Le ta'ârof ou l'origine de l'échec des négociation entre les Etats-Unis et l'Iran

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Le "ta’ârof", ou l'art de la politesse à l'iranienne

Le "ta’ârof", ou l'art de la politesse à l'iranienne.

Les portes de l’ascenseur s’ouvrent et se referment sans que personne ne se décide à y entrer. Cela dure d’interminables secondes durant lesquelles, précisément, chacun se perd en galants renvois d’ascenseur… « Après vous », dit l’un. « Je n’en ferai rien », rétorque l’autre. « Que je sois sacrifié pour vous, je n’avancerai qu’en suivant le dernier », s’incline un troisième. Digne d’un vieux conte oriental, la scène se déroule dans le lobby d’un grand hôtel de Téhéran. Elle ferait mouche dans un film comique.

Mais, en Iran, on ne badine pas avec les salamalecs. Il en va ainsi depuis des temps zoroastriens. Ce lubrifiant des rapports humains qu’est la politesse ressemble ici à un rite social délicieusement suranné, aux entrelacs aussi alambiqués que ceux des façades en céramique des mosquées d’Ispahan.

L’art iranien de la circonvolution

Tout en courbettes et délicatesses mielleuses, l’art iranien de la circonvolution porte un nom : le ta’ârof, terme très ancien et intraduisible qui signifie tout à la fois «respect», «déférence», «amabilité», «échange». En pratique, il s’agit d’un ensemble pour le moins déroutant de gestes et de formules de courtoisie. Le principe de base pour «faire du ta’ârof» consiste à offrir le contraire de ce qu’on voudrait, à être généreux quand il n’y a pas lieu de l’être, à se sacrifier tête basse dans l’espoir d’en ressortir tête haute.

Chez le boucher, viande pesée et emballée, le moment de régler la note sera par exemple escorté de cette sentence surréaliste : «Vous pouvez ne pas payer.» Dans le taxi, la course se terminera immanquablement par un («ceci n’a pas de valeur») : une invitation à sortir du véhicule sans sortir son portefeuille.

Au bureau de poste, au bout d’une file d’attente longue comme une sourate du Coran, celui qui vous devance se retournera en murmurant ce mot récurrent, sans doute inventé par un derviche qui a mal tourné : befarmaid, formule diabolique signifiant, selon le contexte, «après vous », «faites comme chez vous» ou «c’est cadeau».

«On ne voit cela nulle part ailleurs dans le monde», observe Eddy Behnoud, iranien installé à Paris depuis quarante ans mais qui retourne dans son pays natal presque chaque année, constatant à chaque fois avec le même effarement combien «l’exagération de la politesse continue d’avoir cours chez tout le monde en toutes occasions, même si chacun se plaît à dire que c’est un usage horripilant.»

Un moyen de se protéger face à un régime autoritaire

Pour fagoter un bon ta’ârof, il faut, cela va sans dire, être au moins deux.
Dont un censé jouer le rôle de celui qui refuse sur-le-champ la faveur que l’autre vient de lui faire. Cette dernière est alors renouvelée, le plus souvent à trois reprises, mais parfois jusqu’à épuisement des compliments. Homme pressé, passe ton chemin !

Et pour l’Occidental qui débarque au pays de Rica et Usbek, il y a vraiment de quoi y perdre son persan. Puisqu’il arrive aussi que la politesse cache une offre sérieuse. N’importe quel voyageur en Iran en a fait l’expérience : on y invite volontiers et sincèrement l’étranger à la maison, à boire un thé, à dîner, voire à passer la nuit.

En diplomatie, ce casse-tête explique en partie l’échec récurrent des négociations avec les émissaires américains, dont la culture sous-entend à l’inverse un discours clair et pragmatique.

Parmi les innombrables analyses écrites sur ce sujet, la dernière en date (2020) du grand spécialiste de la question, l’anthropologue William Orman Beeman, de l’université du Minnesota, constate : «Les observateurs pensaient qu'après la révolution de 1979 qui a renversé le chah, le ta'ârof allait disparaître. Des décennies plus tard, il est plus robuste que jamais, même parmi les plus jeunes, montrant à quel point cette pratique continue d’être un moyen de se protéger face à un régime autoritaire

Peut-être parce qu’en Iran, la politesse est devenue l’humour du désespoir.

Source : GEO.fr

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