Traite humaine en Israël : 3 000 mineurs victimes, 300 millions d'euros par an les chiffres alarmants

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Traite humaine en Israël : 3 000 mineurs victimes, 300 millions d'euros par an les chiffres alarmants

TRAITE DES FEMMES EN ISRAËL : DERRIÈRE LES PROMESSES D'EMPLOI, L'ENFER

Un nouveau réseau démantelé dans le nord du pays. Sept arrestations. Des jeunes femmes piégées via les réseaux sociaux, dont certaines en situation de handicap ou de détresse psychologique. L'affaire révélée le 8 juin 2026 par Mako n'est pas un fait divers isolé elle est le reflet d'un phénomène persistant, documenté, insuffisamment combattu.

Le scénario classique du piège

Les faits sont consignés dans un communiqué de la police israélienne. Les unités de la Yomar (ימ"ר חוף brigade mobile de la région côtière) ont procédé à l'arrestation de sept suspects soupçonnés d'avoir dirigé un réseau de traite de femmes opérant dans le nord d'Israël. Selon l'enquête, deux suspects principaux, un homme et une femme,localisaient leurs victimes sur les réseaux sociaux. Leur méthode : cibler des jeunes femmes fragilisées, certaines porteuses de handicaps, d'autres en proie à des difficultés économiques ou psychologiques graves.

La promesse était invariablement la même : un emploi de bureau, un logement, un salaire.
La réalité, elle, était tout autre. Une fois placées dans des appartements loués par les membres du réseau, les victimes étaient contraintes, sous menace, à se prostituer.

L'enquête, menée en secret pendant plusieurs mois, a débouché sur des chefs d'inculpation pour traite d'êtres humains, viol, proxénétisme aggravé et extorsion sous la contrainte.
Lors des perquisitions, les enquêteurs ont saisi des dizaines de milliers de shekels et de dollars en liquide, présumés provenir de l'activité criminelle. La détention des sept suspects a été prolongée jusqu'à la semaine prochaine.

Un fléau documenté, des chiffres qui accablent

Le ministère israélien de la Justice a publié un rapport sur cinq années d'activité (2017-2021) qui a recensé 325 victimes reconnues de traite d'êtres humains.
Parmi elles, 71 % étaient des femmes, et 1 % des mineurs. 40 % avaient été victimes d'exploitation sexuelle ou de prostitution forcée, 44 % avaient été maintenues dans des conditions proches de l'esclavage. Sur 789 interrogatoires de suspects menés par la police, seuls 155 ont abouti à des mises en examen et 99 à des condamnations. 

Ces chiffres, déjà préoccupants, ne reflètent vraisemblablement qu'une fraction de la réalité : le Département d'État américain, dans son rapport annuel sur la traite des personnes, note systématiquement le déficit d'identification des victimes par les autorités israéliennes, en particulier parmi les populations les plus vulnérables migrants africains en situation irrégulière, travailleurs étrangers, femmes palestiniennes.

Selon les chiffres de la Fondation Scelles et du ministère israélien des Affaires sociales, entre 11 420 et 12 730 personnes étaient prostituées en Israël en 2014, dont 95 % de femmes et 1 260 mineurs. L'industrie du sexe génèrerait quelque 300 millions d'euros par an. Tel Aviv, Haïfa et Jérusalem en constituent les principaux foyers, avec entre 250 et 400 appartements ou établissements discrets recensés dans la seule ville de Tel Aviv

Les réseaux se professionnalisent, les méthodes évoluent

L'affaire de juin 2026 n'est pas un cas isolé. Elle s'inscrit dans une série d'opérations policières d'envergure qui dessinent une réalité criminelle structurée.

En novembre 2024, à l'issue d'une enquête secrète conduite avec l'unité Yahalom de l'Autorité fiscale, des dizaines de suspects ont été arrêtés, dont dix membres d'une même famille impliqués dans un réseau de traite de femmes venues d'Europe de l'Est.
Le réseau utilisait des dizaines de sites Internet pour recruter et gérer ses victimes, et les sommes blanchies via l'achat de voitures de luxe et de biens immobiliersse chiffraient en dizaines de millions de shekels.

En août 2025, des actes d'accusation ont été déposés devant le tribunal de district de Tel Aviv contre trois personnes. Ella Katzman, 63 ans, de Tel Aviv, Alex Ze'evi, 43 ans, de Haïfa, et Ella Litvinsky, 52 ans, de Rishon LeTsion, sont accusés d'avoir recruté des femmes dans plusieurs pays en trompant les autorités frontalières sur leurs véritables intentions.
Les femmes étaient logées dans des appartements à Tel Aviv, Haïfa, Kiryat Bialik et Eilat, et proposées en ligne à des clients. Elles devaient reverser la moitié de leurs gains aux accusés, qui fixaient les tarifs et géraient les contacts. Alex Ze'evi est également accusé de viol sur l'une des victimes.

Quelques mois plus tard, en janvier 2026, Yosef Koperschmidt, soupçonné d'avoir organisé avec des complices le recrutement de femmes à l'étranger pour les amener en Israël à des fins de prostitution, a été extradé de Serbie où il avait fui. Arrêté à Belgrade le 11 septembre 2025 à la suite d'un mandat international lancé par Interpol et le Parquet israélien, il a été transféré en Israël après une demande formelle d'extradition.

Les enfants : le tabou que l'on refuse encore de regarder en face

Le Rapport sur la traite des personnes du Département d'État américain désigne explicitement les enfants israéliens, les femmes et jeunes filles bédouines, les ressortissantes étrangères et les mineurs transgenres comme des populations particulièrement exposées à la traite sexuelle en Israël. En 2020, une ONG a estimé à environ 3 000 le nombre de mineurs israéliens victimes de traite sexuelle sur le territoire national.

Le dossier d'alerte publié par Alliance en avril 2026  fondé sur des sources israéliennes (Ynet, Israel Hayom, Walla, N12, Maariv) a mis en lumière des faits accablants. Un chauffeur de bus de 29 ans, résidant à Jérusalem-Est, a été arrêté pour avoir incité des mineurs de 14 et 16 ans à se prostituer à l'intérieur de son véhicule, à proximité de la gare centrale.

En décembre 2025, le tribunal de district de Tel Aviv a condamné Aviad Grossi, 32 ans, à 22 ans de prison pour des viols et actes indécents commis pendant neuf ans sur neuf mineurs membres de sa propre famille.

Dans ses attendus, le tribunal a écrit : «La violence contre des mineurs constitue une exploitation cruelle de leur âge, de leur incapacité à s'opposer et de leur incompréhension totale de ce qui se passe à leur corps.»

L'âge moyen d'entrée dans l'exploitation sexuelle en Israël se situe aujourd'hui entre 13 et 14 ans. Des enfants de 11 et 12 ans ont déjà été identifiés comme victimes.

Un cadre légal insuffisant, des lacunes structurelles

La loi israélienne anti-traite de 2006 criminalise la traite sexuelle et la traite à des fins de travail forcé, avec des peines pouvant atteindre 16 ans d'emprisonnement pour la traite d'un adulte et 20 ans pour celle d'un enfant. Mais cette même loi ne pose pas comme condition essentielle l'usage de la force, de la fraude ou de la contrainte une lacune fondamentale au regard du droit international. 

Israël fonctionne principalement comme un pays de destination pour les victimes de traite originaires d'Asie du Sud et du Sud-Est, d'Europe centrale et orientale, et des territoires palestiniens. Les victimes sont principalement exploitées dans les secteurs domestique, de l'aide à la personne, de la construction et de l'agriculture. Le système de permis de travail lié à un employeur spécifique renforce mécaniquement les conditions du travail forcé pour les travailleurs palestiniens

Ce que cette affaire révèle

L'arrestation de sept suspects dans le nord d'Israël en juin 2026 est une bonne nouvelle opérationnelle. Mais elle ne doit pas masquer l'ampleur du problème. Malgré des opérations récentes ayant démantelé des réseaux à Jérusalem et Tel Aviv, le marché de la traite persiste en raison de mécanismes d'identification des victimes déficients et d'une surveillance insuffisante des systèmes de recrutement de main-d'œuvre étrangère.

Les victimes de ces réseaux sont, dans une proportion croissante, recrutées via les réseaux sociaux Facebook, Instagram, applications de rencontre.
Les proxénètes du XXIe siècle ne rôdent plus seulement dans les gares : ils publient des offres d'emploi. Ils envoient des messages privés à des jeunes femmes seules, endettées, sans famille solide. Ils leur promettent un appartement, un salaire, une vie nouvelle.

Ce n'est pas de la naïveté. C'est un système.

Sources : Mako (8 juin 2026), Département d'État américain — Rapport TIP 2025, ministère israélien de la Justice (rapport 2022), Fondation Scelles, Jerusalem Post, JFeed, Alliance (avril 2026), ELEM, Organized Crime Index

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