Yoram Yovell face à la guerre : “Le secret du peuple juif, c’est l’amour des individus"

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Yoram Yovell face à la guerre : “Le secret du peuple juif, c’est l’amour des individus"

Yoram Yovell : “En Israël, si tu ne ressens ni peur ni colère aujourd’hui, c’est que tu ne vis pas”

Il est le petit-fils du célèbre philosophe Yeshayahu Leibowitz, mais c’est en son propre nom que Yoram Yovell, psychiatre, neuroscientifique et voix de la conscience israélienne, s’exprime aujourd’hui.
Dans un entretien exceptionnel, il livre un diagnostic sans appel : Israël traverse une crise psychique sans précédent, mais la résilience, elle, reste intacte. À condition de ne pas oublier ce qui nous lie.

Un pays au bord de la rupture… et pourtant vivant

Il y a dans ses mots une gravité nue, une précision presque chirurgicale. Yoram Yovell n’est pas seulement l’un des psychiatres les plus écoutés d’Israël, il est aussi l’un de ceux qui auscultent le cœur battant du peuple, de ses peurs les plus profondes à ses derniers élans d’espoir. Dans un entretien télévisé sur la chaîne Keshet 12, il a accepté de se livrer face à Avri Gilad et Oury Sherki. Le ton est direct, les réponses sans détour, mais derrière chaque phrase se devine une pensée politique, éthique et profondément humaine.

Alors que l’État d’Israël vit toujours sous le choc du 7 octobre, cet entretien est un électrochoc. Il rappelle que l’ennemi n’est pas seulement extérieur. Il est aussi intérieur : fatigue, effondrement moral, guerre médiatique, fragmentation de la confiance… Mais au milieu du chaos, il existe un remède inattendu : l’amour entre individus. Un antidote national qu’aucun missile ne peut éteindre.

La parole d’un homme qui a vu le peuple de l’intérieur

Qui êtes-vous, et pourquoi êtes-vous venu parler aujourd’hui ?

Je suis le professeur Yoram Yovell. Psychiatre, psychanalyste, et chercheur en neurobiologie.
Je dirige actuellement l’unité de recherche sur le comportement des populations du Commandement du Front Intérieur. Mais je suis aussi un homme, un citoyen israélien, né à Jérusalem. Mon grand-père maternel est Yeshayahu Leibowitz. Et je crois que lorsqu’un pays souffre comme le nôtre, il est de notre devoir de parler — non pas pour juger, mais pour éclairer.

“Jamais vu un moral aussi bas”

Dans quel état psychologique se trouve la population depuis le 7 octobre ?

L’effondrement a été immédiat. Brutal. J’ai vu des courbes de désespoir que je n’aurais jamais cru possibles ici. Tous les indicateurs que nous utilisons — l’optimisme, la résilience, l’espoir — étaient à terre. La population était littéralement brisée, physiquement sidérée.

“Et pourtant, l’espoir est revenu”

Et maintenant ?

Il s’est passé quelque chose d’inattendu. Avant même les premières avancées militaires, nous avons vu un redressement psychologique. Une remontée du moral. Une lumière qui réapparaissait au bout du tunnel. Certes, la confiance dans les dirigeants est au plus bas. Mais la confiance dans l’armée, dans la société, dans l’autre… elle s’est renforcée. Le peuple israélien croit encore à sa survie. Il s’y accroche.

“Notre remède secret, c’est la solidarité”

Comment expliquer ce redressement ?

Par une chose simple et pourtant immense : l’amour entre individus. Pas le nationalisme abstrait, non. L’amour réel. Celui qu’on voit dans les gestes, dans la main tendue. Le fait de savoir que si tu tombes, quelqu’un va t’attraper. C’est cela qui nous sauve. C’est l’indicateur le plus fort de bonheur dans le monde. Nous ne sommes pas un peuple heureux par naïveté, mais parce que nous nous tenons les uns les autres.

“Les réseaux sociaux déforment la réalité”

Mais les réseaux sociaux donnent l’image d’un pays déchiré…

Les réseaux mentent. Ils amplifient les extrêmes. Ils font taire les nuances. Ils donnent une voix disproportionnée à ceux qui crient. Mais quand on regarde les données réelles, quand on mesure ce que ressentent les gens en profondeur, on voit un peuple qui reste debout, qui souffre, mais qui se soutient. Il faut défendre ce lien. Il est attaqué, mais c’est notre plus grande richesse.

“Le contraste entre la douleur et la Bourse est déroutant”

Comment expliquer alors que la Bourse israélienne soit au plus haut ?

La Bourse anticipe l’avenir. Elle reflète une confiance que beaucoup refusent de voir. Ce paradoxe est saisissant : le peuple souffre, mais les marchés prospèrent. Cela ne veut pas dire que tout va bien, mais cela dit que ceux qui observent Israël de l’extérieur croient en notre résilience. Et moi aussi.

“En Israël, la famille encaisse en silence”

Et dans les familles, comment cela se manifeste-t-il ?

Par des fractures silencieuses. Par de la violence parfois. Les demandes d’aide ont explosé. Les services sociaux sont débordés. Les tensions dans les couples, la parentalité sous stress, la consommation de médicaments : tout a augmenté. On encaisse, on souffre, mais souvent dans le huis clos du foyer.
Je ne dirais pas qu’elles se désagrègent, mais elles souffrent plus, sans doute à cause du contexte sécuritaire. On voit ça à travers l’augmentation des appels aux centres d’aide, la montée des violences domestiques, la consommation de médicaments psychiatriques. On encaisse, mais on encaisse douloureusement. 

“Et pourtant, l’amour survit à tout”

Peut-on encore aimer, tomber amoureux dans cette réalité ?

Oui. Et peut-être même plus qu’avant. Les réservistes se rencontrent. Des histoires naissent dans les tentes, dans les bases. On vit avec l’urgence, et donc avec une intensité nouvelle. Ce pays a une capacité unique à créer des liens sous la menace. C’est aussi ce qui le rend indestructible.

La minute intime de Yoram Yovell

Israël : rivière ou fragmentation ?

Rivière. Toujours rivière.

Télé ou solitude ?

J’ai vécu trop d’années seul. Aujourd’hui, un peu de bruit ne fait pas de mal.

Être aimé ou être juste ?

Être aimé. La justice sans amour peut devenir cruelle.

Avec ou sans clim ?

Sans, quand je peux. Mais parfois, il fait trop chaud pour être stoïque.

Câlins ?

Oui. Absolument. Le contact humain est essentiel.

Combien d’heures de sommeil ?

Trop peu. Cinq ou six. Le monde est trop vivant pour dormir plus.

Dormir avec son téléphone ?

Jamais. Et je le déconseille à tout le monde. Le lit, c’est pour le sommeil… et l’amour.

Somnifères ?

Non. La mélatonine parfois. Mais surtout : reconnectez-vous à vous-même.

Un diagnostic national, une prescription intime

À travers ses mots, Yoram Yovell nous offre bien plus qu’un état des lieux psychologique : une boussole. Celle d’un homme qui refuse le cynisme, qui regarde le gouffre sans s’y noyer, et qui nous rappelle que la force d’un peuple se mesure à sa capacité à continuer à aimer, même quand tout brûle autour. C’est une parole rare, précieuse. Un miroir tendu à un Israël en quête de sens, de guérison, et d’humanité.

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