Laurent Bartoleschi

Je m'appelle Laurent Bartoleschi, actuellement attaché de production à Radio France International( RFI).
J'ai connu Alliance en 2009, tardivement donc, d'où j'avais proposé à Mme la Présidente-Claudine Douillet, de rédiger quelques articles cinéma. Chose établie puisque jusqu'à aujourd'hui, après en avoir réalisé plusieurs, de couvrir les festivals de Cannes et de Deauville, ainsi que maintes interviews, je suis reconnu par les professionnels de la profession, étant donné qu'ils me délivrent chaque année, depuis 2010, ma carte de critique. Une belle reconnaissance, à vrai dire. Merci à toute l'équipe d'Alliance, en espérant que cette collaboration ne soit qu'un début.

Les articles de Laurent Bartoleschi

Chronique d'un divorce annoncé : Les juifs et la France par Marc Brzustowski.

A l’ombre des Elections : le baromètre sécuritaire et la prolifération antisémite.

La France et ses Juifs : Chronique d’un « divorce » annoncé.
Par Marc Brzustowski.

Difficile d’évoquer la façon dont les Juifs perçoivent leur avenir en France, sans traiter la question de la sécurité.

Elle sera présente à l’esprit, lors du détour obligé par l’isoloir, dimanche prochain.
La Campagne présidentielle fut terne, seulement entrecoupée par les tragédies de Toulouse, plus récemment et passés presque inaperçus, par le meurtre du policier de la B.A.C Cédric Papatico, en banlieue de Chambéry, les règlements de compte à Marseille, etc.

Non que les difficultés économiques soient inexistantes, au contraire.
Mais, la sécurité est le premier droit du citoyen. Par effet d’entraînement, à mesure que l’instabilité se prolonge, les risques d’atteinte aux biens et aux personnes s’amplifient.
Ceci, dans un environnement intercontinental devenu précaire, avec les printemps arabes.

Pourquoi revenir sur ces évènements ? Parce que le politique dispose d’outils de prédiction assez fiables qui permettent de présager de l’avenir qui se dessine ; et que la Communauté juive se trouve, trop souvent, l’épicentre de phénomènes qui la dépassent et concernent l’ensemble d’une collectivité.

« L’incident » de Chambéry se trouve à l’intersection de la doctrine sécuritaire, prononcée, fin juillet 2010, par N. Sarkozy, à la suite des émeutes de Villeneuve, en banlieue de la capitale savoyarde.

On avait, alors, fait la « découverte » de la profonde connexion entre grand banditisme local, dont les bases-arrières sont solidement ancrées dans une population en rupture de ban avec la République, complice de cette stratégie d’autonomisation criminalo-ethnique, par développement d’une « économie parallèle ».

C’est aussi le nid d’Imams louches, dont on peine à débusquer le double-discours, bien qu’il soit connu des services.
On se remémore les slogans qui avaient cours alors : « Sale Race ! Tout ce qui est Européen, on va tirer dessus ! ». Toulouse, Chambéry, Marseille nous rappellent que rien n’a véritablement changé.

On a bien délogé quelques salafistes de Forzane Alizza et empêché, in extremis, attentat oblige, la venue des prédicateurs Youssouf al Qaradawi et Mahmoud Al Masri.

Mais, au Congrès de l'UOIF, la sociologie de l’excuse et de la menace, par le truchement de Tariq Ramadan, a pu fustiger sans encombre les autorités, qui n’y ont rien trouvé à redire. Dès lors, on ne sait plus où se situe le « débat légitime » et la subversion communautariste de l’Etat de Droit.

Il n’est pas question de surfer sur une insécurité que certains réduisent à un simple « sentiment », mais d’évaluer comment les divers camps en présence appréhendent un phénomène vite incontrôlable.

Comment la violence est banalisée et légitimée par le discours. Et pourquoi, plutôt que d’être réellement acteurs de leur propre sécurité, dans le cadre du respect des lois et la coordination avec les autorités locales et nationales, les Juifs devraient se contenter de faire les frais de ces mutations socio-ethniques sous le registre éculé du « baromètre », ou pire, du « canari dans la mine » ?

Ce leitmotiv avait été repris, dans le titre d’un ouvrage, à propos de la mort d’Ilan Halimi z’l, par Yaël König, (avec L. Messika, J.Sberro, J.P de Belmont, F. Ghez et P.Lefebvre) aux éditions Yago, en 2009.

Il ne faisait pas, alors, que le bilan de la montée en puissance de la criminalité antisémite, mais rappelait l’émergence d’un ordre souterrain, profondément antirépublicain, par les morts de Sohane et Shéhérazade, brûlées vives, Gofrane, lapidée à mort, Sébastien Sellam, égorgé et énucléé… Ce tableau se noircit, au fil de l’actualité.

La Communauté juive est devenue le contre-modèle, voire l’exception « insupportable » d’une intégration, qui, autrefois, marchait relativement bien, avec ses incidents, vagues xénophobes, préjugés, mais qui au bout du compte, réussissait. Aujourd’hui, ce pacte est rompu.

C’est pourquoi, dans une société qui a du mal à regarder sa propre histoire en face, elle devenue, à la fois, l’étalon de ce qui dysfonctionne, pour les pouvoirs publics, et la cible du ressentiment de toutes sortes de « damnés de la Terre » ou de prétendus « Indigènes de la République », lorsque de soi-disant « leaders » de l’immigration plus récente expriment leur désir profond de détruire le lègue collectif.

Les signes des temps sont là, à vif. Le politique sait-il les lire ? On peut situer la mobilisation de deux types d’experts. Le curseur de l’outil sécuritaire se déplace sur un graphique allant du camp de :
-  la « sociologie de l’excuse », dont l’arme principale est la stigmatisation de la société, « responsable » et souvent coupable, du chômage, de l’exclusion, et donc des déviances qui découleraient « naturellement » d’un mal-être « entretenu » par négligence.

- A un discours préventif et anticipateur, qui reconnaît les limites de l’action sociale stricto sensu et la manifestation de solidarités criminogènes ou « claniques », qui tendent à établir des territoires quasi-autonomes, au cœur même des sociétés qui les nourrissent. Ce modèle découle du constat de l’émergence de sociétés ou d’Etats Faillis (Somalie, Soudan, Afghanistan, aujourd’hui, Libye, Mali, etc.).

L’attrait de ce second modèle réside dans le fait d’intégrer la « mondialisation » qui travaille le centre-même de sociétés qui se sont longtemps crues protégées, comme sous « cloche de verre », ayant chassé les zones de conflits hors d’Europe. Ceci explique, en grande partie, la focalisation sur le conflit « palestino-israélien ».

On peut accuser l’un des acteurs d’être responsable du non-développement démocratique de l’autre, même si cet autre n’en voudrait pour rien au monde. Or, Toulouse, entre autres, est la claque magistrale et retentissante à toutes les sociologies ou géopolitiques de l’excuse.
A force de renvoyer la balle contre l’Etat de Droit israélien, on se surprend à couver les œufs du Jihadisme à domicile, imperceptiblement, d’année en année…

Dans nos sociétés technocratiques, où le constat de bon sens ne suffit pas, on attend des rapports circonstanciés sur ce qui se passe, et qu’ils nous disent quoi faire. L’Islamologue Gilles Kepel nous prédisait la fin de l’Islamisme… quelques mois avant les attentats du 11 septembre 2001 et la vague Al Qaeda de ces dix dernières années. Les cordonniers ne sont pas toujours les mieux chaussés.

Le gouvernement l’a chargé, avec une équipe de l’Institut Montaigne, d’explorer l’évolution de la rénovation urbaine (PRU), sur deux sites qui ont été les foyers des émeutes de 2005 : Clichy/Bois et Montfermeil. Les millions déversés sur les « sites sensibles », en France, ne sont qu’un échantillon des milliards alimentant les politiques de soutien au « développement » dans les pays arabes, africains et d’Asie Centrale. Au décompte de ces sommes, bien sûr, les trésors dépensés pour permettre l’émergence d’un « Etat palestinien », détournés par la corruption, au profit d’édifices à la gloire des « Martyrs du Jihad ».

On a reproduit, à l’échelle de nos banlieues, comme à celle de continents entiers, le modèle qui a, pourtant, bien marché dans l’Europe d’après-guerre : celui du Plan Marshall. Mais, on ne s’est que trop rarement inquiété de l’émergence d’institutions fiables, du véritable fonctionnement d’institutions démocratiques, de pluralisme, de liberté de la femme, pivot de l’égalité et de l’éducation.

On a évacué les questions qui dérangent, comme les prédispositions culturelles compatibles avec les valeurs promues, ou leur rejet radical. Sans quoi, le rejectionnisme arabo-musulman d’un Etat de cette nature, ou le fait qu’aucun n’émerge, à cette heure, à l’issue des « printemps arabes », auraient pu inspirer nos joyeux financeurs dispendieux.

En banlieue, chaque fois, les allées sont plus agréables, les entrées et les boîtes aux lettres réparées, on y parle de « sécurisation des espaces intermédiaires », on prône l’établissement de « zones franches » permettant une embauche non-discriminatoire (projet remontant au plan de Bernard Tapie, il y a des années), pour assécher le marigot des trafics bien plus rémunérateurs.

Or, la revendication ethnico-religieuse n’est pas soluble dans l’accession à un niveau de confort raisonnable, selon les canons de la « société bourgeoise » et satisfaite d’elle-même, qui s’endort sur ses acquis et conquêtes sociales, où, de Mélenchon à Sarkozy, se demande comment les conserver. Stigmatisant l’absence de réel « ascenseur social », ce rapport pointe le décrochement de « l’adhésion aux valeurs de la laïcité » à l’Ecole, et l’islamisation des attentes pédagogiques : disparition de l’enseignement sur la Shoah (« point de détail », comme disait l’autre…), militantisme pour le port du voile, ayant pour conséquence l’effacement de la mixité sociale/sexuelle dans les cours de sports et les cantines (le « Hallal et l’endogamie explosent»), etc.

A la « démobilisation politique » fait suite l’imbrication du politique et du religieux et le fort potentiel clientéliste que représente la communauté musulmane. Et de proposer la propulsion d’élus « issus de l’immigration » dans les partis. L’Islam serait une « compensation » contre « l’indignité sociale », jusqu’à la construction d’un « lobby musulman », exacerbé dans l’édification de mosquées. Le ver est dans le fruit de la connaissance et le cercle vicieux ‘ne finit pas de fasciner.

Ce discours clientéliste clé-en-main n’a rien de nouveau. Enquêtant sur les émeutes de la région lyonnaise, en 1990, le même laïus de « l’Islam salvateur des banlieues » était sur toutes les lèvres des directeurs de centres sociaux, issus de la « gauche laïque » et de « l’éducation populaire ». Complaisance responsable, mais pas coupable, qui explique la perte de tout respect des valeurs de la société d’accueil.

Les partis n’ont fait que reprendre ce « retour de terrain » déjà conquis, pour creuser le fossé croissant entre deux sociétés parallèles. Un autre « rapport », réalisé à Marseille, et financé par le milliardaire américain George Soros (financeur de J-Street, soutien d’Obama courtisant les Frères Musulmans) au travers de l’Open Society Foundation, va plus loin. Mené par V. Geisser et F.

Lorcerie, il ne s’intéresse qu’aux « Musulmans marseillais ». Juste soutenu par un micro-trottoir de deux sous-groupes (100 individus), musulman et non-musulman, histoire de bien fixer où se situe la nouvelle frontière intérieure, c’est un tissu de plaintes quant à « l’islamisation résistible » de Marseille : en exergue, l’Islam strict ne « serait pas respecté à l’hôpital », « les soignants feraient preuve d’une « méfiance » croissante envers les Musulmans » ; l’habitat traduirait une « logique de sécurisation » ; la police aurait « des pratiques imprégnées d’attitudes coloniales », etc.

Cette école de pensée traverse bien des cercles de l’université jusqu’à la chaîne décisionnelle. Elle est, notamment, conduite par le sociologue néo-marxiste Laurent Mucchielli, qui défend mordicus de telles « études » creuses et sans fondement méthodologique. Un conflit l’oppose à Alain Bauer, l’ancien Grand Maître de l’Orient de France.

Celui-ci vient d’obtenir une chaire de criminologie au CNAM. Dès 2003, il a tenté de mettre les pouvoirs publics en garde (avec Rémi Raufer), affirmant que « la guerre ne fait que commencer ». Selon lui, les Etats disposent de tous les outils, pour faire place à un « savoir qui pressent » le cours des évènements et ne se contente pas de les subir. A gauche, il a eu l’oreille de Lionel Jospin, faisant de la Sécurité une valeur républicaine impérative, à Villepinte, en 1997. Sous Sarkozy, il devient Président du Conseil de « l’observatoire de la délinquance ».

Il est en bute à toute l’école précédente, qui lui reproche, notamment, d’avoir écrit, en 2003 : « à partir de ces zones de non-droit inaccessibles aux forces de l’ordre et grouillant d’armes de guerre, assurer la logistique d’un réseau terroriste est stricto sensu un jeu d’enfant ». Il ne faut pas être grand clerc pour observer les ravages de cette prolifération et les connexions entre zones de « non-droit », petite délinquance devenue la main d’œuvre de réserve du grand banditisme, logistique du Jihad ou/et de l’antisémitisme pour loups solitaires ou en bandes organisées.

Un autre expert, Hacène Belmessous accuse implicitement : « Opération Banlieue : Comment l’Etat prépare la guerre urbaine dans les cités françaises », aux éditions la Découverte. Il observe l'émergence d'un continuum entre défense nationale et sécurité intérieure, avec des critiques, au sein des états-majors, contre la désignation d'adversaires politiques comme ennemis intérieurs du régime. La gendarmerie, depuis le 3 août 2009, est sous la tutelle du ministère de l'Intérieur, et se voit confier une mission de maintien de l'ordre dans l'espace public (au Centre national d'entrainement de la gendarmerie de Saint-Astier). L’ouvrage n’est pas indemne d’accents complotistes, focalisant sur la personnalité de N. Sarkozy, dans ces orientations politiques que l’auteur dénonce. Si la guerre civile demeure une virtualité, une simple projection, l’électeur profane ne peut en chasser la perspective d’un revers de bulletin.

Cette « fracture », apparue dans l’interprétation des faits sociaux, n’en est qu’à ces balbutiements, malgré le recul de plus de 30 ans sur l’échec du « modèle français d’intégration ». Des « penseurs » irresponsables comme V. Geisser, relayant les « plaintes » musulmanes contre les services de santé, les pompiers, les cantinières, les caissières et, demain, la boulangère non-voilée, n’en sont que la caricature…

Ce clivage politique transparaît tout au long de la campagne. A peine Merah mis en terre, la sociologie de l’excuse reprenait ses droits, allant jusqu’à l’octroi de primes au terrorisme : le premier fut Tariq Ramadan, transformant le tueur en « victime ». Puis, Djamel Debbouzze s’affichait « ulcéré par l’affaire Merah », dans le Parisien ; vint le tour d’Henri Guaino – « éminence grise » de N. Sarkozy-, comparant, sur Radio-J, « Gaza à une prison à ciel ouvert, où on n’a même pas le droit de se baigner », sans référence aux milices de la vertu du Hamas. Peu importe, l’essentiel est de botter en touche. Nathalie Artaud (L.O) et Eva Joly (Verts), candidates présidentielles, emboîtent le pas : la « prison » devient « camp de concentration ». Yazid Sabegh, Commissaire à la Diversité et l’Egalité des Chances, enchaîne sur les « nombreux drames sociaux » (sic.) du même genre et la « vision fantasmée » qu’aurait la Communauté juive, quant à l’antisémitisme dans les banlieues ».

Le Maire de Paris, Bertrand Delanoë joint le geste à la parole et reçoit, le 5 avril, à l’Hôtel de Ville, le convaincu de terrorisme franco-palestinien Salah Hamouri, relâché, avec 550 autres prisonniers de même engeance, contre l’otage franco-israélien Guilad Shalit, retenu cinq ans par le Hamas, en totale infraction de toutes lois internationales. Nombre de caciques du PS, dont d’anciens Gardes des Sceaux et Ministres (M. Lebranchu, E. Guigou, J.Lang, JC Gayssot…) lui fait une haie d’honneur, façon d’annuler toute valeur à la condamnation prononcée à son encontre par la Cour d’un pays démocratique. Syndrome de Stockholm ?

Les gages donnés depuis 2000, au vote clientéliste islamique, de divers côtés, mais plus clairement, du côté des diverses gauches, laissent augurer d’un recul massif de la sécurité, en France, dans les années à venir, même si le cœur du débat reste transpartisan. Sur le plan de la politique étrangère, on se rappelle du rôle néfaste joué par Hubert Védrine, dans l’inflammation de l’antisémitisme en France, trouvant « normal » que des « jeunes français issus de l’immigration soient ulcérés par ce qu’ils voyaient », sur les écrans, du conflit israélo-arabe. Il était attisé par son comparse, « stratège » de l’IRIS, Pascal Boniface, autre maître à penser et courtisan de l’Islamisme convenable  et du vote clientéliste, s’accrochant au pa    n de la djellaba de Tariq Ramadan. N. Sarkozy a même pensé à lui, un moment, pour dicter la suite de la « politique arabe de la France ».

En 2011, c’est l’explosion des « Printemps arabes », dans toute la périphérie méditerranéenne. Les travaux à la gloire de l’Islam marseillais ne sont que le symptôme ou le sas d’entrée des retours de flammes qui pourraient emprunter, aisément, le couloir rhodanien…

Le travail de réflexion sur les moyens de résistance à cette poussée de fièvre idéologique criminelle ne fait que commencer. Il ne pourra se faire correctement à Paris que s’il est fermement appuyé et secondé par une stratégie transnationale qui relie l’ensemble des capitales, berceaux de la civilisation européenne : Paris, Rome, Athènes, Jérusalem. Comme le confie Julie Hazan, dans un éditorial d’EJP, organe de presse juif européen, « la Sécurité des Communautés juives dans le monde passe par un renforcement de l’image d’Israël dans les médias ».

Dans la logique du Jihad, qui se répand au creuset des « Etats Faillis » (dont la « magnifique opération » de l’OTAN en Libye, qui déborde sur le nord-Mali est un monument de clairvoyance), la cause palestinienne est devenue le mode d’accès direct et de chantage à « l’Injustice » ethno-religieuse, asséné aux politiques de tous bords. Il lui permet de développer une stratégie d’entrisme par tous les arcanes proches des leviers de pouvoir.

Chaque fois qu’un homme politique, fût-il maire de Paris ou candidat à la Présidence, cède aux sirènes du terrorisme, au nom de calculs électoraux à courte vue, il doit sentir la pression des forces d’opinion et d’action qui ne se résoudront jamais à l’instauration du chaos dans leur environnement : que ce soit dans les banlieues françaises, Place Tahrir ou à Gaza, n’en déplaisent à Artaud, Joly, Guaino, et à tous les stratèges de la « balle est dans le camp d’Israël » : car c’est eux-mêmes et les institutions qui s’opposent à cette déliquescence programmée, conçue et réalisée, qu’ils mettent en péril à moyenne échéance, en pensant s’en tirer à très bon compte (électoral).
Marc Brzustowski.

Cinéma : L'enfant de l'autre. Emmanuelle Devos etLoraine Lévy pour Alliance par Laurent Bartoleschi

fils-lautre.jpgEn pleine guerre du Golfe, dans un hôpital de Haïfa. Deux femmes accouchent chacune d'un garçon: Joseph et Yassine. L'une d'entre elles est une Française juive qui vit à Israël, l'autre est palestinienne. Dix-huit ans plus tard, Joseph, qui doit effectuer son service militaire, va recevoir des résultats sanguins qui vont se révéler incompatibles avec ceux de ses parents. Les deux enfants, dans le chaos des bombardements, ont en fait été intervertis.
Comment les parents ainsi que les intéressés vont-ils vivre ce lourd secret?

Accompagné d'un brio d'acteurs exemplaire, Le fils de L'autre donne un certain relief de la société israélienne et palestinienne. On retrouve une réelle maturité dans l'écriture et dans la direction des comédiens; il y a comme une harmonie qui baigne tout au long du troisième opus de Lorraine Levy. Les acteurs s'y sentent complètement à leur aise dont Emmanuelle Devos qui nous en parle, accompagnée de sa réalisatrice.
 
L.B: Comment s'est opéré le choix des comédiens? Il s'agit d'un couple plutôt atypique Emmanuelle Devos/Pascal Elbé.

Lorraine Levy: J'avais déjà travaillé avec Pascal dans Mes Amis, Mes Amours; J'en ai gardé un très bon souvenir. Ici, dans Le Fils de L'autre, il fallait un personnage de taiseux; un homme qui a énormément de mal à exprimer ses émotions, et en même temps un homme de sensibilité: il fallait être capable de jouer Le mot qui ne sort pas; la sensibilité qui est là mais qui n'arrive pas à être dite. Et je savais que Pascal en serait capable et que ca serait un régal de le lui demander. Emmanuelle quant à elle, je ne la connaissais pas encore, autrement qu'à travers ses films dont j'étais assez fan. J'aimais la plupart de ses choix ce qui du coup possède un sens à mes yeux. Alors mon choix était immédiat et donc après lui avoir envoyé le scenario qu'elle a eu la gentillesse de le lire vite. On a vite travaillé toutes les deux le rôle d'Orith. J'ai opéré vraiment différemment avec elle qu'avec Pascal. On a travaillé comme on ferait un mille feuilles, c'est-à-dire par strates, en ajoutant un peu d'émotion par ci, par là, en enlevant ici et là afin de garder le bon équilibre et une bonne cohésion. Aussi, on a comme l'impression d'avoir écrit le scenario tous ensembles.
Emmanuelle Devos: J'ai été immédiatement happée par cette histoire absolument incroyable et surtout dans le fait d'aller vers des situations peu ou prou courantes dans la vie de tous les jours. C'était ce vertige qui avait à jouer que je trouvai passionnant. Comment accueille-t-on une nouvelle pareille? On pouvait trouver tout un panel d'enjeux difficiles à réaliser. Il y avait trop d'explications dans le scenario, contrairement au tournage, où les mots semblaient totalement dérisoires tant l'action se suffisait en elle-même. Lorraine possède un bon regard sur ses acteurs.

L.B: Cela vous fait quoi si je vous dis que votre film détient un air du film La Vie est un Long Fleuve Tranquille?

Emmanuelle Devos: Pour rire, lorsque l'on me posait la question: quel serait mon prochain  rôle àmanuelle-devos.jpg jouer, je répondais pour rire "la vie est un long fleuve tranquille version Israël/Palestine; je ne vous cache pas que cela créait un certain malaise.

Loraine Lévy: Le postulat de départ celui de l'enfant échangé à la naissance avec l'enfant d'un autre fait penser effectivement à ce film ; tout est dans la façon de le raconter. Chatillez a fait un film génial, mais, qui est une satire sociale, alors que mon film possède une palette qui n'est pas la même. Il n'y a aucun point commun malgré ce petit point de départ mais si vous en trouvez je serais preneuse.

L.B: C'est un de vos premiers rôles en tant que mère. Pourquoi n'avez-vous que peu de rôles de maman dans votre large filmographie?

Emmanuelle Devos:: Ce qui est amusant, c'est que je suis maman et qu'à priori les rôles de mère ne m'intéressent pas du tout. Le rapport filial n'est pas une chose qui me plaît à jouer. Ici, pour le coup ce dernier est comme bousculé. D'autant plus que les liens que j'avais avec Jules n'étaient pas si maternels que ça. Jouer juste une maman n'est autre que pléonastique. Ca me fait un petit peur aussi finalement: en jouant, on découvre beaucoup de choses de soi, inconsciemment. Aussi, pourquoi les réalisateurs nous les proposent? Parce qu'ils (res) sentent chez un acteur comme un appel muet…

Loraine Lévy : …Je sentais chez Emmanuelle, une douceur contrariée: il y a quelque chose d'infiniment doux le tout enveloppé et en même temps le non envie de rentrer dedans. J'avais l'impression en lui offrant le rôle la chance d'acquérir le beurre, l'argent du beurre et le talent de la crémière.

L.B: Vos acteurs principaux- Pascal Elbé et Khalifa Natour, les deux papas- sont quasi muets. Etait-ce un choix?

L.L: Ce n'est pas une plaidoirie contre les hommes! On a beaucoup parlé de la libération de la femme, mais il y a aussi celle de l'homme! Encore aujourd'hui, beaucoup d'hommes ont du mal avec leurs émotions. Dans mon film, il leur faut en effet du temps "avant que ça ne sorte". Ici, ce sont les femmes qui font bouger les choses. Si les deux pères Alon et Saïd ne disent rien, c'est plutôt qu'ils n'arrivent pas à dire ce qu'ils pensent, tout simplement. Mais, leur silence exprime tellement: ils ne peuvent partager que ce silence. Et le partager possède un réel poids. Oui, mes hommes sont des silencieux, mais des hommes de force et de bonté.

L.B: Pourquoi avoir décidé de finir votre film avec une ouverture?

L.L: Ca aurait été un cliché terrible que de faire terminer le film dramatiquement; d'ailleurs dans la première version, il se terminait plutôt mal, je me suis dit qu'il n'en été pas question aussi bien idéologiquement que scénaristiquement qu'artistiquement. Donc, je suis totalement en phase avec cette fin ouverte dont j'en suis tres fière. Mon désir étant d'en faire un film optimiste. Sans faire quelconque politique, moi Lorraine Levy de Belleville, je voulais que mon film soit ainsi.

Laurent Bartoleschi

Helmut Newton raconté par ses victimes

helmutnewton.jpgPhotographies d'Helmut Newton intitulées "Yves Saint Laurent, rue Aubriot, 1975, Paris" dans le cadre de la rétrospective au Grand Palais à Paris, le 23 mars 2012. Photographies d'Helmut Newton intitulées "Yves Saint Laurent, rue Aubriot, 1975, Paris" dans le cadre de la rétrospective au Grand Palais à Paris, le 23 mars 2012. | AFP/FRANÇOIS GUILLOT/HELMUT NEWTON ESTATE

Le photographe Helmut Newton (1920-2004), dont la première rétrospective française est présentée au Grand Palais, est surtout connu pour ses photos de mode provocantes, reflets d'un monde où l'argent et le sexe s'affichent sans complexe. Mais Helmut Newton était aussi un portraitiste talentueux, fasciné par la célébrité, par ceux qu'il appelait "the famous and the infamous". Il disait : "J'aime photographier les gens que j'aime, les gens que j'admire, les gens célèbres, et surtout les tristement célèbres." Nous avons demandé à trois de ses modèles de raconter leur séance de pose.

Jean-Marie Le Pen : "Le soufre ne me gêne pas"

D'origine juive, obligé de fuir l'Allemagne nazie en 1938, Helmut Newton n'a jamais caché son peu de sympathie pour l'extrême droite. Il a pourtant photographié Jean-Marie Le Pen, alors président du Front national, dans sa résidence de Saint-Cloud en 1997 pour le magazine The New Yorker. "J'ai accepté de le rencontrer parce que je me considère comme un témoin, pas comme un juge, déclarait le photographe au Monde en 1998. Pour faire un bon portrait, il faut être séducteur et j'étais encore plus séducteur avec Le Pen pour obtenir la mise en scène que je voulais." Quelques détails sont troublants : la position assise, le poing fermé, la main dans le collier d'un doberman, rappellent une photo d'Adolf Hitler et de son berger allemand prise en 1925 par son photographe officiel, Heinrich Hoffmann. Helmut Newton n'a jamais confirmé cette parenté. Jean-Marie Le Pen, de son côté, aime cette photographie :

"Helmut Newton est venu à la maison, c'est lui qui m'a demandé si je pouvais poser avec les chiens. Ça s'est fait de façon très cordiale. J'étais flatté d'être pris par un grand photographe, et plus tard j'ai eu l'honneur d'avoir mon portrait dans son gros livre, Sumo. Ma foi j'aime bien cette photo. Et c'est un souvenir, car aujourd'hui mes chiens ont disparu, donc ça me plaît beaucoup de me revoir avec eux. Je ne trouve pas que j'ai l'air arrogant, j'ai plutôt une attitude virile. Je connaissais la réputation sulfureuse d'Helmut Newton avant, mais vous savez, le soufre ne me gêne pas ! J'apprécie beaucoup les photos de femmes nues qu'il a faites, j'ai un ami qui a le livre Sumo, et j'aime regarder avec lui ces merveilleuses créatures qui depuis, comme mes chiens, ont dû prendre de la bouteille...

Je ne connais pas de photo d'Hitler où il pose assis avec sa chienne Blondi... et de toute façon des tas de gens posent avec leur chien. Il y a des gens qui voient Hitler partout, même sous leur lit... à un certain stade il faut se faire soigner. Je sais qu'Helmut Newton était loin de l'extrême droite, mais je fréquente beaucoup de gens qui ne sont pas d'extrême droite, je suis très ouvert. Je savais que c'était un professionnel honnête, pas un combattant. S'il m'avait ridiculisé, c'est lui qui aurait dû avoir honte, pas moi."

Depuis la mort de Helmut Newton (1920-2004), aucune rétrospective du photographe n'a eu lieu en France, pays où il a cependant réalisé une partie majeure de son oeuvre, notamment en travaillant pour l'édition française de Vogue. Le Grand Palais lui rend hommage à travers plus de deux cents images.
Le photographe a pris l'actrice chez elle en 1976, pour le magazine Esquire.

"J'aime bien cette photo, je trouve que c'est vraiment moi, je me reconnais. Il y a ce regard et cette cigarette... j'ai beaucoup fumé à une époque. Ce sont mes vêtements et mes bijoux : je me souviens de ce pendentif avec un petit oeuf Fabergé. Nous étions chez moi... Aujourd'hui, je ne laisserais personne me prendre en photo chez moi, on ne s'abandonne plus ainsi. La pose est assez inhabituelle, ce n'est pas courant d'être photographiée comme ça, les mains dans le déshabillé ! Mais ça s'est fait tout naturellement avec lui, c'est étrange, alors qu'il y a des photographes auxquels on ne veut même pas montrer le poignet. Helmut Newton ne cherchait pas du tout à vous charmer pour obtenir quelque chose. Il allait vite.

Il y a l'idée de la nudité dans cette photo, mais je ne suis pas nue, aux Oscars il y a des femmes bien moins habillées que ça ! Et ça ne me gêne pas. Je connaissais l'univers de Newton, je savais vers quoi il voulait aller. Ses femmes, même offertes, ne le sont jamais complètement. Elles ont une retenue.

De façon générale, je n'aime pas tellement poser pour la photographie. Cela me coûte, j'ai l'impression qu'on me prend quelque chose... C'est très différent du cinéma, où on est un personnage : en photographie, on s'expose."

Deux photographies d'Helmut Newton, "Buste aux liens" (1980) à gauche, et "David Lee Roth" (1979), exposées dans le cadre de la rétrospective au Grand Palais à Paris, le 23 mars 2012. Deux photographies d'Helmut Newton, "Buste aux liens" (1980) à gauche, et "David Lee Roth" (1979), exposées dans le cadre de la rétrospective au Grand Palais à Paris, le 23 mars 2012. | AFP/FRANÇOIS GUILLOT/HELMUT NEWTON ESTATE

Isabelle Huppert : "Sans préparation, au saut du lit"

Helmut Newton a photographié Isabelle Huppert en 1976, à 22 ans. L'image surprend par sa simplicité : l'actrice ne porte aucun maquillage, ses cheveux sont lâchés. Sur sa peau constellée de tâches de rousseur se dessine la marque de son maillot de bain. Sous le peignoir qu'elle retient (ou dégrafe) on devine le téton.

"Cette photo a été prise à l'hôtel Carlton à Cannes. C'était une des premières fois que j'allais au festival, pour quelle raison je ne m'en souviens plus, peut-être pour la présentation d'Aloïse de Liliane de Kermadec. Ce dont je me souviens précisément c'est qu'il n'y a eu aucune préparation, pas de maquillage, pas de coiffure, rien, c'était au saut du lit, j'ai juste eu le temps d'attraper un peignoir, visiblement, à peine eu temps de le nouer ! Le collier s'est trouvé là, et il est tellementbien là, c'est tout l'art de la mise en scène, tout semble avoir été prévu, tout arrive par hasard... Cette photo ne ressemble pas à d'autres que l'on connaît d'Helmut Newton : moins sophistiquée, plus innocente... Il est venu seul comme un promeneur, sans assistant, ça a tout de suite instauré un climat d'intimité entre nous. Comme j'ignorais à l'époque qui il était vraiment, je ne pouvais pas m'en étonner. Par la suite, j'ai fait d'autres photos avec lui, pour Vogue et pour Vanity Fair, elles étaient plus "newtonniennes", maquillage plus appuyé, sophistication plus codée, avec l'humour qui va avec, mais lui était le même, charmant, brillant, avec lui on aimait prolonger le temps de la pose, un temps qu'il savait prendre, et perdre..."

"Helmut Newton", Grand Palais, Paris 8e. Tél. : 01-44-13-17-17. 11 € et 8 €. Du mercredi au lundi, de 10 heures à 22 heures. Jusqu'au 17 juin.
Sur le Web : www.rmn.fr ; www.grandpalais.fr ; www.helmutnewton.com et www.lalettredelaphotographie.com.

Un catalogue d'exposition privé des meilleures photos

Bizarrement, 70 images présentes dans la rétrospective Newton au Grand Palais ne figurent pas dans le catalogue. Dont certaines très célèbres, telles les Femmes marchant. La raison ? Un contrat d'exclusivité, signé par le photographe avant sa mort, avec la maison d'édition Schirmer/Mosel. Selon cette dernière, aucune photo de Newton figurant dans ses livres ne peut être réutilisée dans aucun autre livre et ce indéfiniment. En 2009 et 2010, un procès avait déjà opposé les éditeurs à Taschen, à l'occasion de la réédition du livre Sumo. "Nous sommes en désaccord avec l'approche de Schirmer/Mosel. Mais June Newton, qui est âgée, n'a pas voulu risquer un procès", a déclaré Andreas Behr, avocat de la veuve du photographe.

Rondo : Interview de Jean-Pierre Marielle et d'Olivier Van Malderghem pour Alliance

IMGP2218.JPGInterview exclusive réalisée par Laurent Bartoleschi.

ecoutez Jean-Pierre Marielle
"Mari
elle" serait juif ?


Bruxelles, été́ 42. Le jeune Simon voit avec horreur son père arrêté et déporté́ par les nazis. Il réussit à fuir en Angleterre où il rejoint son grand-père Abraham, personnage austère et distant.


Dans cet exil, Simon ne trouve aucun réconfort auprès d'Abraham. Ce vieil homme érudit attaché aux valeurs de la tradition juive, méprise l'éducation laïque de Simon. Tout les oppose dans leur conception de la religion et de la vie. Quand ils découvrent l'horreur de l'holocauste et la disparition probable de leurs proches, c'est la jeunesse de Simon qui va donner au vieil homme la force d'affronter une réalité insupportable...

Premier film du belge Oliver Van Malderghem, Rondo marque aussi bien un tournant des films traitant de la Shoah que de la carrière du grand Jean Pierre Marielle - comme quoi, il n'y a pas d'âge.
A 80 ans, il est tout simplement impressionnant, loin de singer ou de parodier facilement un juif hassidique, il incarne ce rôle, inédit bien sur dans sa filmographie, au plus profond de son être.rondo.jpg
 
L.B: Pourquoi avoir choisi Jean Pierre Marielle, pour interpréter le rôle d'Abraham, le grand père du jeune Simon?

Olivier Van Malderghem: Le personnage de Jean Pierre est hautement tragique d abord parce que son histoire se déroule en 1942, qui va vivre un drame terrible; en même temps, je voulais mettre l'accent sur un certain point dans sa volonté d'être fidele à la loi talmudique et par moment être dans la lignée du comique. Donc,  il me fallait une personnalité plutôt complexe qui va du plus grave à l'autodérision. Je connaissais Jean Pierre essentiellement dans des rôles comiques à travers ses films et j'ai vu Tous les matins du monde (d'Alain Corneau), où j'ai pu constater qu'il s'agissait aussi d'un grand acteur dramatique. Capable de marier deux types de personnalités antinomiques, il est doté d'une tres grande dignité, possédant ce sublime panache que l'on retrouve chez certains acteurs mais toujours mêlé de cette autodérision dont il fait preuve tous les jours. Mais qui transparait aussi dans son jeu. Je l'ai adapté en quelque sorte à la personnalité de JP. Oui, cela m'a parut flagrant que le rôle d'Abraham devait être pour lui.
L.B: Et vous Jean Pierre, avez-vous donné votre aval immédiatement?

Jean Pierre Marielle: De ce que je viens d'entendre me fait tout simplement plaisir. Me touche. M'impressionne, parce que je ne me prenais pas du tout pour un personnage si important. Ca a tout de suite très bien fonctionné. On s'est rapidement très bien entendu. Il y a des rôles comme ça qui semblent si éloignés de vous mais qui finalement lorsque l'on doit les interpréter deviennent très proches. Moi, j'ai été comme envahi par Abraham. J'étais complètement à l'aise. J'étais chez moi. Cela m'est rarement arrivé, vous savez dans le cinéma on compose, mais là, je me suis dit, je serais moi tout simplement. 

L.B: Comment un tel Homme, si "sage" ne peut il plus croire en la venue du Messie?  

O.V.M: C'est un personnage comme on l'a dit paradoxal à ce niveau là puisqu'il est d'accord avec tout sauf avec la venue du Messie. C'est ici où se situe la frontière entre les Hassidim et l'Humain. Il faut rappeler qu'il est aussi un universitaire. C'est quelqu'un qui connait très bien la tradition rationaliste européenne ce qui relève d'une croyance qui à ces yeux peut apparaître comme une forme d'idolâtrie.
Sur ce point, il fait un grand pas de côté. Si Simon revendique la venue du Messie, cela ne peut être bon puisqu'il n'y connait rien: c'est un enfant. Qu'un enfant vienne lui affirmer que le Messie doit venir est pour Abraham une hérésie. Autant il abandonne la religion autant Simon au contraire se soutient avec elle. Il y a comme un optimisme chez Simon qu'il n'y a plus chez Abraham.

L.B: De toute votre filmographie, c'est la première fois que vous tourné directement au côté d'un enfant. Quel effet cela vous a-t-il fait?

J.P.M: Cela m'a semblé bizarre de jouer avec un enfant; c'était la première fois en effet et c'est impressionnant parce que tout d'un coup il y a des réactions surprenantes pour un comédien de métier; on est comme troublé. Lorsque l'on remarque son jeu, plutôt novice, on se dit qu'est-ce que je suis allé foutre au Conservatoire à apprendre des textes!
J'aurai peut être du commencer à 5/6ans. Le sort aurait été aussi bien. Pour en revenir, jouer avec un enfant c'est le naturel qui en ressort. Les enfants jouent au vrai sens du terme "jouer".

L.B: Il y a une séquence dans une synagogue où Abraham se met à blasphémer d'une violence intense. "D.ieu est fou" ou encore "Hitler a fait mieux que Toi". Pouvez-vous nous en parler?

O.V.M: C'est terrible certes. Lors de l'écriture, je me suis senti pourtant très à l'aise, presque comme libéré. Rétrospectivement, ça me parait incroyable et choquant même. Mais je dois vous avouer le contexte dans lequel je me situai et vous me pardonnerez. C'est après le décès de ma fille d'une longue maladie (une leucémie). Cet état de rage. Je l'ai vécu. Il ne faut pas y chercher tout exercice de rhétorique.
C'est un remaniement que j'ai apporté puisque le projet existait avant la maladie de ma fille etJean Pierre l'avait lu avant, mais j'ai repris le scenario en allant très loin dans le blasphème contrairement à la première monture. Ma fille est tombée malade et le point de vue a complètement changé, celui que l'on retrouve dans Rondo. C'est une rupture d'Abraham qui vit dans l'espérance et au moment où il n'arrive plus à nier à découvrir l'effroyable vérité (des camps). Il ne croit plus en la bienveillance divine. Abraham devient moi. Rompre avec cette croyance, c'est renoncé à cette attitude optimiste. D'une famille laïque, athée, ayant reçu paradoxalement une éducation religieuse par mon institutrice, qui était juive avec un sens de la narration totalement remarquable, elle m'avait initié à l'histoire d'Anne Frank. Du coup, j'ai eu cette double approche du judaïsme.

J.P.M: La situation d'Olivier m'a aidé à jouer. Nous les comédiens sommes à l'écoute; on serait comme des voleurs où l'on piocherait des événements qui se déroulent autour de nous. J'écoute beaucoup, j'observe beaucoup et c'est ça qui me sert dans mon art mineur. La mayonnaise a pris comme on dit; l'équipe était déjà très soudée comme dans le jazz parce qu'elle était touchée par son histoire. Ce travail avait un sens. Même si les sentiments exprimés pouvaient être quelquefois blasphématoires Ce n'est pas un jeu gratuit, c'est en relation avec un vécu qui justifie ce langage.

L.B: Retrouvez vous dans cette phrase de Saint Athanase: un D.ieu compréhensible ne serait pas un D.ieu?
O.V.M: Cela rejoint le proverbe yiddish quand l'Homme pense, D.ieu rit donc c'est la faiblesse de l'Homme qui est représenté et non la faute divine; c'est une autre lecture que je conçois très bien; l'émotion que l'on éprouve, on ne la domine pas Rondo n'est pas un film à thèse c'est un film avec des émotions brutes que je devais exprimer de cette manière là. Ce n'est pas un film qui veut prouver ni que D.ieu est fou et ou que D.ieu est mauvais ou bon. Où était D.ieu pendant les camps. Certains disaient qu'Il était comme distrait.
 

Laurent Bartoleschi

Confié la mémoire d'un enfant juif à un éléve de CM2 n'était pas une bonne idée.

Invité hier de l'émission Des paroles et des actes, Nicolas Sarkozy est revenu sur sa pro­po­si­tion de confier à chaque élève de CM2 la mémoire d'un enfant juif décédé dans les camps de concen­tra­tion. "Je dois dire que ce n'était pas une bonne idée", a estimé le pré­sident sortant.

Pour Nicolas Sarkozy, sa pro­po­si­tion n'a "pas été com­prise". De plus, "on m'a dit que ça pour­rait trau­ma­ti­ser les élèves. Donc à ce moment la, j'ai change d'avis", a expli­qué le pré­sident candidat.
Il a en outre regretté que la lec­ture en classe de la lettre de Guy Môquet, impo­sée aux ensei­gnants chaque 22 octobre, soit "un pro­blème" pour "des ensei­gnants tel­le­ment poli­ti­sés". "Quand on est into­lé­rant comme cela, on se demande ce que l'on fait pour ensei­gner a nos enfants ?" s'est demandé Nicolas Sarkozy.

Face à son contra­dic­teur Laurent Fabius, Nicolas Sarkozy a invité l'audience à se sou­ve­nir "de François Mitterrand et de l'école libre". "Souvenez-vous de ce blo­cage", a rap­pelé le pré­sident candidat.

François Hollande se retire de la campagne présidentielle suite à l’intervention télévisée de Nicolas Sarkozy

"Suite à l'intervention sur France2 de Nicolas Sarkozy au cours de l'émission "des paroles et des actes" où il a notamment débattu avec Laurent Fabius (PS), François Hollande vient d'annoncer par voie de presse son retrait de l'élection présidentielle" : voici ce qui aurait pu être le contenu d'un communiqué  AFP du candidat socialiste suite au débat télévisé ayant eu lieu entre Nicolas Sarkozy et Laurent Fabius.

Les sondages le donnaient perdant avant même qu'il ne soit candidat, et il n'avait affronté personne depuis 5 ans,  et pourtant, c'est un Nicolas Sarkozy candidat en pleine forme, robuste comme un roc, passionné et fin débatteur que nous avons pu voir à la TV ce soir. Propositions concrètes et chiffres à l'appui, Nicolas Sarkozy répond sans faux semblants point par point à ses contradicteurs : un candidat à des années lumières des approximations dont le candidat socialiste avait fait preuve.
Nicolas Sarkozy reprends les points forts et les points faibles de son bilan de manière claire, posée et sans esquive.

Celui qui a été appelé par certains le "président des riches" démontre au travers de son bilan qu'aucun président n'a pris autant de mesures que lui pour aider les plus démunis : Nicolas Sarkozy est en effet le seul président de la 5ème république, malgré plusieurs crises sans précédent, à avoir fortement revalorisé l’allocation adulte handicapé ainsi que le minimum vieillesse : c'est ainsi qu'en 2012, le montant de l’AAH est augmenté de 150 euros par mois par rapport à 2007 tandis que le  minimum vieillesse a lui aussi été augmenté de 25% (soit un gain mensuel de 150 euros) et que les petites retraites agricoles et pensions de réversion ont été également revalorisées avec un taux de réversion qui est passé de 54% à 60%, soit un gain moyen de 200 euros.

Lenglet, économiste souvent redouté des politiques est remis à sa place sur les fiscalité et reconnaît au final les chiffres de Nicolas Sarkozy. Quant à Laurent Fabius, après s'être fait tout simplement matraqué (exécuté ?) sur l'ensemble des sujets abordés (il se trompe dans ses chiffres et invente par exemple 600.000 chômeurs de plus que la réalité tout en expliquant que les socialistes auraient mieux fait, alors qu'au même moment les pays socialistes connaissaient des augmentations de chômage supérieures à 100%), ce dernier a finalement le malheur de parler du pouvoir d'achat des Français, ne sachant pas que les 3 indicateurs incontestables du domaine (INSEE, OCDE et le FMI) indiquent qu'un seul pays en europe a vu son pouvoir d'achat augmenter sur les 5 dernières années et il s'agit de ... La France.

Panique au PS, certains militants socialistes qui suivent l'émissions en direct s'embrasent : "c'est la fin" nous indique un militant PS dans un bar transformé en réunion politique pour l'occasion : "nous allons perdre". Certains n'hésitent pas à évoquer la tromperie des primaires : "François Hollande s'est fait élire sur la base d'un programme qu'il a renié quelques jours après, il n'a pas la stature d'un homme d'état, il n'a jamais rien fait, n'a occupé aucune fonction, comment voulez vous que l'on gagne ?" nous confie un responsable PS local sous couvert d'anonymat : "Sarko va nous balayer !"

Certes François Hollande n'a pas encore annoncé son retrait de la campagne présidentielle, mais certains "proches" du candidat PS évoqueraient le refus d'un débat François Hollande / Nicolas Sarkozy afin d'éviter que ce dernier ne reprenne l'ascendant dans la course à la présidentielle.

Le restaurant Schwartz, nouvelle acquisition du couple Céline Dion et René Angélil

schwartzrestaurant.jpgArticle paru dans "Tolerance"

La nouvelle qui circulait depuis des semaines a été annoncée lundi 5 mars 2012 par les représentants du célèbre couple qui se porte ainsi acquéreur du légendaire Schwartz's.

Situé sur la «Main», le boulevard Saint-Laurent, qui fut l’ancien quartier de la communauté juive de Montréal, Schwartz représente en effet une sorte de monument historique de la communauté juive anglophone. Il a inspiré au cours des dernières années plusieurs articles, des ouvrages, un film et une comédie musicale.

Fondé en 1928 par Reuben Schwartz, un immigrant juif de Roumanie, le restaurant est connu pour son fameux et juteux «Smoked meat» dont raffolent les touristes nord-américains, les Canadiens ainsi que les Québécois.

Le restaurant est composé d'une unique salle au plancher recouvert de tuiles blanches contenant plusieurs rangées de longues tables étroites. «Venez y vivre une expérience unique» est-il écrit sur son site Internet.

Outre le couple Dion-Angélil, la famille Nakis, une autre famille montréalaise, serait aussi parmi les acquéreurs.

Le précédent propriétaire,  monsieur Hy Diamond , «a mis tout son cœur et toute son âme» dans cet établissement , «nous ne sommes aucunement intéressés à en franchiser la marque ou à changer l'essence même du restaurant», a déclaré René Angélil.

Un tableau de Jacob Jordaens donné au Musée d’Israël

Jordaens_Roi-d7c06-9104f.jpgJacob Jordaens (1593-1678)
    Le Roi boit, vers 1645
    Huile sur toile
    Jerusalem, Israel Museum
    Photo : Israel Museum

Jerusalem, Israel Museum - Le Roi boit est l’un des sujets les plus célèbres dans l’œuvre de Jacob Jordaens, et l’un de ceux qu’il peignit le plus souvent.
La plus ancienne version est celle du Staatliche Museum de Cassel, qui date des années 1630 [1], puis viennent notamment [2] celle du Louvre (1638-1640), du Musée des Beaux-Arts de Bruxelles (1640 environ), de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg peu après et du Kunsthistorisches Museum à Vienne (1640-1645). Chacune d’entre elles est d’une composition différente, multipliant les personnages truculents dans un banquet où tout le monde bâfre dans une trivialité bon enfant.

Saul and Gayfryd Steinberg, de New York, viennent d’offrir au Musée d’Israël un tableau de Jacob Jordaens (ill.) reprenant ce thème [3], peint vers 1645. Le « roi » - il s’agit bien sûr d’un monarque d’opérette, désigné par le sort lors de la fête de l’Epiphanie - est à chaque fois chez Jordaens le personnage le plus âgé de la famille. Il vient d’être couronné et porte un verre à sa bouche pendant qu’un membre de sa famille, habillé comme son fou et placé juste derrière lui, crie : « le Roi boit ! ». Un personnage, en bas à gauche, vomit ce qu’il a bu, tandis que l’enfant assis sur les genoux de sa mère à droite est en train d’uriner.
Jordaens transcende la réelle vulgarité de la scène (on n’aimerait guère faire partie de ces agapes) par une technique picturale exceptionnelle. On appréciera notamment la très belle nature morte centrale qui ne cède en rien aux meilleurs maîtres du genre.

Cette toile, désormais accrochée aux cimaises du musée, a une provenance prestigieuse puisqu’elle a fait partie successivement des collections de Lord Burlington jusqu’en 1753, puis du duc de Devonshire jusqu’en 1922. En 1924, elle fut acquise par le comte Laurent de Meeus de Bruxelles avant d’être cédée en 1981 à Saul and Gayfryd Steinberg.

La Dame de Fer avec Meryl Streep

LA_DAME_DE_FER.jpgOublions si vous le voulez la comédie musicale Mamma Mia! transposée au cinéma en 2008. Laissons de côté, les airs cultes du groupe ABBA. Pour leur deuxième collaboration, la réalisatrice Phyllida Lloyd  et l'actrice à Oscar Meryl Streep se sont téléportées dans l'Angleterre des années 1980.

LA DAME DE FER est un portrait surprenant et intimiste d'une femme hors du commun. A la fois aimée et rejetée, Margaret Thatcher est une figure emblématique de la scène politique internationale - la première et l'unique femme Premier Ministre du Royaume Uni, et l'une des femmes les plus célèbres et les plus influentes du XXème siècle. A l'arrivée, le film est une grande œuvre, qui suit les grands biopics que par sa mise en scène très "eigties", mais triomphe par son ambition.

La reconstitution et le scénario sont bien soignés, fourmillant de détails et nous entraînant dans les arcanes du pouvoir. Mais le film ne serait sans la prestation "oscarisable" de Meryl Streep qui s'est parfaitement identifiée à Mrs Thatcher jusqu'à habiter son personnage d'une façon troublante, à la fois prodigieuse et cynique. Le film lui-même semble être le fruit d'une conscience à vif, qui amplifie pouvoir et domination des hommes. Le metteur en scène nous fait aussi voir un personnage politique très sensible, et surtout, très fragile contrairement à ce que l'on pourrait s'attendre.

Certaines scènes frisent le cliché, mais le portrait de femme est si poignant, la réflexion sur cette période, si juste qu'on en oublie vite toute maladresse. A noter que l'actrice détient le nombre record de nominations aux oscars; elle en est à 17! Rempotera t- elle son troisième trophée? Réponse le 26 février prochain lors de la 84ème  cérémonie. En attendant courrez voir La dame de fer afin de vous en faire votre propre avis.


Laurent Bartoleschi

Attention,Mallaury Nataf balance,serait-elle un témoin de la partie obscure de la France ?

mallaury-nataf-2012-sdf.jpgMalaury Nataf ancienne idole des jeunes dans la série "le miel et les abeilles" dans les années 90, est devenue SDF.

Son parcours , son histoire est surprenante empreinte d'une véritable révolte et souffrance, derrière sa colère, il ne faut pas y voir de la démence comme certains journalistes le prétendent alors qu'ils la reçoivent-  pour faire de l'audience ?-  mais qui d'aucune façon ne lui propose une aide sérieuse.

Il est pourtant évident, que sa révolte masque un chagrin une souffrance qui dure depuis plus de 8 ans, et elle l'exprime clairement car comme elle ne le dit elle n'a plus rien à perdre.

Toutefois ces déclarations sont un peu perturbantes en effet elle affirme avoir survécu à 6 crises cardiaques en 1 an et 2 cancers sans soins uniquement en priant. ça laisse songeur. Et une mise en scène pour un retour au devant de la scène reste plus que probable...

Cependant, elle ne décolère pas vis à vis de la communauté juive qu'elle accuse , en faisant un amalgame entre AB production et le reste de la communauté juive.

Elle accuse ouvertement certains acteurs de la communauté juive, qui ont participé allégrement à sa déchéance, tels qu' Azoulay et Berda de la maison de production AB production qui lui doivent encore à ce jour en 150.000 et 300.000 euros pour les séries télévisées dont elle fût l'héroïne.

Il est regretable ceprendant  qu'elle fustigie une communauté toute entière pour 3 individus qui se sont comportés comme des escrocs selon ses propres termes.

Voici l'intégralité de l'entretien accordé au Parisien.

Mallaury Nataf, quand on vous voit, il y a quelque chose qui nous étonne. Comment une jeune femme comme vous a-t-elle pu devenir SDF ?


A la suite d’un ensemble de circonstances. Il y a cinq ans, j’ai contracté un cancer de l’utérus dont j’ai guéri sans l’avoir soigné car je ne le voulais pas mais j’en suis sortie extrêmement faible et fatiguée. J
e pesais à peine 41 kilos quand Abraham Gabay, qui allait devenir mon mari, m’a rencontrée. Je suis tombée enceinte et j’ai donné naissance à un garçon, démentant les prévisions médicales les plus pessimistes.

Je vivais alors rue Florence Blumenthal avec Abraham, étudiant kabbaliste, ancien secrétaire de rédaction d’Europe 1 et réalisateur de documentaires.

Nos relations étaient empreintes de plaisir et de spiritualité, Abraham étant quelqu’un de réellement dionysiaque.

. Malheureusement, ma famille me témoignait une véritable hostilité. Mon père, qui avait développé une relation quasi incestueuse avec moi, et mes deux anciens maris n'ont pas supporté que je puisse être heureuse avec cet homme.

Ils ont engagé une série d'actions en justice qui ont abouti à me priver, le 18 juillet 2010, de la garde de mes deux premiers enfants. Il m'a fallu, dès lors, vivre avec leur absence.

Quel a été l'élément accélérateur ?

Tout s'enchaîne quand Abraham fait deux ruptures d'anévrisme. Il ne parle plus, ne dit plus rien. Tout s'écroule d'un coup. Je suis moi-même victime de six attaques cardiaques et j'apprends alors à tutoyer la mort et à la repousser quand elle se présente. Je perds progressivement tous mes droits et vais d'hébergement en hébergement, d'ami en ami car je n'ai plus de domicile fixe.
Du 16 mars 2011 au mois de novembre 2011, j'en recense 13.

Ces soutiens prennent progressivement fin ?
Oui, et à partir du 8 novembre dernier, je suis véritablement à la rue. Je suis logée dans les centres sociaux à Magnanville, Saint-Cyr, Epone Mezieres où je reste, en général, entre 4 et 8 jours. A chaque fois, il me faut compter près de quatre heures pour me rendre sur Paris et chercher du travail. Dans ces centres, il y a 80% d'Africains, 10% de musulmans, 10% de Maghrébins et pratiquement aucun français.

C'est à ce moment-là que vous voulez revenir vivre à Paris quoi qu'il vous en coûte ?

Je ressens effectivement l'impérieux besoin de m'installer à Paris.
Lorsque je descends à Marseille ou à Nice, les services sociaux m'avaient clairement fait comprendre qu'il m'était très difficile de me faire héberger dans une région dont je ne suis pas originaire.
Le 115 manque singulièrement d'efficacité que vous soyez à Paris ou en province. Je me retrouve sans logement, sans argent et sans enfant. Je décide alors de revenir sur Paris en novembre. Je dors dans les parkings Vinci, dans les parcs publics, quai de Javel, place de la Nation. J'ai dormi en bas des Champs Elysées, devant l'Elysée, devant le restaurant, très huppé, Chez Laurent... Toutes les nuits, je ne reste jamais plus de deux ou trois heures au même endroit.

« Je songe à réaliser un documentaire »

Combien de temps cette période dure-t-elle et pourquoi vous présentez vous toujours aussi bien sur le plan esthétique ? Ce que certains vous ont reproché mettant en doute votre situation...

Cela a duré près de 80 jours, jusqu'à ce que la responsable de l'association Pause Café ait décidé de m'héberger depuis dimanche dernier. Mon apparence ? Je prends soin de moi et me suis toujours lavée. Je me manucure les mains car l'aspect extérieur est primordial même si l'on doit dormir dehors. D'une certaine façon, je suis une sorte de précurseur. Au Japon, certains cadres sont impeccablement habillés alors qu'ils dorment dans la rue. Bientôt, cela va arriver en France.

Avez-vous perdu confiance et manqué de quelque chose ?
Jamais car je suis extrêmement croyante et j'ai pu me nourrir très convenablement tant les Français sont généreux.

En deux mois, j'ai reçu près de 2 000 euros, ce qui m'a permis de manger très correctement, notamment dans le quartier des Champs Elysées que j'affectionne. Nous vivons dans un pays où les gens sont très solidaires et prêts à aider les personnes en difficulté. J'ai même reçu des billets de 50 euros et je voudrais dire que tous les Maghrébins avec qui j'ai été en contact ont eu avec moi un comportement exemplaire.

Qu'avez-vous fait de votre dernier enfant pendant cette période ?

Mon fils, installé dans une poussette, ne m'a jamais quittée, jusqu'à ce que la brigade des mineurs me le retire, il y a six jours, profitant d'un de mes instants d'inattention au commissariat du VIIe arrondissement où l'on m'interrogeait. J'étais alors au commissariat quand la police a profité d'un appel téléphonique auquel je devais répondre pour me le retirer.

Depuis que vous avez retrouvé la notoriété, que comptez-vous faire ?

Mon premier combat va consister à retrouver mon enfant, placé dans une prison, à la Dass de Saint-Vincent-de-Paul. Ensuite, il faudra que je récupère mon appartement dont on m'a privée. Et enfin, il faudra que je continue de témoigner pour tous ceux qui n'ont pas bénéficié de mon éducation et de mon caractère pour dénoncer la carence des services administratifs et des associations défaillantes.

Il y a bientôt 20 ans, vous avez été l'héroïne du Miel et des Abeilles, et plus récemment vous avez participé à La Ferme Célébrités. Envisagez-vous, à la faveur des événements, de reprendre des activités dans ce secteur ?

J'avais décidé de tout arrêter et de me couper de cet univers qui ne m'apportait plus rien. Des télévisions ont, bien sûr, pris contact avec moi et je discute déjà. Aujourd'hui, je songe à réaliser un documentaire sur les pirates pour la société Gédéon et j'aimerais beaucoup animer une émission sportive à la radio.

Source Le Figaro Magazine