la paracha de la semaine par Claude Layani.CHOFETIM La Justice

Paracha de la semaine - le - par .
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CHOFETIM La Justice

La section chabbatique que nous lisons cette semaine dans la Torah, Chofetim, traite surtout, comme son nom hébreu l'indique, de questions relatives à l'excercice de la justice.


Après l'exhortation initiale bien connue Tsédék Tsédék tirdof, la justice, c'est la justice que tu poursuivras", Moïse entreprend d'édifier son peuple sur la nature de ce "tsédék" par quelques cas précis. Nous avons choisi le cas d'un homme, ou d'une femme, qui aurait pratiqué l'idôlatrie, et qui aurait été découverts par des témoins. Il est prévu, si la chose est irréfutable, qu'ils soient lapidées. Or, le texte ajoute en "post-scriptum": "Ce n'est que par les dires de deux ou trois témoins que l'homme sera exécuté, non un seul témoin. 


La main des témoins se lèvera contre eux la première, la main du peuple se s'élèvera qu'en dernier..." Il y a dans cette dernière phrase la preuve d'une observation de la psychologie humaine que l'on pourrait qualifier véritablement d'intuition générale. Deux traits de la réalité humaine ressortent ici magistralement. Premièrement, en prévoyant que les témoins soient à la fois témoins et bourreaux, la Torah a constaté une réalité fondamentale de l'individu, et proposé une solution qui contient le moins de risques possibles d'"erreurs judiciaires". 


En effet, le législateur sait à quel point il sera difficile, pour ne pas dire impossible, à un témoin malhonnête ou simplement pas assez sûr de ce qu'il avance, de porter la main sur le condamné pour lui donner la mort. Il est vraique tout témoin qui comparaît dans le jugementd'une affaire devrait être conscient, lorsqu'il prête serment et lorsqu'il rapporte des faits, de la responsabilité qu'il porte sur lui, du fait qu'il peut envoyer à la mort un innocent. 


Mais, il est également vrai que la lenteur de la procédure moderne, l'espèce d'anonymat que réserve au témoin l'exécution de la victime par un tiers dont l'identité lui est inconnue, le déchargent psychologiquement en quelque sorte de la terrible responsabilité qui est la sienne. De même, quoiqu'à un moindre degré, pour les jurés dont le nombre et l'anonymat dans le verdict final leur permet de croire, ou de bien vouloir croire que ce n'est pas chacun d'entre eux qui est responsable de la sentence. Ainsi, dans son primitivisme apparent, la loi de Moïse prémunissait finalement davantage l'accusé contre une injustice possible, ce d'autant plus si l'on songe à ce qu'il faut de "cran" pour abattre un homme à coups de pierre. Il y a encore davantage dans ce commandement de la Torah. 


Même si le témoin est convaincu de ce qu'il avance, même s'il sait pertinemment la sanction que prévoit le texte légal pour ce cas, n'aura-t-il pas tendance, du fait qu'il sait qu'il devra être également l'exécuteur du condamné à plus d'indulgence, ne sera-t-il pas amené à se questionner sur la sévérité du législateur pour ce cas, et finalement, ce genre de procès se multipliant, s'il s'avère qu'à chaque fois il y a un "blocage" psychologique des témoins-bourreaux face à l'accusé, ne serait-ce pas le ferment d'une évolution de la loi pour son adoucissement ? 


Ne s'agit-il pas, en dernier ressort, de ce qu'on pourrait appeler aujourd'hui une politique de participation à l'élaboration de la loi, qui a fait que dans l'histoire du judaïsme, la loi est souvent, pour ne pas dire toujours, venue de la "base" ? Mais il y a, toujours dans cette même loi de la Torah, qui veut que le peuple n'intervienne pour la lapidation qu'après les témoins, un second trait génial et largement en avance sur les réactions humaines de l'époque. 


En exigeant que les témoins jettent les premières pierres sur les accusés, le texte prévoyait en fait, c'est le commentaire qui le révèle, que l'accusé soit mis à mort par les seuls témoins, non par le peuple. Il s'agit d'endiguer le résultat d'une exaltation de la populace dont c'est la nature de s'acharner sur un individu. On voit, à travers ce commandement à quelle connaissance de la nature humaine fait appel la notion de "tsédék" de la Torah, et combien il est vain de la réduire à la seule exigence du talion. Notre Sidra qui commence par parler de justice se termine sur un devoir




Claude Layani

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