« The Apprentice » : La fabrique d’un monstre politique nommé Donald Trump par Roy Cohn -vidéo-

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« The Apprentice » : La fabrique d’un monstre politique nommé Donald Trump par Roy Cohn

« The Apprentice » : Dans l’ombre de Roy Cohn, la fabrique d’un monstre politique nommé Donald Trump

Un film révélateur d’un héritage toxique

Le film The Apprentice, récemment présenté au public, n’est pas seulement un biopic sur la jeunesse de Donald Trump. C’est une plongée fascinante – et terrifiante – dans la genèse d’un pouvoir, façonné non par le rêve américain, mais par un mentor au cynisme absolu : Roy Cohn, avocat controversé, figure clé du maccarthysme, incarnation des paradoxes les plus sombres de l’Amérique.

 Roy Cohn : le monstre originel

Pour comprendre Trump, il faut d’abord comprendre Roy Cohn. Avocat redouté, stratège sans morale, il fut l’un des procureurs de l’affaire Rosenberg, dans laquelle il plaida avec ferveur pour l’exécution de Ethel Rosenberg, mère juive de quatre enfants, accusée d’espionnage pour l’URSS. Une affaire marquée par l’obsession de la trahison et par un acharnement judiciaire démesuré. Ce zèle féroce marquera à jamais le jeune Trump.

Cohn, juif antisémite, homosexuel homophobe, est la quintessence du reniement identitaire au profit d’un pouvoir absolu. Il prône la force, le mépris des règles, la guerre judiciaire permanente. Il ne reconnaît qu’une loi : gagner, coûte que coûte. À ses yeux, la morale est un luxe pour les faibles. À ses disciples, il inculque l’art de l’attaque préventive, de l’intimidation, du discrédit systématique de l’adversaire.

 Trump, l’élève appliqué

Dans The Apprentice, ce qui frappe, c’est l’assimilation progressive, presque religieuse, par Trump, des méthodes de Cohn. Il apprend à manipuler les médias, à refuser de reculer, à transformer la faiblesse en agression, à détourner toute vérité gênante par le vacarme du scandale.

Le film brosse un portrait saisissant d’un dédoublement de personnalité : Trump devient l’incarnation d’une doctrine. Celle de l’invincibilité par le mépris des règles. Un credo qui se cristallisera plus tard dans le slogan “America First”, non pas comme un patriotisme noble, mais comme une stratégie d’écrasement, de suprématie, de négation de l’autre.

L’héritage Cohn : danger ou chance pour le monde ?

Aujourd’hui encore, l’empreinte de Cohn suinte dans chaque mot, chaque posture de Trump. L’usage du mensonge comme outil, l’attaque des institutions, la glorification du conflit, la diabolisation de la presse, et l’obsession du “deal”, sans jamais de loyauté envers les alliés.

Mais l’enseignement de Cohn n’est pas qu’une menace. Il révèle aussi les failles d’un système démocratique qui n’a pas su exclure ses propres démons. Trump est un révélateur. Par sa brutalité, il a forcé l’Amérique à regarder en face ses contradictions, son racisme endémique, sa peur du déclin, et sa tentation de l’homme fort.

Une Amérique en miroir

« The Apprentice » montre que Trump n’est pas une anomalie, mais le fruit d’un long processus, le miroir d’un pays prêt à vendre son âme pour se croire encore invincible. Roy Cohn n’a pas seulement façonné un homme, il a inoculé un virus – celui du cynisme triomphant – qui continue de contaminer la politique mondiale.

Mais peut-on guérir d’un mentor ? Ou faut-il attendre que le monstre ait tout ravagé pour espérer reconstruire ?

Roy Cohn : L’avocat du pouvoir, l’ombre d’un empire

Né en 1927 à New York dans une famille juive aisée et influente, Roy Marcus Cohn est un pur produit de l’élite américaine. Surdoué du barreau, il devient à 23 ans le plus jeune procureur fédéral des États-Unis, tristement célèbre pour son rôle central dans l’affaire Rosenberg, où il milite avec acharnement pour la peine de mort contre un couple accusé d’espionnage, notamment Ethel Rosenberg, mère de quatre enfants.

Mais c’est dans les années 1950 qu’il entre dans l’histoire en devenant le bras droit du sénateur Joseph McCarthy, pourchassant les « rouges » à Hollywood et dans les administrations, instaurant un climat de peur digne d’un État totalitaire.

À partir des années 1970, il devient l’un des avocats les plus redoutés et les plus recherchés de New York, mêlant politique, mafia, show-business et affaires. C’est à cette époque qu’il prend Donald Trump sous son aile, lui enseignant les rudiments d’un pouvoir sans éthique : attaquer, diffamer, ne jamais reconnaître ses torts, gagner à tout prix.

Homosexuel non assumé, il mène en parallèle une croisade contre les homosexuels au sein du gouvernement, symbole extrême de son hypocrisie. Il meurt en 1986 du SIDA, niant jusqu’au bout sa maladie et refusant toute responsabilité dans les dégâts humains causés par sa carrière.

Réception médiatique et miroir psychologique : Trump, symptôme ou matrice ?

Depuis sa présentation dans les festivals internationaux, The Apprentice déclenche une onde de choc médiatique. Aux États-Unis, la presse est divisée entre fascination, effroi et reconnaissance d’un génie cinématographique : celui de mettre en lumière la matrice psychologique d’un homme qui a profondément bouleversé la démocratie américaine.

Variety salue « un film courageux, qui ose faire le lien entre la monstruosité politique et la blessure intime », tandis que le New York Times parle d’un « acte psychanalytique de salubrité publique ». À l’inverse, Fox News ou Newsmax dénoncent une “attaque idéologique”, un “procès politique maquillé en fiction”, voire une “instrumentalisation de la mémoire d’un patriote”.

Mais c’est justement là que réside l’ambiguïté vertigineuse du film : Trump est-il la victime d’un monstre ? Ou bien son prolongement volontaire ?

L’analyse psychologique : un fils sans père, un élève sans boussole morale

Le film esquisse, sans jamais appuyer, le manque abyssal de figure paternelle stable dans la vie de Trump. Son père, Fred Trump, est présenté comme distant, dur, froid. En quête de reconnaissance, le jeune Donald cherche un maître. Roy Cohn lui offre non pas l’amour, mais l’arme, non pas la tendresse, mais l’immunité contre l’humiliation.

Ce que Cohn transmet, c’est une armure mentale : ne jamais admettre une faute, ne jamais reculer, faire de l’autre un ennemi, utiliser la peur comme levier. Il en découle une personnalité divisée entre le narcissisme de façade et l’insécurité chronique intérieure. Une personnalité incapable d’introspection, incapable de pardon, mais redoutable dans la conquête.

Les spécialistes en psychologie politique y voient un cas d’école de transformation sous influence perverse : ce qu’on appelle en clinique une “personnalité borderline socialisée”, structurée sur le clivage bien/mal, fort/faible, loyal/traître.

Le “style Trump” est donc bien plus qu’une stratégie politique : c’est une construction défensive d’enfant blessé, devenu adulte surarmé. Le monde ne peut être qu’un champ de bataille, car tout compromis y est perçu comme une reddition.

Une question pour l’avenir : peut-on désapprendre Roy Cohn ?

La question qui hante le film, sans jamais être posée frontalement, est celle-ci : Trump aurait-il pu être autre chose ? Aurait-il pu échapper à cette influence si toxique ? Ou, au contraire, Roy Cohn n’a-t-il fait qu’exacerber un tempérament déjà prédisposé à la transgression, à la fascination du pouvoir, à l’absence d’empathie ?

Ce qui est certain, c’est que l’ombre de Roy Cohn plane encore sur la politique américaine – non seulement à travers Trump, mais à travers tous ceux qui adoptent aujourd’hui ce style brutal, victimaire, et hyper-nationaliste. Le trumpisme est une école, une doctrine, une mythologie. Et The Apprentice en est le récit d’origine.

Alors que Donald Trump revient sur le devant de la scène politique avec un second mandat, cette œuvre cinématographique prend une dimension prophétique : l’histoire n’est pas terminée. Elle pourrait bien recommencer.

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