Les Accords d'Avraham : une résilience stratégique que la guerre n’a pas brisée

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Les Accords d'Avraham : une résilience stratégique que la guerre n’a pas brisée

La normalisation israélo-arabe : une résilience stratégique que la guerre n’a pas brisée

Lorsque les Accords d’Abraham sont signés en 09/2020 entre Israël, les Émirats arabes unis et Bahreïn, puis étendus au Maroc et au Soudan, nombre d’analystes prédisent un édifice fragile, condamné à s’effondrer à la première secousse majeure.

L’attaque du Hamas du 07/10/2023 et la guerre régionale qui s’ensuit constituent précisément ce choc annoncé comme fatal.

Le verdict des faits est sans appel : plus de 24 mois après le début du conflit, les Accords d’Abraham non seulement ont résisté, mais ils se sont révélés structurellement indispensables à la sécurité régionale, à l’économie israélienne et aux équilibres stratégiques du Moyen-Orient.

Une architecture de sécurité régionale désormais assumée

L’aspect le moins médiatisé, mais le plus déterminant des Accords d’Abraham, reste la coopération sécuritaire et de renseignement entre Israël et ses partenaires arabes.

Cette coopération a joué un rôle clé lors des attaques iraniennes directes contre Israël en 04/2024, 10/2024 puis 06/2025, impliquant des missiles balistiques, des drones et des capacités de saturation sans précédent.

L’intégration d’Israël dans les dispositifs régionaux de défense soutenus par les États-Unis a permis un partage de renseignements en temps réel, une coordination opérationnelle et une interopérabilité militaire jusque-là inimaginables.

Les Émirats arabes unis et Bahreïn partagent avec Israël une même lecture stratégique : l’Iran constitue une menace existentielle non seulement pour l’État hébreu, mais aussi pour les monarchies du Golfe, que Téhéran considère comme des régimes illégitimes sous tutelle occidentale. Cette convergence d’intérêts dépasse la question palestinienne et s’inscrit dans une logique de survie étatique.

Même au plus fort de la guerre à Gaza, lorsque la pression populaire arabe atteint son paroxysme, les engagements sécuritaires n’ont pas été remis en cause. Les gouvernements concernés ont fait un choix clair : la rhétorique pour la rue, la coopération pour la sécurité nationale.

Le Maroc, bien que géographiquement éloigné du théâtre iranien, a lui aussi maintenu ses relations sécuritaires avec Israël. La reconnaissance américaine de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, pilier de la normalisation, reste pleinement en vigueur en 2026. Rabat n’a aucun intérêt stratégique à fragiliser cet acquis.

Cette architecture régionale marque une rupture historique : Israël n’est plus un acteur isolé toléré à la marge, mais un maillon intégré d’un système de sécurité collective.

Des échanges économiques qui ont résisté à la guerre

Contrairement aux prédictions alarmistes, la guerre n’a pas provoqué d’effondrement économique des relations issues des Accords d’Abraham.

En 2024, les exportations de défense israéliennes atteignent un record de 14,8 milliards de dollars, portées par la crédibilité opérationnelle démontrée sur le terrain. Une part significative de ces ventes concerne des pays arabes, y compris certains n’ayant pas encore officialisé leurs relations avec Israël mais recourant discrètement à ses technologies.

En 2025, Israël signe plusieurs accords énergétiques et technologiques majeurs. L’accord gazier avec l’Égypte, estimé à 35 milliards de dollars, illustre un changement de paradigme : une relation longtemps cantonnée à une paix froide devient une interdépendance stratégique. Les Accords d’Abraham ont créé le contexte régional permettant ce basculement.

Les Émirats arabes unis se sont imposés comme hub commercial majeur pour les entreprises israéliennes vers l’Asie et l’Afrique. Le commerce bilatéral dépasse les 2 milliards de dollars en 2024, couvrant la cybersécurité, l’agritech, l’intelligence artificielle, les énergies renouvelables et les services financiers. Des fonds émiratis investissent massivement dans les startups israéliennes, attirés par un écosystème technologique éprouvé en situation de crise.

Le tourisme : ralentissement, pas rupture

Avant le 07/10/2023, le tourisme incarnait la normalisation visible : vols directs quotidiens, flux massifs d’Israéliens vers Dubaï et Abou Dhabi, premiers visiteurs émiratis en Israël.

La guerre a mécaniquement ralenti ces échanges, sans les interrompre. Les liaisons aériennes ont été maintenues, à fréquence réduite. Les infrastructures, les accords commerciaux et l’intérêt mutuel sont restés intacts.

Le cas du Maroc demeure singulier. Des dizaines de milliers d’Israéliens d’origine marocaine continuent de s’y rendre pour des raisons familiales, culturelles et mémorielles. La restauration de synagogues et de sites juifs par l’État marocain n’a pas été suspendue, même en pleine guerre, confirmant que cette relation dépasse le simple calcul diplomatique.

Une dimension humaine encore marginale mais structurante

Les Accords d’Abraham ne se limitent pas à des protocoles d’État. Des coopérations universitaires, médicales et environnementales se sont développées, notamment dans la désalinisation de l’eau et les technologies climatiques, enjeux vitaux partagés.

Des initiatives interreligieuses existent, certes limitées et élitistes, mais inédites dans leur principe. Elles ne transforment pas les sociétés, mais elles créent un précédent : celui d’un dialogue institutionnalisé même en temps de guerre.

Les réseaux sociaux ont ouvert des canaux directs entre citoyens israéliens et arabes. Ces échanges sont souvent conflictuels, parfois violents, mais ils remplacent une hostilité abstraite par une confrontation réelle, humaine, irréversible.

Les limites structurelles de la normalisation

Présenter les Accords d’Abraham comme un succès total serait intellectuellement malhonnête.

La guerre à Gaza a profondément choqué les opinions publiques arabes. Les gouvernements ont dû composer avec une pression interne intense, oscillant entre condamnation publique d’Israël et maintien discret de la coopération stratégique. Cette dissonance est devenue la norme.

Surtout, l’absence de progrès tangible sur le dossier palestinien reste une faille majeure. Les Accords d’Abraham ont démontré qu’Israël pouvait normaliser sans résoudre ce conflit, mais la guerre a rappelé que cette question demeure inflammable et structurante à long terme.

L’Arabie saoudite : la pièce manquante toujours en suspens

Avant 10/2023, une normalisation avec l’Arabie saoudite était à portée de main. La guerre a gelé le processus.

Riyad conditionne désormais toute avancée à des progrès visibles vers un État palestinien, position dictée autant par la rue arabe que par le rôle religieux du royaume. Pour autant, l’intérêt stratégique commun face à l’Iran n’a pas disparu.

Un cessez-le-feu durable, un cadre crédible pour Gaza et un engagement politique israélien minimal pourraient rouvrir la voie à moyen terme. La normalisation saoudienne n’est pas enterrée, elle est suspendue.

Une résilience largement sous-médiatisée

La survie et le renforcement des Accords d’Abraham en pleine guerre constituent l’un des faits géopolitiques majeurs de la décennie. Pourtant, cette réalité est largement absente du récit médiatique international, focalisé quasi exclusivement sur la violence et la destruction.

Cette omission nourrit une vision faussée : celle d’un Israël éternellement isolé, alors même que son intégration régionale progresse sur des bases pragmatiques et durables.

Les Accords d’Abraham ne sont ni un aboutissement ni une promesse naïve. Ils sont un outil de transformation stratégique déjà à l’œuvre. Et c’est précisément ce que beaucoup préfèrent ne pas voir.

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