Les articles de Jean-Paul Gavard-Perret

Artiste juif : Josef Albers et le spatialisme

Le spatialisme de Josef Albers

Le livre Poèmes et Dessins de Josef Albers a été créé avec le designer graphique Norman Ives comme designer graphique en 1958.

Ce livre secret alterne des poèmes sensibles, introspectifs avec les dessins en noir et blanc des Constellations structurelles dans lesquelles les lignes obliques font bouger l'espace est d’une des premières tentatives de création d’un objet où textes, dessins, graphismes et fabrication sont entièrement maîtrisés par l’auteur/artiste avec des moyens pauvres.

L'auteur et le concepteur ont voulu exploiter les nouveaux moyens industriels pour démocratiser l’accès à l’œuvre, et ce avant les premiers livres d’artiste d’Ed Rusha de plus tard Warhol avec lesquels il partage l’aspect sériel.

Albers a traduit lui-même de l’allemand à l’anglais ou vice-versa les textes où il pose un regard doux et souvent drôle sur les choses et dans des combinaisons de pensées souvent et ludiquement contredites tandis que les lignes hypnotiques de ses dessins créent autant de mises en abîme.

L'édition proposée conserve le matériau de base en fac-similé pour donner à voir le projet d'Albers, dans son absolue intégrité tout en intégrant les textes français à la pièce originale. Les traductions s’agencent en caractères gris selon une transposition graphique en correspondance avec les dessins.

Si bien que cette édition est autant une réédition à l’identique qu'une création à part entière grâce à un travail nourri par l’influence et l’héritage laissés par Josef Albers.

Il fait du livre un objet singulier dans le paysage de l’édition contemporaine.

Jean-Paul Gavard-Perret

Anni et Josef Alber

Anni et Josef Alber

 

Josef Albers, "Poèmes et Dessins", Editions Unes, Nice, 2021, 128 p, 25 Edition trilingue Allemand/Anglais/Français Traduction de Pierre Mabille et Andrew Seguin, Editions Unes, Nice, février 2021, 128 p, 25 E.

Anni et Josef Alber

Anni et Josef Alber

 

Abayudaya la communauté juive de l'Ouganda

La photographe Rena Pearl,

Abayudaya  :Communauté juive de l'Ouganda

The Abayudaya: The Jews of Uganda", Jewish Museum, Londres, 2021

Depuis plus de  80 ans la communauté  juive Abayudaya vit dans l'extrême est de l'Ouganda. Elle fut fondée  en 1913 par un chef militaire : Samei Kakungulu.
Il abandonne bientôt sa mission militaire afin de poursuivre une vie religieuse fondée sur l'étude de la Bible Hébraïque et auprès de la congrégation Kibina Kya Abayudaya Absesiga Katonda reconnue pour avoir trouvé dans le judaïsme le vérité de Dieu.
Kakunglu jugea essentiel de suivre les lois de la Bible de manière stricte et les enfants furent circonscrits. Peu à peu et surtout à partir les années1960  la communauté se  s'appropria toutes les règles juives.

En 2002, plus de la moitié de la communauté fut officiellement converti.
De fait écrit Rabbi Gorin cette cérémonie "ne fut pas une conversion, mais  un renforcement de ce que vous avez déjà cru"

La  photographe Rena Pearl, a visité la communauté et a montré toute la vie, la culture et la foi de ses membres.

Daniel Goldwater a poursuivi cette approche pour illustrer la force de cette communauté dans des magnifiques photos qui permettent à leur manière de comprendre le judaïsme d'une communauté trop méconnue.

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Artiste juif : Jonathan Horowitz artiste et activiste

Artiste juif : Jonathan Horowitz artiste et activiste

Jonathan Horowitz artiste juif et activiste

Artiste juif : Jonathan Horowitz artiste et activiste

Artiste juif : Jonathan Horowitz artiste et activiste

Jonathan Horowitz , "We Fight to Build a Free World: An Exhibition", Jewish Museum, New-York, 291.

 

Jonathan Horowitz a créé, et organisé, à partir d’un éventail éblouissant d’artistes les plus brillants traitant du racisme, l’antisémitisme, la xénophobie- l’homme de nombreuses une exposition d'exception : "We Fight to Build a Free World".

 

L'artiste new-yorkais -  qui depuis trois décennies a réalisé un travail qui s’engage de façon critique avec la politique et la culture - examine comment les artistes ont historiquement réagi à la montée de l’autoritarisme et de la xénophobie ainsi qu’au racisme, à l’antisémitisme et à d’autres formes de sectarisme.

L’exposition aborde également les questions entourant l’immigration, l’assimilation et l’identité culturelle.

Conçue à partir d’un point de départ en 2017, cette exposition trouve une pertinence et une urgence.  Jonathan Horowitz y agi à titre de conservateur, de chercheur, d’activiste et d’artiste.

Le titre de l’exposition, We Fight to Build a Free World, est adapté d’un tableau de Ben Shahn, qui sera à l’affiche. L’installation juxtapose diverses œuvres, faisant des connexions thématiques à travers le temps et le lieu, soulevant des questions et favorisant le dialogue. Elle met en vedette plus de 80 œuvres de peinture, sculpture, photographie et vidéo.

L’exposition comprend des exemples de réalisme social américain des années 1930 et 1940 , de nouvelles œuvres de Jonathan Horowitz, ainsi que 36 affiches de protestation commandées par des artistes contemporains, dont Judith Bernstein,, Kim Gordon et Jason Smith, Marilyn Minter. Sont également inclus des œuvres d’Abraham Manievich, Fritz Scholder, Jaune Quick-to-See Smith, Kara Walker, Max Weber entre autres.

 

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Artiste juif : Le ghetto de Lodz sous le regard d'Henryk Ross

Artiste juif : Le ghetto de Lodz sous le regard d'Henryk Ross

Le ghetto de Lodz
Le ghetto de Lodz sous le regard d'Henryk Ross

Les 48 photographies d’Henryk Ross (1910–1991) offertes  par collectionneur Howard Greenberg au Museum of Fine Arts donnent un aperçu rarissime de la vie dans le ghetto de Lodz pendant l’Holocauste.

Ces tirages à la gélatine argentique représentent une gamme importante d’images officielles ou secrètes que Ross a prises.

Paul Sutton a hérité des photographies de son père qui a personnellement reçu ces images Ross à Lodz et a ensuite conservé ces images pendant de nombreuses années.

Il a contacté Greenberg qui a acheté le groupe d’images et en a fait don au Musée car il en comprit leur importance après avoir vu "Memory Unearthed: The Lodz Ghetto Photographs of Henryk Ross" du MFA en 2017.

D'abord photojournaliste pour la presse polonaise, Ross a été confiné dans le ghetto en 1940 et chargé d’illustrer la productivité et l’efficacité du ghetto et de fabriquer des cartes d’identité pour les travailleurs enregistrés. Dans le même temps, qu’il a pris secrètement des photos pour  documenter les sombres réalités et les conditions de vie déplorables et en constante détérioration du ghetto ainsi que les déportations de résidents vers les camps d’extermination

Jean-Paul Gavard-Perret

Henrik Ross, Museum of Fine Arts, Boston (MFA), mars 2021.

Artiste juif : Gainsbourg toujours 30 ans

Artiste juif : Gainsbourg toujours 30 ans

Gainsbourg toujours

Gainsbourg est né en 1928, s’est éteint en 1991, dans sa maison de la rue de Verneuil à Paris, après avoir dîné au Bistrot de Paris, rue de Lille.

Depuis son aura n'a cessé de grandir et c'est dans le quartier où il vécut pendant 22 ans que la galerie Hegoa lui rend hommage pour saluer les 30 ans de son départ.

Sont sélectionnées des images de 15 photographes dont Claude Azoulay, Jean Jacques Bernier, Andrew Birkin, Just Jaeckin, William Klein, Odile Montserrat.

Elles permettent d'offrir un kaléidoscope de la vie et de l'oeuvre d'un créateur d'exception.

Demeurent des tranches de vie en divers moments et regards. Les photographies resserrent peu à peu la persona du créateur à travers un tel éventail d'approches.

Elles suggèrent moins la nostalgie que la recherche de ce que représentait Gainsbourg.

Il arrive alors que le temps soit transparent au moment où son image prend de l'épaisseur dans la succession des regards.

"Gainsbourg toujours, 30 ans", Galerie Hegoa,  Paris, du 27 février au 15 mai 2021

Livre juif : Ce héros mon grand-père de Daniel Birnbaum

Livre juif : Ce héros mon grand-père de Daniel Birnbaum

Ce héros mon grand-père - Daniel Birnbaum,

Daniel Birnbaum, "Dr. B", traduit du suédois par Olivier Gouchet, Gallimard, Paris, 11 février 201, 334 p., 22 E.

L'auteur a trouvé dans un grenier de Stockholm des documents lui ayant appartenu et à travers lesquels il tente de reconstituer qui il fut son ancêtre.

Mais la traque n'est pas simple : réfugié en Suède pour fuir les nazis, , fils du chantre de la synagogue de Koenisberg et converti au protestantisme, il est bien difficile au petit fils de reconstituer une existence empreinte peut-être d'un double jeu et certainement de mystère.

Labyrinthique et contradictoire, "Dr B" est donc le roman presque vrai puisque l'auteur ne dit jamais où la vérité s'arrête et où la fiction commence.

Un tel homme fut-il  résistant, espion ou simplement journaliste manipulé ? L'auteur ne le dit pas. Mais c'est bien ce qui rend ce roman si fascinant.

Cassant le système de narration par divers types de décadrage et images, Daniel Birnbaum crée un nouveau regard entre le familier et l’inconnu, le bien et le mal :  d'un côté Dr B aide les espions anglais de l'autre il fait transiter à des correspondants allemands les plans britanniques pour faire sauter le port d'Oxelösund.

Restent donc dans cette fiction des signes de failles qui en font un roman d'espionnage et d'enquête familiale.  Entre flexibilité et subtilité le texte n’est plus un moyen de rêver la vie mais de provoquer un élargissement de la préhension du réel.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Artiste juive : Le radicalisme de Rona Yefman

Artiste juive : Le radicalisme de Rona Yefman

Le radicalisme de Rona Yefman

Rona Yefman, Sommer Contemporary Art, Tel-Aviv,du 27 janvier au 2 février 2021

Née à Haifa, Rona Yefman, vit et travaille  à New York. Elle explore l'identité à travers photographies, vidéos et installations. Elle collabore souvent avec des personnages radicaux dont les histoires de vie défient les conventions entre la réalité et la fiction. Cette exposition succède à celles qu'elle a réalisé eau Sculpture Center NY (2011), à l'Oslo Kunstforening (2019) and au  Haifa Museum of Art et au  CCA Tel Aviv (2020).

Elle reprend ici et entre autres "Let It Bleed". Cette série comprend des photographies et des vidéos performatives qui ont été prises entre 1995 et 2010 avec son jeune frère Gil.

L'artiste y évoque l’existence symbiotique des deux frères et sœurs en tant qu’artistes collaboratifs au cours de la "Gil’s Journey of gender transformation" et leur désir mutuel de vivre à l’extérieur de la norme.

Loin des prétentions réalistes, ses saisies sont résolument partielles, partiales, locales, orientées. Ce  travail est devenu un art de situation. Mais il demeure essentiel dans un temps d’images dont on jouit forcément mais qui n’est adressé à personne.

L’art peut donc couper un flux qui fascine et transporte. Voir et représenter n’est pas que la perception à l'identique du réel. Avec l'artiste il vient comme du dedans d'elle-même en le transformant "à sa main".

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Artiste juif : Rudy Burckhardt (1914-1999)

Rudy Burckhardt, "New York Hello!, Photographies et films des années 70 et 80", janvier 2021, Tibor de Nagy Gallery, New York.

New York déambulations

Rudy Burckhardt (1914-1999)   Poussé par l’écrivain Edwin DenbyIl  a déménagé à New York de Bâle en 1935. Il a commencé peu de temps après à filmer puis à photographier les rues de New York.

Il en capta le rythme attention et précision si bien qu'on a pu dire qu'avec lui "la photographie fixe n’a jamais autant bougé".   Son exposition "New York Hello!" est la dixième exposition du travail de Burckhardt à la "Tibor de Nagy Gallery", mais la première consacrée uniquement à ses photographies et films des années 1970 et 80.

 

Un sentiment de danse et de mouvement est aussi visible dans  les unes et les autres. Existe une approche du cinéma vérité mais de manière légère, enjouée. Une chorégraphie urbaine se répand dans un sens parfait de la construction de l'image. Et ce, de la manière la plus simple qui soit : le réel est suffisamment riche d'inattendu pour ne pas en rajouter.

Jean-Paul Gavard-Perret

Rudy Burckhardt, "New York Hello!, Photographies et films des années 70 et 80", janvier 2021, Tibor de Nagy Gallery, New York.

Artiste juif : Erez Aharon, le réel et son double

Artiste juif : Erez Aharon, le réel et son double

Erez Aharon : le réel et son double

Erez Aharon, Gordon Gallery, janvier 2021, Tel-Aviv

Erez Aharon  vit et travaille à Tel Aviv. Il métamorphose la peinture réaliste. Par elle il propose des métaphores subtiles de la réalité israélienne : pot de cactus sur une étagère, rameau d’olivier suspendu à un fil, fleur sans racines attachées à un mur créent des présences étrangement prégnantes avec ce qui tient plus de la nature morte que du paysage.

S'y retrouve une perception de l’art comme méditation là où tout semble le fruit d'une observation silencieuse.

Le réel donné à voir est en réaction à la réalité telle qu'elle est. Tout est original car surprenant dans ce travail qui ne refuse pas la vision issue de la peinture classique mais selon une préhension alternative faite d'assemblages et superpositions signe d’un renouveau de la peinture de figuration.

Elle n'a rien de surannée et nostalgique mais - avec discrétion - se tourne vers l'avenir.

 

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Artiste juif : L'abomination nazie par Luc Mary-Sabine

L'abomination nazie par Luc Mary-Sabine

L'abomination nazie par Luc Mary-Sabine

Luc Mary-Sabine, "Snapshots", War Heritage Institute, jusqu'à fin mars 2021., 

"Ce n’était pas un devoir de mémoire, c’était un travail de deuil. De camp en camp, je voulais éprouver physiquement le vide, l’absence, entendre les échos du silence, ce silence “bruyant du cri innombrable” et traduire mon deuil dans le mode d’expression qui est le mien" écrit Luc Mary-Sabine.

Pendant une dizaine d’années, il est allé de camp en camp, de ghetto en ghetto pour photographier les barbelés, miradors, tables de dissection, crématoires, chambres à gaz.

Les Juifs que les nazis n’avaient pas fusillés au bord d’une fosse commune ni gazés au sortir des wagons, les résistants, les communistes, les sociaux-démocrates allemands et autrichiens, les témoins de Jehovah, l’intelligentsia polonaise connurent là le pire et l'impensable.

Ces photos raniment l'horreur de l'extermination.

Parfois  il n’y a plus rien à voir, car les nazis ont effacé leurs crimes et détruit eux-mêmes leurs installations d’extermination, néanmoins le photographe sait rappeler par ses prises tout ce qui reste de la monstruosité organisée.

Un morceau de voie ferrée, un monticule de cendres, l’emplacement de fosses - où la terre rejette encore aujourd’hui des fragments d’os et des boutons de vêtements - rappelle ce qui reste le tangible de ce qui s'est accompli par la haine en de tels lieux où remontent des gouffres d'ombres.