Le casse-tête des Juifs réformés

Actualités, Alyah Story, Antisémitisme/Racisme, Israël, Judaïsme - le - par .
Transférer à un amiImprimerCommenterAgrandir le texteRéduire le texte
FacebookTwitterGoogle+LinkedInPinterest
Le casse-tête des Juifs réformés, par Norbert Cohen

Le casse-tête des Juifs réformés

La question délicate du statut des Juifs réformés (ou, selon une autre appellation, libéraux) a été relancée début 2016 avec la création historique par le gouvernement israélien d'un lieu de prière mixte devant le Mur occidental. C'était une revendication des réformés depuis plusieurs décennies.

Aux côtés des orthodoxes qui prient séparément, les hommes et femmes de ce mouvement peuvent donc désormais se trouver ensemble face au « Kotel » (le Mur sacré en hébreu) dans un espace réservé.

La décision, qui fait suite à une série de manifestations à la fois religieuses et... féministes, a provoqué des réactions indignées et parfois agressives chez les plus rigoristes en matière de Loi juive.

Dernière en date : celle du rabbin David Yossef, du Conseil des sages de la Torah, qui réunit les sommités du monde orthodoxe ashkénaze. David Yossef a parlé d'« idolâtrie ».

Pour lui, les libéraux ne sont pas vraiment juifs, comme l'a rapporté Alliance le 2 mars, leurs synagogues « ressemblent à des églises » et leurs pratiques cultuelles sont « impures ».
Tout comme d'autres rabbins israéliens, il a promis de mener un combat acharné pour obtenir l'annulation de la décision gouvernementale.

Dans cette affaire, Benjamin Netanyahou est pris entre 2 feux : les partis orthodoxes sont membres de sa coalition, mais à titre personnel, il s'oppose à tout ostracisme à l'égard des réformés. C'est un nationaliste qui milite pour l'unité du peuple juif - quelle que soit l'orientation spirituelle de chacun.

De surcroît, il ne peut ignorer que les libéraux sont très minoritaires en Israël (ils seraient environ 180 000), mais représentent un tiers du judaïsme américain, dont l'appui politique et financier est vital pour Jérusalem.

Reste qu'en Israël comme en France, l'existence de ce courant pose des problèmes complexes et parfois insolubles en matière de statut personnel et même de droit au retour. En effet, un non-Juif (ni de père, ni de mère) converti au judaïsme par un rabbin réformé ne peut prétendre au certificat de judaïcité indispensable à l'alya.

Par ailleurs, plus de 350 000 Israéliens, pour la plupart originaires de l'ex-URSS, le sont devenus parce que l'un de leurs ascendants était juif. Ils ont donc la nationalité, mais sont en quelque sorte des citoyens de second rang dans la mesure où ils ne sont pas considérés comme juifs par la hiérarchie rabbinique « officielle », qui est orthodoxe et dispose d'un monopole en matière de statut personnel : ils ne peuvent ni se marier avec un conjoint juif (le mariage civil n'existe pas en Israël), ni être enterrés dans un carré juif...

Pour faciliter les choses, le précédent cabinet Netanyahou avait envisagé de donner aux rabbins locaux le droit de procéder à des conversions « souples », une revendication des réformés.

En juillet 2015, sous la pression des orthodoxes, le projet a été enterré et c'est toujours le grand rabbinat du pays qui détient seul la possibilité de procéder aux conversions, dans un sens rigoriste.

 

Juif réformé aux Etat-Unis

Juif américain

 

Ce climat passionnel dissuade les libéraux américains de s'installer en Israël, même s'ils sont juifs selon les critères orthodoxes.

De leur côté, ceux qui adhérent au judaïsme réformé en France se sentent isolés, pas seulement parce qu'ils sont marginalisés en Israël, mais aussi dans l'Hexagone.
En effet, leur poids est insignifiant, alors qu'ils sont au moins 1, 5 million aux Etats-Unis, et le Consistoire ne les reconnaît pas comme des Juifs authentiquement pratiquants.

De fait, ce mouvement né en Allemagne au 19ème siècle pour s'adapter à la modernité autorise des innovations contraires à la Halakha, autrement dit à la Loi juive codifiée depuis le Moyen-Age.

Les réformés allument l'électricité ou circulent en voiture le shabbat, ne prient généralement pas en hébreu lorsqu'ils sont anglophones, ordonnent des femmes rabbins (comme Delphine Horvilleur en France)... Les rites sont fortement influencés par les coutumes protestantes. A ses débuts, le mouvement était même antisioniste et préconisait l'allégeance exclusive au pays de résidence.
Des positions qui paraissent désuètes dans le contexte de « réappropriation identitaire » et de conservatisme très marqué en Israël comme en France.

Vos réactions

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

A voir aussi