IA en Israël : les licenciements massifs dans la tech ne font que commencer

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IA en Israël : les licenciements massifs dans la tech ne font que commencer

Entre 5 % et 10 % des effectifs se retrouveront sans emploi cette année et les seniors comme les managers n'y échapperont pas

Les licenciements massifs annoncés par Meta cette semaine ont remis sur le devant de la scène une question que beaucoup préféraient encore esquiver : l'intelligence artificielle est-elle en train de détruire l'emploi dans la tech ?

Alors que certains estiment que la technologie est devenue un prétexte commode pour masquer des difficultés financières, d'autres dans l'industrie voient dans ces vagues de suppressions de postes un changement structurel profond, irréversible, qui frappera sans distinction ceux qui ne sauront pas s'adapter.

Un tsunami de licenciements à l'échelle mondiale

Depuis le début de 2026, les annonces de suppressions de postes se succèdent à un rythme qui donne le vertige.
En janvier, Amazon mettait à la porte des dizaines de milliers d'employés, essentiellement dans ses divisions corporate et son siège social, tout en investissant des milliards dans des data centers.
Jack Dorsey, chez Block, a taillé 40 % de ses effectifs soit quelque 5 000 personne en déclarant sans détour que les outils d'IA permettent désormais à des équipes bien plus réduites d'accomplir ce qui exigeait autrefois des milliers de bras.

Cisco a licencié environ 4 000 collaborateurs au moment même où elle annonçait un trimestre record à 15,8 milliards de dollars de revenus, pour réorienter les budgets vers des réseaux pilotés par l'IA.
Oracle a supprimé quelque 30 000 postes dans tous ses départements, confrontée à une pénurie de liquidités générée par la construction frénétique de centres de données pour l'IA  avec des prévisions de flux de trésorerie négatifs au moins jusqu'en 2030.
Snap a annoncé en avril le départ de 1 000 salariés, soit 16 % de ses effectifs mondiaux.
Et cette semaine encore, Intuit a annoncé des coupes à hauteur de 17 % de son personnel, au nom de ses ambitions en IA.
Quant à Meta, elle a enclenché le licenciement de 8 000 employés 10 % de sa main-d'œuvre — tout en forçant 7 000 autres à rejoindre ses équipes IA, aplatissant au passage ses strates managériales.

En Israël, la tendance commence à se faire sentir concrètement. La société LSports a licencié une quarantaine d'employés et reconnu sans ambages que "95 % de notre code est désormais écrit par l'IA". Son PDG, Dotan Lazar, l'a résumé sans fioritures : "L'IA est une révolution folle. On peut avancer plus vite avec moins de monde."

L'IA comme bouc émissaire commode ?

Les chiffres, pourtant, nuancent le tableau. Une enquête menée en décembre dernier par l'Autorité israélienne de l'innovation et la société Tzabiran auprès de 192 entreprises tech locales employant près d'un tiers des salariés du secteur révèle que seulement 13 % des entreprises ayant procédé à des licenciements massifs ont cité l'adoption de l'IA comme l'une des raisons et encore, presque toujours comme facteur secondaire. L

e nombre total d'employés dans l'industrie stagne autour de 400 000 depuis trois ans. Le vrai moteur des suppressions de postes reste les difficultés économiques et le besoin ordinaire de rentabilité.

Yael Mazoz Harpaz, vice-présidente de l'Autorité de l'innovation, le dit sans détour :
"L'IA est devenue une excuse commode pour les entreprises contraintes de tailler dans leurs effectifs. Elles préfèrent dire au marché qu'elles s'adaptent au progrès technologique plutôt qu'admettre que leur situation financière les a acculées à licencier." Cela dit, elle reconnaît qu'une demi-année a passé depuis cette enquête, et que les outils d'IA s'améliorent à une vitesse vertigineuse.

Même Sam Altman, le PDG d'OpenAI l'entreprise qui a déclenché la révolution de l'IA générative a reconnu l'existence de ce phénomène.
"Je ne connais pas le pourcentage exact, mais il existe une certaine forme d'AI washing, dans laquelle des gens imputent à l'IA des licenciements qu'ils auraient de toute façon effectués. En parallèle, certains types de postes disparaissent réellement à cause de l'IA", a-t-il déclaré à CNBCTV18 lors de la conférence "India AI Impact" en février dernier.

Un changement structurel, pas une crise

Shiri Vax, PDG de Gotfriends, cabinet spécialisé dans le recrutement en tech, refuse de voir dans ces licenciements le signe d'une crise. Pour elle, ils signalent une mutation profonde de la structure même de l'industrie :

"Nous sommes au cœur d'un changement fondamental du monde du travail. De nombreuses entreprises réexaminent la composition de leurs équipes, la répartition des rôles et les compétences requises à l'ère où l'on peut accomplir davantage de tâches notamment en développement, data, produit et opérations avec moins de ressources humaines et plus d'outils technologiques."

Son pronostic est sans ambiguïté : entre 5 % et 10 % des effectifs en Israël se retrouveront sans emploi cette année. Et le couperet ne tombera pas seulement sur les juniors les seniors et les managers ne seront pas épargnés.
Le profil des victimes ? Ceux qui n'auront pas réussi à adopter les technologies d'IA.

En remplacement, elle anticipe une vague de recrutements ciblés : des AI programmers capables d'introduire des automatisations dans les systèmes de développement, et des Field Engineers ou Solution Engineers aptes à travailler directement avec les clients pour construire des fonctionnalités sur mesure dans ce nouvel environnement.

Comment les entreprises apaisent-elles leurs équipes ?

Pendant ce temps, les entreprises israéliennes tentent de désamorcer les angoisses de leurs salariés.
Adi Itskowitz, VP des ressources humaines chez Payoneer, explique que lorsque la société a commencé à déployer des outils d'IA, la question centrale a été : comment cette technologie peut-elle aider les employés à mieux faire leur travail ?
Payoneer est en pleine transformation vers un modèle "AI-native" et a récemment annoncé l'ouverture de dizaines de nouveaux postes en Israël, assortis d'un programme de formation transversal pour rendre les outils d'IA accessibles à l'ensemble des collaborateurs.

"L'IA ne va pas remplacer nos employés  au contraire. Nous recrutons, nous investissons dans la formation et nous voyons dans l'IA un outil qui supprime les obstacles, améliore la productivité et permet aux employés de se concentrer sur le jugement et la responsabilité humains", dit-elle.

Chez OpenLegacy, le CTO et cofondateur Roei Mor raconte qu'au début de l'aventure, l'un de ses développeurs lui a posé la question qui brûlait toutes les lèvres :
"Si l'IA écrit du code plus vite que moi, quelle est ma valeur ?"
La réponse a été claire : la valeur d'un développeur ne se mesure pas au nombre de lignes de code qu'il produit, mais à sa capacité à résoudre des problèmes complexes.
L'entreprise a mis en place un modèle de développement incluant des formations pratiques, un accès libre aux plateformes IA et du temps dédié à l'apprentissage. "Certaines équipes se sont même fixé un nouveau KPI : quelle part du travail est réalisée en collaboration avec l'IA.
Ce glissement élève aussi le niveau d'intérêt et de sens dans le travail. Au lieu de s'attarder sur des tâches répétitives, les employés se concentrent davantage sur l'architecture, la compréhension du domaine et la prise de décision un changement que la plupart adoptent très vite."

Anat Kedar, Chief People Officer chez DoorLoop, confirme que l'introduction d'outils comme Claude d'Anthropic a suscité des questions directes de la part des équipes sur leur avenir.
"Nous avons réuni les équipes de développement et clarifié les choses : l'IA ne remplace pas les gens, elle change la façon dont ils travaillent." Son message aux employés est ferme : "La carrière ne se mesure pas à la capacité de concurrencer la technologie, mais à la capacité de grandir avec elle. La stabilité de l'emploi n'est pas en contradiction avec l'innovation au contraire. Une organisation qui adopte l'IA correctement crée un environnement de travail plus sûr, plus professionnel et plus pertinent pour l'avenir."

Un multiplicateur de force, pas un fossoyeur d'emplois

Chez Viber, qui sert des centaines de millions d'utilisateurs dans le monde avec moins de 600 employés, le CTO Liad Shnell voit l'IA comme un multiplicateur de force indispensable pour rester dans la course face à des concurrents dix fois plus grands.

"L'IA est une condition de notre capacité à continuer de croître et à nous imposer", affirme-t-il. "En pratique, toutes nos équipes de développement utilisent des outils d'IA au quotidien. Cela n'a remplacé aucun développeur cela les a simplement rendus plus rapides et plus efficaces."

L'avantage concurrentiel, selon lui, ne reviendra pas à celui qui aura accès à l'IA, mais à celui qui saura l'intégrer dans ses systèmes, ses processus et sa culture d'entreprise.
"L'objectif n'est pas seulement de gagner du temps, mais de rendre possible ce qui ne l'était pas avant  comme l'analyse en temps réel de volumes massifs de données ou la réduction spectaculaire des cycles de développement."

Le verdict de l'industrie est ainsi partagé, mais cohérent : la révolution de l'IA n'est ni un mirage ni une apocalypse. C'est une mutation, profonde et irréversible, de la nature même du travail. Ceux qui l'embrasseront en sortiront renforcés. Les autres, comme toujours, paieront le prix du retard.

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