Victoire de Bassi Konaté aux élections municipales à Sarcelles : la fin d’un monde
Ce dimanche 23 mars 2026, Bassi Konaté remporte les élections municipales avec 55 % des voix, à la tête d’une liste citoyenne et sans étiquette. L’homme ne cache pas être soutenu par La France insoumise et Europe Écologie Les Verts. Ce succès sonne le glas d’une période de relative cohabitation dans la “petite Jérusalem”.
C’était la semaine dernière, le 15 mars. Après avoir passé une journée comme assesseur dans un bureau de vote à Sarcelles, dans le quartier juif, et découvert les résultats des autres villes, je me trouve vers 22h45 à l’hôtel de ville pour signer quelques papiers, et je découvre l’impensable : Bassi Konaté, soutenu par LFI, arrive en tête avec 43 % des voix, et plus de 15 points d’avance sur ses deux concurrents, François-Xavier Valentin et le maire sortant Patrick Haddad.
L’une de mes collègues assesseures de la journée, présente avec moi, confie : « S’ils ne fusionnent pas, on est morts. »
En effet, c’est un monde qui s’effondre, car nous sommes alors à la veille du 22 mars 2026. Bassi Konaté, qui a reçu la visite de Marine Tondelier, secrétaire nationale d’EELV, dans les dernières heures de la campagne vendredi au marché de Sarcelles, apparaît déjà comme favori, et les médias nationaux et locaux n’ont pas manqué de souligner le soutien de la France insoumise à cette liste.
La fin de l’âge d’or
Hier soir, aux alentours de 22 heures, Bassi Konaté arrive triomphant à l’hôtel de ville, entouré de ses soutiens, et revendique la victoire après 29 % des bureaux de vote dépouillés, avec une avance qui se dessine nettement. Son adversaire François-Xavier Valentin lui concède la défaite quelques minutes après.
En réalité, ce résultat est tout sauf une surprise : il correspond à la nouvelle sociologie électorale de la ville. Sarcelles figurait parmi les cibles de Jean-Luc Mélenchon, qui y obtenait des scores dépassant les 47 %. Aujourd’hui, toute candidature associée à LFI obtient quasiment automatiquement ce score à Sarcelles en tout cas.
La communauté juive de Sarcelles n’a plus le poids électoral d’autrefois : elle pèse entre 15 et 20 %, mais vote de moins en moins. Pour la première fois depuis presque trois décennies, elle ne sera représentée qu’au conseil municipal, sans probablement de poste d’adjoint, un statut pourtant privilégié jusqu’ici.
Certains, dans l’entourage de Patrick Haddad que j’ai pu interroger, commencent à prendre conscience du retard stratégique, tandis que d’autres craignent que, par manque d’expérience de gestion, Bassi Konaté fasse appel à ses soutiens insoumis, qui administreraient alors de facto la ville.
Des questions se posent aussi sur la sécurité des événements religieux, ainsi que sur les commémorations d’attentats, notamment après certaines polémiques liées aux propos de Jean-Luc Mélenchon. Soit le candidat apaise la situation, soit il devra faire face à une partie de la communauté qui le rejette.
Les raisons du désastre
Elles sont multiples, mais déjà évoquées : le changement démographique à Sarcelles pèse dans la balance. Les départs internes ou vers Israël fragilisent la communauté.
Les divisions internes, ainsi que les guerres d’ego, ont conduit à cette situation ubuesque, où des membres d’une même majorité se sont déchirés, notamment en 2020 entre François Pupponi et Patrick Haddad.
La communauté elle aussi s’est divisée : la « liste bleue », censée représenter officiellement les Juifs de Sarcelles, s’est retrouvée derrière Patrick Haddad, tandis qu’une minorité est restée fidèle à François Pupponi.
Au-delà de cela, la question des alliances et de certaines décisions locales a provoqué de vives polémiques.
L’entrisme islamiste à Sarcelles est également évoqué par plusieurs observateurs. Ainsi, François Pupponi a accordé un terrain de plus de 374 m² à l’association Milli Görüş, organisation controversée et considérée comme problématique dans certains pays européens.
De son côté, des responsables communautaires ont également entretenu des liens avec cette structure, et Patrick Haddad a lui aussi dû composer avec cette réalité locale, notamment en rétrocédant un terrain plus petit à cette même organisation.
Ces choix politiques ont contribué à brouiller les repères et à alimenter les tensions locales.
Désormais, deux choix s’imposent
Il n’y a que deux options : soit l’affrontement, soit entrer dans une phase de dialogue avec le futur maire, qui sera officiellement élu la semaine prochaine lors du conseil municipal.
C’est déjà cette voie que semblent prendre certaines autorités religieuses, qui auraient pris contact avec Bassi Konaté. Certains espèrent que son statut d’enfant de Sarcelles, ayant grandi au contact de la communauté juive, le freinera dans certaines décisions.
L’homme a répété à plusieurs reprises vouloir être « le maire de tous les Sarcellois », rejetant toute logique de division.
Mais sans décisions claires, sa neutralité pourrait fragiliser encore davantage une communauté déjà affaiblie.
Reste une question centrale : quelle sera la place réelle de La France insoumise dans la gestion de la ville ?
En ce lundi 23 mars 2026, de nombreuses questions restent ouvertes, et les prochaines semaines seront décisives pour l’avenir de Sarcelles.
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