Tribune - La propagande déguisée : quand un livre de coloriage devient idéologie

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Tribune - La propagande déguisée : quand un livre de coloriage devient idéologie

Tribune La propagande déguisée : quand un livre de coloriage devient idéologie

Il est singulièrement inquiétant, pour ne pas dire déroutant, de constater qu’un ouvrage présenté comme un modeste livre de coloriage, destiné à l’innocente distraction de jeunes enfants de six à dix ans, puisse véhiculer, dès son titre — From the River to the Sea —, une idée radicale et explicite, suggérant ni plus ni moins l’éradication d’un État reconnu et la disparition d’un peuple.

Rarement un support conçu pour l’éveil artistique et la patience du trait s’est mué en instrument d’endoctrinement idéologique, où la couleur et le dessin servent, subrepticement, un message de haine.
Dès les premières lignes, le lecteur, fût il enfant, se voit placé dans un cadre moral préconçu, où la nuance et la complexité sont absentes, balayées au profit d’une simplification caricaturale.

Les premières pages de l’ouvrage confirment cette orientation partisane.
La Nakba y est abordée avec la brièveté d’un récit, mais d’une manière résolument unilatérale : les Juifs y apparaissent comme des arrivants voraces, spoliant les terres des Arabes et chassant la population locale.
Quiconque possède un minimum de bagage historique sait combien ce récit déforme la réalité et ignore les nuances de l’histoire contemporaine après la Seconde Guerre mondiale.

Il convient toutefois de rappeler que les Juifs ont toujours vécu sur cette terre, depuis l’époque de la Judée, et que leur présence ne se limite pas à l’arrivée postérieure à la guerre ; celle-ci, avec ses horreurs et ses déplacements massifs, n’a fait que précipiter le besoin impérieux de création d’un État « réservé » au peuple juif.
Ce récit simplificateur, livré à l’esprit candide de l’enfant, ne cherche pas à éclairer, mais à imposer une vision manichéenne du monde.

Le contenu graphique et narratif confirme cette orientation.
La mort d’un Palestinien y est systématiquement magnifiée et érigée en exemple de martyre, comme lorsqu’un personnage déclare :
« Il vaut mieux mourir en martyr que de vivre sous le joug colonisateur des Israéliens ».
Israël, en contrepoint, est présenté comme l’agresseur impitoyable et le colonisateur inhumain.

La répétition de ce schéma moral impose aux jeunes lecteurs une vision où nuance, doute et esprit critique sont évacués. Les couleurs, les formes, les contours eux-mêmes deviennent instruments de propagande, et la mémoire est dressée pour légitimer l’idéologie communautaire au détriment de la réflexion individuelle.

Il est frappant de constater que cet ouvrage, retiré de la plupart des librairies en Afrique du Sud, reste disponible en France dans certaines librairies indépendantes et militantes, comme Violette Enko à Paris. Cela illustre parfaitement la distinction entre légalité et moralité.

La loi n’interdit pas le livre ; cela ne signifie pas que sa diffusion est neutre intellectuellement. On peut respecter la liberté de publication tout en appelant à la vigilance sur certaines lectures, surtout lorsqu’elles s’adressent à un jeune public sans commentaires ni explications pour replacer les événements dans leur complexité.

À ce titre, l’analogie avec Mein Kampf est éclairante : tout comme ce texte légalement publié, ce livre est licite, mais sa légalité ne confère pas automatiquement valeur morale ou pédagogique.
L’enjeu n’est pas d’interdire, mais de cultiver l’esprit critique, d’éveiller le discernement moral et de ne pas livrer les jeunes lecteurs à une vision binaire et manipulatrice du monde.

Il n’est plus seulement question de conformité aux lois de l’État. Il s’agit de la capacité de l’enfant, puis de l’adulte, à exercer son jugement, à distinguer le vrai du faux, le juste de l’injuste, et à résister aux séductions subtiles de l’idéologie imposée.

Dans un monde où la propagande s’invite jusque dans les espaces les plus innocents, il incombe à tous — parents, enseignants, journalistes — de rappeler que la vérité n’est jamais unilatérale et que la justice exige un esprit libre et critique.

Nataneli

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