Irlande : Des enfants malades privés de soins parce que les médicaments sont israéliens

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Irlande : Des enfants malades privés de soins parce que les médicaments sont israéliens

En Irlande, 57 pédiatres du CHI demandent à l’État de cesser d’utiliser des médicaments israéliens produits par Teva, dénonçant une complicité tacite avec les violences à Gaza. Teva réplique, et le débat sur l’éthique médicale s’enflamme.
Quand la médecine devient politique : en Irlande, 57 pédiatres demandent l’arrêt des médicaments israéliens

Des médecins du Children’s Health Ireland appellent à boycotter Teva, géant pharmaceutique israélien, au nom de principes moraux

Un appel sans précédent dans le monde médical occidental

En Irlande, un groupe de 57 consultants pédiatriques, exerçant au sein du Children’s Health Ireland (CHI) – l’un des plus grands réseaux hospitaliers pour enfants du pays –, a récemment adressé une lettre officielle à la directrice générale Lucy Nugent, ainsi qu’à la ministre de la Santé, Jennifer Carroll MacNeill, pour demander à l’État de cesser d’utiliser les médicaments fabriqués par Teva, le géant pharmaceutique israélien, lorsque des alternatives existent.

Dans ce courrier relayé par les médias irlandais, les médecins déclarent ne plus pouvoir « rester silencieux » face à ce qu’ils considèrent comme une « situation génocidaire » à Gaza. Ils affirment que leur demande s’inscrit dans une volonté de cohérence morale et éthique, sans toutefois compromettre la qualité des soins apportés aux enfants malades.

« Pas d’interruption des soins », mais un boycott ciblé

Les signataires précisent que leur appel ne vise ni à perturber les traitements, ni à interdire radicalement les produits israéliens. Il s’agirait uniquement d’éviter l’usage de médicaments Teva dans les cas où des alternatives viables et disponibles existent. Une démarche qui, selon eux, permettrait à l’Irlande de ne pas soutenir financièrement un État accusé par plusieurs instances internationales d’atteintes graves aux droits de l’homme.

Les consultants citent en particulier la résolution de la Cour internationale de Justice (CIJ) selon laquelle Israël doit « prévenir les actes de génocide », ainsi que les rapports alarmants des Nations Unies concernant la situation humanitaire à Gaza. Ces éléments justifieraient, à leurs yeux, une révision urgente de la politique d’achats médicaux publics en lien avec Israël.

Teva dans la ligne de mire : une cible symbolique et stratégique

Teva Pharmaceuticals, basée en Israël, est l’un des plus grands producteurs mondiaux de médicaments génériques, et un acteur central dans le système de santé irlandais. La société fournit chaque année des traitements essentiels pour des milliers de patients. Elle affirme avoir permis plus de 1,5 milliard d’euros d’économies au système de santé irlandais en 2022, et avoir contribué à 226 millions d’euros de valeur économique directe dans le pays.

Face à cette attaque inédite, Teva a publié une déclaration sobre mais ferme, rappelant qu’elle opère selon les normes éthiques et professionnelles les plus élevées, et qu’elle s’efforce de garantir à tous les patients un accès équitable à des traitements vitaux, quels que soient leur origine ou leur statut.

Une fracture morale et politique au sein du corps médical

Cette initiative provoque des remous. Plusieurs responsables politiques irlandais ont pris leurs distances avec cette demande, la qualifiant de politisation dangereuse de la médecine. D’autres voix, au contraire, y voient un acte courageux, en phase avec la montée des appels internationaux à isoler Israël sur le plan économique pour sa conduite dans le conflit en cours.

Le CHI, de son côté, n’a pas encore répondu publiquement à la lettre, mais une porte-parole a confirmé que la direction « examinerait le contenu avec sérieux ». Une réunion avec les consultants signataires serait en cours de préparation.

Un précédent européen ?

Cette affaire pourrait faire date. Jamais jusqu’ici, dans un pays occidental, un tel nombre de médecins hospitaliers n’avait exigé publiquement l’arrêt ciblé de l’usage de médicaments en fonction de leur origine géopolitique. L’initiative pourrait inspirer d’autres secteurs du système de santé européen, notamment au Royaume-Uni ou en Scandinavie, où des mouvements propalestiniens appellent régulièrement au boycott d’institutions ou d’entreprises israéliennes.

Mais cette démarche ouvre aussi la porte à un précédent inquiétant : conditionner l’accès à un traitement à son étiquette politique. Si l’on commence à filtrer les médicaments en fonction de la nationalité des fabricants, ne risque-t-on pas, à terme, de sacrifier la santé des patients sur l’autel des postures idéologiques ?

Entre morale et responsabilité médicale : une ligne de crête dangereuse

L’argument des médecins du CHI repose sur une volonté de cohérence : ne pas se rendre complices, même indirectement, de ce qu’ils considèrent comme des crimes de guerre. Mais leur initiative soulève une question redoutable : peut-on faire de l’hôpital un terrain d’expression politique sans nuire à sa mission première ?

En ciblant une entreprise pharmaceutique aussi dominante que Teva, les signataires prennent le risque d’affaiblir la chaîne d’approvisionnement en traitements essentiels, au mépris  des impératifs de santé publique. Même si leur intention est d’éviter toute rupture de soins, la mise en œuvre d’un tel boycott risque d’être plus complexe, coûteuse et dangereuse qu’ils ne le pensent.

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