Börries Kuzmany : les réfugies juifs  de 1881 sont comparables au réfugiés de 2015

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Borries Kuzmany  fait un parallèle entre les réfugiés Juifs de 1881 aux réfugiés de 2015. Cet historien slaviste à l’Académie autrichienne des sciences, spécialiste de l’ancienne frontière austro-russe aux XIXe et XXesiècles, compare l’afflux de réfugiés arrivés de Russie dans l’Empire austro-hongrois à la fin du XIXe siècle et l’accueil des migrants dans l’Europe d’aujourd’hui «On peut comparer la crise des réfugiés juifs de 1881 avec celle de 2015»

Il explique que très vite, un réseau de solidarité s'est mis en place pour venir en aide aux nouveaux arrivants. Création de comités de soutien au niveau local, l'appel à l’aide internationale, l'enregistrement des arrivants, organisation de la poursuite du voyage, frilosité sur la répartition des réfugiés , pour l'historien, on peut aller encore plus loin dans les comparaisons entre hier et maintenant.

Il explique qu'un camp a été créé pour identifier, compter et enregistrer ceux qu’on appellerait aujourd’hui des «migrants».

La Galicie n’offrait alors aucune perspective économique aux réfugiés, qui ne voulaient pas rester ici et souhaitaient tous immigrer plus à l’ouest. L'argent nécessaire à la survie de la population venait du fait que les juifs d’Europe occidentale et du Nouveau Monde étaient reliés par l’Alliance israélite universelle.

Comme Brody faisait partie de ce réseau, la ville a alors demandé de l’aide à ses partenaires à Paris, à Berlin, etc.
L’alliance a créé un comité de soutien. Les correspondances de l’époque prouvent qu’en France, on s’est vraiment ému du sort des réfugiés.
Les Etats-Unis se sont déclarés prêts à accueillir les premiers d’entre eux, et ce sont les juifs de l’Alliance de Paris, notamment le baron Alphonse de Rothschild et le baron Maurice de Hirsch, qui ont payé les convois. L’affrètement des bateaux a stimulé l’économie européenne.

Pour l'historien, il y a , comme aujourd'hui, tout un business autour des réfugies, Paris insistait pour que les bateaux partent d’Anvers, certainement par intérêt économique. Berlin voulait favoriser le port d’Hambourg. Les Etats-Unis exigeaient de ne recevoir que les populations aptes à subvenir à leurs besoins. Au début, tout le monde a cherché à tirer parti de la situation.

Puis, voyant que le flot ne se tarissait pas et qu’il en venait même à grossir, la situation s’est crispée. Lorsqu’à la fin de l’hiver 1882, une deuxième vague de réfugiés, encore plus importante que la première, est arrivée à Brody, il y a eu un mouvement de panique.

Börries Kuzmany

Börries Kuzmany

Börries Kuzmany explique que la nouvelle s’était rependue tout l’hiver, créant un appel d’air : à Brody, on aidait les juifs à émigrer. Des juifs autrichiens ont tenté de se faire passer pour des Russes, dans l’espoir de monter eux aussi gratuitement dans les bateaux. Après l’arrivée des neuf premiers transatlantiques, les Etats-Unis ont donc fermé leurs portes.

Le comité a mis en place des tests de langue, pour départager les «faux» des «vrais» réfugiés. Dans les journaux russes et auprès des rabbins, on a fait savoir que les conditions d’accueil à Brody étaient difficiles, dans l’espoir de décourager les nouveaux candidats. Puis l’aide au voyage a cessé, du jour au lendemain.

Pour régler le sort des 12 000 réfugiés toujours présents dans le camp de Brody, on a convoqué en urgence une conférence internationale. Elle a eu lieu à Vienne. Les délégations juives présentes ont décidé de renvoyer en Russie, avec un pécule, les réfugiés incapables de survenir à leurs besoins ailleurs que dans leur pays natal.

Ceux qui avaient de la famille aux Etats-Unis ont encore pu partir. Restaient 8 000 personnes, pour la plupart des hommes jeunes, qui avaient fui la conscription en Russie. Pour eux, une répartition équitable dans les communautés juives européennes a été décidée

Un plan qui ne  fut jamais  appliqué ! A l’exception de la France, qui se montra plutôt généreuse, les juifs européens ne réussirent jamais à s’entendre. Si à Paris, on se déclarait prêt à prendre en charge 700 personnes, la Hongrie ne concédait une aide que pour 50 familles, la Suisse pour quelques-unes. L’Allemagne, elle, ne se voyait capable d’accueillir qu’une cinquantaine d’orphelins et l’Autriche refusa, catégoriquement, de prendre sa part de «quotas», le représentant viennois menant même une campagne de dénigrement des réfugiés, traités de mendiants et de voleurs.

Constatant son échec, la conférence a alors été contrainte de négocier avec Moscou le retour des derniers juifs vers la Russie. Entre-temps, les pogroms avaient cessé suite à un changement politique en Russie. Ensuite, l’Empire austro-hongrois a lancé un ultimatum : les réfugiés russes avaient jusqu’à la fin de l’année pour quitter le territoire. L’exemple de cette crise de 1881-1882 montre donc qu’il est préférable de faire partie de la première vague des arrivants.

Pour Börries Kuzmany une situation qui n'était pas vraiment bien gérée. Tout le monde a très vite admis qu’il s’agissait d’une catastrophe humanitaire majeure due à une menace réelle, et qu’on ne pouvait pas fermer simplement la frontière. On reconnaissait que les juifs étaient victimes de persécutions. Mais on ne se sentait pas responsable et poussé à agir, bien comparable aux réfugiés d'aujourd'hui.

A Vienne, le premier réflexe du pouvoir central a été de concentrer tous les réfugiés juifs à Brody. Il s’est dit qu’il revenait à des juifs d’apporter l’aide nécessaire à leurs «frères» de Russie. Lorsque les autorités interpellaient des réfugiés sur le territoire de l’Empire austro-hongrois, elles les renvoyaient donc dans cette ville.

Du point de vue économique et poltique, bien sûr,on peut comparer ces réfugiés. Deux territoires semblables certes, avec des chrétiens, des Juifs et même phénomène humanitaire, logistique, technique , culturel, social, politique et démographique. Cependant,les idées de l'historien sur les comparaisons possibles avec les Juifs qui ont fui la persécution en 1882 sont discutables. 

Les réfugiés juifs ont été accueillis par la population locale au XIXe siècle car à l’époque, cette ville était du côté autrichien. Elle avait la particularité de concentrer la plus grande population juive de l’empire des Habsbourg : environ 80 % de sa population était juive. Les juifs de Brody, bien que religieux, étaient germanophones et éclairés. Ils entretenaient de nombreux échanges commerciaux à l’international.

Effectivement les Juifs ont trouvé "leurs frères" Ils n'avaient pas d autres endroit ou aller, pas d'état Juif pas , comme peuvent l'avoir les réfugiés Syriens, qui eux, sont des arabes musulmans  pouvaient aller dans leur pays les plus proches, : en Turquie, en Arabie Saoudite, en Egypte.  Pour les Juifs, cette minorité persécuté depuis des siècles, n'avait aucune autre alternative  Les juifs ont été solidaire entres eux , alors pourquoi les réfugiés Syriens, n'ont pas eux trouver de l'aide en leurs "frères"

On peut également  comparer avec tous les réfugiés qu'il y a eu dans l'histoire ? Pourquoi s'être arrêté sur les Juifs de 1881 ?

Dans la Russie tsariste, les Juifs ont  interdiction d’acquérir des terres, d’intégrer la fonction publique ou d’atteindre un grade d’officier dans l’armée. L’immense majorité est donc cantonnée aux métiers traditionnels du commerce, des services, de l’artisanat et de l’industrie.

Pour le petit peuple orthodoxe, le Juif est donc vu comme « l’Autre », qui ne travaille pas la terre mais se livre à l’usure et au commerce  ce qui est souvent assimilé à la « spéculation » ou à « l’accaparement », surtout en période de crise ou de pénurie. Plus fondamentalement, l’antijudaïsme populaire est nourri par la croyance que le peuple juif était « celui qui avait crucifié le Christ ». À intervalles réguliers, cet antijudaïsme, habilement instrumentalisé par les autorités, remontait à la surface.

L’assassinat du tsar Alexandre II entraîna une première vague de manifestations anti-juives appelées « pogroms » « attaque » ou « émeute » en russe), sur une période allant de 1881 à 1884.

Alors que sur le groupe de 15 assassins, 1 seul était juif, les Juifs sont rendus responsables de cet assassinat. La politique du gouvernement russe au sujet des Juifs tient dans ce programme : « Un tiers des Juifs sera converti, un tiers émigrera, un tiers périra ». Lors des événements de 1881, la centaine de pogroms était principalement limités à la Russie, mais les pogroms se poursuivirent de façon intensive jusqu’en 1884.

En 1881, et jusqu’à la fin de l’année 1882, l’afflux a été soudain et massif : entre 20 000 et 25 000 réfugiés sont arrivés de Russie dans une ville frontalière de 20 000 habitants, appelée Brody et située dans la région, aujourd’hui disparue, de la Galicie.

Nathalie ZADOK

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