10 millions de shekels envolés : un pirate israélien accuse la police d’avoir pillé ses cryptomonnaies

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10 millions de shekels envolés : un pirate israélien accuse la police d’avoir pillé ses cryptomonnaies

Le pirate repenti accuse la police : « Ils m’ont volé pour 10 millions de shekels »

Eliyahu Gigi, ancien prodige de la cybercriminalité israélienne, aujourd’hui libre, affirme que l’État l’a délesté de ses cryptomonnaies. L’affaire rebondit avec une plainte explosive.

C’est une histoire à la croisée du polar numérique et du vaudeville judiciaire. Eliyahu Gigi, ancien roi déchu de la cyberfraude, réclame aujourd’hui des comptes à l’État israélien. L’homme, qui a purgé deux années de prison pour avoir dérobé des dizaines de millions de shekels en cryptomonnaies, vient de déposer une plainte retentissante contre la police. Motif : ses portefeuilles numériques – qu’il avait, dit-il, volontairement remis aux autorités – auraient été vidés dans son dos. Montant de la disparition présumée : 10 millions de shekels.

« La police m’a volé mon portefeuille numérique », déclare-t-il sans ciller, comme s’il relatait un cambriolage de scooter. Mais cette fois, le voleur présumé ne serait autre que l’État d’Israël lui-même.

Un voleur qui se dit volé

En 2019, Eliyahu Gigi, alors jeune homme brillant mais visiblement mal orienté, est arrêté après avoir orchestré un vaste système de piratage informatique.

Il aurait, selon l’acte d’accusation, infiltré des dizaines d’ordinateurs à travers le monde, siphonné des portefeuilles virtuels, blanchi des fonds, le tout avec un calme algorithmique. Les enquêteurs découvrent alors plusieurs portefeuilles numériques, contenant une somme colossale de cryptomonnaies. Ces avoirs sont saisis par la police, à titre de preuves.

Le procès est expéditif. Gigi plaide coupable, accepte un accord, purge sa peine et sort, semble-t-il, plus sage. Sauf que la surprise l’attend à sa libération : ses crypto-actifs, soigneusement confiés à la police, ont fondu comme neige au soleil.

Le dépôt de plainte ne manque pas de panache. Gigi y détaille comment il aurait, de bonne foi (pour un pirate, c’est presque de la poésie), remis les clés de ses portefeuilles aux forces de l’ordre. Mais au lieu de les conserver comme pièces à conviction, la police aurait « vidé les comptes », accuse-t-il, laissant derrière elle une coquille numérique vide.

La riposte de l’État : « Aucun fondement »

Contacté par la presse, le bureau du procureur général a immédiatement réagi : « Cette action en justice est dénuée de fondement », assurant que « l’État n’a pas fait preuve de négligence ». Une manière élégante de dire : circulez, il n’y a rien à voir.

Mais l’affaire prend de l’ampleur. Car derrière l’accusation cocasse d’un ancien criminel se cache une question sérieuse : que deviennent les cryptomonnaies saisies par les autorités ? Sont-elles correctement gérées ? Qui en a la clé privée ? Et surtout… qui contrôle le coffre ?

Un précédent embarrassant

Il ne s’agit pas du premier épisode trouble concernant des crypto-actifs sous scellés judiciaires. La gestion de ces biens, volatils par nature, pose un casse-tête technologique aux autorités, peu formées à manipuler ces actifs volatiles et techniquement complexes. Un portefeuille mal sécurisé peut être vidé en quelques minutes, sans possibilité de traçabilité immédiate, surtout si l’on ignore l’identité du voleur.

Dans cette affaire, tout l’enjeu repose sur un flou juridique : les cryptomonnaies sont-elles considérées comme des biens physiques ou comme des données informatiques ? Et dans un monde où le clic fait office de serrure, le gardien du coffre est-il vraiment apte à en garantir l’intégrité ?

Une affaire pas si isolée : les précédents internationaux

L’histoire d’Eliyahu Gigi, aussi abracadabrante soit-elle, n’est pas un cas unique.
Aux États-Unis, en 2022, le FBI a été accusé d’avoir perdu – ou laissé pirater – plusieurs portefeuilles Bitcoin saisis dans le cadre de cyber-affaires, totalisant plusieurs millions de dollars en cryptomonnaie.
De même, en Grande-Bretagne, un rapport parlementaire a mis en lumière le manque de formation des forces de l’ordre face aux enjeux techniques des actifs numériques : des mots de passe égarés, des portefeuilles mal sécurisés, voire des fonds transférés par erreur.

En Israël même, plusieurs avocats spécialisés en droit numérique soulignent que « la chaîne de conservation des preuves numériques n’est pas encore à la hauteur des standards du XXIe siècle ».

Ainsi, le cas Gigi pourrait bien devenir un catalyseur, poussant le système judiciaire à se doter enfin de protocoles rigoureux et transparents pour gérer cette nouvelle forme de butin.

Le braquage du voleur ?

Le paradoxe est savoureux : un homme condamné pour vol se dit aujourd’hui victime d’un vol encore plus audacieux que le sien. Sauf que Gigi, lui, ne rit pas du tout. Il réclame justice, ou à défaut, un remboursement.

Derrière cette querelle juridique, c’est tout le système judiciaire israélien qui est poussé à clarifier sa manière de traiter les biens numériques. Et même si la plainte de Gigi est pour l’instant balayée d’un revers de manche par les autorités, le doute, lui, est bel et bien installé.

Dans cette fable moderne où le hacker devient victime, il faudra peut-être bientôt trancher une question simple et terrible : peut-on faire confiance à l’État pour garder un trésor invisible ?

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