Tribune : On prétend juger Israël, on rejoue l’Europe de Nataneli Lizee

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Tribune : On prétend juger Israël, on rejoue l’Europe de Nataneli Lizee

On prétend juger Israël, on rejoue l’Europe

Hier on chassait le Juif ; aujourd’hui, on traque l’État juif. Il faut cesser de feindre l’aveuglement quand l’évidence crève la rétine.

Depuis des années, Israël est placé sous une pression juridique, médiatique et morale d’une intensité singulière, non parce que le droit international s’y appliquerait avec plus de pureté qu’ailleurs, mais parce qu’il s’y applique avec une précision variable, une sévérité sélective, une solennité surjouée. Et cette géométrie n’a rien d’un mirage : elle se lit dans les dispositifs, les mots, les rythmes, les chiffres.

Le mécanisme, d’abord, est connu. Une partie de la communauté internationale tient qu’Israël exerce un « contrôle effectif » sur Gaza ; de là procèdent injonctions, mises en demeure, sermons humanitaires, sommations d’ouverture, d’acheminement, d’alimentation en eau, en électricité, en soins. On peut contester cette qualification, on peut la discuter ; on ne peut pas nier qu’elle sert de charpente à l’obsession normative.

Mais une thèse ne vaut que par son contraste. Or, sitôt que l’on regarde autour, le décor se fissure.

Prenons Rafah. Avant même le 7 octobre 2023, le passage égyptien n’a jamais été une porte grande ouverte, ni un asile offert à ciel ouvert : c’était une soupape tenue au compte-gouttes, un sas filtrant, soumis à des procédures, des listes, des périodes d’ouverture variables, sous contrôle étroit. Les données onusiennes sur les mouvements en 2023 décrivent cette réalité administrative et discontinue des sorties par l’Égypte, loin d’un accueil durable et stable.

Et après le 7 octobre, le fait brut demeure : l’Égypte n’a pas basculé dans une politique d’absorption, d’installation, d’intégration. Des Gazaouis ont certes franchi la frontière, mais beaucoup se sont retrouvés dans une attente sans statut clair, sans possibilité de s’établir durablement, comme si l’hospitalité devait rester provisoire, suspendue, sous condition, et sans horizon.

Qu’on le dise nettement, pour ne plus laisser la contradiction s’accrocher à un mot : la chronologie récente est complexe, et le passage a été “quasi hermétiquement” fermé depuis mai 2024, avant une réouverture très limitée et encadrée début 2026.  Mais la ligne de fond, elle, n’a pas varié : l’Égypte tient sa frontière comme on tient un verrou, non comme on ouvre un refuge. Et pourtant, l’Égypte n’est ni l’accusée permanente, ni la cible rituelle, ni l’aimant moral.

Ailleurs, la comparaison devient accablante. La Russie, puissance occupante sur des territoires ukrainiens, piétine le droit humanitaire au long cours ; les rapports s’empilent, les condamnations existent, mais l’indignation s’use, se dissout, se disperse.
La Turquie, face aux Kurdes, a produit des années d’opérations, de déplacements, de destructions, sans déclencher la même dramaturgie mondiale.
Et l’Iran, enfin, rend la dissymétrie presque obscène : répression intérieure, pendaisons, terreur policière, oppression méthodique des femmes, projection régionale par milices et proxies — tout cela est su, documenté, répété, et pourtant nul procès moral continu ne s’installe avec la même intensité, le même acharnement, la même liturgie.

Ce qui distingue Israël n’est donc pas l’existence d’obligations, mais la manière dont elles sont martelées. Il y a là une musique, une mécanique : le rappel incessant, la répétition rituelle, la scène mondiale toujours rejouée, comme si la faute devait être quotidienne pour rester utile.

C’est ici que le point le plus inconfortable doit être dit sans fard. Il existe une asymétrie morale et médiatique ; et cette asymétrie est, en partie, alimentée par un antisionisme obsessionnel qui, trop souvent, glisse vers l’antisémitisme — non par accident, mais par capillarité. L’antisémitisme d’hier savait se dire ; celui d’aujourd’hui sait se déguiser. Il change de costume, pas de cible. Il s’habille d’universel, il s’abrite derrière le mot “droit”, il se pare de vertu.

Le rôle de l’ONU, dans cette dramaturgie, n’est pas une impression, c’est une architecture. Au Conseil des droits de l’homme, Israël est visé par un point permanent spécifique, l’“agenda item 7”, consacré à “la situation des droits de l’homme en Palestine et dans les autres territoires arabes occupés”. Il ne s’agit pas d’un débat ponctuel, mais d’un mécanisme inscrit dans l’ordre du jour, reconduit, répété, institutionnalisé.

Autrement dit : la singularité n’est pas seulement dans la passion des tribunes, elle est dans la procédure. Un dispositif qui isole un pays dans un item dédié façonne une culture, nourrit une habitude, fabrique une focale. Et cette focale, sur le long terme, finit par ressembler à une obsession.

L’Europe, elle, connaît son histoire. Elle sait ce qu’elle a infligé aux Juifs, ce qu’elle a laissé faire, ce qu’elle a rationalisé, ce qu’elle a poli en discours. Elle sait aussi que, quand l’accusation vise Israël, une part de son espace public retrouve une facilité inquiétante : la ferveur accusatoire, la morale sans miroir, l’exigence sans équivalent. Et c’est là que la géométrie variable devient un symptôme : non pas la preuve d’un “complot”, mais la trace persistante d’un vieux réflexe qui se réinvente.

Le problème n’est pas que le droit s’applique à Israël. Le problème est qu’il ne s’applique pas avec la même constance, la même exigence, la même gravité ailleurs. Tant que cette dissymétrie sera niée, maquillée sous des postures de neutralité, le droit international cessera d’être perçu comme un outil de justice. Il apparaîtra pour ce qu’il devient trop souvent : un instrument de ciblage.

Un droit qui ne s’applique qu’à ceux qui le respectent cesse d’être un droit. Il devient un rapport de domination.

©️ Nataneli

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