Gaza : l’ONU n’a pas baissé les seuils de famine, voici la vérité

Actualités, Alyah Story, Antisémitisme/Racisme, Contre la désinformation, International, Israël - le - par .
Transférer à un amiImprimerCommenterAgrandir le texteRéduire le texte
FacebookTwitterGoogle+LinkedInPinterest
Gaza : l’ONU n’a pas baissé les seuils de famine, voici la vérité

Gaza, « famine » sur mesure ? Ce que disent vraiment les règles de l’IPC – et ce que le rapport du 29 juillet a (et n’a pas) changé

Une affirmation s’est imposée en quelques heures : pour accuser Israël de « provoquer une famine à Gaza », l’ONU aurait « divisé par deux » ses seuils et utilisé une méthode « jamais employée ». C’est inexact.
Les critères officiels de famine (IPC) existent depuis des années ; le rapport du 29 juillet 2025 s’appuie bien sur ces textes – avec une option prévue par le manuel quand les mesures classiques sont impossibles. Voici, sources à l’appui, ce qui relève du factuel et ce qui relève de l’argumentaire militant.

Aucun inventaire de la faim, mais pas d’aveuglement non plus. L’alerte du 29 juillet 2025 de l’IPC ne change pas la définition de la famine : elle s’adapte aux contraintes concrètes imposées par le conflit, sans éditer de nouveaux seuils ni céder à une instrumentalisation partisane.

Ce qu’est une « famine » pour l’IPC, noir sur blanc

Dans la nomenclature IPC, une famine (Phase 5) est déclarée quand une zone remplit simultanément trois conditions : au moins 20 % des ménages en manque alimentaire extrême, au moins 30 % d’enfants souffrant de malnutrition aiguë (GAM, mesurée classiquement par le poids-pour-taille/WHZ), et au moins 2 décès par 10 000 habitants et par jour (taux de mortalité brut). Ces seuils ne datent pas d’hier et figurent dans le manuel technique (v3.1) et la note de cadrage « Famine ». 

Le même manuel prévoit des « protocoles spéciaux » : si la guerre empêche de peser et mesurer des cohortes d’enfants, on peut utiliser le périmètre brachial (MUAC) comme proxy pour une classification « Famine probable (Famine Likely) », avec un seuil de 15 % de malnutrition aiguë par MUAC, à condition d’étayer par d’autres preuves solides et récentes (dégradation rapide des facteurs sous-jacents, mortalité, etc.).
Ce n’est pas une invention « Gaza-spécifique », c’est écrit dans la doctrine IPC depuis avant 2025 et appliqué dans d’autres crises

Ce que dit le rapport IPC du 29 juillet 2025 sur Gaza

L’alerte IPC du 29 juillet 2025 conclut que « le pire scénario de famine est en train de se produire » : la consommation alimentaire a franchi les seuils de famine dans la majeure partie de la bande, et la malnutrition aiguë mesurée par MUAC a atteint 16,5 % à Gaza-Ville, ce que l’IPC présente comme le seuil de famine basé sur MUAC, via une note de bas de page explicitant l’usage du 15 % MUAC « avec preuves de dégradation rapide des facteurs sous-jacents ».

L’OMS, l’UNICEF et le PAM ont relayé cette lecture. Attention : il s’agit d’une alerte (deux seuils franchis), pas d’une déclaration formelle de famine, qui exige aussi des données de mortalité difficilement collectables en zone de guerre.

« L’ONU a baissé les seuils » ? Ce que disent les critiques… et les textes

Des médias américains et israéliens affirment que l’IPC aurait « discrètement changé ses standards » pour Gaza, en remplaçant le 30 % (WHZ) par 15 % (MUAC) et en assouplissant la méthode. C’est la thèse du Washington Free Beacon et reprise par Israel Hayom.

Les textes IPC montrent une réalité plus nuancée :
• Le 30 % (WHZ) reste le seuil de référence pour une déclaration de famine.
• Le 15 % (MUAC) n’est pas un « nouveau seuil » : c’est l’option standardisée pour « Famine probable » (Famine Likely) lorsque les mesures WHZ sont inaccessibles, assortie d’exigences probatoires supplémentaires.

Autrement dit, la « division par deux » n’est pas un abaissement ad hoc, mais un deuxième instrument prévu depuis longtemps pour des contextes d’accès dégradé.

Ce qu’il faut retenir pour déminer la propagande

La rhétorique « l’ONU a réduit les seuils pour incriminer Israël » est fragile au regard des textes. Le cœur du débat n’est pas la définition de la famine, qui n’a pas changé, mais l’impossibilité logistique de produire les mesures WHZ et la mortalité aux standards habituels à Gaza ; l’IPC a alors utilisé les protocoles alternatifs qu’il prévoit depuis longtemps pour éviter l’aveuglement statistique en zone de guerre. Discuter la qualité des données, pointer les détournements du Hamas et les enjeux d’accès est légitime ; prétendre que l’ONU aurait inventé des règles ad hoc l’est beaucoup moins. Sources clefs (sélection)

• Manuel IPC v3.1 et Guidance Famine : critères 20 %/30 %/2 ‰ ; protocole MUAC (15 %) pour Famine Likely.  
• Alerte IPC – Gaza (29 juillet 2025) : franchissement des seuils de consommation ; MUAC 16,5 % à Gaza-Ville ; note précisant « 15 % MUAC + preuves ». 
• OMS/UNICEF/PAM : reprises officielles de l’alerte IPC.  
• Analyses critiques (US/Israël) : Washington Free Beacon ; Israel Hayom ; UK Lawyers for Israel ; INSS..

Cet article a comme objectif de démonter les slogans (« seuils divisés par deux ») par la lecture des normes IPC et replacer le 29 juillet dans la continuité des protocoles spéciaux. Insister sur les zones grises : mortalité difficile à prouver, incertitudes d’échantillonnage, guerre de l’accès (blocus, pillages, contrôle du Hamas), usage politique des chiffres par les camps adverses. Conclusion : le droit IPC n’a pas changé, la bataille est narrative.

Vos réactions

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

A voir aussi