L’Alyah comme sur des roulettes : Octobre Rose en Israël 

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Depuis quelques semaines en Israël, des drapeaux roses flottent un peu partout dans le pays. Ils se dressent désormais auprès des drapeaux noirs (Crime Minister) dans toutes les manifestations.

Le "freestyle" à l'israélienne, dinette sur la rambarde en pleine manifestation

Le confinement a certes affaibli l'économie israélienne, mettant en échec et mat nombre de citoyens acculés, dos au mur, sans ressources financières. Mais il s’agit seulement de la face immergée de l'iceberg. 

 

Au grand dam de tout un chacun ici, Israël assiste à une flambée de cas de violences aggravées sur les enfants et les femmes.

 

La crise sanitaire, qui secoue notre État de droit, fait resurgir à la surface de graves problèmes sociaux, restés jusqu'ici silencieux ou presque.

 

En Israël, les services sociaux sont en permanence alertés. La délation est une pratique tombée en désuétude. Étrange ironie du sort pour le peuple de la Shoah.

 

Il est très commun d'entendre que telle famille a été visitée par la police et une assistante sociale après avoir été dénoncée par un(e) voisin(e) qui aurait entendu des cris d'enfants ou des scènes de ménage jugées alarmantes. Les Israéliens ont recours à la délation pour cause d'un problème de violences aggravée apparemment ancrée dans son tissu social.

 

Je dois vous avouer que j'ai été, moi-même, la première surprise. Je suis restée longtemps  sans voix face à ce constat. Car, tout ce que j'ai pu constater depuis le début de mon Alyah est un pays qui pratique la psychologie positive envers ses enfants. Ici, vous n'entendrez jamais, en tout cas pas en public, un parent crier, mettre une fessée (vous allez direct en prison), réprimander avec véhémence son petit. Dans les parcs et ailleurs, on assiste à un remake des Bisounours face à des scènes de crises de colère, de caprices d'enfants somme toute singulières. C’est tout juste si on ne voit pas des parents se faire agresser par ses enfants. Et si votre tout-petit hurle trop fort où se roule par terre, les passants viendront se mêler à coup sûr. Ils veulent vérifier que tout est normal, que s'il pleure ce n'est pas à cause de maltraitance. Ils distribuent alors leurs bons conseils éducatifs (tels des injonctions policières), puisque vous venez d'être jugés, avec témoin, inaptes à votre tâche. Cette règle s'applique à toute effusion sur la place publique, qu'elle concerne un enfant en pleine crise de caprice, une dispute de couple ou entre adolescents. En revanche, deux hommes en pleine effusion de rixe verbale  pour un désaccord business ou encore routier n'interpelle personne. Les Israéliens sont, si puis-je me permettre un syllogisme un peu grossier, des êtres hybrides à la croisée des chemins entre Casimir et Hulk. Autant vous dire, que nous français, qui avons l'habitude de vivre au naturel dehors comme dedans, nous sommes quelque peu étonnés d'être fusillés du regard si par mégarde on osait péter les plombs face au vingtième caprice de notre bambin, qui depuis son alyah d'ailleurs est encore plus capricieux qu'il ne l'était en France. On sait bien que les enfants sentent, donc savent qu'ici tout leur est permis, dehors tout du moins. 

 

Sauf que ce mode de fonctionnement culturel et social semble, selon les chiffres officiels publiés, exacerber les pulsions violentes dans la sphère privée. D'où cet étonnant recours à la délation. 

 

Un nombre significatif de femmes israéliennes connaissent, dans l'intimité, un sort dramatique voire tragique. Et les confinements à répétitions n'ont fait qu'accroître ce phénomène de violence au sein du foyer. Le dernier assassinat en date d'une épouse a eu lieu sous les yeux de son petit garçon, pour un motif anodin. Ce fait-divers a enfin soulevé les foules.

Ibn Gvirol, un soir de semaine

 

 

Le juge, en charge du dossier, avait consenti à accorder à l'époux, accusé du meurtre de sa femme, l'anonymat pendant l'instruction de l'affaire. Le pays n'a pas pu accepter la présomption d'innocence recevable et a jugé la cour d'être, à cet égard, complice du meurtre de cette femme et de tous les autres, tombés sous silence dans le désintérêt général. Les drapeaux roses ont dès lors éclos et ont été brandis un peu partout en Israël. Depuis, l’identité de cet homme a été révélée au grand jour.

 

Trop de femmes et enfants demeurent encore en état de vulnérabilité, de danger absolu.

 

La crise sanitaire a créé un climat anxiogène et le confinement une exacerbation des violences qui témoigne de l'archaïsme patriarcal ;  lequel, si bien ancré dans la société, que même la justice minimise la gravité des faits et demeure molle et lente quant à ces dossiers jugés mineurs. Mais la révolte en marche, qui a brisé les chaînes des insoumis(ses) ces derniers mois, a provoqué un mouvement de révolte tant individuel que national. Les cas de violences faits aux femmes font désormais les gros titres et le peuple israélien descend dans la rue pour agiter un drapeau rose, symbole du féminin fragile, vulnérable, pur. Sur les pancartes et t-shirts, on peut lire  לו יהיה נסדרי  “ça ne s'est pas arrangé”, témoignant ainsi qu'il n'est plus envisageable de laisser encore plus longtemps la liberté d’agir à ces “animaux”. 

Mon amie, Galia C., hier soir lors de la dernière manifestation sur Kikar Rabin

 

Nos jeunes soldats, nos enfants, sont trop facilement envoyés au “cachot” pour des fautes même mineures, tandis que leurs pairs, dehors, pourraient assouvir leurs pulsions en toute impunité ou presque. 

 

Bien qu'il soit si commun qu'un homme passe quelques heures, voire quelques jours en cellule parce qu’un voisin l’aurait dénoncé pour avoir entendu une simple dispute ménagère un peu trop bruyante (et comme tout est bruyant ici, il faut croire que le standard téléphonique de la police doit sonner sans discontinuité), le passage à l'acte demeure encore trop commun en Israël. Notre pays connaîtrait l'un des taux les plus élevés de violences faites aux femmes et aux enfants. Je vous avoue que ça aura été une bien désagréable découverte dans mon Alyah. 

 

En tant qu'européenne, les mots se bousculent dans ma tête : sang chaud, mal être, société malade, injustice, dysfonctionnement des valeurs familiales (même si, on doit bien noter que des faits-divers peut-être encore pire existent en Europe). Tous ces mots sont en opposition avec notre Torah et traduit ce grand écart permanent entre les anti et les pro-religieux qui, malgré tout, ne seraient pas en reste face à ce problème. J'irai même plus loin en posant une seule question qui pourrait m'attirer les foudres tout azimut : certaines femmes israéliennes ne sont-elles pas aussi coupables de violences psychologiques et physiques ? Et d'autres encore, ne profiteraient-elles pas trop facilement de ce grave problème social pour exercer le terrible chantage d'envoyer son "bonhomme" au placard pour des histoires triviales de jalousie, de chalom baït ? Je souhaite simplement soulever l'idée selon laquelle ce serait, peut-être, l’ensemble de la société israélienne qui serait malade, et qui, désormais, payerait le prix fort de ses dysfonctionnements passés et présents.

 

Tandis qu'à l'étranger, on s'insurge contre un antisémitisme grandissant, en proclamant qu'un pays qui fait fuir ses juifs est un pays q”, ici, fui va mal, force est de constater un antisémitisme virulent entre chaque caste sociale (entre eux, les juifs se détestent, et c’est l’une des grande déception de l’Ayah). La haine est profonde entre 'hilonim et datim, sans parler des 'hassidim. Personne ne fait l'effort de s'accepter et de s'entendre. Et peut-être que ce manque de dialogue concerne en tout premier lieu, l'homme et la femme. Personne ne semble accepter l'idée même de la Démocratie qu'on vante pourtant comme étant la seule au Moyen-Orient. Personne ne semble entendre l’un des versets les plus importants de notre Torah :  " בעולם של חמדנות חסרת רסן אתה מבין עד כמה הדיבור הזה מושך לב?. "Tu aimeras ton prochain, car il est comme toi" (Lv 19, 18). 

 

Comme dans notre paracha Noa'h de ce chabat avec l'épisode de la Tour de Babel, les israéliens ne parlent pas le même langage. Divisés, ils se déchirent. Hier soir encore, la manifestation sur kikar Rabin à Tel Aviv était au rendez-vous. Et je suis toujours encore choquée de voir comment ces manifestations sont organisées avec des concerts onéreux. La voix du peuple israélien n'a pas à être portée sur une scène à la façon d'un show américain avec les derniers tubes à la mode. Les gens venaient en famille, une glace à la main, un drapeau noir ou rose de l’autre pour assister au divertissement gratuit. Entre une manifestation pacifiste, une autre meurtrière et un spectacle en plein air, il me semble qu’il existe des nuances où chacun pourrait trouver son juste droit de parole. 

 

Il ne reste plus qu’à espérer, que de toute cette cacophonie assourdissante ressortira des mesures justes et un changement profond des mentalités ; que les voix(es) parviendront à s’ajuster  sur une même fréquence, celle du véritable Am Israël.

 

La bonne santé de notre pays commence dans notre "petite Jérusalem", notre foyer. L'éducation de nos enfants est notre seule arme contre toute manifestation du Mal, communément appelé ici “yetser hara”. Et là encore, Israël doit accepter de regarder ses problèmes en face. La grande oeuvre est entre nos mains.

 

Quand je vous répète qu'il faut être croyant pour faire son Alyah..., je ne vous prends pas en traître. Seul notre bitakhon nous donne la Force de rester en terre d’Israël. 

 

PS 1 : étrangement, je n'ai jamais eu autant envie de rester en Israël qu'en ce moment. La France s'éloigne de moi de plus en plus. Quitte à combattre, je préfère dépenser mon énergie là où elle est nécessaire. J'ai quitté la France à cause du règne de l'obscurantisme qui a été proclamé, selon moi, en février 2014 avec les meurtres monstrueux de professeurs et enfants dans une école juive à Toulouse. Mais les circonstances atténuantes ont commencé à engourdir la bouche des français. Ils ont même oublié cet entrepreneur décapité en 2015. La décapitation du professeur d’Histoire leur a semblé être une innovation moderne. Janvier et Novembre 2015 appartiennent désormais au passé. Et l’on ne compte plus les faits-divers et crimes perpétrés contre les juifs par ceux qu’ils osent encore nommer des "déséquilibrés.

C'est encore un déferlement de mots à la française qui s'accompagne de promesses de mesures qui retentit dans le pays. Mais le mal qui ronge la France ne date pas hier. Depuis près de 40 ans, il grandit et gangrène cette France malade qui se croit encore hors d'atteinte. Mais, à mon sens, il est déjà trop tard, et à plus forte raison pour les juifs de France. 

 

PS 2 : cette semaine, je voulais vous parler du cancer du sein en Israël (le dépistage est différent et vaut mieux-t-il savoir comment procéder). Mais un autre Octobre Rose a noirci cette page. Pour les femmes que nous sommes, chaque jour est un combat contre le cancer. Nous en parlerons bientôt avec l’aide d’Hachem. 

Shavouatov et Bessorot Tovot

Hava Mélanie Oz

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