Yaacov Agam, géant de l'art israélien, s'est éteint à 98 ans

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Yaacov Agam, géant de l'art israélien, s'est éteint à 98 ans

Yaacov Agam, géant de l'art israélien, s'est éteint à 98 ans

Le sculpteur de la lumière et du mouvement disparaît

Yaacov Agam n'est plus. Le peintre et sculpteur israélien, lauréat du prix Israël, s'est éteint à 98 ans. Ses funérailles auront lieu lundi à 17 heures au cimetière militaire de Rehovot. Auparavant, à 14 heures, son cercueil sera installé pour une cérémonie de recueillement sur l'esplanade du musée Agam, à Rishon LeZion.

Pionnier de l'art cinétique, Agam aura été l'un des artistes israéliens les plus reconnus et les plus exposés au monde. Ses œuvres ont voyagé jusqu'au Guggenheim de New York, jusqu'à Amsterdam et jusqu'en France, où il a longtemps vécu et créé.
On lui doit notamment la fontaine "Feu et Eau" de la place Dizengoff à Tel-Aviv, "l'Échelle de Jacob" au Binyaney Hauma de Jérusalem, et la façade colorée tournée vers la mer de l'hôtel Dan à Tel-Aviv.

Cette année encore, à 97 ans, il recevait le prix Israël. Le jury saluait alors "une contribution de sept décennies à l'art israélien et international". Le texte précisait que "Agam a fait éclater les frontières de l'art plastique tel qu'on le connaissait et a renouvelé les langages de l'art cinétique et de l'op art".

L'élément novateur central de son œuvre, selon ce même texte, tenait à "l'idée du changement intérieur, aussi bien dans le corps même de l'œuvre que dans le point de vue mouvant du spectateur".

Les hommages affluent de tout le pays

Le président de l'État, Itzhak Herzog, a réagi avec émotion. "J'ai appris avec une profonde tristesse la mort de Yaacov Agam, l'un des plus grands artistes d'Israël et l'un des créateurs israéliens les plus respectés et les plus connus au monde", a-t-il déclaré.

"Agam, lauréat du prix Israël, a fait éclater les frontières et offert au monde un langage artistique unique fait de mouvement, de changement et de renouveau. Ses œuvres, devenues partie intégrante des musées et des collections les plus importants du monde, et aussi ici même à la résidence du président, ont exprimé une vision créative hors du commun et ont constitué une source d'inspiration pour des générations d'artistes et de créateurs. J'ai eu la chance de le connaître depuis mon enfance, et c'était un homme fascinant. Chaque rencontre avec lui laissait transparaître la fougue, la curiosité et la créativité inépuisable qui l'ont caractérisé tout au long de sa vie. Son héritage artistique et humain continuera d'accompagner la culture israélienne et les amoureux de l'art, en Israël comme dans le monde, pour de nombreuses années encore."

Le ministre de la Culture et des Sports, Miki Zohar, a salué à son tour "un artiste qui a frayé un chemin nouveau, qui a offert à la création israélienne un langage unique et porteur d'inspiration".

Il a ajouté : "Son héritage artistique continuera d'éclairer et d'influencer des générations de créateurs en Israël et dans le monde. Au nom du ministère de la Culture et des Sports, j'adresse mes condoléances à sa famille, à ses amis et à tous les amoureux de l'art en Israël."

Le maire de Rishon LeZion, Raz Kinstlich, a lui aussi rendu hommage à l'artiste, disparu "dans une vieillesse heureuse" à 98 ans.

Le maire est revenu sur sa dernière rencontre avec l'artiste, "il y a environ deux mois, lorsqu'il a reçu le prix Israël", où il a pu "le remercier à nouveau pour sa contribution de longue date à l'art, à l'État et à notre ville". Il a confié sa fierté d'avoir fondé avec lui le musée Agam,
"qui lui a montré de son vivant à quel point nous l'aimions et l'estimions", et a assuré que ce musée "continuera d'être un joyau municipal qui perpétuera son œuvre et sa vision et permettra aux générations futures d'apprendre, de vivre et d'honorer l'un des plus grands artistes nés ici".

Du quartier religieux de Rishon LeZion au Guggenheim

Né en 1928 à Rishon LeZion sous le nom de Yaacov Gipstein, Agam grandit dans une famille religieuse. À 18 ans, il décide de suivre sa passion pour l'art et part étudier à l'académie Bezalel de Jérusalem. Ses études terminées, il s'envole pour l'Europe, où il se perfectionne en Suisse, en Italie et en France. Cette période est marquée par une grande précarité matérielle : il récupère alors les matériaux de ses œuvres directement dans les poubelles du marché.

Une rencontre fortuite avec un artiste parisien donne naissance à sa première exposition, intitulée "Yaacov Agam, l'art en mouvement".
Les critiques élogieuses ouvrent la voie à l'exposition suivante, "Le Mouvement", qui réunit plusieurs artistes pour qui le thème du mouvement constitue un élément central de leur travail.

Cette exposition restera gravée dans l'histoire de l'art comme la première étape marquante du courant cinétique.

La vague d'enthousiasme des critiques transforme immédiatement le statut d'Agam, qui accède alors à une reconnaissance internationale et reçoit des commandes de personnalités de tout premier plan.

Dès les années 1950, ses œuvres sont exposées dans les musées et les expositions les plus prestigieux du monde. Elles figurent aujourd'hui dans les collections d'institutions majeures, parmi lesquelles le MoMA et le Guggenheim à New York, ainsi que le Centre Pompidou à Paris, qui présente le "Salon cinétique" surnommé aussi "salon Agam" comme l'une des pièces maîtresses de sa collection. Avant de rejoindre Pompidou, cette installation ornait le palais de l'Élysée.

Ses créations occupent aussi l'espace public à travers le monde, de la Maison-Blanche à Washington jusqu'à des places et des sites emblématiques de New York, Miami, Buenos Aires, Tokyo, Paris et Taipei.

Agam a aussi conçu la plus grande hanoukia du monde, haute de onze mètres, installée chaque année à Manhattan le temps de la fête de Hanouka, en s'inspirant d'une illustration de Maïmonide .
Près de la Juilliard School de New York se dresse également sa sculpture "Trois fois trois", composée de neuf colonnes pivotantes en acier inoxydable que le public est invité à transformer du bout des doigts.

Yaacov Agam, géant de l'art israélien, s'est éteint à 98 ans

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Une empreinte indélébile sur le paysage israélien

En Israël aussi, Agam a marqué l'espace public de son empreinte. Parmi ses œuvres les plus connues figurent "l'Échelle de Jacob" au Binyaney Hauma de Jérusalem, le monument "Yizkor" sur l'esplanade du Mur occidental, la sculpture "Cent portes" à la résidence présidentielle, et "Le Rythme du temps" au musée de Tel-Aviv. Il a également dessiné la façade colorée de l'hôtel Dan à Tel-Aviv ainsi que la sculpture "Menorah-Racines" dans le jardin Brenner de la ville.

Mais l'œuvre à laquelle son nom reste le plus étroitement associé demeure la fontaine "Feu et Eau" de la place Dizengoff, installée en 1986 et mariant les deux éléments.

Au fil des années, cette fontaine s'est retrouvée au cœur d'une controverse publique lors de la rénovation de la place : Agam s'opposait fermement à son déplacement, estimant que modifier l'environnement dans lequel elle avait été conçue en altérait le sens artistique profond.
"La fontaine n'est jamais devenue une tour Eiffel, parce qu'il y avait une jalousie immense de la part des artistes. La place attirait des foules entières, mais personne n'a compris ce que j'avais fait là", confiait-il en 2001 dans un entretien accordé au magazine "7 Yamim".

Une œuvre qui se construit dans le regard du spectateur

La singularité d'Agam tient à ceci : ses œuvres, qu'il s'agisse de sculptures ou de tableaux, ne sont jamais statiques. Elles produisent une impression sans cesse renouvelée selon le déplacement du spectateur dans l'espace. Ce dernier devient ainsi un acteur à part entière de l'expérience artistique, puisque c'est lui qui dévoile, par son mouvement, les compositions colorées et formelles enfouies dans l'œuvre.

Cette transformation perpétuelle, dictée par le regard de celui qui observe, empêche également l'œuvre de se figer à un instant donné dans une forme "parfaite" et interdit au spectateur de jamais la "saisir" dans sa totalité. L'expérience même de la contemplation devient ainsi tout aussi dynamique que l'œuvre observée.

Au-delà de son activité créatrice, Agam s'est aussi consacré au développement de méthodes pédagogiques. Dans les années 1980 et 1990, en collaboration avec le département d'enseignement des sciences de l'institut Weizmann, il élabore un programme éducatif fondé sur le langage visuel, destiné à cultiver la créativité, la mémoire et la pensée par les formes et les images plutôt que par les mots. Ce programme, étudié à l'institut Weizmann, fut ensuite déployé dans des jardins d'enfants et des écoles à travers tout le pays.

Les confidences amères d'un artiste mal compris

Derrière la reconnaissance internationale, Agam n'a jamais caché une certaine amertume face à l'incompréhension dont il estimait avoir souffert dans son propre pays.
"Je me sens en plein échec. Les choses importantes que je voulais vraiment accomplir, je n'y suis pas parvenu. J'ai travaillé trente ans sur une méthode d'éducation visuelle, et je n'ai pas réussi à faire passer le message. J'ai consacré des années et des centaines de milliers de dollars au dictionnaire des 'Agamils et on méprise ce travail. J'ai dédié dix ans à créer 'Feu et Eau' pour la ville de Tel-Aviv et on en a fait une ferraille honteuse. Mon œuvre la plus importante, on en a fait un tas de ferraille. J'ai introduit la quatrième dimension dans l'art comme conception du monde, et on dit que j'exploite le judaïsme à des fins commerciales.
Dans le monde, on me surnomme le Léonard de Vinci du XXIe siècle et ici, on dit que je suis un gâteau américain."

En 2017, à Rishon LeZion, la ville où il avait élu domicile, ouvrait le musée Yaacov Agam, qui rassemble une trentaine d'œuvres de l'artiste, parmi lesquelles trône la fontaine "Feu et Eau" de la place Dizengoff. Lors d'un entretien donné à l'occasion de cette ouverture, il confiait : "En ce moment je suis en plein combat, je veux finir ici le travail que j'ai mené, et il me reste beaucoup à faire."

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