« Il vient d'Israël ? Laissez-le mourir » Des médecins britanniques brisent le serment d'Hippocrate

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« Il vient d'Israël ? Laissez-le mourir » Des médecins britanniques brisent le serment d'Hippocrate

GRANDE-BRETAGNE / CANADA LES MÉDECINS PARTENT EN PREMIERS

Quand des praticiens juifs quittent le NHS et Montréal, ce sont leurs patients qui restent.

Le 1er juin 2026, dans un reportage spécial d'ITV News tourné à Golders Green, l'un des plus grands quartiers juifs de Londres, un médecin hospitalier du NHS apparaît à l'écran en train de faire ses cartons. Il s'appelle Baruch. Il ne donne que son prénom.
Lui et sa femme Daniella préparent leur départ pour Israël alors que l'antisémitisme continue de monter en puissance au Royaume-Uni. Ce qui sort de sa bouche ce jour-là aurait dû provoquer un scandale national. D'une certaine façon, ce ne fut pas tout à fait le cas.

« S'il vient d'Israël, on le laisse mourir »

« S'ils sont en train de mourir aux urgences, des médecins m'ont dit que si la personne vient d'Israël, ils ne la traiteront pas », a déclaré Baruch. « Je trouve ça honteux. » Le praticien précise avoir également été témoin de cas où des patients juifs hospitalisés n'avaient pas reçu de repas casher. 

Le ministère britannique de la Santé a qualifié ses révélations de « choquantes » et déclaré qu'il était inacceptable que quiconque se sente en insécurité en travaillant au sein du service de santé ou en y recourant.

Baruch n'est pas un homme qui s'effraie facilement. Sa famille est établie en Angleterre depuis environ quatre cents ans, depuis le retour des Juifs sous Cromwell au XVIIe siècle. Ses parents et ses cinq frères et sœurs ont déjà quitté le pays. Il sera le dernier de sa lignée à partir. Avant de revenir à Londres cette année, lui et sa famille vivaient à Manchester. Il se trouvait dans une synagogue voisine le jour où Jihad Al-Shamie a lancé son attaque contre la synagogue Heaton Park, tuant Adrian Daulby, 53 ans, et Melvin Cravitz, 66 ans.

Baruch a également décrit avoir été victime de harcèlement antisémite dans la rue, notamment des injonctions à « retourner d'où il vient » et des menaces d'acide jeté au visage. Il a dit n'avoir jamais imaginé, en grandississant dans le nord-ouest de Londres, avoir peur d'y vivre ouvertement en tant que Juif, de marcher avec une kippa ou de se montrer publiquement avec sa fille.

Le rapport Mann : une urgence nationale

L'interview de Baruch n'est pas un témoignage isolé. Elle est diffusée la même semaine que la publication d'un rapport de soixante pages commandé par le Premier ministre lui-même. Lord John Mann, conseiller indépendant du gouvernement britannique sur l'antisémitisme, conclut que
« les niveaux d'antisémitisme au Royaume-Uni constituent une urgence nationale ». 

Le rapport décrit des preuves de ce qu'il nomme une « ostracisation routinière » de certains patients et membres du personnel juifs. Certains patients juifs ont retardé ou évité de se faire soigner par crainte de subir des actes hostiles ou discriminatoires. Des membres du personnel juif « souffrent en silence » et les Juifs sont le seul groupe religieux du NHS pour lequel la discrimination de la part des collègues est en hausse plutôt qu'en baisse.

Parmi les cas survenus figurent deux médecins radiés du registre médical britannique pour conduite antisémite et un troisième qui fait face à un procès pour avoir invité à soutenir le Hamas, attisé la haine raciale et utilisé un langage menaçant lors d'une manifestation.

En réponse, le secrétaire d'État à la Santé James Murray a annoncé que le NHS allait interdire au personnel de porter des insignes politiques, y compris des symboles pro-palestiniens, dans le cadre de nouvelles règles visant à lutter contre l'antisémitisme au sein du système de santé.
Les responsables des 205 trusts de santé d'Angleterre recevront une formation sur la lutte contre l'antisémitisme. Le gouvernement a accepté l'intégralité des recommandations du rapport. 

Le Jewish Chronicle a sorti les noms

En avril 2026, avant même l'interview de Baruch, le Jewish Chronicle avait dressé le portrait de trois médecins britanniques ayant déjà quitté le NHS pour Israël. Parmi eux, David Gottlieb, pédiatre de 31 ans originaire de Hampstead Garden Suburb dans le nord-ouest de Londres, qui avait passé l'essentiel de ses cinq années de carrière au North Middlesex Hospital avant de partir en Israël.
La généraliste Rivka Lebrett a confié qu'elle n'aurait pas supporté l'antisémitisme vécu par ses collègues de Manchester.

Montréal : le meilleur chirurgien cardiaque robotique du Canada s'en va à Atlanta

De l'autre côté de l'Atlantique, la perte est tout aussi concrète. Le Dr Emmanuel Moss, chef de la chirurgie cardiaque à l'Hôpital général juif de Montréal et directeur du programme de résidence en chirurgie cardiaque à l'Université McGill, quitte le Canada pour Atlanta avec sa famille. Âgé de 45 ans, il est largement considéré comme l'un des meilleurs chirurgiens cardiaques du Canada et un expert en chirurgie cardiaque robotique.

Lui et sa famille auraient été bouleversés par la montée des incidents antisémites à Montréal : agressions physiques contre des Juifs, vandalisme de commerces à propriétaires juifs, synagogues incendiées au cocktail Molotov, coups de feu tirés sur une yeshiva.
Le Dr Moss aurait notamment été particulièrement choqué par des manifestants anti-israéliens qui avaient mis en scène une pendaison simulée d'un mannequin portant une kippa.

Le Dr Louis Perrault, président de l'Association québécoise des chirurgiens cardiaques, a mis en garde contre ce qu'il a qualifié de perte majeure pour le système de santé provincial : « Il est au sommet de sa carrière, avec une expertise unique en chirurgie robotique, et son départ est un coup sévère pour le domaine. »

Le départ du Dr Moss survient après celui du chercheur Gad Saad, qui a annoncé le mois précédent son départ de l'Université Concordia pour un poste aux États-Unis, citant lui aussi l'hostilité envers les Juifs et les voix pro-israéliennes dans les campus canadiens.

Les chiffres, et ce qu'ils ne disent pas

Faut-il parler d'exode ? Selon un rapport de l'Institute for Jewish Policy Research publié en avril 2026, 742 Juifs britanniques ont fait leur aliyah en 2025, le chiffre annuel le plus élevé depuis le milieu des années 1980. Sur les vingt dernières années, l'aliyah depuis le Royaume-Uni est restée stable, oscillant généralement entre 400 et 740 personnes par an, avec une moyenne à long terme d'environ 566 départs annuels.

Le directeur exécutif du JPR, le Dr Jonathan Boyd, a été catégorique : « Il n'y a pas d'exode juif du Royaume-Uni, du moins pas encore. » Mais il a ajouté aussitôt que « se concentrer sur les chiffres seuls passe à côté de la signification plus profonde de ce qui se passe. Depuis le 7 octobre, davantage de Juifs britanniques réévaluent tranquillement ce que l'avenir leur réserve  non pas parce qu'ils se précipitent vers la sortie, mais parce que la montée de l'antisémitisme, les chocs répétés et un sentiment croissant de sécurité conditionnelle remodèlent la façon dont les gens pensent à leur appartenance et à leur viabilité à long terme. »

Le tableur, donc, ne hurle pas encore. Mais ce qu'il ne mesure pas, c'est la composition de ce départ. En décembre 2025, environ 6,7 % des postes du NHS étaient vacants, soit l'équivalent de 100 000 postes à temps plein.

Le comble de l'absurde ? Le NHS affiche aujourd'hui 100 000 postes vacants. Pour les combler, il envoie des délégations recruter des médecins au Nigeria, aux Philippines, en Inde des praticiens qui n'ont jamais mis les pieds en Grande-Bretagne et doivent tout abandonner pour venir. Des millions de livres sterling dépensés pour attirer des inconnus.

Pendant ce temps, dans ses propres services, il laisse prospérer un climat d'hostilité qui chasse les médecins qu'il a lui-même formés. Des praticiens qui connaissent le système, parlent la langue, ont construit leur carrière là-bas et qui font leurs cartons.

Le NHS importe par avion ce qu'il expulse par lâcheté institutionnelle. Et le patient britannique, lui, paie la note deux fois.

La leçon des années 1930 n'est pas subtile : quand l'Allemagne et l'Autriche ont chassé leurs médecins juifs, d'abord par les lois, puis par les interdictions d'exercice, ces praticiens ont pris le bateau et reconstruit la médecine anglo-américaine. Les pays qui les ont accueillis en ont récolté les dividendes pendant un siècle. Les pays qui les ont perdus ont comblé l'écart avec des enterrements.

Ce qui se joue aujourd'hui est la même expérience, dans un registre plus doux. Personne ne déchire de licences. La pression est ambiante, plausiblement niable. Mais les médecins sont formés pour détecter les maladies à leurs premiers signes. C'est exactement ce qu'ils font. Et cela les pousse vers la sortie.

Moss sera à Atlanta. Baruch sera en Israël. Leurs patients, eux, sont encore là.

Sources : ITV News (1er juin 2026), The Jewish Chronicle, Times of Israel, rapport Mann / gov.uk (4 juin 2026), Institute for Jewish Policy Research (avril 2026), Montreal Gazette, House of Commons Library, NPR.
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