La stratégie iranienne : entre pragmatisme et messianisme

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Iran entre pragmatisme et messianisme

La stratégie iranienne : entre pragmatisme et messianisme

« Un loup déguisé en mouton ». Voilà comment le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou dénonçait le président iranien Hassan Rohani, fraichement élu, lors de l’Assemblée Générale de l’ONU en Octobre 2013.

A la différence de nombreux diplomates européens ou américains, l’Iran semblait pour Bibi davantage une puissance dangereuse qu’un pays incompris. Il est vrai que la question des véritables intentions iraniennes fait l’objet de virulents débats.

Néanmoins, il convient de démythifier le « régime des Mollahs » et d’éviter de tomber dans la caricature fréquemment entendue d’un pays gouverné par des fanatiques ne souhaitant rien de moins que de mettre la main sur le Moyen-Orient.

Si on veut cerner la stratégie iranienne, il faut avant tout comprendre que l’importance de l’identité dans ses fondements.

Il faut dire que les iraniens ont conscience d’appartenir à une civilisation millénaire et de descendre de l’un des plus grands empires jamais bâti, l’empire Achéménide. En dépit des influences arabes, turques ou parfois occidentales, l’Iran a toujours conservé cette idée de posséder une culture riche et très présente au Moyen-Orient.

Ainsi, l’histoire demeure un moyen de cohésion d’une population qui se pense, davantage que la Chine par exemple, comme l’Empire du Milieu, le centre du monde. Dans cette histoire, le chiisme demeure un vecteur identitaire particulièrement majeur depuis la conversion de la majorité de la population au chiisme duodécimain au début du XVIe siècle. Avec la Révolution Islamique de 1979, un nouvel élan a été donné à la place de la religion dans la société.

En témoigne les institutions politiques qui érigent le Guide en puissance supérieure, notamment en ce qui concerne la défense et la politique étrangère.

Comme l’explique Matthieu Anquez, auteur récemment d’une Géopolitique de l’Iran, il existe deux sources de légitimité au pouvoir : d’une part la légitimité religieuse, théocratique, qui repose sur le principe du velayat-e faqih (« tutelle du docteur en loi »). D’autre part, la légitimité populaire s’exprime par le biais des élections, où s’observe l’influence de la Ve République, qui n’ont jamais été remises en cause même au plus fort de la guerre Iran / Irak. Ces deux aspects apparaissent prépondérants pour comprendre la logique du pouvoir et de la stratégie iranienne.

Concernant cette stratégie, il convient de rappeler que la République islamique ne fut pas, durant ses premiers mois, farouchement anti-occidentale.

Mais rapidement, le nouveau régime initia une rupture radicale motivée par l’idée selon laquelle la révolution devait s’étendre à toutes les terres d’islam, renversant au passage les régimes considérés comme impies.

On retiendra l’épisode de la prise de l’ambassade américaine (1979-1981) par des étudiants islamistes qui marqua le début de l’anti-américanisme désormais traditionnel de l’Iran. La guerre Iran / Irak (1980-1988) accentua l’opposition à l’Occident, en raison de son soutien assez marqué à Saddam Hussein. Cette idée se conjugue à la volonté iranienne de prendre en main son destin pour ne plus être soumise aux influences étrangères.

Cela passe par une référence au chiisme qui demeure depuis 1979 l’un des invariants de la politique extérieure de l’Iran.

On se souvient de Mahmoud Ahmadinejad qui, en 2006, devant l’Assemblée générale de l’ONU, avait annoncé l’imminence du retour du douzième imam, Al Mahdi. Il s’agit ainsi d’instrumentaliser la religion à des fins politiques.
Le retour du douzième imam constitue un prétexte suffisant pour justifier la volonté de puissance de Téhéran.

Enfin, le dernier aspect de la politique extérieure iranienne se caractérise par un antisionisme et un antiaméricanisme d’Etat. En un mot, la lutte contre « Satan », s’explique par une volonté de lutter contre l’impérialisme et le colonialisme dont seraient victimes les palestiniens mais aussi la plupart des nations arabes.

N’oublions pas le facteur religieux lié à la reconquête du Dar-al-Islam dont ferait partie la Palestine qui influe, certes de manière minoritaire, sur la politique étrangère de Téhéran.

Rohani, un véritable changement ?

Il reste en tous les cas clair que les excès d’Ahmadinejad ne seront plus reproduits comme en témoigne le message de Rohani souhaitant une bonne nouvelle année aux Juifs du monde entier.

La plupart des diplomates européens considèrent que si l’Iran poursuit probablement un « agenda militaire secret », il n’a pas d’intérêt, ni même de capacités (lié à la capacité de riposte israélo-américaine) pour attaquer Israël.

La présence de la Mosquée Al-Aqsa, "troisième lieu saint de l’Islam à Jérusalem", empêcherait également toute action nucléaire iranienne du fait de la contiguïté du territoire israélien.

En outre, les conséquences indirectes (course à l’armement, humiliation de l’ONU et des Occidentaux, mort du TNP) qu’entrainerait l’acquisition de l’arme atomique, renforce les doutes autour de la volonté réelle du régime d’obtenir la bombe.

Mais ça serait oublier que l’Iran est chiite et pense que le Mahdi émergera du chaos pour paraphraser Mahmoud Ahmadindejad. Dès lors, rien ne s’oppose à risquer de détruire un lieu saint si cela doit aboutir à l’émergence de l’Imam caché.

Par conséquent, avec l’élection d’Hassan Rohani, si la forme change, le fond reste le même puisque c’est bien le Guide suprême, Ali Khamenei qui a la main mise sur la politique étrangère et les questions de défense.
En témoigne sa déclaration du 9 novembre 2014, appelant avec virulence à la destruction pure et simple de l’Etat d’Israël, « régime barbare, de loups et d’infanticide ».

Comme l’a écrit, il y a peu, le professeur Emmanuel Navon, c’est le Yémen qui apparait comme la prochaine cible de « l’hégémonie iranienne » au Moyen-Orient, Téhéran soutenant activement les rebelles chiites (Houtis) avec l’idée d’en faire une force majeure sur les plans politiques et militaires.

 

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