Daniel Horowitz

Daniel Horowitz est né en Suisse, où ses parents s’étaient réfugiés pour fuir l’occupation de la Belgique. Revenu à Anvers il grandit au sein de la communauté juive. A l’âge de quinze il entre dans l’industrie diamantaire et y fait carrière. Passé la soixantaine il émigre en Israël où il se consacre désormais à l’écriture.

Les articles de Daniel Horowitz

Gaza et Molenbeek même combat par Daniel Horowitz

Molenbeek et Gaza même combat

MolenbeekMolenbeekLe monde découvre avec stupeur l'existence de Molenbeek, cette obscure commune de l'agglomération bruxelloise devenue sanctuaire islamiste et repaire d'assassins. Il est vrai qu'après les attentats de Paris les autorités belges sont intervenues de manière musclée, mais le rôle des forces de l'ordre est comparable à celui des pompiers: on les appelle généralement quand l'incendie s'est déjà déclaré, c'est-à-dire trop tard.

Dans un société démocratique, prévenir le terrorisme consiste à ne pas transiger sur certains principes. De ce point de vue l'Europe a failli en fermant les yeux sur l'islamisme, dont les objectifs sont pourtant clairs. Penser que Paris pouvait échapper à cette calamité est d'un coupable aveuglement.

Tous les musulmans ne sont pas islamistes, mais il n'en est pas moins vrai que tous les islamistes vivent comme des poissons dans l'eau parmi les musulmans. Il y a une espèce d'omerta qui tétanise ces populations, dont on ne distingue pas bien si elle repose sur une adhésion tacite, une complaisance criminelle ou une terreur indicible.

Il y a une sorte de schizophrénie en Europe à ne pas admettre que les forces islamistes qui appellent à liquider Israël sont les mêmes que celles qui mettent des salles de spectacles et des restaurants à feu et à sang à Paris.

Le grand public a pu croire que les attentats visant l'Hyper Casher ou Charlie-Hebdo signalaient ce qu'il fallait ne pas être pour se sentir en sécurité en France. Le grand public a pu le croire, mais les autorités sont impardonnables de l'avoir cru. Certains ont même cru bon de suggérer que ne plus porter de kippa et ne plus s'en prendre au Prophète rétablirait le calme. Ces jours-ci le gouvernement belge a même franchi un nouveau pallier: ne plus aller au cinéma, ni aux compétitions sportives, ni à l'école. Pour le moment il semble encore permis de respirer, mais allez savoir ce que les politiciens vont encore trouver avant d'aller à l'essentiel.

Nous savons depuis la Shoah que l'antisémitisme est le plus sûr indice d'une société qui perd ses repères. Aujourd'hui c'est l'antisionisme - avatar de l'antisémitisme - qui joue ce rôle. Le parti-pris antisioniste d'une majorité d'intellectuels et de journalistes en Europe est inquiétant non seulement pour Israël, mais pour le monde libre lui-même. Faire une différence entre le Hezbollah, le Hamas et l'Iran d'une part, et Daesh et Al Qaeda d'autre part n'a aucun sens, parce que l'islamisme est une idéologie qui n'a ni feu ni lieu. Son ennemi est le genre humain tout entier, ce qui inclut les terroristes eux-mêmes, qui considèrent la mort - celle des autres comme la leur - comme valeur suprême.

Si l’Europe ne prend pas la mesure de ce fléau, les choses n’en resteront pas là, parce que les Djihadistes ne savent que trop bien avec quelle facilité ils peuvent opérer dans un Etat de droit. C'est pour cela qu'il y va de l'intérêt de l'Europe que de soutenir l'Etat d'Israël et de cesser de le stigmatiser avec des directives bêtes et méchantes comme l'étiquetage de produits de Cisjordanie. Il n'est pas anodin de noter que les  responsables politiques français ont voté cette ignominie qui a englouti des fortunes en commissions spéciales et en consultants, alors qu'au même moment des Djihadistes s'apprêtaient à exterminer des Parisiens à la Kalachnikov.

Ces mêmes Djihadistes qui de Tel Aviv à Paris sèment la mort partout où il y a des vivants; qui non seulement prônent que la fin justifie les moyens, mais que les moyens sont en eux-mêmes une fin; qu'il s’agit moins pour eux de s’emparer du monde que de le quitter avec éclat; que le paradis au ciel vaut bien l’enfer sur terre.

l’Europe a le devoir de soutenir cette minuscule démocratie qu'est l’Etat d’Israël confronté à une guerre dont l'Europe n’entend que les bruits de bottes mais qui deviennent de plus en plus audibles. A bon entendeur salut.

Israël et Europe, même combat.

Lucy Aharish ou la pasionaria d’Israël par Daniel Horowitz

la passionara journaliste arabe Lucy Aharis

 

Lucy Aharish ou la pasionaria d’Israël journaliste arabe

Lucy Aharish ou la pasionaria d’Israël journaliste arabe

Lucy Aharish est un symbole de première importance pour Israël.
Diplômée de sciences politiques et de journalisme, cette jeune intellectuelle est charismatique, éloquente, courageuse et intelligente.

Elle mène une brillante carrière de chroniqueuse dans plusieurs médias, dont I24 News.
Ses interventions prennent les téléspectateurs aux tripes et nous apprend souvent plus sur la réalité israélienne que cette presse versatile où journalistes de tous bords se font concurrence à coups de slogans.

Quand on lui demande de définir son identité elle répond qu'elle est israélienne, femme, arabe et musulmane, "dans cet ordre", précise-t-elle. Mais quand on la pousse dans ces retranchements, elle finit par s'écrier qu'elle "n'est ni arabe ni juive ni chrétienne ni musulmane ni druze ni bouddhiste ni circassienne ni de gauche ni de droite. Qu'elle en a assez de voir des enfants enlevés, assassinés ou brûlés vifs. Qu'elle ne veut plus entendre hurler des sirènes ni voir des missiles déchirer le ciel. Qu'il faut prendre conscience de cette rage et de cette haine qui est en train de nous détruire."

Aharish a un ton, une fraîcheur et une intensité sans précédent dans le monde médiatique israélien. Malgré les préjugés qui auraient pu entraver son ascension, elle a réussi à s'imposer à force de persévérance. Lors de ses émissions elle interpelle avec un naturel désarmant et incisif aussi bien des représentants du Hamas que des fondamentalistes juifs que des personnalités américaines, le tout dans leurs langues respectives, qu'elle maitrise à la perfection.

Aharish prend soin de ne représenter qu'elle-même. C'est une arabe musulmane mais elle refuse de se laisser enfermer dans des clichés. D'une part elle ne craint pas de critiquer la politique des leaders palestiniens, dont elle estime qu'elle ne mène à rien, et d'autre part elle fustige la discrimination que subissent les arabes d'Israël.

Israël est la maison de cette femme sans peur et sans reproche, tout comme celle de ses millions de concitoyens arabes ou juifs. Mais Aharish n'est ni suicidaire ni donquichottesque. Elle évolue avec panache dans l'espace public israélien, mais c'est quelqu'un de talentueux et de brillant qui ne se laissera pas consumer si son combat mène à l'impasse.

Elle constitue un atout unique pour la société israélienne, or ce serait un immense gâchis si d'aventure elle choisissait de s'expatrier pour échapper à l'hostilité de certains milieux. Elle est en effet la cible à la fois d'un certaine droite, d'une certaine gauche et de beaucoup d'arabes toutes tendances confondues.

Cela n'empêche pas de nombreux israéliens d'être subjugués lors de ses interventions publiques. Si un jour elle décidait de partir sous d'autres cieux ce serait très mauvais signe pour Israël. Cette femme ambitieuse est loin d'avoir déployé tout son potentiel, alors si malgré tout elle éprouvait le désir de s'éloigner ce serait peut-être une bonne idée de lui proposer le poste d'ambassadeur d'Israël à l'ONU.

BDS ou le nouvel antisémitisme par Daniel Horowitz

Le BDS le nouvel antisémitisme par Daniel Horowitz

La campagne BDS (Boycott, Désinvestissement et Sanctions) appelle le monde entier à exercer des pressions économiques, académiques, culturelles et politiques sur Israël.

Cette ignominie initiée par des ONG palestiniennes en 2005 ne mérite ni considération ni dialogue, parce qu’elle a pour objectif la liquidation pure et simple de l’Etat d’Israël.

Ce mouvement est par ailleurs doublement illégal : d’une part il se fonde sur l’antisémitisme, et d’autre part ce boycott est une infraction pénale dans la majeure partie du monde occidental.

En France les personnes appelant au boycott d’Israël tombent sous le coup de la loi parce que cette incitation est assimilée à une  «provocation publique à la discrimination envers une nation», punissable d’un an d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende.

Un des aspects les plus choquants – et aussi les plus absurdes – de cette initiative est l’ostracisme académique. Non seulement la quasi-totalité des étudiants palestiniens d’Israël font leurs études dans les universités locales, mais tous les étudiants quels qu’ils soient jouissent sur les campus de la liberté d’expression la plus totale, en particulier quand il s’agit de s’opposer au gouvernement.

BDS s’attaque aux universités israéliennes mais se désintéresse des milieux académiques arabo-musulmans, bien connus pour leur ouverture et leur tolérance.

BDS ne s’intéresse pas non plus aux système éducatif du Hamas à Gaza, pas plus qu’il ne s’intéresse au sort des palestiniens en général, que le monde arabe tient enfermé dans des camps en leur refusant les droits humains les plus élémentaires, à commencer par la citoyenneté.

Le boycott d’Israël n’a pour le moment que peu de succès, mais Israël doit être vigilant parce que l’antisémitisme a fait ses preuves en tant que slogan fédérateur, et a la propriété de mettre beaucoup de monde d’accord du moment qu’il s’agit de s’attaquer aux Juifs.

Ce boycott est à double tranchant pour ceux qui tentent de l’appliquer. Les universités israéliennes sont à la pointe dans les disciplines les plus diverses, de l’irrigation à la médecine, de l’éducation à l’informatique, de la nanotechnologie à la recherche spatiale, de l’archéologie à la physique nucléaire, de la littérature comparée à l’histoire de l’Art.

Dans le domaine de l’industrie Israël détient le record mondial par habitant en matière d’innovation technologique, exporte son savoir-faire dans le monde entier, et il n’y pratiquement pas une seule machine au monde qui fonctionne sans l’un ou l’autre brevet ou composant israélien.

En attendant le plus grand préjudice que BDS est susceptible d’infliger à Israël est de l’ordre de la diffamation. Ben-Dror Yemini, intellectuel et politologue israélien de renom,  explique que « Le problème n’est pas la critique d’Israël. Le problème est le tissu de mensonges à propos d’Israël, qui constitue le plus grand obstacle à la paix. Au plus gros le mensonge, au plus crédible il apparaît aux masses. Les Nazis avaient déjà déterminé que les Juifs étaient les plus grands ennemis du Troisième Reich, qu’ils dominaient l’Union Soviétique, les Etats-Unis et la Grande Bretagne. De nos jours Israël est accusé de génocide, alors que ce sont les tueurs islamistes qui appellent à l’extermination des Juifs. ».

Le BDS appelle au boycott d'Israël un nouvel antisémitisme

Le BDS appelle au boycott d'Israël un nouvel antisémitisme

Le combat contre BDS concerne tous ceux qui pensent que la pérennité d’Israël est essentielle non seulement pour les Juifs, non seulement pour les palestiniens, mais aussi pour l’ensemble du Moyen-Orient, pour autant qu’on lui souhaite de sortir un jour de sa faillite spirituelle et économique.

Hannah Arendt estimait qu’être juif signifiait « d’abord et avant tout une appartenance politique et nationale », et que  « lorsque l’on est attaqué en qualité de Juif, c’est en tant que Juif que l’on doit se défendre ».

C’est pour cette raison, et bien qu’Israël compte de nombreux amis à travers le monde, que la défense d’Israël doit être assurée en premier lieu par les Juifs eux-mêmes, pour autant qu’ils se disent partie prenante du projet sioniste. C’est à eux de monter au créneau où qu’ils se trouvent, d’abord parce que c’est leur devoir moral, et ensuite parce que c’est leur devoir tout court.

Que ces Juifs aient ou non l’intention d’émigrer un jour en Israël, ils doivent garder à l’esprit que la « Loi du Retour » constitue un engagement de la part d’Israël de maintenir ouvertes ses portes à tout Juif qui désire s’y établir. Cette obligation a un prix non seulement en sang et en larmes, mais aussi en effort au quotidien pour que vive l’Etat juif.

Et pour ceux parmi ces Juifs de la Diaspora qui n’ont pas les moyens d’assister Israël dans son combat, la dignité la plus élémentaire commande de lui être inconditionnellement solidaire.

Nathanyahu et le Grand Mufti par Daniel Horowitz

Nathanyhu et le grand mufti explication par Daniel Horowitz

 

Pourquoi-Benyamin-Netanyahou-attribue-t-il-la-solution-finale-au-grand-mufti-de-Jerusalem par Daniel Horowitz

Pourquoi-Benyamin-Netanyahou-attribue-t-il-la-solution-finale-au-grand-mufti-de-Jerusalem par Daniel Horowitz

 

 

Un orage médiatique s'est abattu ces jours-ci sur le Premier Ministre d'Israël Benjamin Netanyahu suite à ses propos tenus en anglais lors d'une conférence du Congrès Sioniste à Jérusalem. En voici la traduction:

"Hitler n'avait pas l'intention d'exterminer les Juifs à cette époque 1. Il voulait les expulser. Le Grand Mufti de Jérusalem2 alla trouver Hitler pour lui dire "si vous expulsez les Juifs ils iront tous là-bas [en Palestine]. Hitler lui demanda "mais alors que dois-je faire d'eux"? Les bruler, répondit le Grand Mufti ".

Suite à cela, journalistes, chroniqueurs, intellectuels d'obédiences diverses et historiens de tous bords ont été pris d'hystérie collective. Netanyahu a été accusé d'ignorance, de négationnisme, d'incitation à la haine, de déculpabilisation des Nazis et d'opportunisme politique. La Chancelière d'Allemagne s'est même crue obligée de préciser que c'était bien les Allemands qui avaient été responsables de la Shoah. En réalité, pratiquement personne ne s'est donné la peine d'écouter avec discernement les propos de Netanyahu ni de les vérifier, alors qu'il s'agissait d'une vérité à la portée de tous.

Mohammed Amin al-Husseini fut le Grand Mufti de Jérusalem de 1921 jusqu'à la proclamation de l'Etat d'Israël en 1948. Proche des Frères musulmans, il était non seulement favorable à la liquidation des Juifs de Palestine, mais aussi à celle des Juifs du monde entier. C'est le père spirituel de l'islamisme radical de notre époque, qui appelle à éradiquer Israël et à exterminer les Juifs où qu'ils soient. Mohammed Amin al-Husseini est considéré par les Palestiniens comme un héros national et une référence en matière religieuse.

C'est tout naturellement que le Grand Mufti fut séduit par les Nazis dès leur arrivée au pouvoir en 1933, et qu'il devint le plus grand des collaborateurs dans le monde arabe3. En récompense, il obtint le titre d'"Aryen d'honneur" et prêta allégeance à Hitler en déclarant que "les nations arabes sont convaincues que l'Allemagne va gagner la guerre. Ils sont les alliés naturels de l'Allemagne puisqu’ils ont les mêmes ennemis, à savoir les Anglais, les Juifs et les communistes. Ils sont donc prêts à coopérer de tout cœur avec l'Allemagne et à participer à la guerre, notamment en constituant une légion arabe". Il mit cette promesse en pratique en créant une section arabe de la Waffen SS4.

La philosophe Hannah Arendt releva au cours du procès Eichmann 5que "les connexions du Grand Mufti avec les nazis étaient de notoriété publique, parce qu'il espérait qu’elles l’aideraient à exécuter une variante de la Solution Finale au Proche-Orient "6.

Après la guerre, le Grand Mufti se réfugia à Paris sous l'œil complaisant des autorités, bien qu'étant recherché comme criminel de guerre. La France ne l'inquiéta pas, refusa de l'extrader, et craignant le monde arabe, finit par le laisser s'échapper avec la complicité du Quai d'Orsay7, qui lui fournit un faux passeport.

Dieter Wisliceny, adjoint d'Eichmann, témoigna au tribunal de Nuremberg que "le Grand Mufti avait suggéré à plusieurs reprises à Hitler, Ribbentrop et Himmler d'exterminer le peuple Juif, considérant que ceci constituait la meilleure solution pour résoudre le problème palestinien8". Les nombreux commentaires du Grand Mufti diffusés à partir de l'Allemagne exprimaient son soutien à la Solution Finale9. Dans ses émissions radiophoniques en direction du monde Arabe, il incitait à "tuer les Juifs où qu'ils se trouvent parce que c'est la volonté de Dieu".

En accédant au pouvoir en 1933, les Nazis avaient fermement l'intention de se débarrasser des Juifs, tout en n'imaginant peut-être pas où cela allait les mener une décennie plus tard. Ils étaient persuadés à cette époque qu'en rendant la vie impossible aux Juifs, ceux-ci finiraient par partir, comme ce fut le cas lors de l'expulsion d'Espagne cinq siècles plus tôt.

Les lois raciales de Nuremberg de 1935 entrainèrent le boycott, la révocation de la fonction publique, la radiation des avocats, l'exclusion des médecins, la mise au ban des artistes, le renvoi des journalistes, l'interdiction des stations thermales, des cinémas, des bibliothèques et des transports publics, le tout accompagné de pogroms.

Au cours de cette période, Eichmann fut chargé de prendre en compte le sionisme comme moyen de promouvoir l'émigration des Juifs vers la Palestine, et noua des contacts avec des milieux sionistes afin d'accélérer le processus. En 1937 il fit un voyage en Palestine pour étudier la question, après quoi il entreprit de stimuler l’émigration. Ses exploits furent applaudis par ses supérieurs et ses méthodes prises comme modèle pour la gestion des affaires juives. Il reçut la charge d'organiser l’émigration forcée avec un mélange de terreur et de chicanerie10.

La "Haavara" fut un accord conclu en 1933 entre le régime nazi et la Fédération sioniste d'Allemagne, consistant à faciliter le transfert de biens juifs vers la Palestine afin d'inciter les Juifs à s'y établir. Cette formule était du point de vue nazi un moyen élégant de se défaire des Juifs du Reich. Werner Otto Von Hentig, haut fonctionnaire en charge des questions palestiniennes, soutint d'ailleurs avec force la création d'un État juif en Palestine. 50 000 Juifs parvinrent à y émigrer grâce cet accord, qui resta en vigueur jusqu'en 1942, année de la Conférence de Wannsee.

En 1938 Eichmann établit un mémorandum pour encourager l’émigration juive hors d’Europe11 et fut chargé d'organiser la déportation de quatre millions de personnes à Madagascar. Il produisit un dossier prévoyant le transport annuel d'un million de juifs. Le plan prévoyait de les spolier pour financer la logistique, après quoi ils seraient forcés d'y émigrer. La SS s'occuperait du ramassage en Europe et de l'administration de l'île. Mais comme Madagascar était sous le contrôle des britanniques et que les Allemands n'arrivaient pas à les en déloger, ce plan ne vit jamais le jour.

Eichmann continua néanmoins à soutenir l’émigration par d'autres moyens, et travailla avec des passeurs sionistes pour expédier des Juifs en Palestine. Par ailleurs les autorités nazies envisagèrent un temps de les expulser vers la Russie, une fois que l’Armée rouge serait vaincue12.

La démarche du Grand Mufti chez Hitler fut donc bel et bien l'expression de son inquiétude par rapport aux conséquences d'une éventuelle expulsion massive de Juifs du Reich, dont un nombre non négligeable risquait d'aboutir en Palestine et de renforcer ainsi le Yishouv13.

Il s'avéra plus tard que cette perspective n'était plus à l'ordre du jour en 1941, parce que les Britanniques avaient verrouillé la Palestine au moyen du Livre Blanc14 et qu'aucune autre puissance n'était disposée à accueillir les Juifs. C'est alors que s'imposa chez les Nazis la conviction que la seule solution restante, qui devait être finale, serait d'exterminer les Juifs de manière systématique et industrielle.

Netanyahu a donc raison de rappeler qu'au moment de la rencontre entre le Grand Mufti et Hitler, les Nazis en étaient encore à expulser les Juifs, même s'il est vrai que des tueries avaient commencé, encore que les meurtres de civils par les Allemands faisaient rage partout où ils mettaient les pieds.

Ce que Netanyahu a voulu mettre en évidence dans son discours, c'était que le Grand Mufti et Hitler avaient théorisé leur délire antisémite bien avant la Shoah, mais que le Grand Mufti avait été le premier des deux à envisager un génocide dès les années 1920, eu égard à la présence juive en Palestine. Netanyahu ne dit en revanche pas que c'est le Grand Mufti qui a donné à Hitler l'idée de la Solution Finale, mais bien qu'il a eu un rôle important dans sa promotion en s'opposant à l'émigration juive vers la Palestine.

Enfin Netanyahu a voulu rappeler la nature irréductible du courant fasciste, nazi et antisémite incarné par le Grand Mufti, dont l'idéologie irrigue et inspire en ce moment même l'Intifada des couteaux.

1 "Cette époque" renvoie à l'entrevue entre le Grand Mufti et Hitler en 1941. La plupart des commentateurs semblent avoir ignoré ce point. Sans cette précision la phrase de Netanyahu aurait eu un tout autre sens.

2 Un mufti est un religieux musulman qui a l'autorité d'émettre des fatwas. Dans chaque État de l'Empire ottoman il était le Grand Mufti était la plus haute autorité religieuse du pays.

3 Etude de Matthias Küntzel publiée dans Jewish Political Studies Review

4 Organisation paramilitaire et policière nazie

5 Criminel de guerre nazi responsable de la logistique de la Solution Finale

6 Eichmann à Jérusalem : rapport sur la banalité du mal de Hannah Arendt

7 Tsilla Hershco: Histoire d'une évasion [archive], Revue Controverses, n°1, mars 2006.

8 Zvi Elpeleg, Hamufti Hagado 1989, p. 74,75

9 Zvi Elpeleg, Through the Eyes of the Mufti: The Essays of Haj Amin

10 David Cesarini(2013-09-05). Adolf Eichmann

11 David Cesarini(2013-09-05). Adolf Eichmann.

12 David Cesarini(2013-09-05). Adolf Eichmann.

13 Le Yishouv désigne la communauté juive en Palestine avant la création de l'État d'Israël.

14 En mai 1939, alors que les Juifs sont persécutés par le Troisième Reich, les Britanniques leur réduit l'accès à la Palestine de manière draconienne.