la paracha de la semaine par Claude Layani . MetsoraLa lèpre, maladie psycho-somatique

Paracha de la semaine - le - par .
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Metsora La lèpre, maladie psycho-somatique

La sidra de cette semaine est consacrées comme la majeure partie du troisième livre de Moïse, aux innombrables problèmes de pureté, d’hygiène et en général de la santé publique. Elle est donc essentiellement médicale et technique. Le texte enseigne aux prêtres comment diagnostiquer la «  Metsora  », affection que nous rendons en français avec la majorité des traducteurs par «  lèpre  ». Mais il ne s’agit pas d’une lèpre ordinaire.

Elle confère d’ailleurs une impureté d’ordre spirituel qui provoque l’exclusion du malade du camp d’Israël. Au surplus, la Thora n’a pas pour habitude d’énumérer les maladies ou en tous cas de les diagnostiquer et d’indiquer comment les soigner.

En fait, la Metsora frappe le médisant ; l’exemple le plus caractéristique est celui de Myriam, la soeur de Moïse qui fut atteinte de la maladie après avoir dit du mal de Moïse. La preuve qu’il y a bien cause à effet, nous la trouvons dans la répétition de l’histoire des Hébreux dans le Deutéronome, quand après avoir averti les fidèles «  d’observer avec un soin extrême  » les prescriptions concernant la lèpre, le verset poursuit   «  souviens-toi de ce que l’Eternel ton D.ieu a fait à Myriam pendant votre voyage au sortir d’Egypte « Pourquoi ce souvenir ? Pour ne pas tomber dans le même travers que Myriam.

Au-delà de la portée morale de l’interdiction de médire, il est intéressant de trouver dans la Thora la mention presque explicite d’une catégorie d’affections physiques intrinsèquement liées à une déviation morale. Nous pénétrons ainsi de plain-pied dans le domaine de la psycho-somatique étant entendu que D.ieu n’est pas absent de la dimension psychique. Or, l’ensemble des prescriptions physiques de la Thora gagnent à être comprises sur le plan psycho-somatique pour être satisfaisantes à l’esprit même s’il n’en conçoit pas le mécanisme. Ainsi, l’interprétation des règles de la cacherouth n’est pas compréhensible si elle devait se référer à des mesures hygiéniques. Par contre elle est autrement impressionnante, si nous faisons appel à un système psycho-somatique, même si son mécanisme nous échappe d’autant que ce psychisme là peut dépasser notre monde terrestre

Le caractère étrange de notre lecture biblique ne provient pas seulement de l’aspect mystérieux et très particulier de la maladie elle-même, mais surtout de la corrélation que la tradition établit entre une faute et sa sanction. Car à première vue, la Tsoraat est la seule affliction qui soit considérée comme une conséquence directe et immédiate d’une faute commise.

Il est naturel que la Metsora ait intrigué nos Haggadistes, éveillé leur attention, excité leur curiosité. Ils se sont demandé pour quelle raison l’homme est soudainement frappé de cette hideuse maladie, et pourquoi les siens, ses amis, ses semblables le fuient en frémissant. Et suivant leur procédé habituel, ils ont découvert à cette affreuse plaie une cause morale: la calomnie, la médisance. Ils jouent sur le mot «  Hametsora  » le lépreux et lisent Amotsi ra, le médisant, le calomniateur. Cette ingénieuse exégèse leur permet de disserter abondamment sur ce péché impardonnable au jugement de D.ieu

La médisance semble être l’unique péché contre lequel D.ieu intervient immédiatement. Pourquoi seule parmi les autres transgressions mérite-t-elle ce traitement ? C’est selon les rabbins du Talmud et les décisionnaires des générations suivantes, parce que la médisance n’est nullement la faute vénielle contre laquelle il n’y aurait pas lieu de sévir. Maïmonide citant le Talmud (Er’hin 16,1) déclare que la médisance est comparable aux trois transgressions principales du Judaïsme: le meurtre, l’idolâtrie, la débauche.

Pour les rabbins, la médisance est à l’origine de drames et de tragédies qui restent impunis parce qu’aucun tribunal humain ne peut statuer sur l’ampleur de la faute commise et cette impunité donne l’impression au médisant qu’il n’a pas vraiment mal agi. Pourtant estiment les rabbins, n’est-ce pas aussi une sorte de meurtre que de détruire la représentation que nous nous faisons d’un homme ou d’une femme avant que le médisant ne se livre à sa sinistre activité ? Et puisque le médisant agit en secret - on médit toujours de bouche à oreille - et alors que cette discrétion renforce l’idée que la médisance n’est pas vraiment une faute, elle est sanctionnée par la Tsoraat, cette lèpre particulière qui atteint la peau du pécheur, son aspect extérieur est visible par tous. Là où le tribunal des hommes, disent les rabbins, n’est pas habilité à juger, D.ieu applique Lui-même la sanction.Si le monde d’aujourd’hui se porte si mal, la cause première n’en est-elle pas cette médisance, cette calomnie permanente ? Chaque action est critiquée, interprétée non pas avec un préjugé favorable, mais avec méfiance.

Mais ce qui est le plus affligeant en notre 20e siècle, c’est la part que prennent les médias à cette campagne de calomnie qui submerge le monde.

Le besoin du sensationnel, la rechercher de l’inédit et la concurrence journalistique ont développé une telle abondance de médisance que le lecteur se juge frustré lorsque dans son quotidien il ne trouve pas d’article sur le dernier scandale, ou du dernier divorce.

Mais à côté de la recherche du sensationnel, cette médisance constante provoque des troubles politiques, approfondit la désunion entre les hommes et provoque haine, violence à travers le monde.

Ne serait-il pas temps de mettre le Mozi chem ra, la propagande mensongère à l’écart de la société et rechercher la justice entre les hommes ?

 

Claude Layani

 

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