la paracha de la semaine par Claude Layani . TVAV La leçon des sacrifices

Paracha de la semaine - le - par .
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TVAV La leçon des sacrifices

Le problème que posent les textes concernant les sacrifices, que nous lirons pendant quelques semaines, est celui de découvrir une signification à des actes que nous ne pratiquons plus depuis longtemps. Un principe talmudique veut que l’évocation d’un commandement qu’il n’est plus possible d’accomplir à cause de certaines circonstances ait la même valeur que la pratique de ce commandement. C’est ainsi que, lors de l’office du Moussaf de Chabbat, la liturgie traditionnelle demande à D.ieu d’agréer nos prières évoquant le sacrifice supplémentaire de ce jour comme si nous avions réellement offert une bête sur l’autel du Temple de Jérusalem.

N’est-ce-pas ainsi qu’il faut comprendre la parole de Rabbi Yitz’hak à propos de verset « ...ceci est l’enseignement du sacrifice d’expiation... »( Lévitique VI,19) c’est pour t’enseigner que celui qui étudie le sacrifice d’expiation est semblable à celui qui l’aurait apporté au Temple (Mena’hot 11’a).

Une des leçons premières du sacrifice d’expiation est qu’il ne pouvait racheter que les fautes involontaires. C’est là un enseignement capital qu’apporte la civilisation hébraïque par rapport aux civilisations qui sont à l’origine de notre mode de pensée occidental. Dans la Grèce antique en particulier aucune différence n’était faite entre l’acte volontaire et la faute sans intention. La tragédie des Atrides dans laquelle le criminel doit expier son crime involontaire (Agamemnon doit sacrifier sa fille pour avoir involontairement tué l’animal sacré d’Artémis - Oedipe tue sans le savoir son père et épouse sa propre mère ) en est une illustration frappante. 

Pour la première fois donc la notion de responsabilité intervenait dans l’ordre de la société hébraïque. Mais cette extraordinaire et nouvelle possibilité de racheter une faute involontaire et donc de retrouver la paix de l’âme était offerte par la Loi non seulement aux Enfants d’Israël auxquels elle avait été révélée, mais à tout leur environnement social: « Si une personne a péché involontairement, le prêtre fera l’expiation... Cette loi sera la même pour vous tous, pour le membre de la communauté des Enfants d’Israël et pour l’étranger (Nombr.15,27-29).

Une autre importante conséquence de l’introduction de la notion de responsabilité est que le crime intentionnel ne peut se racheter par une cérémonie cultuelle. S’il est commis contre un autre homme seule la réparation du dommage et éventuellement l’indemnisation peut racheter la faute, c’est ce qu’il ressort en règle générale dans les Traités sur les dommages du Talmud.

La notion de conscience morale qui a fait son apparition dans la psychologie moderne avec les travaux  du Professeur Baruk trouve ses racines dans les sacrifices tels qu’ils étaient pratiqués dans la législation de Moïse.

Le judaïsme reconnaît volontiers l’imperfection du genre humain. Des « instruments brisés » voilà ce que nous sommes, oui mais des instruments quand même ! C’est un peu le roseau de Pascal, roseau oui, mais roseau pensant. Or, de tous les instruments dont D.ieu dispose dans sa créature, nous sommes les instruments privilégiés. Notre supériorité consiste dans ce que nous ne nous limitons pas au rôle d’instruments, mais qu’à notre tour, nous sommes capables d’être des instrumentistes.

Comme les sacrifices à l’époque de Moïse, dont le but et l’étymologie même du mot « korbane » était d’unir le peuple autour d’un même culte, il faut que notre vie religieuse ait cette fonction primordiale de nous mettre à l’unisson de notre prochain, de pénétrer sa sensibilité et de le comprendre

Claude Layani

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