Dans quel état d'esprit se trouvent aujourd'hui les Juifs de France secoués par les actes antisémites et récemment l’agression d’un enseignant juif à Marseille qui relance du coup le débat sur le port de la kippa en public.
"L’alyah n’est pas si simple à réussir " alors faute de parler l’hébreu ou de trouver du travail en Israël, certains optent ainsi pour l’« alya Boeing » qui consiste à habiter en Israël et travailler, la semaine, en France.
Le principe est simple ils conservent leur travail en France, en général ces adeptes sont déjà à leur propre compte ou en profession libérale et vivent en Israël avec leur famille, femme et enfants le week-end et pendant leurs congés
On ne connait pas encore les chiffres de cette "Alya" qui permet d'allier la vie à l’israélienne avec la concrétisation d'un idéal sioniste et celui de conserver ses revenus, parfois confortables, de la France avec son métier.
Certes, il est difficile de tout quitter du jour au lendemain, notamment son travail avec une sécurité d'emploi, les fameuses 5 semaines de vacances à la clé et une garantie de revenus pour la famille avant tout.
En Israël il n'y a aucune garantie d'emploi et les congés payés ne sont seulement que de 10 jours par an. Encore plus difficile de trouver un travail si on ne parle pas la langue , l'hébreu.
"l'Alya boeing" devient donc une alternative intéressante.
Salomon et Victor Malka qui ont rencontrés des Juifs de France, décrivent "Le grand désarroi" et soulignent "une détresse, le sentiment d’incompréhension et la sensation d’abandon" .
C'est à Toulouse, Lyon et Nice , qu'ils remarquent que depuis 2012 plusieurs familles ont décidé de quitter la France pour rejoindre Israël . À Strasbourg, en revanche, « rien ne bouge », tout est calme. A Marseille, le fameux vivre ensemble semble ne plus être qu'un concept de plus en plus éloigné de la réalité après l'agression de l'enseignant .
Les réactions différent, certes,mais les interrogations restent les mêmes .
Quel avenir, pour nous, les Juifs ? Quel avenir pour celui de notre République, la France ? .
Un état d’esprit corroboré par le livre L’an prochain à Jérusalem, ouvrage qui s’appuie sur un sondage réalisé par l’IFOP pour la Fondation Jean-Jaurès.
La communauté juive continue d'être victime de plus grand nombre d’attaques racistes et antisémites.
63 % des Juifs de France déclarent s’être déjà fait insulter parce que juif, 51 % menacés et 43 % agressés
Pratiquants ou non, près de sept membres de la communauté sur dix ne se sentent ainsi en sécurité nulle part.
« Ces inquiétudes n’ont cessé de croître depuis une trentaine d’années », relève Michel Wierviorka, l’auteur de la préface de l'ouvrage.
Après un « âge d’or pour les juifs de France » entre 1967 et 1982, un nouvel antisémitisme est né, nourri notamment par le conflit israélo-palestinien. Aujourd’hui, ces inquiétudes se traduisent par une droitisation des votes et des départs à l’étranger.
Six personnes sur dix assurent avoir des proches famille ou amis qui ont quitté la France ces dernières années, pour s’installer principalement en Israël 38 % ou au Canada, aux États-Unis, en Grande-Bretagne 31 %.
Avec 450 000 à 550 000 membres, la France, est la première communauté juive d’Europe et elle est devenue le premier foyer d’émigration vers Israël, devant les États-Unis.
En 2014, 7 231 juifs ont fait leur l'Alyah, ainsi est nommé le départ vers Israël, c’est deux fois plus qu’en 2013 et ils devraient être 8 000 en 2015, selon l’Agence juive de France..
Environ 5 % des juifs émigrés seraient de retour au bout d’un an, d'après les chiffres de l’Agence juive de France. Quand d’autres associations non gouvernementales l’estiment entre 20 à 30 % au bout de cinq ans le soucis des équivalences des diplômes accentuent la mauvaise intégration des Juifs diplômés.
En effet, médecins, dentistes, radiologues se doivent d'obtenir une équivalence de leur diplômes en Israël pour pouvoir pratiquer et cela après, parfois, plus de 25 ans de pratique en France.
Une épreuve parfois dure à supporter et qui obligent des familles entières à retourner en France.
Dans ce cas précis, c'est un échec pour les Juifs mais surtout pour Israël qui d'un côté demande aux Juifs de quitter la France pour cause d'antisémitisme mais de l'autre n'assure pas leur sécurité au quotidien en leur refusant la possibilité de pouvoir travailler en pratiquant leur métier.
Repartir en France après avoir tout vendu c'est briser des familles dans bien des cas.
On ne ressort pas indemne d'un tel échec.
Ainsi, certains vont jusqu'à accepter n'importe quel métier plutôt que de revenir en France, il n'est pas rare de trouver des médecins, des chirurgiens dentistes dans des calls center, jusqu'à l'obtention de leur équivalence de diplômes qui parfois tarde à venir...
La crainte de la corporation médicale composée en grande majorité par les Russes est de voir les médecins et dentistes français prendre leur place.
Ce serait la principale cause de cette "lenteur administrative" .
Un lobby, en quelque sorte, qui freinerait volontairement la possibilité à ces médecins reconnus pourtant dans leur pays de pouvoir pratiquer en Israël.
L'alyah Boeing devient l'alternative celle qui permet d'éviter de perdre leur pratique de maintenir le train de vie et d'éviter de se retrouver dans un call center à vendre du FOREX !
Selon le sondage de l’IFOP, 51 % des personnes interrogées ont déjà envisagé de quitter la France.
Dans un entretien accordé au quotidien La Croix, le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve a révélé les chiffres des actes commis contre les croyants l’an passé.
Selon ces chiffres, les actes antisémites ont baissé de 5 % en 2015, tandis que ceux commis contre les musulmans ont crû de 223 % 400 actes dont 178 après les attentats en janvier,
de 80 % pour ceux commis contre les catholiques essentiellement contre les lieux de cultes ou les cimetières
Cependant, malgré la baisse, les actes antisémites restent les plus nombreux avec 806 actes, ils avaient doublé de façon à ce que cette situation avait été jugée «préoccupante».
Alors Alyah ou Alyah Boeing le constat est simple les Juifs de France partent !
Nathalie ZADOK