour la première fois la diaspora, plus de six millions et demi de personnes dans le monde, en ressource stratégique nationale au même titre que le capital ou la technologie. Pour la présidente de l'association vietnamienne d'Israël, Truong Thi Hong, le texte change la nature de la relation entre Hanoï et ses expatriés, jusqu'ici cantonnés au rôle de bénéficiaires d'une politique d'assistance.

Elle y voit une occasion concrète pour la petite communauté israélienne de peser au-delà de son poids démographique, en devenant un relais entre les entreprises technologiques israéliennes et les besoins vietnamiens en irrigation, en cybersécurité ou en intelligence artificielle appliquée à l'agriculture.

Reste, dit-elle, à transformer l'intention politique en mécanismes réels, bases de données d'experts, canaux consulaires actifs, ponts universitaires. Un pari qui, pour une communauté née d'un sauvetage en haute mer, ne manque ni de sens ni de symbole.

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Exode arabe vers les villes juives : la nouvelle carte du logement en Israël

Exode arabe vers les villes juives : la nouvelle carte du logement en Israël

L'État réduit les réserves foncières dans les localités arabes et druzes, et les familles arabes migrent en masse vers les villes à majorité juive, qui en deviennent mixtes.

À l'approche des élections, alors que la question des relations entre Juifs et Arabes revient au cœur du débat public, le marché du logement dessine un tout autre tableau.
De plus en plus de familles arabes ne limitent plus leur recherche immobilière à leur lieu de naissance et s'installent dans des villes à majorité juive. L'exode n'est pas un phénomène nouveau, mais son ampleur s'accroît nettement sous l'effet des politiques d'aménagement du territoire.

Une part croissante de la population arabe dans les villes juives

Selon l'Annuaire de la Société Arabe, 8,3 % des citoyens arabes d'Israël vivent aujourd'hui dans des villes mixtes, et 41 % de la population arabe totale habite en zone urbaine. La pénurie de terrains dans les localités arabes d'origine pousse ces familles vers des villes à l'origine juives, qui en deviennent progressivement mixtes.

Une enquête de l'organisation « Shomerim » vient éclairer ce mouvement : elle révèle que l'État a réduit, au cours de l'année écoulée, des centaines de dounams de zones de développement pourtant promues depuis des années dans les localités arabes et druzes.

Moins de terrains pour les Arabes, plus de départs vers les villes juives

Le message est limpide : l'État resserre l'espace disponible dans les localités arabes, et les familles partent s'installer ailleurs.
En février, le Conseil national de planification et de construction a amputé de 140 dounams le plan de développement de Sakhnin et de 480 dounams celui d'Araba. Le plan d'Ilabon a lui aussi été réduit d'environ 150 dounams, et à Kisra-Sami, un projet d'extension de 850 dounams a été purement gelé.

Au cœur de ce virage, l'article 8C de la résolution gouvernementale n° 2586. Conçu à l'origine pour les communautés druzes et circassiennes et censé intégrer les projections démographiques jusqu'en 2065, ce texte, porté par la ministre du Logement Orit Struk, s'applique désormais aussi aux localités arabes qui n'ont ni statut druze ni circassien.

L'Administration de la planification s'en défend et parle de critères strictement professionnels : démographie, usage optimal des sols, préservation des espaces verts. Le ministère du Logement, lui, assume : les plans arabes seraient depuis des années surdimensionnés par rapport aux besoins réels, et l'objectif serait d'imposer des règles identiques partout. Les autorités arabes, elles, tirent la sonnette d'alarme : moins de terrains, c'est plus de pénurie de logements et un développement bloqué pour des décennies.

La réduction des réserves foncières entraîne une hausse de la demande dans les villes juives voisines. Nof HaGalil en est un exemple frappant. Fondée dans les années 1950 sous le nom de Haut-Nazareth, une ville à l'origine exclusivement juive, elle est devenue mixte suite à l'installation de familles originaires de Nazareth et des localités environnantes. Aujourd'hui, la population arabe y représente environ 29 %.

Une présence significative s'observe aussi dans d'autres villes historiquement juives. À Lod, la proportion d'habitants arabes est d'environ 31 %, à Acre d'environ 32 %, à Ramla d'environ 24 %, à Ma'alot-Tarshiha d'environ 22 % et à Haïfa d'environ 12 %. Dans l'agglomération de Tel Aviv-Jaffa, ce pourcentage est plus faible (4,5 %), bien que la présence soit beaucoup plus importante à Jaffa même.

Un choix économique plutôt qu'idéologique

Pour une famille en quête d'un appartement, les critères sont généralement d'ordre pratique : l'offre de logements, l'accès aux transports en commun, aux établissements scolaires et la proximité des lieux de travail. L'avocat et ingénieur civil Naif Abu Suais, fondateur de Gazit Engineering, explique le décalage entre la réalité du terrain et la façon dont elle est présentée au public.

« Quand une famille arabe de Nazareth achète un appartement dans la campagne galiléenne, ou qu'une famille d'un village du nord choisit de s'installer à Haïfa, il ne s'agit pas d'un acte nationaliste », explique Abu Suais. « On n'achète pas un appartement pour conquérir une ville et on ne contracte pas un prêt immobilier par idéologie. Ces personnes veulent exactement la même chose qu'une famille juive : un appartement convenable à un prix abordable, une bonne école pour leurs enfants, des routes, des transports, des commerces et un lieu de travail à proximité. »

Concernant le paysage de Galilée, Abu Suais ajoute : « Il y a quelques décennies, presque aucun Arabe n'y vivait, et aujourd'hui, ils représentent une part très importante de la population de la ville. Ce changement n'est pas le fruit d'une simple décision politique. Il est dû au fait que les gens ont regardé autour d'eux, ont vu une ville voisine offrant des logements et des services, et ont choisi de s'y installer. »

« La vie elle-même fait tomber beaucoup de murs »

Quand près d'un tiers des habitants de villes comme Acre, Lod et Nof HaGalil sont arabes, l'aménagement des quartiers, des écoles et des espaces publics exige une préparation adaptée. Abu Suais est convaincu que c'est précisément dans les rencontres quotidiennes que réside le véritable potentiel de coexistence : « La véritable coexistence ne commence pas par une conférence et ne s'achève pas par un slogan. Elle commence lorsque votre voisin est juif et vous arabe, ou inversement, et que vous vous croisez le matin sur le parking, que les enfants jouent dans le même parc et que vous vous plaignez tous deux des impôts fonciers et des mensualités de votre crédit immobilier. La vie elle-même fait tomber bien des murs. »

Cependant, vivre dans la même ville ne garantit pas l'égalité. Des études révèlent des inégalités persistantes en matière de représentation politique et d'éducation. Pour Abu Suais, l'État doit intervenir pour encadrer ce processus : « Si l'on constate déjà que des familles déménagent d'un quartier à l'autre à la recherche du meilleur endroit pour elles, l'État doit comprendre que la carte du territoire est en train de changer. Il est nécessaire d'aménager des quartiers qui conviennent à tous. »

« Je ne vois pas comme une menace l'achat d'un appartement par une famille arabe dans une ville à majorité juive », conclut-il. « Je vois simplement un citoyen israélien faire un choix économique. Et si nous voulons vraiment parler de coexistence, peut-être devrions-nous cesser de la chercher uniquement en politique et commencer à observer la réalité du terrain. »

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Comprendre la politique israélienne : conférence de David Shapira le 15 septembre à Tel-Aviv

Comprendre la politique israélienne : conférence de David Shapira le 15 septembre à Tel-Aviv

En Israël, aucun gouvernement ne se forme jamais seul.
La loi électorale impose la coalition, transforme chaque petit parti en faiseur de roi et donne aux équilibres religieux et sécuritaires un poids que peu d'observateurs étrangers savent lire correctement.

De la Knesset aux tractations de couloir, Alliance décrypte les rouages d'un système unique au monde, avant de donner rendez-vous à la conférence de David Shapira, qui promet d'aller plus loin encore dans les coulisses de cette mécanique fascinante.

Comprendre la politique israélienne suppose d'abord d'oublier les réflexes français. Pas de scrutin majoritaire, pas de duel entre deux blocs figés, pas de Premier ministre élu au suffrage direct. Tout repose sur un seul principe : la représentation proportionnelle intégrale, appliquée à l'échelle du pays tout entier, transformé en une unique circonscription.

La Knesset, un Parlement né de la proportionnelle

La Knesset (הכנסת, littéralement "l'assemblée" ou "le rassemblement") compte 120 sièges répartis proportionnellement entre toutes les listes ayant franchi le seuil électoral, fixé à 3,25 pour cent des voix.
Ce seuil, relevé à plusieurs reprises depuis la création de l'État, vise à limiter l'émiettement parlementaire sans jamais parvenir à l'éliminer totalement.
Résultat concret : lors des scrutins les plus disputés de la dernière décennie, une dizaine de listes ont siégé simultanément, obligeant systématiquement le vainqueur relatif à négocier une coalition pour atteindre la majorité de 61 sièges.

Une mosaïque de partis, miroir des fractures israéliennes

Le paysage partisan israélien se lit comme une carte des grandes fractures identitaires du pays. Le Likoud (הליכוד), fondé dans les années 1970 autour de Menahem Begin, incarne la droite nationaliste et sécuritaire, aujourd'hui dirigée par Benyamin Netanyahou.

Face à lui, des formations centristes comme Yesh Atid (יש עתיד, "il y a un avenir") ou Kahol Lavan (כחול לבן, "bleu blanc") rassemblent un électorat plus laïc et sécuritaire au sens militaire du terme.

Le bloc religieux compte lui-même plusieurs familles distinctes : le Shass (ש״ס), qui représente les juifs orthodoxes séfarades, et le Judaïsme unifié de la Torah (יהדות התורה), qui fédère les partis ultra-orthodoxes ashkénazes.
À la gauche de l'échiquier, le Parti travailliste (העבודה) et Meretz (מרצ) défendent une ligne sociale-démocrate, tandis que les partis arabes israéliens, comme Hadash-Taal (חד״ש-תע״ל) ou le Raam (רע״ם), représentent les intérêts de la minorité arabe du pays, tantôt intégrés à des coalitions gouvernementales, tantôt cantonnés à l'opposition.

Les coalitions, cœur battant du pouvoir israélien

C'est dans la formation des coalitions que se joue véritablement la politique israélienne.
Le président de l'État, dont le rôle est largement protocolaire, charge officiellement un candidat de former le gouvernement, en général le chef du parti arrivé en tête ou celui jugé le mieux placé pour réunir une majorité.
Commence alors une négociation où chaque petit parti pèse démesurément par rapport à son poids électoral réel.
Un parti religieux détenant sept sièges peut ainsi obtenir un ministère stratégique, des budgets dédiés à ses écoles ou des exemptions de service militaire pour ses étudiants en yeshiva, simplement parce que sa voix devient indispensable pour franchir la barre des 61 sièges.
Cette mécanique explique la fréquence des crises gouvernementales et des élections anticipées qui rythment la vie politique israélienne depuis 2019.

Le poids des équilibres religieux et sécuritaires

Deux lignes de tension traversent en permanence les coalitions israéliennes.
La première oppose laïcs et religieux sur des sujets aussi sensibles que l'enrôlement des étudiants ultra-orthodoxes dans Tsahal, le statut du chabbat dans l'espace public ou le monopole rabbinique sur le mariage.

La seconde concerne la doctrine sécuritaire face à l'Iran, au Hezbollah ou au Hamas dossier palestinien, où se dessinent des clivages entre partisans d'une ligne dure et défenseurs d'une approche plus diplomatique. Ces deux axes, religieux et sécuritaire, expliquent pourquoi des gouvernements en apparence solides sur le papier peuvent s'effondrer en quelques mois lorsqu'un parti charnière retire son soutien.

Pouvoirs et contre-pouvoirs, la spécificité israélienne

Israël ne dispose pas de Constitution écrite unique mais d'un ensemble de Lois fondamentales (חוקי היסוד) qui en tiennent lieu.
La Cour suprême (בית המשפט העליון) y joue un rôle de contre-pouvoir particulièrement puissant, habilitée à invalider des lois votées par la Knesset au nom de leur incompatibilité avec ces Lois fondamentales.
C'est précisément ce pouvoir judiciaire qui a été au centre de la réforme controversée engagée en 2023, cristallisant une partie des tensions internes que le pays continue de traverser.

Une conférence pour tout mettre en perspective

Derrière cette mécanique institutionnelle se cache une histoire politique riche, faite de ruptures, d'alliances improbables et de personnalités qui ont façonné l'État hébreu depuis 1948.
C'est tout l'enjeu de la conférence "Pour comprendre le système politique israélien", animée par David Shapira, qui reprend point par point ce que révèlent la représentation proportionnelle, la mosaïque des partis, les dynamiques de coalition et le poids des équilibres religieux et sécuritaires.

Une occasion rare, pour les francophones d'Israël comme pour ceux restés en diaspora, de comprendre enfin de l'intérieur une vie politique trop souvent résumée de l'extérieur à des clichés simplistes.

Mardi 15 septembre à 19h30

Yehuda Margoza, 7, Tel AvivSans titre

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Lettre-AR.com : l'arnaque à l'abonnement caché derrière l'envoi de courrier en ligne

Lettre-AR.com : l'arnaque à l'abonnement caché derrière l'envoi de courrier en ligne

Lettre-AR.com : l'arnaque à l'abonnement caché derrière l'envoi de courrier en ligne

Présenté comme une alternative pratique à laposte.fr pour l'envoi de lettre en ligne, le site lettre-ar.com concentre depuis des mois les signalements de consommateurs piégés par un abonnement mensuel de 39 euros jamais demandé, prélevé après un premier paiement anodin de quelques euros, et parfois pour un courrier qui n'a même jamais été expédié.

Un courrier à 2,15 euros, un débit de 39 euros trois jours plus tard

Le scénario rapporté par un nombre croissant d'utilisateurs suit toujours le même schéma.
Une personne cherche à envoyer une lettre recommandée ou suivie sans se déplacer, tombe sur lettre-ar.com en tête des résultats de recherche, et règle un envoi ponctuel pour quelques euros seulement, en l'occurrence 2,15 euros pour un courrier adressé à une mairie  Trois jours plus tard, un débit de 39 euros apparaît sur le relevé bancaire, sans email d'alerte, sans validation explicite, et sans que le courrier commandé n'ait jamais été effectivement envoyé. Le préjudice est donc double : un service payé et non rendu, et un prélèvement supplémentaire totalement étranger à la demande initiale.

Un mode opératoire confirmé par des centaines d'avis

Ce cas n'est pas isolé. Sur Trustpilot, le site lettre-ar.com cumule plus de mille sept cents avis, dont une part considérable dénonce le même procédé : un abonnement automatique de 39 euros par mois, activé après une période d'essai peu visible, mentionné en tout petit sous le bouton de validation du paiement.
Plusieurs clients décrivent avoir découvert cette souscription uniquement en consultant leur relevé bancaire, parfois plusieurs mois après l'envoi initial.
Le site d'analyse Scamdoc attribue à lettre-ar.com un indice de confiance extrêmement faible, autour de 1 pour cent, et relève un capital social très réduit ainsi qu'une identification incomplète de l'éditeur.
La plateforme Signal-Arnaques recense de son côté plusieurs dizaines de signalements et plus de deux cents commentaires, la majorité évoquant la même mécanique d'abonnement non sollicité et de remboursement refusé ou obtenu seulement après une insistance prolongée.

Une confusion visuelle avec laposte.fr

Plusieurs témoignages insistent sur un point aggravant : la charte graphique du site, ses couleurs et la présentation générale rappellent fortement celle de laposte.fr, l'opérateur historique du courrier recommandé en France.
Des utilisateurs affirment avoir cru se trouver sur le site officiel de La Poste au moment de passer commande. Lettre-ar.com précise dans ses mentions légales qu'il s'agit d'un service privé indépendant de La Poste, une précision que la plupart des plaignants disent n'avoir jamais vue avant de payer. Un média régional a également documenté ce phénomène plus large de faux sites de lettre recommandée en ligne qui achètent des mots-clés publicitaires sur Google Adowords comme lettre recommandée pour apparaître avant le site officiel dans les résultats .

Des remboursements obtenus au compte-gouttes, souvent après plainte publique

Les réponses publiées par l'équipe de lettre-ar.com sous les avis négatifs indiquent que certains remboursements ont bien eu lieu, mais presque toujours après une réclamation insistante, un avis négatif public, voire une opposition bancaire.
Un client rapporte avoir obtenu gain de cause seulement après l'intervention d'une responsable des réclamations nommée Sabrina. D'autres témoignent au contraire d'un refus pur et simple de rembourser le premier prélèvement, l'entreprise se retranchant derrière l'acceptation de conditions générales jugées peu lisibles par les utilisateurs eux-mêmes. Ce traitement inégal, au cas par cas et sous la pression publique, interroge sur la bonne foi commerciale du site.

Un abonnement de 39 euros par mois  qui ne donne accès à aucun avantage réel

C'est le point le plus troublant de ce dossier. Cet abonnement mensuel de 39 euros ne procure strictement aucun privilège, aucun tarif préférentiel et aucun service supplémentaire par rapport à un envoi ponctuel.
Lettre-ar.com ne peut pas proposer de tarifs plus avantageux que les tarifs officiels de
La Poste, dont il dépend nécessairement pour l'acheminement physique des courriers recommandés.
Un abonnement qui ne réduit aucun prix, n'ouvre aucune fonctionnalité indispensable et ne se justifie par aucune contrepartie économique tangible n'a donc, par construction, aucune raison commerciale légitime d'exister. S
a seule fonction observable est de générer un revenu récurrent à l'insu du client, prélevé sur des utilisateurs qui pensaient avoir réglé un envoi unique.
C'est précisément ce type de montage, dépourvu de toute utilité pour le consommateur mais lucratif pour l'éditeur du site, qui caractérise un abonnement piège plutôt qu'une offre commerciale réelle.

Ce que dit la loi sur les prélèvements sans consentement

Le droit français encadre strictement ce type de situation. L'article L133-6 du Code monétaire et financier impose le consentement exprès du titulaire du compte pour toute opération de paiement, et ouvre droit à un remboursement lorsque ce consentement fait défaut.
L'article L121-2 du Code de la consommation qualifie de pratique commerciale trompeuse le fait de dissimuler des informations substantielles sur les caractéristiques essentielles d'une offre, notamment son caractère payant et reconductible. L'article L221-18 du même code garantit par ailleurs un droit de rétractation sur les services souscrits en ligne.
Plusieurs avis en ligne évoquent explicitement une infraction à ces dispositions au sujet de lettre-ar.com.

La procédure pour obtenir un remboursement

Toute personne dans cette situation dispose de plusieurs recours simultanés.
Le premier réflexe consiste à contacter sa banque pour faire opposition sur le prélèvement et demander un remboursement au titre d'une opération non autorisée, une démarche possible jusqu'à treize mois après le débit litigieux.
En parallèle, une réclamation peut être adressée directement au support de lettre-ar.com à l'adresse support@lettre-ar.com, en précisant l'adresse email utilisée lors de la commande.
Le signalement de la pratique auprès de la plateforme SignalConso de la DGCCRF, accessible sur signal.conso.gouv.fr, permet de faire remonter le dossier aux autorités compétentes en matière de pratiques commerciales trompeuses.
Le dispositif 33-14 permet également de signaler un site suspect en quelques clics. Enfin, un signalement auprès de la plateforme PHAROS, dédiée aux contenus illicites en ligne, complète ce dispositif.

L'hébergeur mis face à ses responsabilités

Le nom de domaine lettre-ar.com est administré via l'infrastructure GoDaddy, identifiable à ses serveurs de noms ns01 et ns02.domaincontrol.com. En vertu de l'article 6-I-2 de la loi pour la confiance dans l'économie numérique et de l'article 16 du règlement européen sur les services numériques, tout hébergeur informé d'une activité manifestement illicite est tenu d'agir promptement pour la faire cesser. Un signalement peut être déposé directement sur le formulaire officiel d'abus de GoDaddy, à l'adresse supportcenter.godaddy.com/abusereport, ou par email à abuse@godaddy.com.

Rester vigilant avant tout envoi de lettre en ligne

Au-delà du cas de lettre-ar.com, cette affaire illustre un phénomène plus large de sites intermédiaires qui exploitent la confusion avec les services postaux officiels pour glisser des abonnements coûteux dans le tunnel de paiement. Avant tout envoi de lettre en ligne, la vérification de l'adresse exacte du site, la lecture attentive des mentions sous le bouton de paiement, et la préférence donnée au site officiel laposte.fr restent les meilleures protections face à ce type de pratique.

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Peine de mort pour les terroristes en Israël : la potence israélienne sort de terre

Peine de mort pour les terroristes en Israël : la potence israélienne sort de terre

Israël construit son premier quartier des condamnés à mort : la potence de Ben Gvir prend forme

Le chantier a commencé. En Israël, un quartier entier destiné aux condamnés à mort, doté d'une potence et de cellules de visionnage pour les familles de victimes, est en cours de construction au centre du pays. Le ministre Itamar Ben Gvir, à l'origine de la loi sur la peine de mort pour terroristes, revendique une étape historique.

Un chantier déjà engagé au centre du pays

Après l'adoption de la loi instaurant la peine de mort pour les terroristes, portée par le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir et son parti Otzma Yehoudit, les travaux sont désormais visibles sur le terrain. Depuis plusieurs semaines, un aile dédiée aux condamnés à mort se construit au centre d'Israël. Cette aile doit accueillir les détenus dont la peine capitale aura été confirmée en vertu de la nouvelle loi, votée par la Knesset fin mars 2026 après un parcours législatif tendu qui a vu Benjamin Netanyahou lui-même se rallier au texte sous la pression de Ben Gvir.

Le ministre a présenté personnellement l'avancement du projet, expliquant qu'une première réunion avec la direction du Service pénitentiaire israélien (Shabas) s'est déjà tenue pour lancer l'application concrète de la loi. Il a évoqué l'ouverture prochaine de l'aile et la mise en place d'une unité dédiée, tout en reconnaissant que le processus prendra encore du temps.

Une potence au cœur du dispositif

Le projet comprend plusieurs volets. Une aile spécifique accueillera les détenus condamnés à mort selon la loi. En son centre, une installation de pendaison est prévue pour l'exécution des peines. Le dispositif prévoit également des cellules de visionnage permettant aux victimes d'actes terroristes et à leurs proches d'assister au processus, sur le modèle en vigueur dans plusieurs pays appliquant la peine capitale. Des autorisations seront enfin délivrées à des visiteurs officiels issus de familles endeuillées, qui pourront se rendre dans l'aile et superviser la procédure.

Selon des informations rapportées par Walla et relayées par plusieurs médias, la direction du Shabas, avec à sa tête le commissaire Kobi Yaakobi et le commissaire adjoint Hatem Azzam, chargé de la mise en œuvre des exécutions, prépare également l'habillement des condamnés en combinaisons rouges et la constitution d'une unité de surveillants spécialement affectée à cette tâche. L'identité de ces surveillants restera confidentielle et ils bénéficieront d'une immunité pénale totale, un dispositif psychologique d'accompagnement étant prévu pour l'équipe chargée d'actionner le mécanisme.

Les mots de Ben Gvir

Le ministre a présenté l'avancée comme l'aboutissement direct de sa politique au ministère de la Sécurité nationale. Il a rappelé avoir promis de durcir les conditions de détention des terroristes et de faire adopter la loi sur la peine de mort, deux engagements tenus selon lui. Il a ajouté que l'aile des condamnés à mort et le dispositif de pendaison commencent désormais à prendre forme concrètement, revendiquant un moment historique et affirmant qu'un seul sort est mérité par les terroristes, la mort par pendaison.

Ce que prévoit précisément la loi

Le texte final, dévoilé en janvier 2026, prévoit que l'exécution se fasse par pendaison, réalisée par un gardien désigné par le commissaire du Shabas dont l'identité restera secrète et qui bénéficiera d'une immunité pénale complète. Les condamnés seront détenus dans un quartier séparé, sans possibilité de visite hormis pour des instances habilitées, les rencontres avec un avocat se faisant uniquement par visioconférence.

La loi fixe un délai de quatre-vingt-dix jours entre la confirmation définitive de la peine et son exécution. Devront être présents au moment de l'exécution le directeur de la prison, un représentant du pouvoir judiciaire, un observateur officiel et un représentant de la famille du condamné. Le texte interdit par ailleurs formellement la libération d'un condamné à mort dans le cadre d'un accord de libération d'otages, un point présenté par ses défenseurs comme une réponse directe aux échanges de prisonniers passés.

Deux lois distinctes, un même gibet

Un point mérite d'être souligné avec précision, car deux textes coexistent et sont souvent confondus. La loi portée par Ben Gvir, votée le 30 mars 2026, ne s'applique qu'aux Palestiniens de Judée-Samarie jugés par les tribunaux militaires, et elle n'est pas rétroactive.

Elle ne peut donc pas, en tant que telle, s'appliquer aux terroristes du Nukhba déjà arrêtés depuis le massacre du 7 octobre 2023. Ce constat a été confirmé sans ambiguïté par l'Association pour les droits civils en Israël, qui souligne que la loi ne vise pas les auteurs du 7 octobre malgré la communication qui tend à les associer.

C'est une seconde loi, distincte et votée le 11 mai 2026, qui a été conçue spécifiquement pour juger les auteurs du massacre. du 7 octobre 2023.
Ce texte crée par un tribunal militaire spécial chargé de poursuivre les terroristes du Nukhba pour génocide, crimes contre l'humanité et crimes de guerre, avec possibilité de peine de mort au titre de la loi israélienne de 1950 sur la prévention du génocide.

Plusieurs analystes israéliens relèvent d'ailleurs que ce second texte, préparé par des juristes de haut rang, permettrait réellement de faire condamner à mort les auteurs du 7 octobre, contrairement à la loi de Ben Gvir dont la portée réelle sur ce point est jugée limitée.

L'exécution d'une peine de mort, quelle que soit la loi d'origine, reste dans tous les cas confiée au Service pénitentiaire israélien et se fait par pendaison.
L'aile et la potence aujourd'hui en construction ont donc vocation à devenir, à terme, le lieu où pourrait être exécutée une éventuelle sentence prononcée contre des auteurs du 7 octobre.
Mais à ce stade, aucun acte d'accusation n'a encore été déposé contre eux dans le cadre du tribunal spécial, et aucun jugement n'a été rendu. La pendaison des terroristes du 7 octobre n'est donc pas encore concrète au sens judiciaire : c'est l'infrastructure d'exécution qui l'est, la procédure judiciaire les concernant reste, elle, à son tout début.

Où en est la procédure contre les auteurs du 7 octobre

Plus de deux cent cinquante terroristes du Nukhba sont aujourd'hui détenus en Israël au titre de la loi sur l'internement des combattants illégaux, sans avoir encore été formellement jugés.
Le tribunal militaire spécial créé pour eux prévoit des chambres de trois juges, dont au moins un président de tribunal militaire ou un juge de district à la retraite, et autorise un assouplissement des règles de preuve compte tenu de l'ampleur des crimes.

Les familles des victimes pourront suivre les audiences depuis une salle séparée ou par retransmission, tandis que les accusés eux-mêmes n'assisteront la plupart du temps pas physiquement aux débats. Le parquet doit prochainement commencer à déposer les actes d'accusation, sur la base d'un volumineux dossier de preuves comprenant éléments forensiques, aveux recueillis en interrogatoire et vidéos des exactions commises entre le 7 et le 10 octobre 2023.

Recours juridiques et contestations

Des recours ont déjà été déposés devant la Cour suprême, et plusieurs observateurs anticipent que le texte pourrait être invalidé par les juges, voire contesté devant des instances internationales.
Au sein même de l'appareil sécuritaire, des réserves ont été exprimées, le Shin Bet et le Mossad ayant soutenu le principe de la loi tout en demandant que la décision finale reste entre les mains des tribunaux. Le chef de Kakhol Lavan, Benny Gantz, a vivement critiqué la méthode à la tribune de la Knesset, dénonçant une initiative politique plutôt que sécuritaire selon lui.

Sur le plan diplomatique, huit pays arabes et musulmans, l'Arabie saoudite, la Turquie, l'Égypte, la Jordanie, le Qatar, les Émirats arabes unis, le Pakistan et l'Indonésie, ont publié une condamnation commune du texte, évoquant une escalade dangereuse susceptible d'accroître les tensions régionales.

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Résilience ? l'imposture qu'on répète sur le peuple juif depuis le 7 octobre de Claudine Douillet

Résilience ? l'imposture qu'on répète sur le peuple juif depuis le 7 octobre

Résilient. C'est le mot qu'on répète depuis le 7 octobre 2023, dans chaque conférence, chaque article, chaque hommage. Résilient, le peuple juif. Résiliente, la nation israélienne.
Une évidence tellement martelée que plus personne ne la questionne.

C'est une imposture. La résilience, au sens exact du terme, c'est un bloc d'acier qui plie sous le feu et reprend, une fois refroidi, sa forme initiale. Or Israël n'a pas refroidi. Israël n'a pas repris sa forme.
Il existe, dans la mémoire du peuple juif, un précédent à ce genre de transformation, un épisode que la littérature de la Shoah a conservé et que très peu de gens relient aujourd'hui au 7 octobre. C'est pourtant exactement ce qui s'est rejoué ce jour-là.

Alors non, le peuple juif ne s'en est pas sorti en redevenant ce qu'il était. Il s'est transformé. Et comprendre pourquoi change tout à ce qu'on croit savoir de ce qui s'est passé depuis.

La véritable définition de la résilience

Le mot n'est pas né en psychologie. Il vient de la métallurgie, de l'essai de résilience, qui mesure la capacité d'un métal à absorber un choc violent et à revenir, une fois refroidi, à sa forme d'origine.
C'est cette image, un bloc d'acier qui plie sous le feu puis reprend exactement sa forme d'avant, qui a donné naissance au mot. Boris Cyrulnik, en l'important dans le champ psychologique, l'a étendu jusqu'à y inclure la cicatrice et la reconstruction sur un socle différent.

Mais ce n'est pas ce sens savant qu'on invoque depuis le 7 octobre.
Quand on dit que le peuple juif est résilient, personne ne pense à une nuance clinique.
On veut dire que la vie va reprendre son cours, qu'Israël va s'en sortir, que tout redeviendra comme avant. C'est le sens originel, mécanique, du retour à l'identique. Et c'est précisément ce retour qui n'aura pas lieu.

Une histoire qu'Elie Wiesel a portée jusqu'à nous

Elie Wiesel a raconté, et repris dans une pièce restée célèbre, une scène qui se serait déroulée dans un camp de la mort. Un soir, trois rabbins, des hommes instruits, pieux, qui avaient consacré leur vie à l'étude de la loi juive, décident de faire ce qu'aucune tradition rabbinique n'avait jamais osé formellement : juger Dieu. Non pas le contester dans un murmure de désespoir, mais instruire un véritable procès, avec accusation, plaidoirie, délibéré. Ils exposent les faits tels qu'ils les vivent, l'extermination organisée, l'innocence absolue des victimes, des enfants, des vieillards, le silence du Ciel face à tout cela. Au terme du délibéré, la sentence tombe. Dieu est jugé coupable.

Et c'est là que l'histoire bascule. L'un des trois rabbins lève les yeux vers ses compagnons et leur dit qu'il est l'heure de la prière de Minha.

Ce que ce geste veut vraiment dire

On peut lire cette scène de deux façons opposées, et la différence entre les deux est tout l'enjeu de cet article.
La première lecture, la plus facile, voudrait que ces hommes soient simplement brisés, réduits à un automatisme religieux qui ne veut plus rien dire, priant par réflexe un Dieu qu'ils viennent eux-mêmes de condamner.
Cette lecture est fausse, et elle est fausse pour une raison précise. Juger quelqu'un, c'est encore le reconnaître. On ne fait pas de procès à ce qui n'existe pas.

En condamnant Dieu, ces trois rabbins ne l'ont pas effacé, ils l'ont au contraire tenu pour responsable, ils ont exigé de Lui des comptes qu'on ne réclame qu'à celui dont on continue de croire qu'il existe et qu'il agit dans l'histoire.
La prière qui suit le verdict n'est donc pas un réflexe vide. C'est une prière qui ne peut être dite qu'après que la faute a été nommée dans toute sa cruauté.
Avant le procès, prier aurait été mentir, faire comme si de rien n'était. Après le procès, prier redevient possible, mais ce n'est plus la même prière, et ce ne sont plus tout à fait les mêmes hommes qui la disent.

C'est exactement le contraire de la résilience au sens mécanique du terme. Des hommes résilients, au sens de l'acier, auraient encaissé le choc et repris leur pratique religieuse sans y toucher, comme si l'épreuve n'avait fait que fléchir leur foi sans la changer. Ce n'est pas ce qui s'est passé dans ce camp. Ces trois rabbins sont ressortis du procès différents de ce qu'ils étaient en y entrant. Leur foi n'a pas été restaurée à l'identique, elle a été reconstruite sur un jugement rendu.

Le 7 octobre, le même mécanisme à l'échelle d'un peuple

Depuis le 7 octobre 2023, Israël vit une version collective et contemporaine de ce même mécanisme. Un peuple résilient, au sens propre, aurait absorbé le choc et repris son cours antérieur, comme si le pogrom n'avait fait qu'entamer sa coque sans la changer.
Ce n'est pas ce qui s'est produit.
Le pays a répondu par une riposte intégrale, un engagement total, sans demi-mesure, qui n'est pas qu'une opération militaire. C'est, à l'échelle d'une nation, l'équivalent du verdict rendu par les trois rabbins.
C'est la manière dont un peuple nomme l'inacceptable, l'établit comme un fait jugé une fois pour toutes, et se donne ainsi le droit de continuer à exister sur sa terre, non pas en oubliant le 7 octobre, non pas en tournant la page, mais en l'ayant jugé jusqu'au bout.

Sans ce jugement rendu, sans une réponse à la hauteur exacte de l'horreur subie, c'est l'être même du peuple juif qui aurait été anéanti une seconde fois, sur sa propre terre, soixante-dix-huit ans après la première fois.
La riposte n'est pas un excès de colère qu'il faudrait excuser au nom du traumatisme.
Elle est la condition même de la continuité. C'est parce que le crime a été nommé, exposé dans toute sa cruauté, jugé sans atténuation, qu'il devient possible de continuer à vivre, à prier, à bâtir, sur cette terre-là et pas ailleurs.

 

Ce que le quotidien raconte

Les chiffres du tourisme, à eux seuls, disent ce que les discours n'osent pas dire. Trois étés après le 7 octobre, les touristes ne sont toujours pas revenus : la fréquentation étrangère reste en chute de près de 90%, les hôtels tournent à moitié vides, et dans la vieille ville de Jérusalem des commerçants ferment boutique sur ordre des autorités, faute de visiteurs à servir.
Ce n'est plus la guerre elle-même qui retient les voyageurs, la plupart des zones touristiques n'ont jamais été des zones de combat. C'est autre chose, plus diffus, plus difficile à admettre : la peur de venir en Israël cet été, ce n'est plus seulement la peur d'une roquette, c'est la peur d'être vu comme ayant choisi un camp, la peur de devenir soi-même, en tant que visiteur, une cible pour un antisémitisme qui n'attend plus d'y être en Israël pour s'exprimer.

Les plages sont vides non pas parce qu'elles sont dangereuses, mais parce que le monde entier hésite désormais à s'afficher aux côtés d'Israël. Trois ans après, ce n'est toujours pas l'avant 7 octobre qui revient. C'est un pays qui a compris qu'il devra vivre, peut-être durablement, avec cette solitude-là.

Adaptation, pas résilience

Voilà pourquoi le mot résilience est un contresens appliqué au peuple juif depuis le 7 octobre. Ce peuple ne va pas s'en sortir en redevenant ce qu'il était avant. Il s'adapte, c'est-à-dire qu'il se transforme durablement en réponse à un projet d'extermination renouvelé, exactement comme trois hommes dans un camp de la mort se sont transformés le jour où ils ont osé juger Celui qu'ils continuaient malgré tout de prier.

La riposte n'est pas la preuve d'une capacité à encaisser et à passer outre. Elle est la preuve du contraire, la preuve qu'on ne pouvait justement pas passer outre, qu'il fallait d'abord juger les faits pour pouvoir ensuite continuer à vivre.

Ce n'est pas de l'acier qui reprend sa forme après le feu. C'est un peuple qui sort de l'épreuve différent de ce qu'il était en y entrant, et qui, comme les trois rabbins de Wiesel refermant leur procès pour aller prier Minha, l'assume jusqu'au bout.

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Comment ces fleurs "oiseaux de paradis "ont scellé le destin d'Israël en 1947

Comment ces fleurs "oiseaux de paradis "ont scellé le destin d'Israël en 1947

 

Il a suffi d'un parterre de fleurs, planté au milieu de nulle part, pour faire basculer le sort d'un désert de treize mille kilomètres carrés.
En 1947, le Néguev n'avait rien d'acquis pour l'État juif en devenir. Il a fallu des fleurs, un boycott arabe et la ténacité d'une poignée de pionniers pour l'arracher à l'incertitude.

Un désert que personne ne voulait donner aux Juifs

À l'été 1947, la Commission spéciale des Nations unies sur la Palestine, l'UNSCOP, arrive en Terre sainte avec la lourde tâche de trancher l'avenir du pays. Onze pays, onze délégués, chargés de décider ce qui reviendrait à l'État juif et ce qui reviendrait à l'État arabe.

Le Néguev, cette immensité aride couvrant plus de la moitié du territoire, n'était en rien promis aux Juifs. Trop désertique, trop vide, trop hostile pour qu'on imagine y bâtir un pays. L'Agence juive elle-même dut se battre pied à pied pour empêcher qu'il ne soit rayé de la carte du futur État.

C'est dans ce climat que la Commission entame sa tournée. Elle passe par Beer-Sheva, où le Haut Comité arabe a décrété un boycott total à son encontre.

Les rues se vident, les commerces baissent le rideau, jusqu'aux enfants des écoles à qui l'on a demandé de détourner le regard sur son passage. Le silence est total, glacial, hostile. Un silence qui, sans le savoir encore, allait devenir le meilleur allié de la cause qu'il prétendait combattre.

À Revivim, le désert dément les experts

Quelques kilomètres plus loin, au kibboutz Revivim, fondé en 1943 par une poignée de jeunes olim venus d'Autriche, d'Italie et d'Allemagne, le tableau bascule.
Là où Beer-Sheva n'a offert que le silence, Revivim offre la vie.
Les délégués de l'UNSCOP découvrent, en plein désert, des rangées entières de glaïeuls en pleine floraison, plantés dans une terre que tout, géographie et bon sens confondus, désignait comme stérile.

L'effet est immédiat. Les rapports d'époque et les témoignages concordants décrivent des commissaires visiblement saisis par ce qu'ils ont sous les yeux. Ce n'est plus une théorie sioniste, ce n'est plus une promesse politique. C'est une preuve, plantée dans le sol, à hauteur d'homme.
Quelques semaines plus tard, le rapport de l'UNSCOP recommande la partition de la Palestine, et sa proposition majoritaire attribue l'essentiel du Néguev à l'État juif. Le désert que personne ne voulait donner venait, littéralement, de fleurir sous les yeux de ceux qui devaient en décider.

Les racines qu'on n'attendait pas de trouver

Une anecdote, tenace, circule depuis dans la mémoire collective de ces journées de juin 1947. Elle raconte que des représentants britanniques, sceptiques face à cette floraison trop parfaite pour être vraie, se seraient penchés sur les massifs de Revivim pour vérifier que ces fleurs n'avaient pas simplement été posées là, en pot, pour la durée d'une visite. Ils auraient gratté la terre, cherché des racines, voulu s'assurer que rien n'était mis en scène. Et les racines étaient bien là, profondément enfoncées dans le sol du Néguev, aussi réelles que l'obstination de ceux qui les avaient plantées.

Cette scène, transmise de génération en génération comme un symbole plus que comme un procès-verbal, n'apparaît pas telle quelle dans les minutes officielles de la Commission. Mais son pouvoir ne tient pas à sa certitude archivistique. Il tient à ce qu'elle raconte, avec une justesse presque parfaite, de l'esprit de cette époque. Un peuple qu'on soupçonnait de bluffer, sommé de prouver, racine après racine, qu'il avait vraiment fait pousser la vie là où personne ne l'attendait.

Une promesse vieille de vingt-sept siècles

Bien avant Revivim, avant l'UNSCOP, avant même l'idée d'un État juif moderne, un texte disait déjà ce que ces jeunes gens allaient accomplir dans le sable.
Isaïe, chapitre trente-cinq. Le prophète y annonce, dans une langue qui n'a rien perdu de sa puissance, que le désert et la terre aride se réjouiront, que la plaine stérile fleurira comme la rose, qu'elle se couvrira de fleurs des champs et éclatera de joie et de chants. Ce n'est pas une image en passant. C'est une promesse martelée, répétée, presque criée: la terre la plus morte se réveillera parce que son peuple reviendra vers elle.

Ézéchiel porte la même promesse à un autre endroit du texte. Il s'adresse directement aux montagnes d'Israël, désolées, abandonnées, et leur annonce qu'elles porteront de nouveau du fruit pour leur peuple, qu'elles seront labourées et ensemencées, que les villes en ruine seront reconstruites. D'un prophète à l'autre, la même vision revient, obsédante: une terre qui ne reprend vie que lorsque son peuple y revient. Non pas une terre qui attend n'importe qui. Une terre qui attend les siens.

Ce que les pionniers de Revivim ont planté en 1947, ils ne l'ont sans doute pas planté en pensant à Isaïe. Ils pensaient à l'eau qu'il fallait trouver, à la terre qu'il fallait retourner, à la nuit qu'il fallait tenir jusqu'au matin suivant.

Mais l'histoire n'a pas retenu leurs seules intentions. Elle a retenu la coïncidence, vertigineuse, entre un texte vieux de vingt-sept siècles et une rangée de glaïeuls surgissant du sable devant des diplomates venus du monde entier.
Comme si le désert lui-même, après des millénaires de silence, avait choisi ce jour de juin 1947 pour tenir enfin la promesse qu'on lui prêtait depuis l'Antiquité.

C'est peut-être cela, plus que toute autre preuve, qui a fini par convaincre l'UNSCOP. Non pas seulement des fleurs bien réelles, aux racines bien ancrées.
Mais l'impression, difficile à formuler et pourtant palpable sur place, d'assister à l'accomplissement d'une parole beaucoup plus ancienne que la politique, beaucoup plus ancienne que le mandat britannique lui-même. Le Néguev n'a pas seulement changé de main en 1947. Il a, pour la première fois depuis vingt-sept siècles, tenu sa promesse.

Ce que le Néguev est devenu

Le Néguev d'aujourd'hui n'a plus rien à prouver. L'irrigation au goutte-à-goutte, inventée par Israël, y fait pousser vignes, dattiers et légumes là où il ne pleut parfois pas plus de quatre jours par an.
Des fermes comme celle de Carmey Avdat, en plein cœur du désert, produisent aujourd'hui du vin dans des conditions que la plupart des agronomes du monde jugeraient impossibles.
Le pari lancé par les pionniers de Revivim, ce pari que des glaïeuls avaient un jour incarné devant des diplomates sceptiques, continue de se rejouer, à plus grande échelle, sous chaque rang de vigne du Sud israélien.

Il aura fallu des fleurs, un silence hostile à Beer-Sheva, et peut-être quelques mains britanniques fouillant la terre à la recherche de racines, pour que le Néguev devienne juif. Il aura fallu, surtout, que des hommes et des femmes croient assez fort en une promesse vieille de vingt-sept siècles pour la rendre, un matin de juin 1947, parfaitement crédible.

 

Je remercie Nathalie Zylberman de m'avoir raconté cette histoire incroyablement vraie 

Israël recrute des enseignants sans expérience à 20 000 shekels, le pari désespéré du ministère de l'Éducation

Israël recrute des enseignants sans expérience à 20 000 shekels, le pari désespéré du ministère de l'Éducation

Le ministère de l'Éducation israélien jette du lest financier pour sauver la rentrée scolaire. Face à une pénurie qui dépasse les cinq mille postes, l'État ouvre un nouveau canal de recrutement offrant jusqu'à 20 000 shekels bruts par mois à des candidats sans aucune expérience d'enseignement. Une mesure d'urgence qui rappelle un précédent cuisant échec.

Une pénurie qui frôle les cinq mille postes

À l'approche de la rentrée, l'ampleur du manque de personnel enseignant en Israël dépasse les cinq mille postes dans le seul système public, selon les estimations les plus récentes citées par les médias israéliens. Les directeurs d'établissement doivent recevoir cette semaine une notification officielle les autorisant à élargir considérablement le recours aux enseignants en contrats individuels. Le gouvernement, par la voix du ministère des Finances, a validé une série de mesures d'urgence à peine deux semaines avant la reprise des cours, un calendrier qui trahit l'ampleur de la panique administrative.

Jusqu'à 20 000 shekels sans diplôme d'enseignement

Le nouveau dispositif permet de recruter environ huit mille enseignants sous un statut spécifique, hors du cadre syndical de la Histadrout des enseignants. Fait notable, ce canal s'ouvre à des professionnels sans aucune expérience pédagogique, à condition qu'ils justifient d'un parcours dans un autre domaine.
Le barème grimpe selon le diplôme et l'ancienneté professionnelle : un titulaire d'une licence avec cinq ans d'expérience dans son secteur peut prétendre à 17 500 shekels par mois à temps plein, un titulaire d'un master à 18 500 shekels, et les profils les plus qualifiés en mathématiques, anglais ou sciences peuvent atteindre 19 500 shekels.
Le contrat est signé pour une première année scolaire de dix mois, renouvelable. Une journée de travail type comptera huit heures d'enseignement, concentrées en priorité sur les collèges. Une prime mensuelle fixe de 1 000 shekels s'ajoute pour les enseignants portant des projets pédagogiques dans leur établissement.

Le fiasco du précédent pilote

Cette relance n'a rien d'une première tentative. L'an dernier déjà, l'État avait ouvert la voie aux contrats individuels avec un objectif de sept mille recrutements. Le résultat fut sans appel : à peine trente enseignants avaient finalement signé. Un échec largement documenté par la presse économique israélienne, qui souligne que le nouveau programme part donc d'un lourd passif de crédibilité. Une chercheuse de l'université Ben Gourion, spécialiste des politiques éducatives, avait alors pointé du doigt un diagnostic erroné : le problème n'est pas le recrutement de nouveaux enseignants, mais la rétention de ceux déjà formés. Selon elle, Israël dispose de suffisamment de diplômés issus des filières de formation pédagogique, mais peine à les retenir dans les salles de classe.

La colère du syndicat des enseignants

L'organisation syndicale des enseignants n'a pas mâché ses mots face à la multiplication des contrats individuels, y voyant une tentative de l'État d'affaiblir le travail organisé.
Le bras de fer entre le ministère des Finances et les représentants syndicaux dure depuis plusieurs années, chaque tentative de généraliser ces contrats se heurtant à la crainte de voir naître des inégalités criantes entre collègues d'une même salle des professeurs, certains enseignants chevronnés touchant un salaire bien inférieur à celui de nouveaux venus sans qualification pédagogique. Un accord signé en 2024 avait pourtant plafonné le recours à ces contrats à six pour cent du corps enseignant, preuve que le sujet reste hautement sensible.

Un pari à haut risque avant la rentrée

À quinze jours de la reprise des cours, la question centrale demeure entière : l'argent suffira-t-il là où il a échoué l'an dernier ? Des sources proches du dossier, citées par la presse économique, doutent que cette initiative résolve dans l'immédiat le manque criant d'enseignants qualifiés.
Le pari du ministère de l'Éducation consiste à parier que des salaires proches de 20 000 shekels, un niveau qui dépasse largement celui d'un enseignant chevronné dans le cadre classique, suffiront à attirer des professionnels d'autres secteurs vers les salles de classe israéliennes. Reste à savoir si l'histoire ne bégaiera pas une seconde fois.

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