Le peuple juif fragilisé après le 7 octobre : le cri d’alerte du JPPI

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Le peuple juif fragilisé après le 7 octobre : le cri d’alerte du JPPI

Le peuple juif fragilisé après le 7 octobre : le cri d’alerte du JPPI*

Le rapport annuel de l’Institut de politique du peuple juif révèle une dégradation généralisée

Le rapport annuel 5785 (2024‑2025) du Jewish People Policy Institute (JPPI), présenté officiellement au président israélien Itshak Herzog et aux membres du gouvernement, dresse un constat alarmant : l’état du peuple juif, en Israël comme dans la diaspora, s’est fortement détérioré depuis l’attaque du 7 octobre.

Ce document stratégique, très attendu chaque année, met en lumière un recul dans presque tous les domaines clés de la vie juive mondiale, au moment où l’État d’Israël se bat sur plusieurs fronts à la fois.

Un affaiblissement global, sur tous les fronts

D’un point de vue démographique, Israël continue de croître. Mais derrière cette apparente vitalité, une dynamique inquiétante se dessine : l’émigration silencieuse mais persistante de jeunes Israéliens laïcs vers l’étranger. Une perte sèche pour la société israélienne, qui voit s’éroder certaines de ses forces vives.

Sur le plan interne, la cohésion nationale, miraculeusement retrouvée dans les jours qui ont suivi l’attaque du Hamas, s’est rapidement fissurée. Le rapport relève un regain de tensions autour de la guerre à Gaza, des négociations sur les otages, de la question explosive de l’enrôlement des ultra-orthodoxes, et plus largement du rôle de l’État face à ses citoyens. Ce climat divisé alimente un profond malaise civique.

Une guerre diplomatique contre Israël, déguisée en droit international

Le JPPI tire une sonnette d’alarme sur l’isolement géopolitique croissant d’Israël. Les auteurs du rapport évoquent une campagne multiforme de délégitimation menée sur les tribunes internationales, dans les médias, mais aussi devant les juridictions internationales.
Le recours à la Cour pénale internationale pour tenter de faire arrêter des responsables israéliens est qualifié de « guerre judiciaire », une arme redoutable employée pour miner la souveraineté israélienne.

Cette dynamique va de pair avec un recul dramatique de l’image d’Israël dans les médias occidentaux. Selon le JPPI, plus de 87 % des articles publiés dans les médias internationaux sur Israël entre octobre 2023 et juin 2024 étaient négatifs, et près d’un tiers des articles mentionnant les Juifs véhiculaient des stéréotypes antisémites. L’institut met en garde contre une confusion délibérée entre critique politique et haine raciale.

Les liens avec les États-Unis résistent, mais se tendent

La relation entre Israël et les États-Unis, pilier historique de la stabilité israélienne, reste solide sur le plan militaire, avec une coopération constante. Pourtant, le rapport note une érosion politique préoccupante, notamment dans la société civile américaine, où la cause palestinienne a gagné du terrain, en particulier chez les jeunes et dans les mouvements progressistes. Le soutien à Israël, naguère bipartisan, se fragilise dans un contexte de polarisation extrême.

Les conséquences de ce glissement sont tangibles : la solidarité automatique avec Israël au sein de la diaspora américaine ne va plus de soi. Le JPPI souligne que les jeunes juifs américains, tout en restant sensibles au sort des Israéliens, adoptent de plus en plus une posture critique, voire distante, à l’égard de la politique israélienne actuelle.

Une diaspora inquiète, mais encore mobilisée

Dans la diaspora, l’effet du 7 octobre a provoqué un sursaut identitaire pour certains, mais aussi un profond désarroi pour d’autres. Le JPPI relève que nombre de Juifs, en particulier en Europe et aux États-Unis, ont renforcé leur attachement symbolique à Israël, en accrochant une étoile de David à leur cou, ou en projetant un voyage dans le pays.
Cependant, ce réveil émotionnel s’accompagne d’un sentiment d’insécurité croissant, dans un climat marqué par la montée brutale de l’antisémitisme.

La peur a repris ses droits. Le rapport évoque un sentiment de vulnérabilité généralisée, nourri par les agressions, les menaces et les discours haineux redevenus banals dans des pays où l’on pensait la parole antisémite durablement discréditée.

Une identité juive à reconsolider, entre Israël et l’exil

La fracture identitaire est au cœur des inquiétudes du JPPI. Si l’attachement émotionnel au peuple juif a été ravivé par la tragédie du 7 octobre, la structure même de l’identité juive se fragilise. Le désengagement progressif des jeunes générations, la perte d’influence des institutions communautaires traditionnelles et la montée du relativisme moral dans les sociétés occidentales creusent un fossé entre Israël et certains segments de la diaspora, notamment dans les milieux universitaires et progressistes.

Un sondage mené par le JPPI révèle que seuls 17 % des Juifs laïcs israéliens estiment que le 7 octobre les a rapprochés de la diaspora, un chiffre qui témoigne de l’incompréhension réciproque croissante. À l’inverse, une majorité de laïcs a accordé une note de 8,5 sur 10 à leur « sentiment de judéité » depuis l’attaque, révélant un paradoxe : la judéité en Israël se renforce, tandis que le lien avec l’extérieur se distend.

Un avertissement clair pour l’avenir d’Israël et du peuple juif

Le président de l’Institut, le professeur Yedidia Stern, résume ainsi l’alerte :

« Israël est à un moment charnière. Des réussites militaires majeures ont ouvert des fenêtres d’opportunité régionales, mais si l’on ne redéfinit pas notre horizon politique, si l’on ne réforme pas notre structure interne, nous risquons un isolement stratégique durable. »

Le rapport appelle le gouvernement israélien à définir une stratégie politique pour l’après-Gaza, à modérer les discours radicaux, à relancer la diplomatie proactive avec les alliés, à intégrer davantage la diaspora dans les choix nationaux, et à construire une réponse coordonnée contre l’antisémitisme mondial. Il propose également une réflexion urgente sur le rôle des ultra-orthodoxes dans la défense nationale, ainsi qu’un possible accord constitutionnel minimal pour restaurer la confiance entre les composantes de la société israélienne.

Le président Herzog, en recevant le rapport, a déclaré qu’il était « troublant et alarmant ». Ce constat sans appel résonne comme un signal d’urgence lancé à l’ensemble du peuple juif : un peuple qui, pour continuer à exister dans l’histoire, ne peut se permettre ni la division, ni le silence, ni l’aveuglement.

*Le JPPI, ou Jewish People Policy Institute (en hébreu : המכון למדיניות העם היהודי), est un think tank stratégique indépendant basé à Jérusalem, fondé en 2002. Il se consacre à l’analyse et à la formulation de politiques à long terme pour assurer la continuité, la sécurité et la prospérité du peuple juif, en Israël comme dans la diaspora.

 

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