Jean-Paul Gavard-Perret, critique d'art contemporain et écrivain.
Jean-Paul Gavard-Perret, critique d'art contemporain et écrivain.
Stephen Wilkes : mémoires, résurgences
Stephen Wilkes, "Ellis Island", galerie Gadcollection, Paris, du 17 mars au 26 avril 2022.
Stephen Wilkes est un des photographes les plus importants de sa génération. Ses séries de photographies explorent différentes facettes du monde. Le plus souvent en lien avec l’être humain, elles ont la capacité de modifier la perception que nous avons de notre environnement.
Réalisée sur 5 années, de 1998 à 2003, avec "Ellis Island", Stephen Wilkes interroge l’histoire des Etats-Unis à travers cette pile et ses bâtiments que les nouveaux migrants ont connus. Ce fut le point d’entrée vers la Terre Promise, le Paradis.
Le lieu resta en activité jusque dans les années 50, avant d'être laissé à l'abandon. Wilkes l'a photographié à la lumière naturelle et sans aucun artifice. Il le capte tel qu’il l’avait trouvé dans un acte simultané de découverte et de prise.
Depuis le lieu a été réhabilité et le lieu ne ressemblera plus jamais tels qu'il apparaît ici. D'où la force de ces photographies à la fois actuelles et d’archives.
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Les décalages subtils de Dorian Cohen
Dorian Cohen, "Histoires naturelles", Galerie Paris-B, du 7 au 10 avril 2022 au Grand Palais Éphémère.
Peintre du réel Dorian Cohen porte pour sa transfiguration vec juste un jeu de décalage opéré par la couleur et une certaine stylisation.
L'artiste saisit ses personnages à l’état naturel et libre d’expression dans un cadre qui ne privilégie pas forcément une narration poétique.
Mais c'est tout le mérite de cette peinture de décalage qui en préserve un réalisme pour rapporter les histoires de vie et leur mode d'emploi de tous les jours.
Surgit l’intimité de vies privées en des narrations intempestives aussi profondes que parfois drôles. Ces prises directes donnent une vision qui sort des sentiers battus là où tout semble donné à voir mais qu'il s'agit de réinterpréter.
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Andy Romanoff : Harley et autres chevaux de fer
De Los Angeles Andy Romanoff contribué à la défense et illustrations de nombreux photographes juifs d'hier et d'aujourd'hui. Il a par exemple contribué à la diffusion du travail photographique sur le mémorial dans la forêt de Plaszczatka dernier endroit vu par 740 Juifs de la ville de Stawiski, en Pologne.
Mais pour autant ce travailleur impénitent toujours au service des autres sait dégager un peu de temps pour sa propre approche photographique et une de ses passions : les motos. Il les photographie depuis des décennies en prouvant qu'il n'y a besoin de personne sur les Harley-Davidson pour qu'elles impressionnent.
Ces monstres de fer, agents selon lui de joie et de douleur tant leur mécanique est parfois plein d'aléas, trouvent là une valeur muséale propre à faire rêver les amateurs et impressionner celles et ceux qui aiment les belles images.
Mères-courage : Polly Braden
Polly Braden est réputée pour ses photographies de communication intime entre les gens et ses gestes qui font allusion à quelque chose sans l’expliquer. Ses images explorent la relation entre la vie quotidienne, le travail, les loisirs et l’économie. Son travail sur les troubles d’apprentissage et l’autisme comme sur les familles monoparentales sont devenues des séries majeures présentées dans de nombreuses expositions.
Avec "Holding The Baby" elle montre combien il est difficile d’être un parent seul dans une société encore tournée vers la famille biparentale. Et ce, même si au Royaume-Uni une famille sur quatre est une famille monoparentale. Environ 90 % d'entres elles sont dirigées par une mère célibataire.
À l’été 2019, Polly Braden, elle-même mère célibataire, a commencé à documenter cette réalité quotidienne. Se crée une collection de portraits émouvants où, sans pathos, se traduit le stoïcisme, l’épuisement, la fierté, la compassion et l’amour de telles mères-courage.
Polly Braden, "Holding The Baby", Dewi Lewis Publishing, 2022, 96 p., 18 £.
Boris Bennett et le portrait
Boris Bennet, "Vintage Glamour in London Esat End", Hoxton Mini Press, 38 E..
Boris Bennett (1900-1985) est considéré comme le doyen du portrait photographique juif en studio, célèbre pour avoir transposé le glamour hollywoodien dans la banlieue Est de Londres.
Son studio de Whitechapel Road était l’adresse des photos de mariage et familiales des années 30 et 40. Photos en noir et blanc et en couleurs créent désormais des élégies que portent sur la culture et l’idéologie britannique de l'époque avide d'un rêve américain symbole de richesse.
La poésie aussi concrète que spéculative de telles prises fait bouger l’Histoire au sein même de l'aspect officiel des portraits. Ils prennent avec le temps une valeur documentaire en montrant comment la mise en scène de moments cérémoniels tentent de casser le quotidien et de le métamorphoser.
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Bert Stern maître absolu de la photographie
Bert Stern : Marilyn Monroe, The Last Sitting 1962, Staley-Wise Gallery, New York, du 27 janvier au 26 mars, 2022.
La légendaire série “La Dernière Séance”, est le sujet de cette exposition à la Staley-Wise Gallery. C'est en 1962 pour Vogue que le photographe saisit en une séance mythique Marylin Monroe au Bel Air Hotel de Los Angeles.
L'actrice allait mourir peu de temps après. C'est pourquoi ces photographies furent reconnues sous le titre de « The Last Sitting ». Elles ont contribuées à forger le mythe de la star hollywoodienne (ce qui est un pléonasme...).
Celui qui commença sa carrière comme manutentionnaire à Look Magazine et ouvrit sa carrière pour sa campagne célèbre de la Vodka Smirnoff en 1955, devint lui-même une star dans le monde de la publicité avant de représenter grâce à Marylin le prototype du photographe de mode en tant qu’incarnation du glamour.
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The Lonka Project : les numérotés de la Shoah
Cette exposition en l’honneur de la Journée internationale de commémoration de l’Holocauste présente plus de 60 photographies de survivants de la Shoah.
Ce projet remonte à 2018. Eleonora (Lonka) Nass, survivante de l’Holocauste, a été élevée dans "une maison de silence". Rina Castelnuovo, sa fille et après la mort de sa mère, et avec son mari Jim Hollander, tous deux photo journalistes, ont lancé cette initiative pour préserver les histoires des survivants.
Ils ont demandé à leurs collègues photographes de réaliser les portraits de survivants de la Shoah.
La communauté internationale de la photo a répondu : plus de 300 photographes de 30 pays ont participé au projet..
Chacun d’entre eux a réussi à trouver une approche personnelle pour transmettre la fragilité et la force des survivants. Que se soit et par exemple d'Anita Lasker-Wallfisch, violoncelliste et ancienne membre de l’Orchestre des femmes d’Auschwitz ; la photographe de rue britannique Dorothy Bohm ; Liliana Segre, sénatrice italienne , etc.
Anna-Patricia Kahn, directrice de la galerie CLAIRbyKahn à Zurich et membre du projet Lonka, Nina Gomiashvili et Liya Chechik, conservatrice du Musée juif et du Centre de la tolérance sont les commissaires de l’exposition au Musée juif. Ils ont choisi les photos les plus marquantes en un dialogue émotionnel entre les photographes et les survivants
The Lonka Project," Numbered", The Jewish Museum and Tolerance Center, Moscou, du 17 février au 15 mai 2022
Adolescent, Ted Allan ouvre une concession photographique dans une grande surface d’Hollywood Boulevard. Il y photographia beaucoup d’acteurs confirmés ou aspirants. Et il devient le photographe pour des studios - principalement la MGM.
Il s'y voit surnommé était "Rembrandt" et devient le portraitiste majeur du studio. Et c'est auprès des acteurs masculins qu'il se fait une belle réputation. Il travaille ensuite pour la Fox avant d’ouvrir son "Ted Allan Film Studio" et se consacre à la réalisation de documentaires et de films petits budgets.
Il reste néanmoins photographe - entre autres pour les films de Sinatra dont il fut un ami proche et il devint un des premiers à travailler pour la télévision - CBS en particulier. Il fut aussi un imprimeur réputé et réalisa les impressions de ses travaux et ceux d’autres photographes qui firent aussi sa notoriété.
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La théâtralité du monde selon Sabine Weiss
Sabine Weiss : The Poetry of the Instant", Casa dei Tre Oci, Venise, du 11 mars au 23 octobre 2022.
Dans la lignée de la photographie humaniste française, Sabine Weiss ne cessa d'évoquer la condition humaine et de faire ressentir l’émotion quel que soit le propos visuel qu'elle suivait : photos de mode ou de rue, photos de voyages ou portraits.
La native de Saint-Gingolph, en Suisse aborda très tôt la photographie chez les Boissonnas, photographes genevois. En 1950, elle entreprend une carrière de photographe indépendante.
Sa carrière prit un tournant décisif lorsqu’elle rejoint l’agence Rapho, sur une recommandation de Robert Doisneau. À partir de là, ses photographies sont publiées dans de grands journaux internationaux. Elle travaille entre autres pour Vogue aux côtés de William Klein, Henry Clarke et Guy Bourdin, réalisant des séances de photos de mode mémorables.
Une partie de l’exposition est consacrée à ses portraits de peintres, sculpteurs, acteurs et musiciens dont Niki de Saint Phalle, Giacometti, Robert Rauschenberg, Françoise Sagan, Romy Schneider, Ella Fitzgerald, Simone Signoret et Brigitte Bardot.
L’exposition consacre également une large place aux œuvres réalisées lors de ses voyages au Portugal, en Inde, en Birmanie, en Bulgarie et en Égypte. L’intensité, la curiosité, la joie du regard que Weiss porte sur le monde reste constante. Et cette exposition permet de saluer celle qui reste un modèle pour toutes les femmes photographes. Mais pour les hommes aussi.
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Patrick Zachmann, "Voyages de Mémoire", Atelier EXB, 2022, 224 pages
39,00 €
"Voyages de Mémoire" est à ce jour la monographie majeure du photographe français, Patrick Zachmann. Né d’une mère juive originaire d’Algérie et d’un père juif ashkénaze il appartient à une génération quasiment déjudaïsée. Il grandit dans le silence des traumatismes passés, son père est dans le rejet de la déportation et de l’assassinat de ses parents.
Dès lors il est devenu photographe pour retrouver la mémoire. Il explore ses racines à travers ceux et celles qu’il photographie - des plus orthodoxes aux plus laïques. Il va finalement retrouver sa propre histoire et reconstruire son identité. Ce livre permet de suivre son parcours non seulement dans la communauté juive mais chez d'autres victimes de l’exil et de la disparition.
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