Israël, 2e pays de l'OCDE où la pauvreté infantile est la plus élevée

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Israël, 2e pays de l'OCDE où la pauvreté infantile est la plus élevée

Israël : « fausse pauvreté » ? Un rapport officiel, un pays qui s’habitue à l’inacceptable

On peut être fier d’une macro-économie, et avoir honte d’un pays où la pauvreté devient un bruit de fond. Le rapport annuel du Bituah Leumi publié fin 01/2026 sur les revenus 2024, et ses premières estimations pour 2025, ne décrit pas une « légende » : il mesure une réalité sociale qui s’enracine, et qui s’aggrave dans la durée. 

Deux millions de pauvres : ce n’est pas un slogan, c’est une définition statistique

Selon le rapport, environ 2 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté en Israël, soit environ 21% de la population. Parmi elles, 880 000 sont des enfants. 

Le piège rhétorique des réseaux sociaux consiste à nier le phénomène parce que « personne ne meurt de faim ». Or, la pauvreté mesurée ici est d’abord une pauvreté relative : elle indique qui, dans un pays riche, décroche au point de ne plus pouvoir suivre le niveau de vie médian. Ce n’est pas « du théâtre », c’est précisément ce qui fait basculer des familles dans le renoncement, la dette, puis la dépendance aux aides.

Le rapport rappelle aussi, noir sur blanc, l’effet de la guerre et du coût de la vie sur les ménages, avec des estimations 2025 déjà dégradées : la pauvreté (filets de transferts et impôts inclus) remonterait de 20,7% à 21,0%, et la pauvreté des enfants de 28,0% à 28,8%. 

Un enfant sur quatre… et un classement

OCDE qui accuse

Le chiffre qui devrait glacer le pays est celui des enfants : plus d’un quart vivent sous le seuil de pauvreté, et Israël se retrouve 2e parmi les pays de l’OCDE pour la pauvreté infantile, derrière le Costa Rica. 

Quand un pays s’habitue à cette statistique, il fabrique mécaniquement son avenir social : décrochage scolaire, santé dégradée, trajectoires professionnelles cassées, reproduction de la précarité. Ce n’est pas un débat idéologique. C’est de la démographie sociale.

« Ça ne concerne que les Haredim et les Arabes » : argument vrai… et profondément mensonger

Oui, la pauvreté est plus concentrée dans certains secteurs. Le rapport indique des taux très élevés chez les ménages haredim et arabes, et précise qu’ensemble ces deux communautés représentent 65,1% des personnes sous le seuil de pauvreté. 

Mais c’est exactement là que la phrase devient malhonnête : si 65,1% des pauvres appartiennent à ces deux secteurs, cela signifie qu’environ un tiers des pauvres n’en font pas partie. Donc non, la pauvreté n’est pas un « problème d’autres gens ». Elle traverse aussi des ménages salariés, des familles « ordinaires », des indépendants, et surtout une classe moyenne fragilisée qui bascule à la première secousse.

La pauvreté ne se voit pas toujours, mais elle se paie : soins, repas, factures

Le rapport et ses reprises dans la presse décrivent des marqueurs concrets : ménages incapables de couvrir toutes les dépenses mensuelles, renoncements à des soins, ou repas sautés par manque d’argent. 

Ce sont précisément ces comportements-là que les discours « il n’y a pas de pauvreté » effacent. La pauvreté n’est pas toujours la famine spectaculaire : c’est souvent la privation silencieuse, l’arbitrage permanent, et l’épuisement mental d’un foyer qui « tient » en apparence.

Une pauvreté qui s’approfondit : les pauvres deviennent plus pauvres

L’un des signaux les plus inquiétants n’est pas seulement le volume, c’est la profondeur. Selon l’analyse de la presse économique israélienne, l’“indice de profondeur” de la pauvreté grimpe (écart entre le revenu des pauvres et le seuil), et l’indice de “sévérité” augmente aussi : autrement dit, les pauvres s’éloignent davantage du minimum. 

La guerre agit comme un accélérateur : déplacements, pertes de revenus, hausse des coûts, tensions sur le marché du travail, et un État qui arbitre en faveur de l’urgence sécuritaire. Résultat : le social devient un « après », parfois indéfiniment.

Cherté de la vie : quand le filet social est plus fin que dans les pays comparables

Dans le rapport du Bituah Leumi, une comparaison internationale saute aux yeux : les dépenses sociales d’Israël sont indiquées autour de 16,7% du PIB, quand la moyenne OCDE est autour de 21,2%. 

Ce n’est pas un détail technique. Dans un pays où le logement, l’alimentation et les services essentiels coûtent cher, un filet social plus mince signifie mécaniquement : plus d’exclusions, plus de travailleurs pauvres, et des enfants qui paient la note à la place des adultes.

Nourrir, c’est déjà un indicateur : l’insécurité alimentaire n’est pas un slogan militant

Le Bituah Leumi publie aussi des données sur la sécurité alimentaire : la part d’enfants vivant dans des ménages en insécurité alimentaire reste très élevée (autour de 31,7% pour 2024, même si le rapport note une amélioration par rapport à 2023, en partie liée aux dispositifs d’hébergement et de repas pendant la guerre). 

Et la Knesset a relayé une donnée frappante : un million d’enfants auraient vécu une forme d’insécurité alimentaire en 2024, selon un rapport du Bituah Leumi. 

Enfin, le débat « on ne croit pas Latet » se trompe de cible : Latet ne remplace pas la statistique officielle, il l’éclaire autrement, en particulier sur le coût réel d’un panier de vie minimal et sur la privation alimentaire. Même quand ses chiffres sont discutés, ils posent la seule question qui compte : combien coûte la vie, concrètement, pour une famille ? 

Ce que doivent exiger les Israéliens francophones : moins de déni, plus de programme

Le déni est une manière de se protéger psychologiquement. Mais politiquement, il est toxique : il permet aux partis de faire campagne sur des abstractions, pendant que la facture s’accumule sur les mêmes épaules.

Si l’objectif est qu’avant les élections tous les partis intègrent un programme « efficace et rapide », alors il faut une boussole simple : faire baisser la pauvreté des enfants, réduire le coût du logement et du panier de base, et renforcer l’accès aux soins et à l’emploi qualifié. Tout le reste n’est que littérature électorale.

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