Publié en 2004 par les éditions Phébus, Alain Delbe est l’auteur de "Golem, ce récit qui fait revivre, de façon originale, une des grandes légendes de Prague.
Le Golem aurait été créé par le Maharal de Prague , le rabbin de Loew ,tout comme Dieu les kabbalistes auraient le pouvoir de vie et de mort et ils auraient été capable à partir de l'argile de créer un être doué de vie, à l'image de Dieul.
Dans le livre d'Alain Delbe l'idée a été de reprendre cette figure emblématique de la littérature de la mystique juive, le Golem, en la plaçant dans Prague de la fin des années 1930.
L'auteur le fait vivre concrètement à une époque précise tout aussi emblématique celle de Prague en 1937.
Pour l'auteur, il fallait faire ressortir l'idée que le Golem n’est pas seulement une légende mais qu'il pouvait être la source d'un désir inavouable des nazis celui de retrouver le secret du Maharal de Prague.
Partant du principe que le don de D.ieu que possédait par tradition la communauté juive de Prague est toujours actuel l'auteur, imagine donc que les nazis, puisqu’il y a eu tout un courant occultiste derrière le nazisme, ont eu comme projet d’arracher aux Juifs le secret de la fabrication du Golem.
Les nazis prétendaient que c’était là une tradition qui avait appartenu à leurs ancêtres…Et oui, c'est l'une des surprises de l’écriture de son roman.
En se documentant, Alain Delbe s'est aperçu qu’il y avait eu tout , un courant parmi des occultistes qui étaient très proches du pouvoir nazi, en particulier un certain Karl Maria Wiligut que l’on surnommait ‘Le Raspoutine d'Himmler’, qui avaient développé la théorie selon laquelle les secrets magiques de la Kabbale étaient à l’origine les secrets des druides, des érudits, des prêtres aryens, germains, païens, et que devant la christianisation qui effaçait très violemment tout ce qui était lié au paganisme, ces druides ont confié leur secret à des gens de la communauté juive qui, eux aussi, étaient persécutés par le christianisme à l’époque, mais qui leur paraissaient plus en mesure de s’organiser pour survivre.
Et l’histoire l’a confirmé, puisque cette tradition a perduré.
Mais il y a donc cette idée que les secrets magiques de la Kabbale étaient à l’origine ceux des prêtres et des druides de la tradition germanique païenne.
Faisant un pas de plus, l'auteur imagine que les nazis vont réussir à arracher le secret de la fabrication du Golem aux Juifs de Prague dans le but évident de s’en servir pour leurs besoins, comme soldats ou ouvriers. Et dans le fantasme de leur idéologie, cela leur permettait de ne plus s’encombrer des races inférieures. C’était la finalité. »
On retrouve plusieurs "Golem" dans ce roman, il n’y a plus seulement ce Golem auquel on redonne vie une fois de temps en temps lorsqu'il y a un nouveau possesseur du secret, mais une espèce de reproduction en masse de golems, en s’appuyant sur l’objectif des nazis qui était donc de se réapproprier le secret du Golem, d’où le titre du livre au pluriel, ainsi plusieurs golems : celui de Prague et le golem des nazis.
Mais la première partie du livre ne s’arrête cependant pas à ce fait. L’histoire, de Prague de l’avant-guerre, rassemble différents personnages : un espion allemand qui se lie d’amitié avec une étudiante française qui, elle, tombe amoureuse d’un jeune Juif auquel le grand rabbin transmet LE secret.
Un roman construit autour de plusieurs idées, notamment le personnage de l’espion allemand, qui a existé. C’est un homme assez mystérieux, qui s’appelle Otto Rahn.
Il a écrit deux livres qui ont participé en particulier au regain d’intérêt pour le catharisme par exemple, avec ‘Croisade contre le Graal’. C’était donc un des écrivains préférés du régime nazi, qui a appartenu à la SS avant de disparaître de façon très mystérieuse.
Dans le livre, c’est donc lui qui est censé infiltrer le milieu juif à Prague pour retrouver les traces du secret du Golem, ce à quoi il va d’ailleurs parvenir. »
Prague et la magie de la ville, même si c’est un cliché que d’affirmer cela, selon lui, le personnage principal de la première partie du livre est la ville de Prague elle-même. C’est une ville magique et mystérieuse, certes, mais de façon originale.
Ce n’est pas comme les grandes villes saintes comme Jérusalem ou Bénarès, où on voit que c’est le divin qui appelle l’homme. Dans Prague, il y a quelque chose de plus prométhéen. Les légendes, ce sont des magiciens, des médiums, des alchimistes… le Golem bien entendu… C’est l’homme qui force les portes du divin.
Un roman qui s'appuie sur trois voyages qu'à fait l'auteur à Prague, dont le premier dans les années 1970, ne voulant pas pour autant mettre en avant l’évolution de cette ville. "Bien sûr elle a bien changé depuis mon premier séjour (..) Mais si Prague m’a convaincu de quelque chose, c'est que Prague est toujours magique. »
On y retrouve beaucoup de choses autobiographiques dans ce livre, un plaisir pour l'auteur d' y infiltrer des choses personnelles.
« A partir de ce livre, le personnage va faire des cauchemars qui vont le lancer dans l’aventure et dans la redécouverte de toute cette partie de l’histoire qui se passe à Prague. Il y est lié par le fait que cette jeune Française venue poursuivre ses études à Prague en 1937 se trouve, bien des années plus tard, faire partie de sa famille. Et le personnage en question va donc avoir quelque chose à faire pour achever cette partie de l’histoire. »
Et la photo du prisonnier d’un camp qui traumatise l’enfant au tout début du livre et lui fait faire des cauchemars constitue le point de départ également de la seconde partie .
Une trentaine d’années plus tard, les images lui reviennent et on retrouve alors également cette étudiante française à Prague en 1937 qui est désormais une vieille dame…
« (sic) Et une des clefs ou hypothèses du roman est de penser que quelque chose de l’esprit du Juif qui possédait le secret du Golem est toujours présent et prend possession de l’esprit du psychologue qui semble à première vue être un personnage insignifiant . Ce sont ses cauchemars qui vont le pousser à se lancer dans l’aventure afin d'essayer d’arrêter ces choses abominables qui sont en train de se reproduire avec ces Golems fabriqués par ce fou de Karl Maria Wiligut. »

Golem de Alain Delbe
« Dans la Kabbale aussi, ce sont des choses qui existent : un grand personnage spirituel peut tout à fait influer sur l’esprit d’un descendant ou d’un successeur, comme on peut le voir également dans des traditions comme le bouddhisme tibétain."
Une partie de ce roman, comporte le secret de la fabrication du Golem. Ce n’est quand même pas rien… "Si quelqu’un lit attentivement le livre, il réussira peut-être, comme moi, à construire son propre Golem. En somme, je crois que c’est un livre qui prend sa place dans ce que peut être la vie d’un mythe. »souligne Alain Delbe
Nathalie ZADOK