Destruction de la synagogue de Fontainebleau

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Destruction de la synagogue de Fontainebleau.

- Christine de Suède à Fontainebleau et ses manuscrits hébraïques.
- La génizah de Fontainebleau

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Deux faits nouveaux viennent éclairer l‚histoire de la Communauté Juive de Fontainebleau en ce qui concerne la période tragique de la guerre : 1° une photo inédite de la synagogue en feu, 2° l‚ouverture aux publics de certains documents datant de la seconde guerre mondiale aux Archives Départementales de Seine-et-Marne. Jusqu'à aujourd‚hui, le seul document véridique concernant ce sujet est la compte rendu d‚une réunion des membres du Consistoire de Paris en 1941 faisant état de plusieurs actes de malveillance contre cette synagogue. Il est vrai qu‚en juin 1940, la ville de Fontainebleau fut dévastée par des bandes de pillards et la synagogue comme d‚autres batiments subirent leurs assauts. En effet, la synagogue a été pillée et des objets mobiliers avaient été détruits par des personnes inconnues.

Après avoir subi plusieurs graffiti antisémites, Vers le 1er avril 1941, le gardien signala qu‚à plusieurs reprises, le soir, entre 22 et 23 heures, des pierres avaient été lancées, de la rue dans l‚intérieur de l‚édifice, par des inconnus. Ceux-ci escaladant parfois la grille, ils pénétraient à l‚intérieur du bâtiment et y brisaient les meubles. Pour terminer, les 10, 11, 12 avril 1941, des individus non identifiés incendièrent la Synagogue. Le Commissaire Auguste Calas adressa un rapport très circonstancié à M. Dumesnil, député-maire de Fontainebleau. Charles Hollander, Ministre-Officiant, qui se trouvait déjà en zone libre, habitait le petit pavillon se trouvant derrière le bâtiment religieux ainsi qu‚un couple de gardiens (les époux Radzijewski).

Le mercredi 9 avril, le gardien entendit dans la nuit une violente explosion provenant de l‚intérieur de la synagogue. De peur, il décida d‚aller passer les nuits chez des amis. Le lendemain, Jeudi 10 à 22heures 40, les agents du commissariat furent avisés, par un passant, qu‚un incendie avait éclaté dans le temple israélite. Les pompiers arrivèrent rapidement sur les lieux . Le feu avait été allumé au centre de la synagogue où plusieurs meubles et chaises avaient été accumulés. Dans une pièce attenante des livres et meubles bibliothèques brûlaient. L‚incendie a été rapidement maîtrisé. Le vendredi 11 courant à 22heures30 de nombreux coups de feu ont été tirés en ville et en particulier devant la Mairie et plusieurs explosions ont été entendues dont une, particulièrement plus violente, semblait provenir de la direction du canal. En réalité, cet engin avait explosé sur le bord inférieur de l‚˛il de b˛uf placé au-dessus de la porte d‚entrée de la synagogue arrachant une partie de la maçonnerie du bas et criblant d‚éclats l‚intérieur du bâtiment. Le samedi 12 courant à 23heures, les agents de permanence au Commissariat furent de nouveau avertis que la synagogue était en flamme. Ayant aperçu de la rue du Parc des grandes flammes qui sortaient du toit de la synagogue, ils ont alerté les pompiers logeant à la Mairie. Lorsque les représentants de la Police arrivèrent, à la hauteur de la rue d‚Avon, ils aperçurent trois ou quatre soldats allemands devant la synagogue. L‚un d‚eux se précipita vers eux en criant, suivi d‚un gradé à bicyclette qui se trouvait avec les soldats.

Les policiers se firent reconnaître et se rendirent sur les lieux accompagnés du gradé et du soldat allemand.

Le gradé leur déclara, en français, qu‚il ignorait qui avait mis le feu. Qu‚il valait mieux ne pas l‚éteindre, car, en Allemagne il avait vu beaucoup de synagogues brûler. Bien que les pompiers arrivèrent rapidement sur les lieux, le feu avait gagné la charpente, une partie de la couverture écroulé formait une cheminée d‚aspiration. La tribune entièrement en bois menaçait de s‚écrouler et l‚escalier d‚accès à cette tribune brûlait. les policiers durent se rendre à l‚évidence : la synagogue allait être détruite par l‚incendie. Pour pénétrer dans la synagogue, les auteurs de cet acte de malveillance ont défoncé, brisé et couché à terre, la lourde grille et une partie du pilier gauche de la porte principale donnant sur la rue.

Pourquoi avoir fait croire pendant tant d‚années que c‚étaient les allemands qui avaient incendié ce temple qui avait inauguré le 27 août 1857 ? Qui avait intérêt à voir disparaître la synagogue ? Les camelots du roi bellifontains s‚inquiétant de voir encore une synagogue si près du château, la milice ou des gangsters stipendiés par pour commettre un tel acte ? Bien que différentes familles aient reçu la Médaille des Justes à Fontainebleau, l‚attitude des édiles et de la population n‚est pas claire ; outre qu‚il n‚y ait eu aucun témoin alors que la rue du Parc (Paul Séramy) est très passagère . Une autre question se pose : comment pouvait-on trouver à la fin de la guerre des anciens administrateurs de biens juifs dans le conseil municipal bellifontain statuant sur la remise de peine du tortionnaire nazi W. Korpt

Christine de Suède à Fontainebleau et ses manuscrits hébraïques.

A propos de l‚Ordonnance des Rois de France, le 28 décembre 1537, François 1er institua le dépôt légal des Imprimés. En ce qui concerne les livres hébraïques, il est écrit : Œ‚Tandis que François 1er commençait à former une nouvelle collection de livres dans son château de Fontainebleau, Lefévre d‚Etamples avait été, en 1530 garde de la librairie de Blois, Mellin de Saint Gilles en fut le dernier garde : en vertu de la même année à celle de Fontainebleau, Pierre Chastel étant Maître de la librairie. En 1544 fut nommé garde de la librairie royale à Fontainebleau Maître Mathieu Lavisse, aux gages de 400 livres tournois, subordonné au Maître de la librairie, Lavisse était encore en fonction à la fin du règne d‚Henri II. Guillaume Budé avait été pourvu de la charge de la librairie royale de Fontainebleau qu‚il exerçât jusqu‚à sa mort en 1540‚‚. Ainsi commença la belle collection de livres hébraïques qui se trouve à la Bibliothèque Nationale.

Christine de Suède, fille du Roi Gustave Adolphe, batailleuse, coléreuse, emportée, remarquablement intelligente, était un véritable garçon manqué. A dix ans, elle savait le français et le latin, outre sa langue maternelle. A dix huit ans elle connaissait huit langues et en comprenait onze. Elle s'habillait souvent en homme, grande chasseresse elle excellait à tous les exercices du corps, ne buvait que de l'eau, mangeait sobrement et ne se lavait presque jamais. Christine abdiqua le trône de Suède pour être plus libre de ses actes, elle adjura également le protestantisme. Voyageant en Italie, elle passe en revue les troupes pontificales, reçut une adresse du Collège des Jésuites rédigée en vingt deux langues, plus vint séjourner à Fontainebleau. Reçue à l'Académie par le Chancelier Séguier, elle assista à une discussion sur le dictionnaire qui en était à cette époque au mot ''Jeu''. Christine retourna à Rome pour revenir en France quelques temps après, voir Mazarin et le roi à Compiègne, puis s'établir à Fontainebleau. Est-ce quand elle était à Fontainebleau que Christine de Suède reçut de Gilbert Gaulmin des Manuscrits hébraïques? Chronologiquement cela serait possible et Moulins/Fontainebleau ne représente pas une distance si importante même à cette époque.

« ‚Les Archives Juives'' n° 10 p.35, publièrent un article sur Gilbert Gaulmin, érudit et hébraïsant français (1585-1665).

'' Dans une notice consacrée à l'hébraïsant chrétien français Richard Simon (Encyclopédia Judaïca 14, Jérusalem 1971, col. 1583). B. Blumenkranz en parlant de Gilbert Gaulmin le caractérise comme ''un des plus éminents savants chrétiens de son temps dans le domaine de la littérature talmudique et rabbinique, bien qu'il ait été par la suite presque totalement et injustement oublié'' (''one of the leading christian scholars of talmudic and rabbinic litérature in his days although subséquently, and unjustly almost completely forgotten''). Nous ne pouvons que souscrire à cette opinion, au moment de la rédaction de cette notice aucune étude de fond n'avait été publiée sur cet érudit; une telle étude fait toujours défaut aujourd'hui.

1. En dehors des notices que l'on peut trouver dans certaines biographies universelles, il n'y a guère que le chapitre de quelques pages qu'Henri Faure a consacré à Gaulmin dans sa thèse, ''Antoine Laval et les écrivains bourbonnais de son temps'', Moulins, 1870 77-82. Il s'agit là d'un survol très rapide de la vie et de l'˛uvre de l'érudit, et l'auteur ne cite que très peu de documents à l'appui de ses affirmations. F. Secret avait traité de Gaulmin en un mince paragraphe de son ouvrage ''Les Kabbalistes chrétiens de la Renaissance'', Paris 1962, 337. Encore M. Secret était-il sévère à son égard - nous semble-t-il en disant qu'il ''préférait la chasse'' à la publication de ses ouvrages. Depuis lors F. Secret a publié une étude ''Gilbert Gaulmin et l'histoire comparée des religions'', Revue de l'Histoire des Religions 177, Paris 1970, 35-63 (les pages 51 à 63 comprennent le catalogue Bochart des manuscrits orientaux que Gaulmin avait envoyées en don à la reine Christine, et qui comportait environ 100 manuscrits hébreux. Dans l'annuaire 1969-1970 de l'Ecole Pratique des Hautes Etudes (Sciences religieuses), Paris 1970, on trouve le compte rendu du séminaire consacré par F. Secret à Gaulmin. Ces études apportent des points importants pour la connaissance de ce personnage et de son ˛uvre. La remarque sur laquelle F. Secret termine sa première étude: ''il faut étudier Gaulmin'', justifie sans doute chaque nouvel effort dans ce sens.

C'est par accident que de notre côté nous avons été amené à nous intéresser à Gilbert Gaulmin. Au cours d'un travail sur les auteurs juifs français du moyen âge, dont nous préparons une biographie sous la direction de M. Blumenkranz, nous avons eu entre les mains l'exemplaire du ''Sepher Hasidim'', éd. Isaac de Prossnitz, Cracovie 1581, qui se trouve à la Bibliothèque Nationale (A. 2891) et dont la page de titre porte l'inscription: ''Ex libris Gilberti Gaulmyni Molinensis''. Dans les marges on trouve des notes manuscrites en latin et en hébreu, écriture espagnole, dues à son propriétaire et lecteur assidu. La Bibliothèque Nationale possède plusieurs autres livres hébreux qui avaient appartenu autrefois à Gilbert Gaulmin: l'ouvrage que Joseph Ha Cohen d'Avignon ''Divrey ha-Yamim le-malkhey Zarfat u-malkhey beyt Otoman ha-Togar'', Venise 1554. ''.

Il est dommage que le portrait historique de la Reine Christine, cette brillante érudite, ait été terni par le meurtre de son Grand Ecuyer Monaldeschi dans le Palais de Fontainebleau. Mazarin dut lui procurer un carrosse et quelque argent pour quitter la France, Christine partit pour l'Angleterre mais Cromwell ne voulut pas la recevoir. Elle revint en Italie où elle se livra à l'étude des sciences occultes. Elle essaya de remonter sur le trône de Suède, mais dut à nouveau quitter son pays, elle mourut finalement à Rome le 19 avril 1689 à l'âge de 63 ans. On lui fit des obsèques solennelles en l'église Saint-Pierre.

La génizah de Fontainebleau

 

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Dans la nuit du 12 au 13 avril 1941, des troupes allemandes incendièrent la synagogue de la rue du Parc à Fontainebleau. Les Rouleaux de la Loi, les différentes sections du Talmud, les Rituels des Grandes fêtes et les livres de prières journalières disparurent dans les flammes avec les châles de prières et le mobilier rituel. Seuls ont pu être sauvés les livres anciens qui avaient été remisés dans les combles de la maison du Rabbin.

La Communauté Juive de Fontainebleau possède aujourd‚hui une génizah de 69 livres de prières ou autres publications, en hébreu, en yiddish ou en polonais. Compte tenu de la diversité des membres de cette Communauté, il est possible de se rendre compte des productions françaises et européennes de Makhzorim (rituel pour les grandes fêtes), des sidourim (rituel de prières quotidiennes et du shabbat), de romans ou autres journaux. Par exemple, si, des Œ‚Lettres Patentes‚‚ permirent à Moïse May d‚ouvrir légalement une imprimerie à Thionville sous l‚intitulé de Œ‚Joseph Antoine‚‚ imprimeur ordinaire du Roi, celui-ci préféra en créer une illégalement en 1764 à Metz. Abraham Brisac, après avoir commandité une imprimerie à Lunéville en 1765 chez Jonas Wilstatt, travailla dans ses propres ateliers lunévillois dès 1798. Or, depuis le XVIIème siècle, il existait déjà des imprimeries juives à Amsterdam, Francfort-sur-le-Main, Smyrne, Utrecht, Livourne, Hanau, Sulzbach, Dyhenfurth, Berlin, Dessau, Koethen, Furth et Prossnitz.

A travers les divers documents concernant la naissance de la Communauté Juive de Fontainebleau, il est possible de se rendre compte que quelques colporteurs juifs venant d‚Alsace ou de Lorraine pourvoyaient leurs coreligionnaires en rouleaux de la loi (Torot) ou en livres de prières. Le Musée d‚Art et du Judaïsme expose encore une Œ‚Arche sainte‚‚ portable comme un sac à dos. Il est facile d‚imaginer ces colporteurs arrivant de Metz ou de Lunéville pour proposer les dernières éditions publiées par les imprimeries de ces villes. Nous connaissons les liens familiaux qui unissaient certaines familles juives bellifontaines à des familles lunévilloises telles que les filles de Matthias Cahen, Mathias Brunschwik ou les Wogue dont deux fils terminèrent leur vie dans l‚Asile Israélite de cette cité lorraine.

Or, lorsque les Rouleaux de la Loi, les Rituels pour les Grandes fêtes ou les livres de prières journalières ne sont plus utilisables, il n‚est pas possible de les jeter. Soit il faut procéder à un enterrement rituel des manuscrits hébraïques soit les remiser dans un endroit de la synagogue ; c‚est une Génizah. Le terme araméen Génizah signifie Œ‚cacher‚‚ ou Œ‚ être précieux‚‚. Il désigne une salle, attenante à la synagogue, destinée à recevoir les manuscrits de la Loi devenus inutilisables par l‚usure de l‚âge ou la manipulation cultuelle : tenus pour sacrés, car ils contenaient le nom divin, ils ne devaient être ni détruits ni profanés ; telle la Génizah du Caire. (Dictionnaire du Judaïsme).
 
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