Livre juif : Sarah Hildebrand d’une histoire à l’Histoire

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Sarah Hildebrand : d’une histoire à l’Histoire

Sarah Hildebrand, « Chez soi », textes et dessins, 96 pages, coll. « Re : Pacific », éditions art&fiction, Lausanne.

 

A la manière d’une Sophie Calle - mais avec moins de stratégie délibérément voyeuriste - la recherche du lieu chez Sarah Hildebrand porte vers quelque chose de trouble et de troublant. Celle qui rêve « sur un tas de feuille morte de se sentir chez soi » a quitté son lieu d’origine (Genève) pour retrouver sa propre intimité. Elle pénètre par exemple en inconnue dans la maison d’une personne décédée ou en étrangère dans son pays d’adoption, l’Allemagne, encore habitée en filigrane des heures sombres du passé où certains furent jetés hors de chez eux.

 

Contre l'épargne des images poétiques ou plastiques celle qui n’écrit que dans les cafés trouve une submersion, un moyen de casser nos illusions « d’optique ». L’espace poétique est dé-spatialisé afin d'accéder au statut d'une expérience. Les lieux hantés par Sarah Hildebrand acquièrent la troublante souveraineté, l'efficacité d'un lieu de mémoire - même si ce n'est pas la sienne – du moins a priori. L'histoire de l'œuvre est donc l'histoire d'une accession à soi par l'intermédiaire de l'autre. En conséquence la dimension poétique de l’oeuvre prend un sens particulier.

 

Contre l'épargne des images et le manière religieuse que nous les consommons, l'artiste revendique ainsi non "par la bande" mais de manière ouverte la dépense, le gaspillage du corps, le déchiffrement du monde.
Elle oriente notre manière de voir, nos façons de vouloir transgresser des secrets (qui ne sont pas les bons) et capte nos propres réactions par rapport à nos illusions « d’optique ».

En retour ce qu'elle reçoit lui permet de quoi est fait sa propre image, sa propre identité. On est donc loin de bien des manières de voir et de montrer. Et nous pouvons percevoir l'ampleur anthropologique d'un travail où le lieu est dé-spatialisé dans ses frottements temporelles et géographiques.

 

Tout compte fait, au sein du secret ou de ce qu’on prend comme tel, l’artiste produit une œuvre au statut particulier. Ayant à parler du motif autobiographique qui tend toute son œuvre, Sarah Hildebrand refuse simplement de parler d’elle à l’inverse de tant de créateurs qui se complaisent à le faire.

Jean-Paul Gavard-Perrer

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