Du cargo Yuvali à la Résolution 23 : l'histoire méconnue des Vietnamiens d'Israël

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Du cargo Yuvali à la Résolution 23 : l'histoire méconnue des Vietnamiens d'Israël

Il y a quarante-neuf ans, un cargo israélien perdu au large du Vietnam a changé le destin de soixante-six inconnus. Aujourd'hui, sept cents Vietnamiens vivent en Israël, entre héritiers de ce sauvetage et travailleurs venus combler les serres et les maisons de retraite du pays.
Une nouvelle loi votée à Hanoï pourrait redessiner ce lien improbable.

Un cargo, une tempête et un geste fondateur

Le 10 juin 1977, le Yuvali, cargo israélien en route vers Taïwan, croise en mer de Chine méridionale une embarcation de fortune à la dérive depuis près d'une semaine.
À son bord, soixante-six hommes, femmes et enfants fuyant le régime communiste, sans eau, sans vivres, ignorés par des navires est-allemand, norvégien, japonais et panaméen qui ont préféré poursuivre leur route. Le capitaine Meir Tadmor donne l'ordre de les recueillir, malgré des canots de sauvetage prévus pour son seul équipage.

Ramenés en Israël, ces réfugiés deviennent le tout premier dossier traité par un certain Menahem Begin, fraîchement élu Premier ministre.
Son geste ne doit rien au hasard. Begin justifiera sa décision en évoquant le Saint Louis, ce paquebot chargé de neuf cents Juifs fuyant l'Allemagne nazie, refoulé de port en port avant que ses passagers ne soient renvoyés vers l'Europe.
Pour Begin, accueillir ces boat people vietnamiens n'était pas un acte de charité mais une dette morale. Entre 1977 et 1979, plus de trois cents d'entre eux recevront la citoyenneté israélienne, un logement subventionné et des droits pleins et entiers, un traitement alors inédit pour des réfugiés non juifs.

Des enfants du Yuvali à la communauté d'aujourd'hui

Beaucoup ont depuis quitté Israël pour des pays où ils comptaient déjà de la famille.
Mais un noyau est resté, entre 150 et 200 personnes selon les données de l'association vietnamienne locale, aujourd'hui installées à Haïfa ou dans le centre du pays, souvent bien intégrées, parfois propriétaires de restaurants devenus des institutions de quartier. Leurs enfants et petits-enfants parlent hébreu, ont fait leur service militaire, et racontent volontiers l'histoire du bateau comme on raconte une légende familiale.

Ce noyau historique ne représente toutefois qu'une fraction des sept cents Vietnamiens aujourd'hui recensés par l'ambassade du Vietnam en Israël. Le reste de la communauté n'a rien à voir avec l'épopée du Yuvali. Elle est arrivée pour travailler.

Pourquoi des travailleurs vietnamiens, alors qu'ils ne sont pas juifs

La question mérite d'être posée sans détour. Israël recrute depuis des années une main-d'œuvre étrangère non juive dans des secteurs que les citoyens israéliens désertent, l'agriculture sous serre et le soin aux personnes âgées en tête.

Le pays fonctionne, comme beaucoup d'économies développées, avec des permis de travail spécifiques accordés via des accords bilatéraux et l'Organisation internationale pour les migrations, sans lien avec la nationalité ou la religion des candidats.
Des Thaïlandais, des Népalais, des Sri-Lankais et des Vietnamiens occupent ainsi les postes que le marché du travail local ne pourvoit plus.

Le massacre de travailleurs agricoles thaïlandais au kibboutz Alumim le 7 octobre a brutalement rappelé la place que ces employés étrangers occupent dans l'économie réelle du pays, loin des projecteurs.
Depuis, plusieurs milliers ont quitté le territoire, aggravant une pénurie de main-d'œuvre agricole déjà qualifiée de pire crise du secteur par le ministère de l'Agriculture lui-même.
Le Vietnam, avec sa réputation de main-d'œuvre disciplinée et productive, figure parmi les pays sollicités pour combler ce vide, aux côtés de programmes de stage agricole qui existent, eux, depuis bien plus longtemps.

Le laboratoire agricole du Néguev, terre d'apprentissage

Car il existe une autre filière, plus ancienne et moins connue, celle des stagiaires.
Chaque année, plusieurs centaines d'étudiants vietnamiens en agronomie viennent se former onze mois durant au centre de recherche agricole du désert de Ramat Negev, où ils apprennent l'irrigation goutte à goutte, la gestion des serres et l'agriculture de précision avant de rentrer former à leur tour leurs compatriotes.
Ce pont technologique existe depuis près de deux décennies et constitue l'un des axes les plus concrets de la relation bilatérale.

Les deux pays entretiennent des relations diplomatiques depuis 1993.
Un accord de libre-échange, le VIFTA, est entré en vigueur en novembre 2024, et les échanges commerciaux devraient friser les quatre milliards de dollars sur l'année. Un séminaire tenu à Tel-Aviv en juillet dernier, réunissant l'université Ben Gourion et des experts vietnamiens, a confirmé l'ambition commune de bâtir une coopération agricole durable, entre irrigation intelligente, aquaculture en circuit fermé et variétés végétales résistantes à la sécheresse.

Ce que la diaspora vietnamienne attend, vu depuis Tel-Aviv

C'est dans ce paysage que s'inscrit la nouvelle résolution adoptée début août 2026 par le Bureau politique vietnamien, qui érige pour la première fois la diaspora, plus de six millions et demi de personnes dans le monde, en ressource stratégique nationale au même titre que le capital ou la technologie. Pour la présidente de l'association vietnamienne d'Israël, Truong Thi Hong, le texte change la nature de la relation entre Hanoï et ses expatriés, jusqu'ici cantonnés au rôle de bénéficiaires d'une politique d'assistance.

Elle y voit une occasion concrète pour la petite communauté israélienne de peser au-delà de son poids démographique, en devenant un relais entre les entreprises technologiques israéliennes et les besoins vietnamiens en irrigation, en cybersécurité ou en intelligence artificielle appliquée à l'agriculture.

Reste, dit-elle, à transformer l'intention politique en mécanismes réels, bases de données d'experts, canaux consulaires actifs, ponts universitaires. Un pari qui, pour une communauté née d'un sauvetage en haute mer, ne manque ni de sens ni de symbole.

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