Le Shas impose sa loi : mainmise totale sur le pouvoir religieux malgré la fronde

Actualités, Alyah Story, Antisémitisme/Racisme, Contre la désinformation, International, Israël - le - par .
Transférer à un amiImprimerCommenterAgrandir le texteRéduire le texte
FacebookTwitterGoogle+LinkedInPinterest
Le Shas impose sa loi : mainmise totale sur le pouvoir religieux malgré la fronde

La controverse autour de la « Loi des rabbins 2 » : une étape marquante pour le Shas et une opposition en furie

La Knesset a approuvé en première lecture, entre lundi et mardi, la controversée Loi des rabbins 2, qui prévoit une augmentation des pouvoirs du ministre des Cultes et une répartition accrue des postes dans les conseils religieux.
La loi, soutenue par 52 membres de la Knesset contre 38 opposants, a été adoptée malgré l’hostilité manifeste du judaïsme de la Torah envers le Shas, parti religieux ultra-orthodoxe à l'origine du projet.

La « Loi des rabbins 2 » est conçue pour donner au ministre des Cultes, Michael Malchiali, du Shas, un contrôle élargi sur les budgets, nominations et normes salariales au sein des conseils religieux. Pour ses opposants, cette mesure est perçue comme une « loi sur l'emploi » visant principalement à augmenter l'influence du Shas dans les structures religieuses locales.

Gafni prévient : « Pas de progression sans notre approbation »

Avant le vote, Moshe Gafni, président du parti Torah Flag et figure influente de l’alliance ultra-orthodoxe, a exprimé ses réticences : « Notre revendication concernant les conseils religieux reste la même : nous faisons partie intégrante du projet, et il ne sera pas possible de faire adopter cette loi sans notre implication. » Il a ajouté, dans un ton résolument ferme : « Il n’y a pas encore d’accord, mais la coalition s’engage à ne pas faire progresser la loi en seconde et troisième lecture sans nous consulter pour définir les critères budgétaires des conseils régionaux. »

Les tensions entre le Shas et le judaïsme de la Torah découlent d’un désaccord profond sur la gestion des conseils religieux, mais aussi de la frustration croissante du second de ne pas voir avancer la loi sur l'exemption de conscription, projet cher à la communauté ultra-orthodoxe. Le judaïsme de la Torah souhaite en effet des compromis sur l'obligation de conscription des jeunes ultra-orthodoxes, question laissée en suspens au profit de cette nouvelle loi.

Réactions acerbes de l'opposition : « Une nouvelle étape de corruption »

L'opposition n’a pas tardé à réagir avec virulence à l’issue du vote. Le député Gilad Karib, du Parti travailliste, a dénoncé le choix de la coalition dans des termes cinglants :
« Il est deux heures du matin, et la Knesset vote sur la loi rabbinique. Deri, Gafni, Ben Gvir, Smotrich, Ohana, Bosso, Gamliel, Waldiger, Keti Shtrit et d’autres ne sont même pas là.
Mais le ministre de la Défense est assis là et vote en plénière sur des lois absurdes et corrompues, en pleine journée d’effusion de sang au Nord et au Sud. Apparemment, même le gouvernement ne pense pas qu’il soit essentiel à la conduite de la guerre. Un gouvernement perturbé. Une coalition confuse. »

Dans une intervention tout aussi tranchante, la députée Karin Elharer du parti Yesh Atid a souligné l’impact de cette loi sur les contribuables israéliens, exprimant son mépris pour ce qu’elle considère comme une tentative d’étendre le népotisme : « Alors que la charge pesant sur les contribuables s'intensifie, la coalition a fait un nouveau pas ce soir en adoptant la loi sur la corruption. Son seul objectif est d’offrir des postes à des proches et de transférer des fonds au ministre Malchiali. C’est une honte. »

Voici les principaux éléments de cette loi :

  1. Augmentation des pouvoirs du ministre des Cultes : Le ministre aurait désormais une marge de manœuvre plus large pour décider des nominations, salaires et critères budgétaires dans les conseils religieux. Cela renforce l'influence du Shas sur la gestion des affaires religieuses locales, souvent sensibles et politiquement stratégiques.
  2. Répartition des emplois : Cette loi faciliterait la distribution de postes au sein des conseils religieux selon des critères décidés par le ministre, ce qui a été interprété par l'opposition comme une façon d'instaurer du népotisme ou du clientélisme, en attribuant des postes à des alliés ou proches du parti.
  3. Rivalité politique : La loi est devenue une source de tensions entre le Shas et les autres partis religieux, notamment le judaïsme de la Torah, car elle consolide le pouvoir du Shas sans prendre en compte les revendications d'autres partis ultra-orthodoxes sur le contrôle des institutions religieuses.

Cette loi est perçue par ses opposants comme une tentative de la coalition actuelle d'accroître son contrôle sur les institutions religieuses, au détriment de la transparence et de l'équité, tout en repoussant d'autres lois importantes, comme celle concernant l'exemption de conscription des ultra-orthodoxes.

Les perspectives d’un retour à la loi sur l'exemption de conscription

Face à cette vive opposition, le Shas et ses alliés ultra-orthodoxes continuent de mettre en avant leurs priorités, au premier rang desquelles la loi sur l'exemption de conscription. La frustration au sein du judaïsme de la Torah de voir cette loi retardée grandit, mais un espoir subsiste. Hier, les dirigeants de la coalition ont confirmé lors d’une discussion privée leur engagement à revenir à la promotion de cette loi, malgré les différends internes.

Goldknopf, représentant de la coalition, a commenté cette situation avec pragmatisme : « Nous sommes d'accord sur le principe selon lequel ceux qui n'étudient pas s'enrôleront, nous n'avons pas besoin de recruter de force. Nous pouvons parvenir à un accord, et nous le devrions. »

En somme, la première lecture de la « Loi des rabbins 2 » marque un tournant pour le Shas et exacerbe les tensions au sein de la coalition comme avec l'opposition. Alors que le projet continue d'avancer, de nombreuses questions demeurent quant aux équilibres à venir entre les différentes factions religieuses et laïques de la Knesset, en particulier autour de la question brûlante de la conscription ultra-orthodoxe.

Vos réactions

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

A voir aussi