Héros ou traître ? Yasser Abu Shabab, l’ennemi n°1 du Hamas à Gaza

Actualités, Alyah Story, Antisémitisme/Racisme, Contre la désinformation, International, Israël - le - par .
Transférer à un amiImprimerCommenterAgrandir le texteRéduire le texte
FacebookTwitterGoogle+LinkedInPinterest
Héros ou traître ? Yasser Abu Shabab, l’ennemi n°1 du Hamas à Gaza

Le commandant Yasser Abu Shabab : “La fin du Hamas est proche”

Un leader bédouin face au Hamas et en coordination discrète

Yasser Abu Shabab, chef des « Forces populaires » dans le sud de Gaza, s’exprime pour la première fois dans un média israélien, via l’agence Ynet et la radio en arabe de Kan‑11.
Il affirme diriger un groupe non idéologique, composé de jeunes Gazaouis, prêts à se dresser contre le Hamas  . Il revendique également un coordination minimale mais réelle avec Tsahal : « quand nous partons en mission, nous les informons, mais nous accomplissons l’action militaire seuls »

Accusations et invectives contre le Hamas

Qualifiant le Hamas de “sous-hommes, abjects et méprisables”, il dénonce son comportement : « Qui kidnappe et tue des enfants comme la famille Bibas ? »  . Il fustige les « tunnels sous-terrain » où le mouvement « vit confortablement », contrastant avec les Gazaouis « orphelins, sans maison, travail, ni biens »

Comment est né ce groupe ?

Originaire de la tribu bédouine Tarabin, implantée du Néguev au Sinaï, Abu Shabab précise que le Hamas aurait assassiné 52 membres de sa tribu, y compris son frère  . Il précise : « nous sommes bédouins, avec notre honneur ; on ne peut pas rester silencieux »

Au début de la guerre, il s’installe avec sa famille à al‑Mawasi, zone que Tsahal considère comme « civile », où les standards de distribution humanitaire faisaient défaut. Il décide alors, avec l’appui de l’Autorité palestinienne (notamment de Mahmoud al‑Habbash, conseiller d’Abbas), de créer sa propre milice  .

Des actions humanitaires face à l’injustice

Pendant des mois, Abu Shabab a intercepté des camions d’aide, redistribué les vivres et incité des Gazaouis à le rejoindre Il ne cache pas sa fierté : « j’ai nourri des femmes et des enfants ; j’ai le cœur tranquille, même si Hamas me recherche » . Les rangs de ses forces auraient gonflé : « ceux qui avaient une arme venaient, ils l’ont remise, et je savais que j’étais dans la bonne voie. Le Hamas s’affaiblit, ils fuient comme des rats »

Vers une confrontation interne et un avenir post-Hamas

Abu Shabab admet que son groupe s’entraîne au combat et qu’une guerre civile pourrait éclater : « nous y sommes prêts, quel qu’en soit le coût »  . Selon lui, dès que le Hamas sera
« bris​é moralement et militairement », ses « Forces populaires » prendront le relais dans la région

Des accusations de collaboration et des menaces légales

Après la diffusion de l’interview par Kan, l’entourage d’Abu Shabab a affirmé qu’elle était falsifiée, revendiquant une usurpation de voix et menaçant de poursuites judiciaires .
Pourtant, le contenu concorde précisément avec ses déclarations via Ynet et Times of Israel, confirmant l’authenticité des propos .

Le Hamas l’accuse officiellement de trahison, espionnage, « rébellion armée », et a lancé un ordre d’extradition de dix jours .
Le groupe conjoint des factions palestiniennes a déclaré : « le sang des traîtres est licite » . De leur côté, le Fatah parle de liens « suspects » avec des ennemis  .

Un horizon politique… ou militaire ?

Si Abu Shabab nie toute relation israélienne directe, il affirme un appui logistique et financier d’entités non précisées, tout en assurant qu’ils œuvrent uniquement avec l’Autorité palestinienne  . Il assure que le futur de Gaza sera construit de manière rationnelle, avec la participation de pays de la région, visant à sortir la population de « l’obscurité »

Les prochaines semaines seront déterminantes : confirmation du soutien israélien, réactions de l’Autorité palestinienne, contre-offensives du Hamas, et gestion internationale d’une potentielle guerre civile.

Un chef de guerre né dans les marges, forgé dans la prison du Hamas

Né le 19 décembre 1993 à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, Yasser Abu Shabab appartient à la puissante tribu bédouine des Tarabin, implantée à la fois dans le Néguev, le Sinaï égyptien et le sud de Gaza. Issu d’un milieu tribal fier et patriarcal, il se forge très tôt une réputation sulfureuse.
Au début des années 2010, il se tourne vers le trafic de cigarettes, de carburant et de stupéfiants, exploitant les tunnels entre Gaza et l’Égypte. En 2015, le Hamas l’arrête, le condamne à 25 ans de prison pour trafic de drogue, et l’enferme dans la prison d’Asda, à Khan Younès.

Sa vie bascule en octobre 2023, lorsque des frappes israéliennes sur les infrastructures pénitentiaires du Hamas provoquent des évasions massives. Abu Shabab fait partie des détenus qui s’enfuient.
Installé avec sa famille à al‑Mawasi, zone côtière considérée comme sécurisée par Tsahal, il observe avec colère l’effondrement des circuits d’aide humanitaire au profit du Hamas et décide de créer en mai 2024 sa propre milice armée : les Forces populaires, aussi appelées par ses membres « Anti-Terror Service ».
Composée de 100 à 300 hommes, issus pour beaucoup de sa tribu et d’anciens agents de sécurité fidèles à l’Autorité palestinienne, la milice commence par détourner des camions d’aide alimentaire pour les redistribuer à la population gazaouie dans le besoin, avant de sécuriser les convois eux-mêmes.

Un fugitif devenu figure montante

La popularité de Yasser Abu Shabab ne cesse alors de croître. Il affirme agir « avec un cœur propre » pour nourrir les femmes et les enfants affamés. En coulisses, il bénéficie du soutien logistique de l’Autorité palestinienne et, selon plusieurs sources, de l’aide tacite de Tsahal, qui aurait laissé passer certains convois ou même récupéré des armes volées au Hamas pour équiper ses hommes.
Si lui-même nie toute coordination directe avec Israël, le Premier ministre Benjamin Netanyahou a publiquement reconnu que des armes saisies sur le Hamas avaient été remises à des milices locales pour « protéger les soldats israéliens sur le terrain ».

Ciblé par plusieurs tentatives d’assassinat, notamment en novembre 2024 à l’hôpital européen de Khan Younès – attentat qui coûta la vie à son frère – Abu Shabab est désormais l’ennemi numéro un du Hamas, qui l’accuse de trahison, d’espionnage et de création illégale de milice. Le groupe islamiste exige aujourd’hui son extradition immédiate, promettant l’exécution selon la charia.
Malgré cela, Abu Shabab persiste et signe : il veut renverser le Hamas de l’intérieur et instaurer un ordre nouveau à Gaza, avec l’appui de la société civile, de l’Autorité palestinienne et, implicitement, de certains pays arabes.

  • Date de l’interview : début juillet 2025.

  • Origine des informations : entretiens retranscrits par Ynet, Times of Israel, Kan‑11, Kore et Kikar – tous convergent vers un discours cohérent d’Abu Shabab.

  • Divergences : démenti officiel du principal intéressé sur l’interview radio, sans pour autant invalider d’autres sources vérifiées.

Cette figure montante de Gaza incarne la volonté d’une faction locale ni Hamas ni Israël, désireuse d’instaurer un nouvel ordre local post-conflit, quitte à entrer en guerre avec d’anciens alliés palestiniens.

Vos réactions

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

A voir aussi