La paracha de la semaine par Claude Layani. MATOTLes voeux

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MATOT Les voeux


« Moïse parla aux chefs des tribus des fils d’Israël, en disant: Voici ce que le Seigneur a ordonné: Quiconque fait un voeu au Seigneur ou s’engage par serment, en se liant par une obligation, il ne profanera pas sa parole, selon tout ce  qui est sorti de sa bouche il agira « (Nombres 30,2/3) Ainsi débute notre sidra.

Rarement loi aura mieux traduit la conception élevée que le grand législateur juif se faisait des obligations morales. Il ne s’agit pas seulement de s’abstenir d’un acte répréhensible: la parole elle-même doit faire l’objet de la plus scrupuleuse attention. La parole à elle seule, expression d’une pensée est déjà un acte.

La Torah met tellement d’insistance sur le caractère sacré de la parole donnée, qu’elle reprend dans le Deutéronome, en des termes presque identiques la recommandation contenue dans les premiers mots de la Sidr Mathot: Ce qui sort des lèvres, tu le garderas et l’exécuteras ».

C’est ce caractère contraignant de la parole humaine qui s’exprime de façon particulièrement vigoureuse dans le Zohar. Selon la tradition mystique juive, dès qu’un homme prononce une promesse, il crée aussitôt un ange ; cet ange veille à ce que cette promesse soit tenue - et il peut attendre une vie durant. Les anges de la parole sont selon les cas, tantôt des défenseurs (sanégorim), si la promesse est tenue, tantôt des accusateurs (meqatregim), s’il y a manquement à cette promesse.

Mais la Torah qui est faite pour l’homme, ne peut ignorer que les hommes sont souvent des êtres faibles. La Bible elle-même nous relate les conséquences tragiques du voeu inconsidéré prononcé par un des plus célèbres juges en Israël, Jephté, dont l’intelligence ne fut certes pas à la mesure de son courage physique: pour n’avoir pu ou voulu, se faire délier de son voeu, on sait qu’il dut sacrifier sa fille bien-aimée.

C’est pour tenir compte de ces faiblesses qu’a été instituée la « Hatara », cette procédure d’annulation des voeux, qui, en cas de nécessité reconnue, permet de délier l’homme de ses engagements découlant de sa parole. Et c’est dans la logique de cette institution que les rabbins ont organisé plus tard la cérémonie de l’annulation des voeux (Hatarat nédarim), que certaines communautés continuent de célébrer avec ferveur à la veille de Roch Hachana. 


Enfin, ce n’est pas par hasard que la prière la plus connue de Yom Kippour, celle qui ouvre la longue journée de méditation et de jeûne, est le Kol Nidré, cette déclaration par laquelle nous sollicitons l’annulation des voeux de caractère religieux qui n’ont pu être tenus. Solution de facilité ? Non certes, car outre que le Kol Nidré est inopérant pour les voeux concernant notre prochain, l’obligation de recourir à cette « Hatara » est un acte suffisamment grave pour nous dissuader de prononcer à l’avenir, des paroles à la légère.

« Ne sois pas super-tsadic »(Eccl.7,16) Les interdictions édictées par la Torah ne te suffisent-elles donc pas ? Faut-il que tu te défendes encore autre chose ?.

Tout ceci nous mène à un enseignement fondamental du judaïsme: la parole engage, lie et - dans certains cas - emprisonne. Or, il faut rappeler aujourd’hui plus que jamais, que la parole de l’homme comme celle de D.ieu est sacrée. N’est-ce pas par le verbe de D.ieu, comme le rappelle les Pirqé avoth qu’a été créé le monde ? C’est pour souligner cela que des hommes pieux ont institué un jour par an un « jeûne de la parole » (taanit dibbour), consacré à la méditation.

Formuler un voeu devant D.ieu est un « acte » qui n’est rendu possible qu’au terme d’une profonde introspection, ce que tout le monde n’est pas forcément capable de mener à bien.


                                                                                            Claude Layani

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