Chaque famille israélienne paie 8000 shekels par an à la mafia, sans le savoir

Actualités, Alyah Story, Antisémitisme/Racisme, Contre la désinformation, International, Israël - le - par .
Transférer à un amiImprimerCommenterAgrandir le texteRéduire le texte
FacebookTwitterGoogle+LinkedInPinterest
Chaque famille israélienne paie 8000 shekels par an à la mafia, sans le savoir

Chaque famille israélienne paie 8000 shekels par an à la mafia, sans le savoir

Un loyer qui grimpe, une prime d'assurance qui s'envole, un logement neuf dont le prix intègre déjà sa part d'extorsion : la vie chère en Israël a aussi un visage que l'on préfère ne pas nommer, celui du crime organisé. Une étude vient de le démontrer noir sur blanc, 23 milliards de shekels détournés chaque année, 8000 shekels prélevés sur chaque foyer sans qu'aucune facture ne l'indique.

Et pendant que cette ponction pèse sur le quotidien de millions de citoyens, les médias continuent d'offrir aux mafieux une tribune, des chroniques, une aura de célébrité.

Il est temps de nommer ce que le pays refuse de regarder en face, une partie d'Israël est gangrenée, et ce silence a un coût que chacun paie sans le savoir.

Une étude choc vient de lever le voile sur l'un des sujets les plus tabous de la société israélienne : le poids réel du crime organisé sur le portefeuille de chaque citoyen.
Publiée conjointement par l'organisation Hashomer Hachadash et l'institut Riffman pour le développement du Néguev, cette enquête établit pour la première fois un lien chiffré entre le chantage mafieux et la hausse générale du coût de la vie en Israël.
Le constat est vertigineux : le racket, l'intimidation des agriculteurs, les vols organisés et l'économie souterraine ponctionnent chaque année environ 23 milliards de shekels à l'économie nationale, soit près de 8000 shekels par foyer et par an, prélevés sans que la majorité des citoyens en aient conscience.

Une ponction invisible sur toute la population

 L'étude, fondée sur des données du ministère des Finances, de l'administration fiscale, des rapports du contrôleur de l'État ainsi que sur une vaste enquête nationale, démontre que le coût du racket ne reste pas cantonné aux commerçants et agriculteurs directement rackettés.

Il se diffuse dans l'ensemble de l'économie, via la hausse des prix de l'immobilier, de l'alimentation, des assurances automobiles et, indirectement, de la fiscalité locale.

Dans le secteur du bâtiment, le racket représenterait jusqu'à 5 % du budget total d'un projet immobilier, un facteur identifié comme directement responsable d'une hausse de plusieurs dizaines de milliers de shekels sur le prix de vente des logements neufs.

Les chiffres régionaux donnent la mesure du phénomène. Selon l'enquête nationale intégrée au rapport, 73 % des personnes interrogées déclarent avoir été confrontées à une tentative d'extorsion de fonds de protection.
Ce taux atteint 93 % en Galilée orientale et sur le plateau du Golan, 90 % dans la région du mont Néguev, 72 % dans le Goush Dan et 63 % à Jérusalem.

Les primes d'assurance automobile ont pour leur part bondi de 56 % en deux ans, une flambée directement attribuée à la multiplication des vols de véhicules et des actes de vandalisme liés aux réseaux criminels. Dans le Néguev, l'absence de régulation étatique effective représenterait à elle seule un coût économique annuel compris entre 800 millions et 1,5 milliard de shekels, auxquels s'ajoutent environ 200 millions de shekels de pertes fiscales locales liées à l'économie souterraine et 250 à 350 millions de shekels dépensés par l'État pour renforcer la sécurité dans la région.

Une mosaïque criminelle enracinée dans l'histoire d'Israël

Le phénomène décrit par cette étude ne sort pas de nulle part. Il prend racine dans une histoire longue, celle du crime organisé israélien, qui s'est structuré dès les premières décennies de l'État et s'est considérablement renforcé à partir des années 1970.

Les grandes familles criminelles juives, les Abergil, les Abutbul, les Alperon, les Domrani ou encore les Shirazi, sont pour la plupart issues de l'immigration mizrahie, ces Juifs originaires du Maghreb, d'Égypte ou d'Iran installés dans les quartiers les plus pauvres du pays.

À ces réseaux se sont ajoutés des clans arabes israéliens, comme la famille Jarushi de Ramla ou la famille Abdel-Kader de Tayibe, ainsi que des tribus bédouines du Néguev qui contrôlent aujourd'hui une large part de la contrebande régionale, créant des zones que les autorités elles-mêmes qualifient de zones de non-droit.

La figure la plus emblématique de ce crime organisé reste Yitzhak Abergil, condamné à trois peines de prison à perpétuité et trente années supplémentaires au terme de l'affaire 512, l'une des enquêtes les plus vastes jamais menées contre la pègre israélienne, avec près de quarante dossiers et soixante suspects sur douze années d'activité criminelle.

Né à Lod dans une famille d'immigrants marocains, Abergil avait bâti un empire fondé sur le trafic d'ecstasy vers les États-Unis via les Pays-Bas et la Belgique, le blanchiment d'argent dans l'immobilier et une série d'assassinats visant ses rivaux, dont Zeev Rosenstein, figure concurrente du crime tel-avivien.
L'attentat à la voiture piégée qui visait ce dernier en 2003 rue Yehuda HaLevi à Tel-Aviv avait coûté la vie à trois passants innocents. Yaakov Alperon, chef d'un clan rival d'origine égyptienne, a lui-même été tué par une bombe placée dans sa voiture en 2008, tandis que Felix Abutbul, patriarche d'une autre famille influente, a été assassiné devant un casino qu'il possédait à Prague.

Le racket, une industrie parallèle toujours active

Derrière ces figures historiques, le système continue de fonctionner selon des méthodes bien rodées. Le principe du racket de protection reste le même depuis des décennies : des gangs armés imposent aux commerçants, agriculteurs et entrepreneurs du bâtiment un choix simple, payer une redevance régulière ou voir leur commerce, leur champ ou leur matériel partir en fumée. Dans certains quartiers, cette économie parallèle s'accompagne d'un système d'arbitrage informel appelé borerut, où des figures du crime organisé tranchent les litiges commerciaux plus vite et plus efficacement que les tribunaux, s'imposant ainsi comme une justice de substitution dans les zones où l'État peine à faire respecter la loi.

Le tissu criminel actuel a également gagné en visibilité culturelle. Les nouvelles générations de trafiquants, parfois regroupées sous des appellations comme La Familia, ou portées par des figures comme Shlomi Domrani et Eli Naim, bénéficient d'une exposition médiatique inédite, entre clips musicaux, réseaux sociaux et fascination populaire, notamment dans le média israelien Mako ce qui complique d'autant la tâche des autorités chargées de démanteler ces réseaux.

Un appel à l'action des pouvoirs publics

Face à ces chiffres, Hashomer Hachadash a exhorté le gouvernement israélien à élaborer un plan national de lutte contre les organisations criminelles responsables de ce racket, à renforcer la protection des exploitations agricoles et des chantiers de construction, et à intensifier les mesures d'application de la loi sur le plan économique.

L'organisation insiste sur l'urgence d'agir non seulement pour des raisons de sécurité publique, mais aussi parce que ce chantage mafieux, resté largement invisible dans le débat public, pèse directement sur le pouvoir d'achat de chaque famille israélienne, à un moment où le coût de la vie figure déjà parmi les préoccupations centrales des citoyens.

POUR S'INSCRIRE A LA NEWSLETTER D'ALLIANCE ET AVOIR ACCES AUX INFORMATIONS EN UN COUP D'OEIL CLIQUEZ ICI :https://alliance-magazine.com/?p=subscribe&id=1

Vos réactions

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

A voir aussi