Les articles de Jean-Paul Gavard-Perret

Artiste juive : Annie Leibovitz lauréate du Prix de l’Académie des beaux-arts

Artiste juive : Annie Leibovitz lauréate du Prix de l’Académie des beaux-arts

Annie Leibovitz lauréate du Prix de l’Académie des beaux-arts

L’Académie des beaux-arts a accordé le "Prix de Photographie de l’Académie des beaux-arts - William Klein" à  Annie Leibovitz. Le Prix lui sera remis dans la Grande salle des séances du Palais de l’Institut de France le mercredi 27 octobre 2021. Une exposition de ses œuvres spécialement conçue pour l’Académie des beaux-arts sera présentée du 27 octobre au 28 novembre 2021 dans le Pavillon Comtesse de Caen au Palais de l’Institut de France.
Ce prix consacre - si besoin était - celle qui a transformé la photo de mode par son don pour les angles et les jeux de lumière audacieux. Grâce à des techniques empruntées à l’art des éléments nouveaux ont fait irruption dans l’espace photographique. Chez Annie Leibowitz la femme reste toujours libre, moderne, dynamique, sensuelle et en harmonie avec l’environnement naturel. Existe aucune marque d'un fétichisme masculin. La photographe libère la beauté et la féminité pures de tous stéréotypes.

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Artiste juif : Fredéric Brenner, la vie n'est pas un songe

Artiste juif : Fredéric Brenner, la vie n'est pas un songe

Fredéric Brenner : la vie n'est pas un songe

Frédéric Brenner, "Zerheilt", Hatje Cantze, Berlin, 178 p., 33 E., 2021 et exposition au Jewish Museum Berlin,  du 3 Septembre 2021 au 13 mars 2022.

Après plus de quarante ans de récits photographiques de la vie juive à travers le monde, Frédéric Brenner a passé trois ans à explorer Berlin - une scène pour un large éventail d’expressions et de performances du judaïsme. Dans son nouvel essai photographique, il dépeint des individus -- nouveaux arrivants, anciens, convertis, immigrants et autres - qui ont fait de Berlin leur maison ou qui ne font que passer.

Par une série de réflexions fragmentaires sur cet incubateur de paradoxe et de dissonance, il réfléchit sur des récits contradictoires de rédemption et éclaire une absence toujours si présente. Comme un miroir brisé, ces images offrent un reflet polyphonique, parfois bizarre et dérangeant d’une topographie de déplacement et d’éloignement dans la condition humaine contemporaine, bien au-delà de l’histoire de Berlin ou des juifs.

 

Pour Brenner la photographie n'est pas un songe fait pour recouvrir et agrémenter le réel. Il n’est ni fantasme, ni hallucination ni envoûtement. Même si c’est bien ce qu’on voudrait qu’il soit dans un court-circuit de l’esthétique. Car un tel créateur articule toujours une jonction et un hiatus avec ce qui est présent (ce qu'on voit, qu'on croit voir, qu'on croit). C’est pourquoi il nous sidère en déconsidérant le certain cerclage douteux du monde.

 

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Artiste juive : Rosalind Fox Solomon et les perdants

Artiste juive : Rosalind Fox Solomon et les perdants

Rosalind Fox Solomon et les perdants

Rosalind Fox Solomon, "Los Olvidados / The Forgotten", Mack, Londres, 2021, 30 £.

Les oeuvres de l'américaine Rosalind Fox Solomon  sont reconnues dans le monde entier et sont inclues entre autres dans les collections du Moma. Devenue directrice régionale du « Experiment in International Development” elle visita diverses communautés du sud des USA. Elle les photographia et devint une militante engagées pour les droits des minorités. Son engagement l’emmena jusqu’au Japon, le Guatemala, etc. mais c’est dans son pays qu’elle réalise ses plus belles photos et films.

L’artiste porte principalement son regard sur les exclus, les « outsiders » les minorités (noirs, indiens) ainsi que sur les rituels funéraires et les violences ethniques. Ses photographies ne font pas pour autant dans le misérabilisme : il existe souvent en elles une forme de tragi-comédie. Les  mouvements de l'imaginaire gardent un libre parcours face au réel. Dans ce qui plombe reste le plus souvent une place pour sinon une  euphorie du moins à une sourde effervescence.

Les oeuvres créent une vision  original de la tragi-comédie humaine. Au fil des prises de vues et par l’inventivité et le regard lucide de la créatrice les mises en scène et le naturel, le quotidien le plus trash comme la beauté des êtres  prouvent comment  l’observatrice d’un monde énigmatique et précaire le transforme en poésie.

Rosalind Fox Solomon ne cherche jamais une domination sur ses modèles.

Elle  crée à travers eux un univers plastique toujours surprenant et parfois drôle capable de  pister le furtif, l’invisible, l’inavoué. Elle traque aussi par effet de surface un état intérieur ainsi que  l’existence ou la réminiscence d’un vécu souvent  traumatique mais qui pourtant échappe au voyeurisme là où la créatrice cultive de manière instinctive l’authenticité et la sensibilité  en ce qui devient des cris muets et des actes de mystérieuses et provocantes piétés – ce qui n’empêche pas humour et décalages.

Jean-Paul Gavard-Perret

Artiste juif: L'être et la nature de Ethan Murrow

Artiste juif: L'être et la nature de Ethan Murrow

L'être et la nature : Ethan Murrow

Ethan Murrow, "Pollen song", Les filles du calvaire, Paris, du 4 septembre au 23 octobre 2021.

Pour cette exposition Ethan Murrow présente un ensemble d’œuvres exceptionnelles qui deviennent  une méditation sur la nature. En noir et blanc ou en couleurs, ses personnages hybrides proviennent de ses souvenirs d’enfance à la ferme de ses parents dans le Vermont.

La nature est luxuriante et les personnages tentent de l’appréhender par la technique, la patience ou la ruse. Leurs efforts, probablement vains, sont néanmoins des témoignages de leur engagement confiant.

S'y perçoivent le bourdonnement des abeilles, le vrombissement des insectes et le gazouillis des oiseaux. Tout reste sauvage et premier dans ce qui veut rapprocher d'un jardin d'Eden.

Jean-Paul Gavard-Perret

Artiste juive : Maria Austria, après comme avant

Artiste juive : Maria Austria, après comme avant
Maria Austria : après comme avant.

Photographe juive d'Amsterdam d'origine autrichienne, Maria Austria née Marie Oestreicher (l'Autrichienne)» (1915-1975)  a été injustement négligée et même oubliée en Allemagne et en Europe à l'exception de son pays d'origine où elle est restée populaire.

L'exposition au musée Verborgene à Berlin sauve cette importante artiste d'un tel oubli. Non seulement elle a été témoin et victime de la guerre et du fascisme, mais elle a aussi saisi les contradictions sociales de l'après-guerre.

Maria Austria a pris les photos sur le logement d'Anne Frank en 1954, avec son mari Henk Jonker, en préparation de la première pièce de théâtre et du premier film sur Anne Frank. Elle a aussi documenté  des épisodes sociaux clés, dont l'«hiver de la faim» (famine hollandaise de 1944-45).

D'autres œuvres présentent des portraits méconnus d'artistes célèbres (Bertolt Brecht, Thomas Mann, Benjamin Britten, Igor Stravinsky, Rostropovich, James Baldwin) mais aussi des études sur la reconstruction d'après-guerre et la grande inondation de 1953 et une série de photographies de théâtre, de danse et de cirque.

Son approche est définie comme néoréaliste mais elle dépasse un tel genre. L'accent est souvent mis sur des visages qui regardent directement dans les yeux du spectateur contemporain comme s'ils voulaient s'adresser à lui.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

"Maria Austria, 1915-1975", Musée du Verbogène, Berlin-Charlottenburg.

Artiste juif: Walter Benjamin poète

Artiste juif: Walter Benjamin poète

Walter Benjamin poète

Préoccupé par la dimension créatrice de la langue, Benjamin trouva dans la poésie le moyen d'accroître l'intensité de sa pensée par une voie inédite, nourrie de philosophie, de théologie, de messianisme juif, de marxisme, d'histoire et de mythologie.

C'est pourquoi, à Martin Buber qui voulait l'inviter à sa revue "der Jude", il envoya une fin de non recevoir sous le prétexte discutable  qu'"une revue ne connaît pas la langue du poète, du prophète ou du prince, ne connaît pas le chant, le psaume et l'impératif".

Les "Sonette" de l'auteur furent oublié de 1940 date où ils furent remis à Georges Bataille.  Et c'est dans le fonds Georges Bataille que Giorgio Agamben les exhume en 1981.

Cet oubli n'est peut-être par fortuit car les sonnets auraient pu brouiller l'image du philosophe. Ce qui là encore reste discutable. D'autant qu'Hannah Arendt qui connut si bien Walter Benjamin écrivit que Walter "certes  a étudié la  philosophie, mais il la méprisait autant que Goethe." Et elle évoque déjà sa faculté à "penser poétiquement".

Écrits entre 1915 et 1924, ces "Sonnette" participent d'une stèle funéraire de Frtiz Heinle qui sans Benjamin nous serait inconnu.  Il le définit ainsi : "Fritz Heinle était poète, et le seul de tous avec qui je n'eus pas de rencontre "dans la vie", mais dans sa poésie..."

Les deux restèrent amis jusqu'au suicide de Heinle en 1914. Sa poésie l'accompagna toujours. Et Benjamin de spécifier cette amitié élective : "Vint un moment où nous nous avouâmes tous deux que nous nous heurtions au destin : chacun pourrait tenir la place de l’autre."

Et c'est en devant lui-même poète que Benjamin a rejoint peu l'Ami.  Dès lors écrire la poésie devient un besoin et une quête rédemptrice. Elle n'est pas simple. Benjamin parfois se décourage :  "Depuis longtemps il est mort et le monde qui roule /A suivi sa course que pas un ne mesure le héros".

Mais la nécessité de parler au mort est la plus forte. Le sonnet devient pour Benjamin une forme lyrique sobre et condensée tout en bousculant la coulée de langue.  Elle est imprégnée ici des aventures formelles des avant-gardes allemandes et françaises dont le dadaïsme.

En 1939, au camp de Vernuche où il est interné Benjamin rappela en 1939 avoir fait un rêve . Il y affirme qu'il faut faire un foulard à partir d’un poème. Car cele lui donnerait le droit de sortir du camp. Mais ce rêve est impossible et depuis longtemps l'auteur n'écrit plus de sonnets.

Les prémices de la Shoah sont passés par là. Et pour Benjamin écrire des poèmes pour annoncer la catastrophe ne sert à rien. Car tout est déjà en place. Néanmoins ces sonnets auront constitué sous forme de tombeau et au delà des charniers, le prélude à d'autres livres de Benjamin.

Jean-Paul Gavard-Perret

Walter Benajmin, Sonette / Sonnets, édition bilingue, Traduction et postface de Michel Métayer, précédé d'un essai d'Antonia Birnbaum, Walden n éditions, 2021, 208 p., 15 €.

Artiste juif : Christian Boltanski

Artiste juif : Christian Boltanski

Pour saluer Boltanski

L’artiste plasticien Christian Boltanski est décédé le 14 juillet 2021  Fils d’un médecin juif d’origine ukrainienne Christian Boltanski se considérait comme un artisan de la mémoire.

Autodidacte, le plasticien et photographe, marqué dans son enfance par la Shoah, a travaillé toute sa vie sur l’absence, la disparition et l’inquiétude face à la mort Il a toujours cherché à lutter contre l’oubli et la disparition par des œuvres mêlant objets hétéroclites, vidéos, photographies et installations souvent monumentales et impressionnantes par l'émotion viscérale qu'elles suscitent.

Nulle plus que lui s'est approché de manière métaphorique mais palpable de la Shoah. Delphine Horvilleur rappelle qu'il y a trois ans, le plasticien l'avait rencontré pour savoir si l’on pouvait être juif sans croire en Dieu. A partir de la le dialogue entre la croyante et l'incroyant ne cessa plus. Et la première ajoute pour saluer  sa mort : " Je ne sais toujours pas si Boltanski croyait en Dieu… mais si Dieu existe, il croyait forcément en Boltanski."

 

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Artiste juif : Yuri Kuper peintures et matières

Yuri Kuper, "Techniques mixtes",

Yuri Kuper : peintures et matières

Yuri Kuper est né à Moscou en 1940. Il effectue ses études à l'Académie d'Art de Moscou puis devient membre de l'Union des artistes russes en 1967. Il a 32 ans lorsqu'il décide, dans un premier temps, d'émigrer en Israël, puis de s'installer à Londres  avant de revenir à Moscou.

Il utilise au besoin pour ses tableaux des soucoupes brisées, des boîtes rouillées, des pinceaux empâtés, voilés par une lumière argentée et douce qui assourdit les contrastes.

Ces objets hétéroclites qui essaient de se dévoiler sans jamais y parvenir transforment le tableau. Mais il s’approprie les gestes et les outils de l’encre et du papier pour créer des estampes qui permettent d’imaginer tout un monde d’ombres et de lumières.

Jean-Paul Gavard-Perret

Yuri Kuper, "Techniques mixtes", Galerie Patrick Cramer, jusqu'au 15 juillet 2021.

Artiste juif : Peter Max Prométhée psychédélique

Artiste juif : Peter Max Prométhée psychédélique

Peter Max  Prométhée psychédélique

Peter Max est un artiste juif américain d'origine allemande, né en 1937 à Berlin. Fuyant le nazisme sa famille se réfugie à Shanghai puis à Haïfa peu après l'indépendance d'Israël, en 1948.

L'adolescent  y suit des cours de peinture et les cours d'astronomie de l'université Technion au Mont Carmel. Peter Max et sa famille continuent à voyager et passent quelques mois à Paris où il est séduit par les expressionnistes européens, le fauvisme, et William Bouguereau pour son réalisme. Ce dernier aura beaucoup d'influence sur sa carrière. La famille s'installe à New York (Brooklyn) et le futur artiste étudie le réalisme à l'Art Students League of New York où il étudie l'anatomie, le dessin d'après modèle et la composition picturale.

Il créé dans les années 60  à Manhattan avec Tom Dayle "The Daly & Max Studio" pour s'occuper d'illustrations et de publicité. Utilisant des collages photos, Peter Max  organise la Bettman Panopticon exhibition à partir de la collection photographique de la Bettmann Archive. L'exposition est considérée comme une des plus avant-gardistes de la scène new-yorkaise. Et son intérêt pour l'astronomie1 devient à la base de sa période d'affiches d'art cosmiques.

Son travail de productions et d'affiches est déjà présenté  dans l'exposition « The World of Peter Max . L'US Mail le charge de créer un timbre  pour commémorer l'Expo '74.

Puis il commence sa série sur la statue de la Liberté, demandée par le chef de la direction de Chrysler et publie "Peter Max Paints America" pour célébrer le bicentenaire des États-Unis. Il devient le plasticien officiel de plusieurs événements comme les "Grammy Awards" ou le "Super Bowl" ainsi que du "Rock and Roll Hall of Fame".

 

Son œuvre de Max appartient au  psychédélisme et au pop art. Il utilise de nombreuses techniques artistiques et reprend de nombreux symboles américains dans ses œuvres. Moins connus que beaucoup de stars des deux courants auxquels il se rattache, il demeure néanmoins un de leur maître par son art des transformations poétiques.

 

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Artiste juif : Mark Seliger ou l'art du portrait

Artiste juif : Mark Seliger ou l'art du portrait

Mark Seliger ou l'art du portrait

Mark Seliger, "A.galerie",4, rue Léonce Reynaud, 75116 Paris, été 2021.

Pour Mark Seliger la photographie en noir et blanc a toujours été une passion. Et ce, dès ses débuts en 1972 dans la chambre noire d’un centre communautaire juif lorsqu'il était âgé de 13 ans. C’est là que tout a commencé même s'il a réussi à percer dans l’éditorial grâce à ses images en couleur.

Mais sans cesse il revient  au noir et blanc pour son impact émotionnel. Pour lui "un simple portrait en noir et blanc peut résumer tous les aspects de la photographie." Elle transporte le regardeur dans un espace-temps et dans un lieu différent afin de créer l’illusion d’une expérience intemporelle. L'artiste cultive une certaine élégance et gravité et une forme de pureté en se concentrant simplement  des hautes lumières, des ombres et des tons moyens.

Seliger reste un des plus grands portraitistes de presse aux côtés d’Annie Leibovitz. En argentique ou en numérique, son travail est direct, créatif,  efficace. Chaque prise devient une narration profonde et mélancolique comme le prouva  son premier livre sur les rescapés de la Shoah  ("When They Came To Take My Father") ou  son livre  intime "Listen". De sa passion pour la musique sortent également une collection de portraits de musiciens réunis dans un superbe livre "The Music Book".

 

Jean-Paul Gavard-Perret