Claude Layani

Ministre du culte à Fribourg en Suisse durant 33 ans, j'étais aussi bibliothécaire scientifique à la Bibliothèque cantonale et universitaire, comme responsable des acquisitions. J'étais aussi journaliste à la Gazette juive de Bâle ainsi que dans wochenblatt de Zürich pendant de longues années. En fait avec Alliance j'ai eu la joie et le privilège de continuer mes activités littéraires et mes fonctions rabbiniques en publiant le commentaire de la sidra. Engagé dans les relations judéo-chrétiennes, il m'arrivait de faire des conférences à l'Université catholique de Fribourg sur le judaïsme. Pratiquement toutes les écoles et les collèges sont venus visités notre synagogue et le résultat de ce travail, la communauté juive avait une place non négligeable . Nous étions invités toutes les années à la présentation des vœux auprès du gouvernement et de l'évêché. A mon départ à la retraite je laisse une communauté pas loin de l'extinction faute de fidèles. A Nic e je me suis investit dans la rédaction du journal Nitzan, au Bné Brith Loge Côte d'Azur dans le secteur de la culture.
Voici ces quelques lignes qui tracent un parcours engagé pour la communauté et pour le judaïsme qu'il faut faire connaître car nous sommes le ferment ,le sel pour l'humanité. Nous sommes encore présent aujourd'hui car nous avons la mission de délivrer le message divin.

Les articles de Claude Layani

Livre juif : De la violence juive de Hervé Elie Boukobza

Si de nos jours la violence religieuse est davantage le fait des dérives islamiques, l'on ne peut occulter qu'elle est et qu'elle a aussi été le fait des autres religions.

Par conséquent, lorsque l'on assiste à un déferlement de la violence commise au nom de l'islam que ce soit par le terrorisme politique, ou par l'attitude des Etats soumis à la Charia, il est de la responsabilité de tous les acteurs religieux, et plus particulièrement ceux des religions monothéistes, de s'interroger sur les causes profondes d'un tel phénomène.

Comment d'un côté se revendiquer d'un Dieu d'amour, favoriser un discours de paix, et de l'autre se taire devant la violence commise au nom de ce même Dieu ?

C'est autour de cette question que, sans être le représentant d'aucune synagogue, d'aucune chapelle, ni d'aucune mosquée, Hervé élie Bokobza nous livre une réflexion en lien avec le judaïsme. Cet essai, qui se veut sans compromis et sans parti pris, prend acte de la présence des textes violents dans la Torah, qui peuvent servir de justification aux crimes commis en son nom, particulièrement en Israël.

A travers une analyse fouillée, l'auteur s'engage à montrer à partir de la cohérence même des écrits religieux qu'il est possible de contrecarrer le discours de ceux qui instrumentalisent les textes pour justifier les pires violences.

Choix de Claude Layani

Livre juif : Les inséparables Simone Veil et ses soeurs

Elles sont trois sœurs : Madeleine, Denise et Simone Jacob, rescapées des camps de la mort. Madeleine, dite Milou, et Simone déportées avec leur mère Yvonne parce que juives à Auschwitz et à Bergen-Belsen ; Denise, à Ravensbrück.

Rapatriées en mai 1945, Milou et Simone apprennent à Denise, déjà rentrée, que leur mère est morte d’épuisement. De leur père, André, et de leur frère Jean, elles espèrent des nouvelles. Déportés en Lituanie, ils ne reviendront jamais.

Pour les sœurs Jacob, le retour est tragique. À la Libération, on fête les résistants, mais qui a envie d’écouter le récit des survivants ? Milou et Simone ne rencontrent qu’indifférence, incompréhension et gêne, alors elles se taisent.

Mais, peu à peu, la vie reprend ses droits. Les jeunes femmes semblent heureuses quand, en 1952, Milou meurt dans un accident de voiture. Denise et Simone restent les deux seules survivantes d’une famille décimée. Plus que jamais inséparables.

Dans ce récit poignant, Dominique Missika éclaire la jeunesse des filles Jacob, toutes trois si belles et si vaillantes, et raconte ce qui a souvent été tu : la difficulté de certains déportés à trouver une place dans la France de l’après-guerre.

À partir de ses souvenirs personnels et d’archives inédites, l’auteure, qui a été proche de Simone Veil devenue une icône républicaine, et de Denise Vernay, combattante inlassable de la mémoire de la Résistance et de la déportation, dévoile ici un pan intime et méconnu de l’histoire de ces sœurs admirables.

Dominique Missika est historienne. Elle a publié plusieurs ouvrages sur la France sous l’Occupation, dont L’Institutrice d’Izieu (Seuil, 2014)

 

Choix de Claude Layani

Livre juif : Un monothéisme sans dieu de François Racheline

Le monothéisme inauguré par la Bible hébraïque est étrange : jamais le texte n’emploie l’expression « dieu unique » ; le nom de la divinité n’est pas prononçable ; tous les vocables utilisés par défaut pour l’évoquer sont des pluriels. Cette absence parfaitement assumée invente un divin inattendu : invisible, inaccessible, indicible.

Comment interpréter cet effacement complet ? La Bible proposerait-elle un monothéisme sans dieu ? Ces interrogations forment la trame d’une enquête qui explore le texte biblique dans ses difficultés comme dans ses infinies richesses.

 

Choix de Claude Layani

Livre juif : Mémoire et Pardon de Catherine Chalier

Par quel passé sommes-nous habités, voire hantés ? Pouvons-nous nous en détacher, l'oublier, tourner la page, ou sommes-nous voués à raviver sans cesse le souvenir des souffrances ?

N'y aurait-il pas une autre voie possible, celle d'une conscience de ce qui est advenu permettant de résister de façon créative au mal ? Le pardon suffirait-il ? Mais à quelle condition ?
Une « réparation » des traumatismes n'est-elle pas nécessaire ?

C'est à ces questions qui surgissent, encore aujourd'hui, du tragique de nos histoires personnelles et collectives, que se confronte Catherine Chalier, à partir des textes bibliques et de la tradition juive de leur interprétation, mais aussi en interrogeant quelques grandes figures de la philosophie contemporaine : Levinas, Ricoeur, Derrida, Jankélévitch. Pour esquisser un chemin de libération…

Choix de Claude Layani

Livre juif : Réflexions sur la question antisémite de Delphine Horvilleur

Sartre avait montré dans Réflexions sur la question juive comment le juif est défini en creux par le regard de l’antisémite. Delphine Horvilleur choisit ici de retourner la focale en explorant l’antisémitisme tel qu’il est perçu par les textes sacrés, la tradition rabbinique et les légendes juives.

Dans tout ce corpus dont elle fait l’exégèse, elle analyse la conscience particulière qu’ont les juifs de ce qui habite la psyché antisémite à travers le temps, et de ce dont elle « charge » le juif, l’accusant tour à tour d’empêcher le monde de faire « tout »  ; de confisquer quelque chose au groupe, à la nation ou à l’individu (procès de l’« élection ») ; d’incarner la faille identitaire ; de manquer de virilité et d’incarner le féminin, le manque, le « trou », la béance qui menace l’intégrité de la communauté.

Cette littérature rabbinique que l’auteur décortique ici est d’autant plus pertinente dans notre période de repli identitaire que les motifs récurrents de l’antisémitisme sont revitalisés dans les discours de l’extrême droite et de l’extrême gauche (notamment l’argument de l’« exception juive » et l’obsession du complot juif).

Mais elle offre aussi et surtout des outils de résilience pour échapper à la tentation victimaire : la tradition rabbinique ne se soucie pas tant de venir à bout de la haine des juifs (peine perdue…) que de donner des armes pour s’en prémunir.
Elle apporte ainsi, à qui sait la lire, une voie de sortie à la compétition victimaire qui caractérise nos temps de haine et de rejet.

 

Choix de Claude Layani

Fête juive : TOU BICHEVAT, fête de la nature et des arbres

TOU BICHEVAT Fête de la nature et des arbres

Le dimanche soir 20 janvier correspond au 15e jour du mois de Chevat, appelé traditionnellement « Nouvel An des arbres ». Les arbres sont à la mode. On les aime, ils sont le symbole de l’antipollution.

Quelle occasion rêvée d’enfourcher nous aussi le cheval de l’antipollution pour gambader à travers cette nature à la fois  si lointaine et si proche. Pas pour faire du néo-scoutisme ou pour voir la nature comme dit avec ironie le penseur sioniste Aron David Gordon « une boutique d’alimentation, un entrepreneur appelé à satisfaire ses désirs matériels et spirituels ».

Plutôt pour l’aimer comme « source de vie », lieu d’accomplissement pour l’homme. Il sera donc question d’antipollution, mais aussi de midrache de fête et de rites chargés d’espérance.

On n’a pas le droit de jeûner à Tou Bichevat. On travaille comme tous les jours, mais en Israël, Tou Bichevat, le nouvel an des arbres, symbolise au milieu des chansons des écoliers qui vont planter des arbres, le renouveau d’Israël sur sa terre.

Pendant plus de 2000 ans d’exil, toutes les générations d’Israël ont fêté le 15 chevat en pensant à Israël où l’hiver prend fin et où nous assistons au réveil de la nature. C’est à ce moment que la sève commence à monter dans les branches.

Tou Bichevat rappelle au Juif que « pour créer son monde », le Saint Béni Soit-Il a commencé par planter des arbres comme il est écrit: « Et D.ieu planta le jardin d’Eden ». C’est pourquoi, lorsque vous entrerez dans le pays d’Israël, votre première occupation devra être la plantation des arbres (Vayikra Rabba 25).

Tou Bichevat en Israël planter les arbres

Tou Bichevat en Israël planter les arbres

C’est encore à propos de l’arbre fruitier que le Midrache précise « lorsqu’on coupe un arbre fruitier, sa voix s’élève d’une extrémité à l’autre de la terre. Mais personne n’entend sa voix » . Si bien que la véritable signification de Tou Bichevat, qui s’accorde d’ailleurs avec sa valeur légaliste, rejoint la préoccupation de nourriture plutôt que celle d’écologie.. Encore que l’une soit étroitement liée à l’autre.

Il est remarquable de noter combien le souci de la nourriture des hommes qui s’identifie au problème majeur de notre civilisation, celui de la faim dans le monde, a constamment hanté la conscience biblique, et celle du midrache.

Une énumération de textes sur ce sujet, n’est pas possible faute de place. Mais le plus caractéristique est sans doute le commentaire sur le psaume 136 qui concerne la lecture biblique de cette semaine (Bechal’h) qui célèbre les hauts faits de D.ieu fendant le flot de la Mer Rouge devant le peuple qu’il libéra d’Egypte.

Le psaume termine en louant D.ieu qui donne à manger « à toute chair ». Le midrache d’expliquer: « Il est plus difficile pour D.ieu de nourrir les hommes que de fendre la Mer Rouge ». Ce qui pourrait se traduire, aussi, par l’affirmation: que résoudre le problème de la faim dans le monde, D.ieu a besoin des hommes.

Aujourd’hui, cette demi fête a pris un caractère universel car elle apporte un remède à notre environnement pollué et à la mort de nos forêts. En plantant des arbres nous faisons reculer le désert et nous pouvons ainsi pouvoir semer et récolter la nourriture nécessaire à l’homme.

Cette fête devrait concerner tous les hommes car elle apporte un remède  à la désertification de notre planète et par là une participation active contre la faim dans le monde.

 

Claude Layani

 

Livre juif : Fuck America. Les aveux de Bronsky - Edgar Hilsenrath

"Mon amour, mon amour, ô mon amour, maintenant je crie en plein visage. Vas-tu pleurer, vas-tu revenir, délaisser tes ombres et me sourire, répondre à cette attente infernale, m'empêcher de sombrer de trop de solitude ?

Je voudrais lacérer ton épaule, cracher un venin verdâtre, t'anéantir de mes pensées, souffler sur ma douleur, t'aimer intensément. Tu entends, tu entends ?". Sur le trajet vers l'inéluctable, se croisent les pensées de l'homme brun et de la femme rousse.

Avec l'homme brun, on entend, voit, sent tout ce qui se passe dans le wagon. Avec la femme rousse, on partage la passion amoureuse qu'elle chante dans sa tête, le grand amour qu'elle appelle à son secours. Dans ce premier roman oscillant entre rêve et réalité, Yves Flank choisit de faire revivre ses grands-mères sous les traits d'une femme amoureuse.

 

Choix de Claude Layani

Livre juif : Tu seras si jolie de Pierre Rehov

Un roman féministe original, dont le ton oscille entre humour et gravité, cynisme et légèreté.

Jusqu'où iriez-vous par amour... pour votre animal de compagnie ? Emma, célibataire endurcie et mal dans sa peau, apprend que sa petite chienne, l'amour de sa vie, est atteinte d'une maladie grave et que seuls des traitements au coût exorbitant pourront la sauver.

Qu'à cela ne tienne, pour payer les frais vétérinaires, et malgré l'aversion que cela lui inspire, Emma accepte de participer à une émission de téléréalité qui transforme des candidates au physique disgracieux en  canons de beauté, à coups de chirurgie plastique.

De son côté, Faouzi est un adolescent perdu, en quête de valeurs, et terrassé par le récent décès de sa mère. En conflit avec son père, et avec ses soeurs qu'il juge trop émancipées, il décide de squatter une résidence avec ses nouveaux frères, qui lui ont promis la paix spirituelle... à condition qu'il suive leurs traces.

Alors que l'une est à l'aube de sa transformation physique et l'autre en voie de radicalisation, Emma et Faouzi verront leurs chemins se croiser. Pourront-ils s'entraider ou vont-ils s'attirer mutuellement des ennuis qu'ils n'auraient pu soupçonner ?

Tu seras si jolie..., dont le ton oscille entre humour et gravité, est un cri de révolte contre l'exploitation outrancière de l'apparence de la femme dans notre société, tandis qu'ailleurs, celle-ci n'a aucun droit, pas même celui de montrer son visage. Et si le statut de la femme était tout simplement au coeur du choc des civilisations ?

 

Choix de Claude Layani

Livre juif : La Maison de ruines de Ruby Namdar

Foisonnant, érudit, baroque, évoquant rien moins que Saul Bellow, Tom Wolfe ou Philip Roth, un roman tout en excès et en humour, qui s'attaque aux épineuses questions de l'identité et de la religion, avec en fond une critique grinçante de l'Amérique d'aujourd'hui. Couronnée par le prix Sapir, une œuvre puissante, jubilatoire, mystique, un véritable morceau de bravoure littéraire.

Souvent, Andrew Cohen se dit qu'il est au zénith de sa vie. Séduisant professeur d'université, ce quinquagénaire fringant fascine ses élèves avec de piquants essais – La critique de la culture ou la culture de la critique ? – et devrait bientôt obtenir la promotion qu'il espère tant. Il mène une vie épatante, entre réceptions chics dans son bel appartement de l'Upper West Side et vernissages dans les galeries de Manhattan ; il n'est que tendresse pour son ex-femme et leurs deux jolies filles et passe des soirées torrides avec Ann Lee, sa sublime maîtresse de vingt-cinq ans.

Mais...
C'est d'abord cette promotion qui lui échappe ; un gros malentendu avec son ex-femme ; les nuits avec Ann Lee qui se font trop sages ; cette soirée caritative décadente où tout l'écœure soudain.
Et puis ces flashs dans sa tête, ces visions terrifiantes : violence, pillages, la destruction du Temple de Jérusalem, l'Holocauste. 

Le professeur Cohen est en train de perdre pied.

 

Choix de Claude Layani

Livre juif : La Torah n'est pas au ciel de Eliezer Berkovits

Dans cette synthèse magistrale, Eliezer Berkovits (1908-1992), un des grands rabbins et philosophes juifs du XXe siècle, analyse avec clarté les enjeux profondément humains de la Loi juive, la halakhah.

Sa réflexion est nourrie de ses responsabilités de grand rabbin de Berlin en 1939, où il mesura comment une application trop rigide de la loi avait des effets catastrophiques pour certains Juifs mis dans l’incapacité d’émigrer.

Ces impasses le hanteront et inspireront une bonne partie de son œuvre ultérieure, qu’elle porte sur le get (acte de divorce) et la condition des femmes ou le statut de la halakhah dans le contexte de la Shoah.

Explorant les diverses techniques d’exégèse employées par les rabbins pour faire évoluer le droit, il s’interroge sur la notion d’autorité et la place de la halakhah dans une société démocratique. Il montre, dans le droit fil de la tradition rabbinique, que la Loi juive est toujours en construction puisque, suivant un fameux passage du Talmud, "la Torah n’est pas au ciel".

Eliezer Berkovits enseignant au Hebrew Theological College, Chicago

Eliezer Berkovits enseignant au Hebrew Theological College, Chicago

 

Ces pages posent admirablement le problème de la dimension éthique de la vie juive et insistent sur la dimension humaniste de la Loi. La halakhah, comme l’indique la racine du mot haloch ("marcher"), est ce "pont par lequel la Torah passe de l’écrit à l’acte vivant".

Puisque la vie est en perpétuel changement, le droit est toujours une négociation entre l’absolu juridique et les circonstances variables, et doit constamment faire appel à une "interprétation créatrice".

Choix de Claude Layani