Sur les Traces des Communautés Juives d’Asie Centrale.

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                 Sur les Traces des Communautés Juives d’Asie Centrale.

          Dans notre imaginaire, il est des mots qui font rêver : L’Oxus (Amou-Daria), l’Iaxartes (Syr-Daria), la Bactriane, la Sogdiane, Alexandre le Grand, la Route de la Soie…..  Pour ressentir cette sensation de flirter avec les héros bibliques tel le Prophète Daniel ou avec les personnages des  ‘’Mille et une nuits’’, il faut quelques fois flâner dans le quartier ‘’Boukharien’’ de Jérusalem où le passé et l’avenir se confondent. Jean-Pierre Allali a très bien raconté comment le Rabbin Joseph Mamane, parti de Safed, eut pour mission de rejudaïser les juifs d’Ouzbékistan. Mais celui qui parle encore le mieux de ce pays est sans doute Benjamin Ben David, dont les parents étaient nés à Boukhara. Son histoire est extraordinaire : né à Paris,  avec quarante deux familles juifs boukhariot, résidant à Paris, il a pu échapper à la déportation en faisant croire aux allemands qu’ils faisaient partie d’une secte croyant à la loi de Moïse sans être sémite sur le plan racial.

CARTE DE L ASIE CENTRALE.jpgAprès examen  par des savants de l’Institut des recherches raciales à Berlin, la requête de la communauté fut agréée. Sauvé, à la fin de la Seconde Guerre Mondiale, il monta en Israël et vit aujourd’hui au Kibboutz Hanita. Un autre personnage nous relie aussi à l’Asie Centrale : Le poète Omar Hayyam, célèbre pour ces poèmes laudatifs ou ses libations au vin. Nous retrouvons ce grand genre de poésie dans les débuts de l’âge d’or d’Al Andalus,  où l’on fréquente ainsi Khisdaï Ibn Chaprout, Dounach Ibn Lavrat, Schmuel Hanagid, ….. Après la dispersion des écoles babyloniennes, de nombreux juifs s’exilèrent dans différentes villes-étapes de la Route de la Soie, notamment Boukhara et Samarcande et delà jusqu’en Chine. Les Jésuites qui rencontrèrent les Juifs de Kaifeng confirment qu’un des rouleaux de Torah fut écrit sur une peau de mouton provenant de Boukhara.

          Pour revenir à la connaissance de l’histoire des Communautés Juives d’Asie Centrale de nombreux voyageurs, marchands, historiens et géographes de toutes confessions et de toutes nationalités ont laissé d’excellents écrits. Il faut aussi dire qu’à partir du XIXème siècle, la Communauté Juive française n’a jamais été en reste pour découvrir la vie quotidienne de leurs coreligionnaires à l’ombre des Mosquées Timourides. Paul Pelliot tenta, pour différentes raisons, de faire reconnaître que les Juifs, à la Chine, étaient venus par la mer via Ning-Po, il ne fait aujourd’hui aucun doute que ceux-ci arrivèrent en Chine par l’Ouest. Le Père Domenge dans sa lettre du 23 décembre 1722 dit : ‘’Les Juifs venoient autrefois de la Perse, de Samarkand, ou de ces quartiers là, visiter leurs confrères de Chine, étoient ou se faisoient autant de Docteurs. Ils n’ont pas dit qu’il y a environ deux cens ans qu’il ne leur est venu personne’’. Il précise dans sa lettre du 25 octobre 1723 : ‘’Ils sont venus de Hsi-yu, qui est le pays de l’Ouest. Il est possible qu’ils soient tous venus de l’Ouest qui serait la Perse et qu’ils soient venus par la route de Korassan et de Samarkand. Nous ne savons pas s’il reste d’autres juifs en Inde, au Tibet ou dans l’ouest de la Tartarie’’.

          Bien des auteurs, d’Elkan Adler à R. Lowenthal, entre la fin du XIXème siècle et les premières décennies du XXème siècle ont écrit justement sur l’apport de la langue néo-perse dans les régions courant entre la Transoxiane, l’Afghanistan, l’Inde et les frontières de la Chine et notamment par Samarcande et Boukhara. Elkan Adler écrit à propos des ‘’Inscriptions perses dans leur liturgie provenant du dialecte Bokharien’’ : ‘’Les Juifs de Bokhara ont eux mêmes une tradition qui …. Quelques-uns (de leurs ancêtres ) ont émigré d’ici à Tsheen Patseen (Chine) mais rapidement ont cessé toutes communications avec leur mère patrie’’. Joseph Wolff en 1861 fait une remarque similaire : ‘’Les Juifs de Samarcande et Bohkara ont été exportés par Jabataï, successeur de Gengis Khan, qui favorisant les Juifs, beaucoup d’entre eux émigrèrent en Chine’’. Pour confirmer cela, R. Lowenthal ajoute : ‘’Le Commerce était organisé par les Juifs Bokhariens vers différents pays : Inde, Afghanistan et Chine, en plus des grandes villes marchandes russes. Ils faisaient le trafic de tapis, fourrures et soies et échangeaient coton, tabac, etc…’’.

Il ne faut pas oublier que ces deux grandes villes sont de grandes stations caravanières sur la roue JEUNE FILLE DE BOUKHARA.jpgde la Soie. I. Rabinowitz ne déclare-t-il pas que le Khorassan est la ‘’Porte de la Chine’’. Des fouilles archéologiques ont permis de découvrir des pierres tombales confirmant ainsi la présence de Communautés Juives parlant le Perse en Afghanistan entre 1150 et 1300 et il est fort probable que ces juifs parlant le Perse prenaient la route de Khorassan, qui inclus la Transoxiane et l’Afghanistan, par Khwarism et le Turkestan. Le Père Gaubil dans sa lettre du 4 septembre 1725 souligne : ‘’Dans le temps que la dinastie des Tchéou regnoient en Chine, les Juifs de Perse, et du Corossan venoient dans cet empire, et ils avoient des sépultures et des endroits destinés à honorer leurs parents morts’’.

            Au XVIIIème, le renouveau de ces communautés vint d’Eretz Israël. En effet, en 1793, Joseph Mamane, originaire de Tétouan, part en mission en Asie Centrale. Alliant le charisme à des connaissances profondes et à des talents d’orateur hors pair, Yossef Mamane réussit à exercer un énorme ascendant sur ses coreligionnaires. En devenant chef de la Communauté, il reçoit le titre de Grand Molla.  Il crée un réseau d’abattage rituel et de distribution de viande casher. Il fait détruire les ouvrages religieux peu compatibles avec le dogme juif, il envoie quelques émissaires boukhariens à Vilna et à Livourne pour acquérir les livres nécessaires à la constitution d’une bonne bibliothèque. Un sofer est chargé de recopier un Pentateuque afin que la Communauté puisse avoir un Sefer Torah. Deux élèves de Mamane, envoyés en Eretz Israël, décident d’y rester. Yossef Mamane est donc obligé de rester sur place. Il épouse en secondes noces une fille du pays dont il eut trois enfants. Après avoir passé plus d’un demi siècle à Boukhara, il s’y éteint à l’âge de quatre vingt ans. Il fut pleuré comme ‘’Lumière d’Israël’’ par les Juifs Ouzbeks à qui il avait redonné le goût du savoir et le sens de la tradition.

            En 1889,  ‘’L’Univers Israélite’’ annonçait aux Juifs de France que les grandes communautés d’Asie Centrale étaient passées sous la domination russe : ‘’Le Czar a rendu un ukase favorable aux Juifs d’Asie Centrale : il autorise le Gouvernement général du Turkestan à accorder la protection russe à quiconque la réclamera ; c’est une faveur que ne manqueront  pas d’invoquer les Juifs de Khiva et de Boukhara, car si, dans la ville même de Boukhara, ils jouissent d’une suffisante sécurité depuis l’ouverture du chemin de fer Transcaspien, il n’est pas de jour qu’ils n’aient des outrages à subir à l’intérieur du Khanat.’’ Ainsi commençait la russification de l’Asie Centrale et la mise en place d’un antisémitisme systématique.

         synagogue de samarcande.jpg A la fin de la Seconde Guerre Mondiale, la majorité des juifs d’Ouzbékistan vit dans la capitale : Tachkent. où se trouvent deux synagogues. Les autres sont répartis  à Samarcande, Boukhara, dans la vallée de Fergana et quelques-uns éparpillés dans des petits bourgs et des villages. Ces Juifs sont en général d’origine boukharienne, descendants des caravaniers de la route de la Soie. À Samarcande comme à Boukhara, ils vivent dans les quartiers juifs de la vieille ville. Très unis entre eux, ils ont fait de remarquables efforts à travers l’histoire pour garder les traditions et leur mode de vie (circoncision, respect des règles de la kashrout, prières quotidiennes et enseignement de l’hébreu aux enfants). Les mariages mixtes sont relativement rares. La synagogue de Samarcande est dirigée par un rabbin local d’obédience Habad. La vaste majorité des Ashkénazes d’Ouzbékistan vit à Tachkent, comme c’est également le cas des quelque 2000 juifs synagogue Machalla.jpgboukhariens. Les premiers, chez qui les mariages mixtes sont fréquents, sont beaucoup plus assimilés que les seconds. Plus de 800 enfants de la communauté fréquentent les écoles juives de Tachkent, Samarcande et Boukhara. Les communautés de Tachkent et Samarcande ont créé des centres culturels juifs ainsi qu’un Talmud-Torah pour enfants le dimanche, celle de Boukhara, un jardin d’enfants. Un mensuel juif intitulé Shofar est publié en langue russe.

            Dès l’Indépendance de l’Ouzbékistan en 1991, une grande alyah a commencé. Les coutumes et traditions des Juifs d’Asie Centrale est préservée dans différents centres culturels et notamment au Beith Hatefutsot à Tel-Aviv. Les relations politiques, économiques et culturelles entre l’Ouzbékistan et Israël sont chaleureuses et cordiales. De nombreux israéliens partent se recueillir sur la Tombe du Prophète Daniel à Samarcande. Boris Normatov rappelle que : ‘’Les Juifs de Samarcande servent d’ambassadeur au mausolée de Daniel de longues années’’.  Alors bon voyage.

Frédéric Viey, en collaboration avec la Maison des Orientalistes, a le plaisir de vous présenter le voyage qu’ils organisent sur les pas des Communautés juives d’Asie Centrale et plus particulièrement d’Ouzbékistan:

Sur les traces des Communautés Juives d’Asie Centrale
Etre Juif en Ouzbékistan

Circuit de 15 jours Paris / Paris
(soit 13 nuits sur place)
du 5 au 19 Août 2008

Tachkent, Ourgench, Khiva, Boukhara, Samarcande, Chakhrissabz, Tachkent’’
Séjour végétarien, 3 repas ‘’Casher’’, Kabbalot Shabbat, Samedi libre…..
Pour tous renseignements : Frédéric Viey 06 64 46 53 08 ou fviey@hotmail.fr

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