Jean-Paul Gavard-Perret, critique d'art contemporain et écrivain.
Jean-Paul Gavard-Perret, critique d'art contemporain et écrivain.
Barbara Lewin : une certaine solitude
Barbara Lewin, "Finding Grace", 2022. www.barbaralewinphotography.com
Basée à New York la photographe Barbara Lewin s’intéresse à la lumière, à l’espace. Elle capte la beauté cachée dans des endroits calmes en explorant le pouvoir du lieu.
C'est le cas de sa nouvelle série "Finding Grace" où elle le cherche à travers la ville de Yonker et ses alentours en y cherchant des espaces publics ou privés pour créer des prises plus ou moins élégiaque sur l'aspect éphémère de la nature et de l'humain.
"Je vois chaque image comme un poème, documentant un moment qui ne reviendra plus" écrit-elle, C'est dans un long chagrin qu'elle à compris ce que signifie mourir : "Il n’y a pas d’abandon du chagrin, nous ne pouvons qu’espérer marcher avec lui." fit-elle.
Dans ses images, elle capte le calme et la mélancolie d'une certaine solitude là où la nature reste régénératrice des vies et de la beauté contre le mal de vivre.
"Sweet Noise : Love During the Holocaust". https://curatorial.com/insights/artist-conversation-max-hirshfeld-sweet-noise
Max Hirshfeld est reconnu comme un maître des moments décisifs propre à révéler l’humanité. Il est né en Caroline du Nord en 1951 et a grandi en Alabama. Ses parents se sont rencontrés et tombés amoureux dans un ghetto polonais pendant la Seconde Guerre mondiale.
Survivants de la Shoah, ils sont séparés suite aux divisions politiques après-guerre.
Les photographies du couple sont accompagnées de sept cents lettres écrites lors de leur éloignement. Le photographe offre ainsi une histoire d’amour d'exception. Les images retracent le parcours de sa mère : de son enfance à son retour en Pologne plus de quarante ans après sa libération d’Auschwitz.
Cette exposition témoigne de moments charnières d'une histoire simple et compliquée au sein de l'Histoire. Elle montre la force de l'amour et illustre entre autres les relations européennes et américaines avant et après la Seconde Guerre mondiale de même que les questions de classe et de privilège.
Elliott Erwitt : regard introspectif
Jean-Paul Gavard-Perret
Dove Allouche de l'infiniment grand à l'infiniment petit
Dove Allouche, "Primordial Soup", Peter Freeman, Inc;, New York, du 13 janvier au 26 février 2022
Depuis une vingtaine d’années Dove Allouche explore les mondes inter et intra sidéraux par divers moyens et échelles. Il fait jaillir de nouveaux signes perceptifs. Il découvre par exemple dans l'univers minéral des analogies avec ce qui nous agite.
Ses œuvres circulent entre l'infini du dehors et du dedans à travers trois séries "Absorption Line", Repein, "I.R". Les tirages, dans la première, décomposent des signaux lumineux. Dans la seconde il agrandit des prélèvements tirés de l’épaisseur des peintures des primitifs italiens du Louvre. Dans la troisième il réalise des dessins à partir des 153 négatifs sur plaque de verre d'Isaac Roberts qui furent la première tentative de fixer photographiquement la surface des astres.
Les photographies d’objets microscopiques se rapprochent de celles d’objets immenses réduits au même format que les premières. Dans les deux cas il rend visible l'invisible non dans un souci métaphysique mais physique. Que ce soit dans des sites d'exploration cosmique, au Louvre, ou dans des laboratoires de particules se découvrent par ses alchimies optiques des visions inédites de l’espace et du temps.
Au lieu d’un objet discernable Allouche montre une parcelle d’atmosphère ramassée en nuances. Si bien que par de telles images tout se recrée et tout se transforme en une déconstruction et reconductions de nos perceptions et représentations.
JPGP
David Butow et l'ère Trump
David Butow, "Brink", UC Berkeley Graduate School of Journalism du 31 janvier 2022 au 31 mars 2022 et RIT City Art Space à Rochester, New York du 4 février 2022 au 20 février 2022. David Butow : Brink, Punctum Press, 2022.
David Butow est photo journaliste professionnel depuis les années 1980. Ses photos sont apparues dans de nombreuses publications à travers le monde. "Brink" illustre la dynamique de l’élection présidentielle de Trump jusqu'à l’insurrection au Capitole. Le photographe a quitté San Francisco pour Washington afin de suivre et documenter cette période qu'il prévoyait chaotique.
Le récit visuel se déroule en trois moments ; celui d'avant l’élection présidentielle en montrant des Américains ordinaires dans des états du Midwest américain. Le deuxième illustre la machine politique de Trump à la Maison Blanche. Le troisième montre surtout la tentative de renverser l’élection présidentielle lors de l’assaut du Capitole.
De telles images définissent clairement les espoirs et peurs d’un pays soumis à une profonde crise existentielle et qui ne peut se targuer de penser que la démocratie, reste chose acquise. Le photographe offre ainsi des archives importantes et parfois choquante d'un tel gouffre.
Les princesses d'Helmut Newton
Dans l'oeuvre d'Helmut Newton le glamour et l'érotisme deviennent le moteur de l'œuvre comme de l’existence. Le corps se sent soumis aux délices et un plaisir qui rampe et émerge subtilement. Ni le possible, ni l'impossible ne sont encore des garde-fous. Tout est instauré en ébullition. Surgit le lieu où tout commence en une clarté qui égare mais où l'ombre réduit les mots au silence.
Les femmes sont transformées en présences énigmatiques et dans un érotisme larvé. La lumière comme l’ombre joue sur les corps en provoquant des visions énigmatique afin de traduite la levée de certains tabous selon une théâtralité programmée dans les jeux de l'amour et du hasard.
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Arthur Elgort et l'art du portrait
Arthur Elgort, Camera Work, Berlin, Jusqu’au 29 janvier, 2022
Arthur Elgort après ses études secondaire dans un lycée prestigieux de New York a étudié la peinture au Hunter College. Mais avide de liberté il décide de se lancer dans la photographie. D'abord en tant que photographe au Ballet. Mais ne pouvant en vivre il se tourne vers la photographie de mode. Il fait ses débuts dans le « Vogue » anglais et devient progressivement un des artistes majeurs dans ce domaine jusqu'à aujourd'hui et depuis cinquante ans.
Il a considérablement influencé le genre en sachant toujours saisir la bonne seconde où la magie opère. Ses portraits le prouvent. Et il a cassé les mises en scène compassées du début des années 1970. Il laisse ses modèles se déplacer librement et invente "une esthétique instantanée" en sortant des studios. Tous les modèles stars comme un grand nombre d'icônes pop ont aimé travailler avec lui pour tous les magazines les plus connus.
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Frans Krajcberg de l'homme brûlé à l'homme révolté
L’artiste juif, Frans Krajcberg (1929 - 2017) est né en Pologne. Il est devenu l’un des sculpteurs les plus célèbres du Brésil. Sa famille a été exterminée pendant la Shoah. Si bien qu'il se définissait comme "un homme brûlé". Et l'artiste de préciser : "Le feu, c'est la mort, l'abîme. Le feu est avec moi depuis toujours."
D'où l'aspect tragique de son oeuvre. Elle se rapproche de l'oeuvre picturale de la peinture juive argentine : Ana Negro. Comme elle son but est de scénariser le crime et manière la plus violente pour soulever un sentiment de révolte.
Dans ce but il a travaillé entre autres les écorces et les bois brûlés, récupérés sur les lieux de la déforestation. Le feu durcit le bois et lui donne une certaine résistance. Il est ensuite recouvert de noir ou de rouge tirés du charbon végétal ou des pigments naturels.
Frans Krajcberg crée de la sorte des stèles et totems qui se veulent des éléments tragiques d'appel à la résistance afin que la vie renaisse. C'est un défi métaphorique dont le sens demeure toujours prégnant.
Histoires de l'Histoire : Patrick Zachmann,
Patrick Zachmann, « Voyages de mémoire » au musée d’Art et d’Histoire du judaïsme.
« Voyages de mémoire » présente près de 300 œuvres de Patrick Zachmann, des années 1970 aux années 2015, dont de très nombreux inédits. S'y retrouve regard nourri par l’expérience juive et donc habité par les questions universelles de l’exil, de la disparition et de l’oubli.
C'est à la fin des années 70 que celui qui ignorait tout de sa religion et de sa culture a entamé - pour recouvrer son identité la plus profonde - un travail documentariste sur les juifs de France, à la recherche de sa propre identité. De la rue des Rosiers aux Buttes-Chaumont, des plus orthodoxes aux plus laïques, de la communauté des loubavitch aux grossistes du Sentier.
Sachant que va disparaître le temps des témoins de la Shoah, il photographia à Jérusalem en 1981 le premier rassemblement des survivants. Depuis il a parcouru le monde : Afrique du Sud pour la libération de Mandela, Chili pour retrouver des traces des camps de prisonniers politiques, Rwanda après le génocide des Tutsis, Auschwitz-Birkenau, où furent exterminés ses grands-parents paternels, Pologne et Ukraine.
Ses photos sont parfois terribles parfois plus joyeuses - lorsqu'il arpente l’Oranie et l’Est marocain pour retrouver les vestiges du judaïsme immémorial d’Afrique du Nord. Son oeuvre reste une frasque majeure pour l'histoire du temps.
Avec le film-vidéo "La Mémoire de mon père, comme dans "Mare Mater" surgissent aussi des enquêtes aussi intimes que générales sur la mémoire et les souvenirs enfouis. Le photographe cherche à combler silence et absences. Il reste un révélateur de mémoire, juive ou non, bref celle de tous dans un monde parfois incompréhensible en ses horreurs et affres.
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Bob Wolfenson : perte de repères
Bob Wolfenson est né en 1954 à São Paulo. Ses parents étaient des réfugiés juifs d’Europe occidentale. Il a commencé sa carrière de photographe dès l'âge de 16 ans.
Assistant de Bill King dans les années 1980, il a appris la photographie auprès du pionnier de la photographie publicitaire brésilienne Chico Albuquerque et a pratiqué tous les genres dont principalement le portrait - entre autres de nu ou de mode mais aussi le paysage.
Il a publié de nombreux livres et est le créateur et rédacteur en chef du magazine d’art et de mode S/N". Le livre "Desnorte" illustre ses 50 ans de carrière. Ses compositions sont toujours fractales et souvent audacieuse tant dans les sujets que la forme. Le tout entre esthétisme et attention aux problèmes sociaux de son pays et sa dégradation progressive.
En une centaine d’images de tous genres, délibérément compilées sans ordre (d'où le titre du livre - "perte de nord") le photographe montre le vertige qui le saisit face au monde et dont il sauvegarde la beauté sous le soleil ou les spotlights.