Jean-Paul Gavard-Perret, critique d'art contemporain et écrivain.
Jean-Paul Gavard-Perret, critique d'art contemporain et écrivain.
Punks not dead : Dina Goldstein
Documentariste, portraitiste et paysagiste la photographe de Vancouver Dina Goldstein conserve toujours une dimension sociale à ses travaux.
Ici elle évoque les stigmates et l’héritage du mouvement punk. Il fut en son temps le témoignage absolu de la contre-culture anarchiste d'une jeunesse sans grand espoir. Le punk toucha surtout la côte Est américaine et l'Angleterre.
La côte ouest californienne fut peu réceptive à cette implosion. Toutefois à mesure que l'on remontait vers le nord de Seattle à Vancouver la scène musicale punk hardcore fut particulièrement dynamique.
Dina Goldstein a décidé de partir en 2020 à la recherche des figures clés de la légendaire scène punk rock des années 1980 et 1990 pour les photographier en des portraits sur fond vierge afin de neutraliser tout effet diégétique.
Mais elle demande à chacun de ses modèles de faire son cinéma comme il l'entend en exhibant coiffure iroquoise, blouson clouté, tatouages, etc.. Certains, comme l'on dit, "se la joue" encore. D'autres plus réservés ou nostalgiques prouvent néanmoins leur fidélité à une dissidence et une transgression..
Tous sont restés résolument punk dans leur tête comme dans leurs vêtements. Même si parfois la distinction entre costume et parure quotidienne est moins nette. Aucun des ces héros ne renient son identité anti-sociale de naguère.
Saul Steinberg et la puissance satirique
Saul Steinberg, Galerie Maeght Paris, jusqu'au 4 décembre 2021
Pendant près de soixante ans, Saul Steinberg a illustré les pages et les couvertures du magazine "The New Yorker".
L’exposition rassemble une vingtaine de ses œuvres (aquarelles, encres sur papier, collages) de 1953 à 1977. Elles permettent de retrouver l'impertinence graphique d'un tel créateur dont les dessins furent aussi un miroir de la société.
Celui qui se présentait comme « écrivain qui dessine », a créé un art aux multiples facettes. C'est un langage en constante évolution et qui sut toujours se dégager de la caricature traditionnelle par étapes.
Et ce dès ses premiers travaux satiriques sous formes de comptes-rendus satiriques dans la revue italienne Bertoldo quand il étudiait l’architecture à Milan.
Son premier dessin fut publié dans The New Yorker en 1941. Et très vite il devint un des artistes les plus appréciés aux Etats-Unis avant d'obtenir une reconnaissance mondiale.
Il sut découper et assembler personnages et paysages selon une calligraphie particulière. Parodie et satire font basculer les postures comme les impostures afin de secouer les préjugés tout en ouvrant chaque proposition graphique à diverses interprétations. D'où la force de telles œuvres.
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Janette Beckman et les rebelles
Janette Beckman, « Rebels : From Punk to Dior », Drago Publishing, 2021, New Yoerk, 75 $.
« Rebels : From Punk to Dior » est la première monographie de la photographe new-yorkaise d’origine britannique. Le livre couvre quatre décennies de photographies et illustre le rôle de la créatrice dans le domaine de l’art, du photojournalisme, de la musique, de la mode et de la culture populaire.
Attirée par la documentation de diverses cultures et intéressée par les créateurs qui suivent leur propre route, elle a suivi elle aussi une voie libre en débutant sa carrière à l'arrivée du punk à Londres et en travaillant pour des magazines comme The Face & Melody Maker. Elle a photographié tous les groupes de l'époque des Clash à Boy George et tout ceux qui décidèrent de suivre une telle culture radicale.
S’installant à New York en 1983, Beckman elle a été attirée par une autre scène dissidente : le hip-hop qui démarra avec les pionniers du mouvement qu'elle photographie (Salt-N-Pepa, Run DMC, Grand Master Flash, etc.)
Janette Beckman s'intéresse aujourd'hui encore aux rebelles. Qu’il s’agisse de photographier les manifestations émouvantes du BLM en 2020 ou de célébrer le subversif même à travers des collaborations avec des marques comme Levi’s, Dior et Gucci.
Son travail exposé dans les galeries du monde entier trouve dans ce livre un écrin de qualité avec des contributions entre autres de Cey Adams, Sting, Run DMC, Paul Weller, Belinda Carlisle et Slick Rick.
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Emergence de la nouvelle judéité allemande
Frédéric Brenner, "Zerkheit : Healed To Pieces", Exposition de photos, Musée Juif de Berlin du 3 septembre 2021 au 13 mars 2022.
Depuis plus de quatre décennies, le photographe de renommée internationale Frédéric Brenner interroge à travers son objectif les multiples apparitions et représentations de la vie juive en diaspora, comme étude de cas de la condition humaine.
Son nouvel essai photographique, "Zerkheit : Healed To Pieces", a été créé entre 2016 et 2019, lorsqu’il a exploré Berlin comme scène pour un vaste éventail d’expressions et de performances de la judéité. Se découvrent par exemple .une personne devant le chevalet dans une salle de sous-sol,n une autre seule dans l’auditorium d’un théâtre vide ou encore deux autres sur des tables dans une pièce avec stuc et lustre
Dépeignant des paysages et des individus - nouveaux arrivants, anciens, convertis, immigrants et autres qui ont fait de Berlin leur maison ou qui étaient juste de passage - il choisit les idées et les conceptions dominantes afin d’explorer de nouvelles perspectives et offre une nouvelle vision des problèmes et des personnes dans et autour de l’histoire judéo-allemande.
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Yael Bartana, l'art et la société.
Yael Bartana, "Redemption Now", Musée Juif de Berlin, 4 juin au 21 nov 2021
Yael Bartana est née en Israël en 1970 et vit actuellement à Amsterdam et Berlin. "Rédemption maintenant" est une exposition personnelle à grande échelle de l’artiste contemporaine? Celle-ci explore le pouvoir d*e l’imagination et le potentiel rédempteur de l’art.
Les oeuvres de Yael Bartana ont été exposées dans le monde entier et font partie de collections internationales. Elle est connue pour explorer les langages visuels de la politique identitaire et de la mémoire, des nations et des mouvements sociaux.
Depuis plus de vingt ans, Yael Bartana s’intéresse aux grands récits historiques qui aident à constituer des identités nationales et d’autres identités collectives.
Nous les retrouvons à travers plus d’une cinquantaine d’œuvres anciennes et plus récentes, dont des installations vidéo, des photographies et des œuvres au néon.
L’exposition suit un topos eschatologique –- à savoir l’idée récurrente qu’un leader peut apporter le salut - et sa déconstruction. Au cœur de l’exposition se trouve l’œuvre vidéo "Malka Germania" (« Reine Germania »), que Bartana a conçue pour le Musée juif et produite dans des lieux historiquement chargés à travers Berlin.
Une figure de sauveur androgyne arrive dans la capitale allemande. Son voyage inonde la ville de scènes d’un inconscient collectif imaginaire . Le passé et le futur fusionnent dans un présent alternatif. Le thème de la rédemption collective de l’installation aborde les traumatismes, les espoirs de salut et le désir de changement. Un tel art provoque un visionnement activiste : il demande aux visiteurs de s’engager dans l’acte politique de réfléchir sur leur responsabilité dans la société.
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Rachel Blaustein - aka Rachel, nom choisi en écho de la femme de Jacob, est née en 1890 en Russie. Elle grandit dans un milieu familial très religieux et culturel. Son frère aîné est philosophe et l’une de ses sœurs musicienne.
Rachel, et rêve de devenir peintre. Attentive à l’écrivain humaniste Vladimir Korolenko qui combat l’antisémitisme, à quinze ans, elle écrit des poèmes en russe puis connaît plusieurs exils en Russie.
En 1909, elle découvre la Palestine. Fascinée par le lieu ancestral, elle apprend l’hébreu, et renonce à parler en russe comme à revenir en Russie.
Aharon David Gordon devient son guide spirituel. Espérant en vain être admise à l’Académie des Beaux-Arts Betsalel de Jérusalem elle gagne la France où elle entreprend des études universitaires d’agronomie. Elle rencontre Michaël Braunstein qui occupera une place importante dans sa vie sentimentale.
Dès 1916 des premiers symptômes de la tuberculose apparaissent. Renonçant à devenir peintre, elle vit alors à Odessa auprès de sa famille appauvrie, traduit en russe des poèmes de Bialik et écrit ses souvenirs sur la vie à Tibériade.
Puis, travaillant la terre au kibboutz Degania, près du lac de Tibériade, elle s’affaiblit. Sa tuberculose met en danger les autres membres du kibboutz. Elle doit partir. Contrainte à vivre à Tel-Aviv ne lui reste que sa vocation de poète. Elle vit dans la pauvreté avant de rejoindre un sanatorium où elle meurt à quarante ans.
Elle est considérée comme la fondatrice de la littérature hébraïque moderne. Connue pour trois recueils de poésie, "Regain", "De loin" et "Nébo", elle a aussi écrit vingt et un articles, essentiellement littéraires, en hébreu. Ils sont réunis ici sous le titre "Sur les rives de Tibériade" (Seul article du corpus à être écrit en Russe). Ce livre offre un visage méconnu de Rachel.
Publiés au fur et à mesure de leur écriture dans différents journaux et revues littéraires et repris ici ils sont accompagnés de 30 poèmes épars et quatre lettres écrites de France lors de ses études. Rachel ne cesse de s’interroger sur l'arrogance destructrice des hommes et ce au nom de la puissance d'une réflexion tirée des profondeurs du passé.
Par-delà les gouffres Rachel ne cessa de marcher et de croire à une insurrection intérieure des êtres face à tout ce et ceux qui emprisonnent l’élan de l'existence. D'où l'importance de cet ensemble. Se découvre une voix fraternelle et habitée faite d'écoute et d'un lyrisme discret. Entre tourments et volonté où perdure "un contact humain à travers l'humain". Sur les rives de Tibériade Rachel ne cesse d'aspirer - parfois avec extase - à ce qui fait le prix de la vie et qui échappe à toute monnaie de singe.
Jean-Paul Gavard-Perret
Rachel, "Sur les rives de Tibériade", traduit et présenté par Bernard Grasset, Arfuyen, Orbey, 190 p., 17 E..
Stérile
Ah si j’avais un fils !
un petit enfant,
aux boucles noires, intelligent…
Le tenir par la main,
cheminer à pes lents.
A travers le jardin,
un garçon,
un enfant.
Je l’appellerai Ouri,
mon Ouri, mon petit !
Tendre et si transparent est ce court prénom.
Un éclat de splendeur.
Mon enfant de jais.
Je l’appellerais !
» Ouri ! »
Sans fin je me plaindrai, amère,
comme Rachel, notre Mère.
Comme Hanna à Shilo,
m’abîmerai en prières.
Sans fin je l’attendrai.
Sans fin.
Traduit de l’hébreu par Francine Kaufmann
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"Phil Stern & Bob Willoughby : Picture’s Up", Fahey Klein Gallery, Los Angeles, du 4 novembre 2021 au 8 janvier 2022.
Phil Stern est un de chroniqueurs photographes légendaires d'Hollywoodiens. A cela une raison majeure : il savait créer une confiance entre lui et ses sujets mythiques.
L'ancien photographe de guerre, par son approche en coulisses permet de documenter tout le Hollywood particulièrement des années 50 à 80. Il a commencé à travailler pour Look, Life et Collier’s afin de raconter ce qui allait devenir une histoire américaine universelle,.
L'aura de Stern lui permis des accès illimités à des moments rares : gala inaugural du président John F. Kennedy, sanctuaire intérieur de Sam Goldwyn, déjeuners de plateau avec Frank Sinatra et bien d'autres.
Il a aussi été photographe de plateau d’une centaine de tournage, de « Citizen Kane » à « West Side Story »et des sessions en studio avec des stars du jazz. Ses photos sont devenues des covers d'un grand nombre d'album.
Tout est calé et décalé. Pentes, côtes et pentecôtes hollywoodiennes pour relier le voyeur à de nouvelles trouées dans des intimités inaccessibles mais jamais violées par un tel artiste.
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Katy et Rebecca Beinart : reconstitutions
Katy et Rebecca Beinart, "Correspondances", Musée juif de Londres, du 9 octobre 2021 - 27 novembre 2021.
Katy et Rebecca Beinart artistes et sœurs présentent des œuvres d’art et des recherches développées grâce à un processus de correspondance pendant la pandémie.
L’exposition présente des sculptures en papier, des estampes et des vidéos qui émergent de leur collaboration à long terme explorant à la fois leur histoire familiale et la migration.
L'exposition "Correspondances" se concentre sur l’histoire de leurs arrière-grands-parents juifs : les artistes Morris (Moshe) Shreibman et Sarah (Zlata) Gitovitch qui ont quitté l’Europe de l’Est au début des années 1900 pour venir à Londres et s’installer dans l’East End, où ils se sont mariés, rejoignant une communauté de langue yiddish croissante.
Les histoires personnelles de famille et de communauté se croisent avec la politique radicale animée qui a existé dans ce quartier de Londres au début du 20e siècle.
Moishe, Zlata et leur famille élargie travaillaient comme fabricants de sacs en papier, ébénistes, tailleurs et coiffeurs, et comme beaucoup d’autres immigrants juifs de la classe ouvrière d’Europe de l’Est et ils étaient activement impliqués dans la politique et les syndicats.
Les "correspondances" ont émergé à travers une conversation continue entre les deux artistes et soeurs grâce aux envois postaux. Elles s'envoyèrent l'une l'autres rouleau manuscrit et des motifs de papier, ainsi que par la correspondance contemporaine de l’appel Zoom en ligne.
Cela a conduit à la création de blocs d’impression utilisant du texte yiddish du journal « Workers Friend », des sculptures en papier qui font référence aux métiers familiaux, une « visite à pied » en ligne et une performance. Les œuvres d’art résonnent avec les collections de l’East End présentées au Musée juif de Londres.
Jean-Paul Gavard-Perret
Feydeau le mal aimé
Qui prendra le risque de relire Feydeau en oubliant ce qui le lie à l'image d'Epinal du vaudeville ? Auteur de grandes pièces que beaucoup estiment à tort périmées, le dramaturge fit surgir le grotesque de l'âme humaine par le comique de langage et de situations.
Il se peut, qu'après tout, ce théâtre cruel et mordant complexe par sa qualité et le réduire à la légèreté sans voir ce que ça cache reste plus facile. Chez Feydeau le théâtre dit bourgeois gronde parfois d’une violence sourde. Dans des corpus de mimiques, de répétitions, d'accents, borborygmes, tous les personnages sont victimes d'eux-mêmes.
Ionesco l'a compris. Avec la "Cantatrice Chauve" il poussera simplement plus loin les processus de son prédécesseur.
Le patrimoine de Feydeau contient une richesse rare et dérangeante. L'œuvre incarne un moment précis de l'histoire sociale petit bourgeoise dont ce théâtre devient la critique irrésistible.
De "La puce à l'oreille" ou "Occupe toi d'Amélie", il s'en faudrait toujours de peu pour que tout tourne au tragique. Mais les dérives langagières - imitation exotique du parler dominant - soulignent l'altérité des classes et des situations sociales, indice d'un bouffonement vital.
Les pièces indiquent qu’il existe dans toute langue contractuelle et dominante un non-dit et de l’innommable. Celui-ci se formule dans l'incompétence de ceux qui dans de telles pièces en perdant le fil font que toute logique se desserre. Preuve qu'avec Feydeau le théâtre de l'absurde est déjà en marche.
Georges Feydeau est Né à Paris le 8 décembre 1862, il est le fils (présumé) du romancier Ernest Feydeau. Sa mère est d’origine juive polonaise.
Il commence à écrire des pièces dès l’âge de sept ans. En 1886, il obtient un succès avec le vaudeville Tailleur pour dames, et connaît par la suite plusieurs échecs, mais impose son talent à partir de 1892, dans Monsieur chasse! et Champignol malgré lui.
Marié avec la fille du peintre Carolus-Duran, il en aura quatre enfants, mais n’est pas un époux fidèle. Il déambule, la nuit, de cafés-concerts en cercles de jeu, dans une apparente oisiveté, et pourtant ne cesse d’obtenir des triomphes au théâtre, avec des vaudevilles d’un comique irrésistible, qu’il met lui-même en scène. Un fil à la patte, L’Hôtel du Libre-Échange, Le Dindon, La Dame de chez Maxim et, plus tard, La Puce à l’oreille, Occupe-toi d’Amélie, sont construits avec une précision qui l’a fait comparer à un horloger.
Sa création deviendra différente à partir de 1908, avec les « farces conjugales », telles que Feu la mère de Madame ou On purge Bébé, d’un comique assez cruel, inspirées de sa propre vie.
Atteint par une syphilis qui engendre des troubles mentaux, ce «moraliste souvent profond » (Jacques Lorcey) s’éteint le 5 juin 1921 après deux années de souffrances. Mais, aujourd’hui encore, ses œuvres ne cessent d’occuper la scène. «Après Molière, le plus grand auteur comique français.»
Feydeau, "Théâtre", La Pléiade, Gallimard, Paris, 2021, 1776 p., 69 E..
David Godlis : Miami Vice
David Godlis est l’un des photographes de rue les plus importants de sa génération. Fasciné par les travaux de Robert Frank, Diane Arbus, Brassaï et Lee Friedlander, il reste connu pour ses photographies de la scène punk de New York au milieu des années 1970.
Ses photos sont, prises à la lumière naturelle avec de longues expositions. Et cette technique lui permit d’obtenir des photographies en noir et blanc emblématiques de groupes punk des années 1970 présentées dans son premier livre, "History Is Made At Night".
Pendant près de 50 ans, Godlis en promeneur attentif a saisi le quotidien avec humour et pathétique. Son livre "Godlis Streets" est devenu une célébration du passé de New York et de Boston. Son nouveau livre de photographies des rue de Miami des années 1970 est le résultat d’un voyage de dix jours en Floride qu’il avait fréquentée une décennie plus tôt lorsqu’il était enfant.
Pour un enfant en visite dans les années 1950 et au début des années 1960, c’était comme dit-il pénétrer dans "un Disneyland juif" et revenu à Miami Beach ces souvenirs ont rejailli. Il a saisi une zone d’hôtels art déco et une enclave de retraités juifs avec des retraités vêtus de leurs plus belles tenues de plage, jouant aux cartes en plein soleil, sous les palmiers.
Les photographies sont parsemées de signes humoristiques de l’époque, de chiens minuscules et manucurés, d’horribles lunettes de soleil œil ou encore une pharmacie offrant la prise de tension artérielle à prix réduit. Tout devient parfois presque surréaliste.
Godlis captura sans le savoir la fin d’une ère. Le moment entre le Miami qu’il connut enfant et une métropole qui devint luxueuse et people. Il y découvrit aussi son langage photographique : "Tout ce que j’ai fait pendant ces dix jours à Miami Beach a fonctionné pour moi. Je l’ai reconnu tout de suite. Et je le fais depuis.". Aux retraits juifs allaient succéder les punks du CBGB de New York.
Jean-Paul Gavard-Perret
David Godlis, "Godlis Miami", Reel Art Press, 2021, 128p.