« La République islamique est en train de couler » : l’aveu qui secoue Téhéran

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« La République islamique est en train de couler » : l’aveu qui secoue Téhéran

« Il n’y a aucun doute, la République islamique d’Iran est en train de couler »

Une persistance de crises imprévues et paralysantes

La République islamique traverse aujourd’hui une des pires crises de son histoire moderne : eau, électricité, énergie… tout s’effondre. Le Dr Raz Zimet, directeur du programme « Iran et axe chiite » à l’INSS, la définit comme une « crise économique et de légitimité », marquée par le déclin accéléré du régime et la santé fragile d’un Ali Khamenei de 86 ans. « Nous approchons de la fin de l’ère Khamenei », affirme-t-il avec gravité. Les années à venir promettent d’être décisives pour l’Iran.

Cette situation n’est pas seulement due aux effets du climat : une sécheresse prolongée et le réchauffement global, certes inquiétants, ne sauraient à eux seuls expliquer l’effondrement actuel des infrastructures.
C’est aussi une crise de gouvernance : corruption, mauvaise planification, désinvestissement. Depuis la fin des années 1990, la pluviométrie moyenne iranienne a nettement diminué, et entre 2021 et 2025, le pays a subi cinq années consécutives de sécheresse.

D’importants réservoirs sont à sec ; le barrage de Karaj, qui approvisionne Téhéran, a atteint un niveau critique, quelques pourcents seulement de sa capacité, provoquant une alarme générale ; en 2021, 57 % des réservoirs étaient déjà vides, avec une baisse d’inflows de 47 % en un an  .

Cette pénurie d’eau, couplée à une surexploitation des nappes et des centaines de puits asséchés, provoque un affaissement du sol dans certaines régions – jusqu’à 31 cm par an – signe d’un effondrement environnemental en cours  . Les mobilisations populaires ne se sont pas fait attendre : en 2021, des protestations massives ont éclaté à Khuzestan, réprimées dans la violence. À Ispahan, les agriculteurs exaspérés ont dénoncé le tarissement de la rivière Zayandeh Rud  .

Crise énergétique : abondance factice, pénurie réelle

Avec ses immenses réserves pétro-gazières, l’Iran devrait être un géant énergétique. Or c’est tout le contraire : infrastructures vétustes, réseau inefficace, équipement obsolète, et pertes colossales : 13 % de l’électricité produit est perdu pendant la distribution  .
En 2024, des coupures massives ont forcé la fermeture d’écoles, d’administrations, d’entreprises – jusqu’à 23 provinces affectées  . En février 2025, des coupures généralisées à Téhéran ont déclenché des mouvements de protestation  .

Les causes ne tiennent pas qu’aux sanctions : la corruption, le contrôle du secteur par le Corps des Gardiens de la Révolution (IRGC), la mauvaise gestion des ressources énergétiques aggravent la situation. Le système subventionne à outrance l’électricité et les carburants, encourage le gaspillage, et bloque toute réforme durable  .

À cela s’ajoute un facteur inattendu : l’essor du minage de cryptomonnaies. Captant jusqu’à 600 MW pour le Bitcoin, il alimente la pénurie d’électricité au détriment du réseau public  .

Les industries, machines de la croissance iranienne, fonctionnent au ralenti : certaines ne tournent qu’à 20 % de leur capacité. Les pertes se chiffrent en dizaines de milliards de dollars  . Le président a reconnu l’échec : « Nous avons trahi le peuple », a-t-il déclaré, se disant « honteux » des coupures hivernales  .

Le système en sursis – mais encore imperméable

Malgré ces fractures massives, le régime conserve une cohésion inquiétante. Selon Zimet, « les conditions permettant la transition d’une phase de protestation locale, qui éclate régulièrement, à un changement politique ne sont pas encore réunies. Il n’y a pas assez de manifestants dans les rues » ; et surtout, « le régime, malgré toutes ses faiblesses, parvient à maintenir une grande cohésion face aux défis internes ».

L’expertise ajoute une couche qui n’apparaît pas dans l’entretien : le fameux phénomène de la « mafias de l’eau », ce réseau opaque qui détourne projets hydrauliques, barrages, détournements de cours d’eau, au profit d’intérêts privés et politiques, creusant les inégalités entre les régions au détriment des plus vulnérables  . Une forme de capitalisme de l’eau, où tout est privatisé, monnayé, instrumentalisé – un modèle mortifère quand la majorité de la population est privée du strict nécessaire.

Nucléaire et balistique : l’oxygène paradoxal du régime

Alors que la population suffoque—littéralement—sous chaleur extrême, coupures et pénuries, Téhéran accélère ses programmes nucléaire et balistique. De puissants investissements qui offrent une vitrine internationale tout en détournant des ressources vitales de la vie quotidienne. Le parallèle est cruel : un pays qui pourrait irriguer et électrifier ses villes fragiles canalise son argent vers des projets militaires. Le contraste entre une nation à genoux et un régime déterminé à garder les symboles du pouvoir est plus saisissant que jamais.

Perspectives : fin d’ère ou simple fracturation ?

Le verdict du Dr Zimet est limpide : « Il s’agit à la fois d’une crise économique et d’une crise de légitimité pour le régime iranien. Nous approchons de la fin de l’ère Khamenei ». Khamenei, fragile, octogénaire, incarne aujourd’hui un régime en sursis. Mais l’alternative n’est pas pour demain. Le système garde ses leviers, ses réseaux, son appareil sécuritaire intact. Il résiste à la tourmente qu’il a pourtant contribué à créer.

Néanmoins, la convergence inédite de crises – eau, énergie, climat, popularité –, la pauvreté galopante (jusqu’à 30 % de la population sous le seuil de pauvreté en 2023), l’inflation chronique (plus de 40 %), la privation des plus essentiels, posent une question essentielle : combien de temps avant que le peuple n’aille chercher la peau du régime sous l’arbre de ses denrées désespérées ? 

L’Iran en 2025 est le théâtre d’un effondrement multidimensionnel. Eau, énergie, économie, légitimité politique : tout vacille. Le régime tient toujours, mais sur une pente vertigineuse. Le pays s’essouffle face à un pouvoir qui investit dans l’arme là où il devrait investir dans l’éradication de la misère. Les fondations sont rongées. Le jour où cela n’aura plus suffi, une ère nouvelle pourrait bien commencer — mais le temps presse et le peuple ne tient plus.

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